27 novembre 2008

Hands up to the ceiling

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J'aime bien mon bureau. C'est un endroit dans lequel je passe beaucoup de temps. Une vaste pièce carrée de 4 mètres par 5, assez haute de plafond et donnant sur les toits de tuiles rouges. Les deux grandes fenêtres y laissent entrer une abondate lumière qui filtre à travers le ciel dont je peux admirer à loisir le bleu profond ou, à l'inverse, la mer de nuages blancs ou noirs. Alors que le froid de novembre engourdit les membres, ici il fait si bon, la clarté si réconfortante, perché au deuxième étage loin des tumultueux étudiants...

 

Assis à mon bureau, les coudes confortablement calés, le regard se perdant vaguement au centre de l'écran de mon vieil ordinateur, j'ouvre mon blog pour voir ce qu'il s'y passe, qui m'a laissé un commentaire, qui est venu me lire... toutes ces petites choses que font sûrement les bloggueurs plusieurs fois par semaine afin de satisfaire ce petit coté narcissique sans lequel on se sent vide.

La page s'ouvre, lentement, le disque dur se met en branle façon moissoneuse batteuse, puis vient l'accalmie lorsqu'émerge la douce voix de Tracey Thorn sur un accompagnement de guitare accoustique mêlé de quelques notes de piano électrique :

 

Here is the street and here is the door
Same as it was before
And up the stairs and on the wall
Is .... Kiss and Terry Hall
And Siouxsie Sioux and Edwin too
And Bobby Dee in '63
And everything I knew was good
And like it was just understood

Now I need that feeling
I'm reaching for that feeling
Hands up to the ceiling

And the rain came down on a cold, gray town
And I showed myself to them
And I went underground
Then I closed my eyes
And something passed me by
I didn't even try
And I don't remember why

And now I need that feeling
I'm reaching for that feeling
Hands up to the ceiling

Hands up to the ceiling

 

J'aime beaucoup cette chanson. Elle me correspond assez pour quelques aspects de ma vie. De nature généreuse et toujours à cent à l'heure, je suis pourtant un grand calme introverti. Je ne me confie pas facilement et, si mon sourire et mon entrain sont ma signature, au fond de moi reste toujours un noyau de douce mélancolie paresseuse que je ne laisse que rarement transparaître. Je ne sais que trop bien que l'humour est une arme, redoutablement efficace. Politesse du désespoir dit on. Oui... parfois.

Chaque fois que je l'écoute, dès les premières mesures j'ai l'impression étrange d'être nu, qu'elle pénètre profondément dans des recoins de mon cerveau dont j'ignore l'existence, et qu'elle remet à flot un certain nombre de choses que j'avais oubliées ou occultées. Une envie de me blottir très fort au chaud, comme une soif de réconfort, que quelqu'un me serre tout contre lui et, tel à un petit garçon perdu, me dise que ce n'est rien, que tout va bien.

 

Les choses pourraient être tellement simples...

La vie est facétieuse.

 

And now I need that feeling ...

... I'm reaching for that feeling ...

... Hands up to the ceiling

 


Tracey Thorn :



 

 

Impressions d'un jeudi après midi presque ordinaire...

 

 

 

26 novembre 2008

L'anguille (contribution sociologique)

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La vie regorge d'occasions de se réjouir. Un beau coucher de soleil, le sourire d'un enfant, une soirée entre amis, une grasse matinée au calme, se blottir dans les bras de l'être aimé, un café aux arômes savoureux qui ponctue la journée, une musique qui vous émeut aux larmes, une soirée au coin du feu, un film de Christophe Lambert... C'est si simple...

La vie regorge aussi d'occasions de se mortifier ; je ne m'attarderai pas davantage et vous épargne une litanie par trop funeste. J'avais déjà évoqué dans un billet précédent le cas du boulet qui se plait à vous encombrer inutilement l'existence (oui, je suis très fier de ce billet... Bé quoi ? J'ai le droit d'aimer parfois ce que je fais non ?). Hé bien je crois avoir décelé un autre prototype d'énergumène qui peut pousser un Tambour Major - ou un congénère humain - au suicide : l'anguille.

Hormis chez les amphitryons amateurs de bonne chaire qui l'aiment grillée ou en sauce, ce poisson amphihalin thalassotoque, benthique et lucifuge vous diront les spécialistes, n'a pas très bonne presse. Tout d'abord, il ressemble furieusement à un serpent, ce qui n'est pas la première des qualités pour nous autres, occidentaux. Souvenons nous ensemble de la mésaventure d'Adam et Eve qui nous enseigne qu'il faut se méfier de cet animal sournois et tentateur, cause du malheur des hommes alors qu'on pourrait se la couler douce au Paradis.


Outre la tradition judéo-chrétienne qui voit dans l'anguille, par association avec le serpent, un animal repoussant, d'autres cultures ne sont pas moins tendre avec elle. Jugez en plutôt : dans la mythologie Celte, la déesse de la guerre, furieuse de ne pas être aimée du beau héros, se transforme en anguille et se venge en s'aggripant à sa cuisse, le mordant toutes dents dehors. La sale bête !! En Polynésie, une autre légende raconte que le premier cocotier vient de la tête d'une horrible anguille à qui l'on voulait marier la fille du soleil et de la lune. Heureusement, un beau et preu chevalier décapita le reptile dont la tête fut abandonnée sur le sable. Je simplifie un peu mais c'est l'idée générale. Vous irez chercher vous-même. Vais pas non plus faire tout le boulot non ?

Bon,trève de blabla, revenons à notre étude...

A quoi reconnaît on une anguille ? Nous dirons qu'il s'agit d'un individu a priori normal, et qu'une observation rapide de son comportement en biotope urbain ne permet de le distinguer d'un autre. A priori seulement car, après quelques heures de pratique, on se rend compte que notre anguille présente l'aptitude toute particulière de pouvoir allègrement serpenter en eaux claires comme en eaux vaseuses et d'y mener ses petites affaires tambour battant (non, ce n'est pas un jeu de mot). De serrage de mains en léchage de culs, voire suçage de bites (ce sont des images...) notre anguille vogue au gré de ses intérêts, se faufilant à travers les paniers de crabes les plus infréquentables, pratiquant ici ou là avec une virtuosité qui frise l'indéscence ou qui, c'est selon, sucite l'admiration, le "pousse-toi-de-là-que-je-m'y-mette". Si l'anguilla vulgaris doit son agilité à l'épaisse couche de mucus dont son corps est recouvert et qui la rend si désagréable à manipuler (rappelez-vous cette séquence mémorable de la cultissime émission "La Cuisine des Mousquetaires" - dont je conserve le souvenir ému - où l' inénarrable Maïté tente de trucider une anguille à l'aide d'un gourdin et que l'animal lui file entre les doigts...), l'anguille qui nous occupe aujourd'hui doit son agilité à sa viscosité intellectuelle... Non content de vous faire un bras d'honneur à la moindre occasion qui lui permette de continuer sa médiocre ascension sociale sans honneur, l'anguille arbore presque toujours un sourire de façade et pratique au besoin la courbette et le baiser de main, n'hésitant pas à gratifier de son indispensable personne toute mondanité où il sera susceptible de séduire un esprit assez faible pour ne pas lire dans son jeu, à moins qu'il ne tombe sur plus fort que lui : une autre anguille de plus forte carrure qui voit en ce jeune leptocéphale inoffensif un serviteur dévoué et docile qu'il pourra presser comme un citron et jeter à la poubelle lorsqu'il sera desséché, flétri par l'usage, mais ravi de pouvoir servir dans l'ombre d'un plus grand, inconscient du drame qui se trame au dessus de lui... La loi du plus fort est toujours la meilleure chez les prédateurs. Bouffer ou être bouffé, telle est la règle du jeu.

Vous l'aurez compris, si je brosse à grands traits les caractéristiques d'une anguille c'est que j'en ai une qui gravite dans mon sillage, tapie derrière les apparences d'un collègue inoffensif. Sauf qu'elle ignore qui est le Tambour Major qui, fort de quelques années d'expérience, écoute beaucoup mais parle assez peu, de sorte que je sais pas mal de choses qu'on me dit innocemment alors que je ne demande rien. D'autant que chacune de ces information est intrinsèquement inoffensive, ce qui ne pousse pas à la discrétion de mes interlocuteurs, à ma plus grande satisfaction.

Mon anguille se présente donc sous la forme d'un médiocre doctorant d'une grande faculté de la ville où j'officie régulièrement et avec lequel j'ai le bonheur de coopérer. Je l'avais rencontré voici déjà 3 ou 4 ans alors que j'étais jury d'un concours administratif. Le bonhomme m'avait alors paru assez sympathique quoique grande gueule, la ramenant un peu tout le temps, étalant sa science comme on étend du Nutella sur une crêpe encore chaude : largement. De taille moyenne, plutôt maigrichon, le visage osseux et les cheveux plaqués en arrière sous l'effet d'une surdose manifeste de gel finition brillant, mon anguille (que j'appellerai Igor) a le chic pour s'habiller de vêtements venus d'un autre âge... Pull jaune poussin, cravates comme personne hormis les Deschiens n'en ont porté ces 20 dernières années, costumes un rien trop larges qui lui donnent l'air d'un gamin qui fait mumuse avec les fringues de son papa et joue à être un grand, je vous résume là l'essentiel pour le total-look, Igor est ... ridicule ? Non pas exactement... il est presque ridicule. Autre trait de personnalité de Igor l'anguille, sa façon de parler. Igor aime s'écouter parler et faire des phrase inutilement léchées, même - et surtout ? - lorsque le protocole n'a plus lieu d'être et que la confraternité laisse place à des conversation aux accents gaulois. Coincé du cul ? Peut être... Il est vrai que la sexualité de l'anguille interroge encore les scientifiques. Bref, notre anguille à nous vous adressera toujours la parole comme si vous étiez Heni IV et traversera volontiers la rue pour vous gratifier de ses salutations poussives, ou tentera le diable pour braver la foule compacte d'une salle de cocktail comble pour venir vous importuner alors que vous étiez en bonne compagnie et que, faux-cul, vous faisiez mine de ne pas l'avoir vu... Mais c'était sans compter sur son sens aigu du relationnel. Igor s'approchera alors de vous, s'immiscera subrepticement et sournoisement dans une conversation à laquelle il n'était pas convié, et finira par vous causer de choses dont vous n'avez rien à foutre, tandis que votre estomac se retourne sous l'effet conjugué de sa présence et de son haleine fétide. Car, oui, Igor pue de la gueule... Je ne sais pas si c'est de l'acidité gastrique ou un manque d'hygiène buccale (qui a dit les deux ?), mais je vous assure que c'est une raison supplémentaire, voire une bonne raison tout court, pour ne pas le laisser s'approcher. L'autre jour, j'ai bénéficié d'un moment de joie intense, proche de l'orgasme : j'ai grillé une anguille...

Nous sommes un soir de grande mondanité dans une Vénérable Institution Toulousaine dont la pureté d'âme présumée fera rire quiconque connaît le dessous de quelques cartes. Mais ce n'est pas le propos de ce jour. Bref, nous sommes au moment du cocktail de réception, tout ce que la Ville Rose compte en huiles se trouve réuni là et en ma qualité de bras droit d'un des Big Boss, je me devais d'être présent. Igor était aussi de la partie, pour une raison que je n'ai toujours pas comprise étant donné qu'il n'a strictement RIEN à voir avec cette Vénérable Institution Toulousaine, qu'il ne travaille pas pour elle, ni ne fait partie d'aucun de ses comités directeurs. La seule raison que je puis trouver c'est la présence des huiles et la possibilité qui lui est alors donnée - sur sa propre invitation spontanée - d'astiquer quelques rectums d'un revers de langue appliqué dont il a le secret (c'est peut être là la raison de son haleine de teckel eczémateux ?). De par mes fonctions, et en représentation, j'étais en train de discuter très simplement avec le Président d'une juridiction Toulousaine et son confrère de la Chambre Régionale des Comptes qui m'avaient alpagué le plus jovialement du monde, lorsque je vis se faufiler entre deux plateaux de petits-fours, l'anguille et son épouse (elle aussi de cette espèce). J'observe les deux compères louvoyer habilement entre deux importuns faisant obstacles avec leur coupe de champagne à la main, et les voici tout souriants au milieu de notre conversation, désirables comme deux pintades au milieu d'une autoroute à 4 voies. Monsieur le Premier était sur le point de partir alors que nous discutions de l'éventualité de déjeuner ensemble pour parler manucure et je ne voulais en aucun cas que Igor me vole la vedette. C'était moi la star...! Lorsque en un éclair (le génie ?), je lui proposai à Monsieur le Président de lui donner ma carte de visite, ce à quoi il répondit immédiatement en me tendant la sienne, le plus spontanément du monde, au nez et à la barbe de mon anguille que je vis serrer puissamment les mâchoires pour étouffer un cri de rage, fou qu'il était d'avoir échoué si près du but.

La vie regorge d'occasions de se réjouir...

 

24 novembre 2008

J'y arrive pô !

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Je suis super embêté ce soir car je n'arrive pas à pondre le billet que j'aurais souhaité. Les mots ne viennent pas, les phrases sont embrouillées, l'inspiration divine qui d'habitude fait gambader mes doigts sur le clavier s'est mise aux abonnés absents. Et pourtant ce n'est pas faute de ma part d'avoir essayé et je sais que je tiens là un sujet digne de ce nom... Foi de Tambour Major ! Ce ne sera donc pas pour aujourd'hui...

Pour laissez tout de même une trace furtive de mon passage par ici, disons que cette semaine je n'ai pas perdu mon temps... et il s'en faut de beaucoup. Semaine chargée à 120%, des journées qui débutent très tôt le matin et qui se terminent très tard le soir (dans des états variables, plus ou moins recommandables...) et qui entre ces deux extrémités, sont bourrées comme le RER en heure de pointe.

Pour donner quelques points de repère sur ma semaine écoulée, disons en vrac et à la louche que j'ai : 
- donné 14 heures de cours

- passé 7 heures en réunions inutiles

- déjeuné avec le fondateur d'Avocat Sans Frontière et un représentant de l'ONU (authentique !!)

- échangé ma carte de visite avec celle du Président du Tribunal Administratif juste avant qu'il ne prenne congé de notre discussion, au nez et à la barbe d'un petit cul merdeux dont la spécialité première est de se faufiler partout où il peut jouer des coudes pour se caser, fut-ce au prix d'un "pousse-toi-de-là-que-je-m'y-mette"

- bu un nombre incalculable de flûtes de champagne

- me suis bourré la gueule avec d'insignes membres d'une vénérable Institution Toulousaine

- rarement dormi plus de 5h30 par nuit

- passé une journée entière à me geler les pieds tout en jouant au VRP à Pau pour un salon étudiant

- bu des litres de café

- discuté 2 heures de philosophie fondamentale

- fait 6 heures de sport

- pleuré 3 fois en écoutant les Litanies à la Vierge Noire de Poulenc (écoutées 5 ou 6 fois cette semaine)

- décidé de profiter un peu de la vie et de m'amuser un peu...

- fumé quelques pétards (oui, je devrai pas le dire, mais après tout, je suis ici chez moi...)

- passé une soirée de samedi comme je n'en avais pas passé depuis longtemps, mettant ma bonne conscience à la poche

- me suis réveillé 3 fois la tête dans le cul (hélas pas celui de quelqu'un d'autre)

- revu et rencontré des personnes que j'apprécie assez  pour avoir envie de les revoir. To be continued !

- fait des projets pour la semaine prochaine et les 4 prochains mois

- eu envie de faire et recevoir des câlins... mais il faut croire que ce n'est pas la bonne période

- me suis posé beaucoup de questions, toujours et encore, en particulier sur mon activité professionnelle

- ai pris la décision de ne plus me prendre la tête pour certaines choses

Et ce soir je suis crevé !

Je ne m'éterniserai pas d'avantage ni ne vous régalerai de quelque délire Tambour Majoresque ni de quelque anecdote bien croustillante ou de réflexions méthaphysiques sur des questions aussi fondamentales que la choucroute garnie, la crise économique mondiale, ou la culture du yaourt bulgare sous serre.

Promis, je serai plus régulier les jours à venir.

Ha, si pour finir, 2 citations pour le prix d'une :

"Résistez et votre âme se rend malade à force de languir ce qu'elle interdit"

Oscar Wilde


"Fais ce que tu as envie de faire au moment où tu as envie et dis ce que tu as envie de dire au moment où tu en as envie"

Lao Tseu, ou sa belle soeur je sais plus 

15 novembre 2008

Pochette Académie

4 commentaires
 

Il fait bon aller farfouiller chez les autres, ça grouille de bonnes idées pour occuper ses soirées. Encore une fois je dois à Matoo ( et indirectement  à... plein de monde ! ) l'idée du billet de ce jour...

 

Les ingrédients : 4 règles toutes simples, et quelques minutes devant soi...

 

1. http://en.wikipedia.org/wiki/Special:Random
Le premier article de la page est le nom de votre groupe ;

2. http://www.quotationspage.com/random.php3
Les 4 derniers mots de la dernière citation seront le titre de votre album ;

3. http://www.flickr.com/explore/interesting/7days/
La troisième photo, quelle qu’elle soit, sera votre pochette d’album !

4. Prenez la photo, ajoutez-y votre nom de groupe et le titre de l’album ; Vous avez maintenant votre pochette d’album.

 

Je me suis moi aussi pris au jeu et à l'aide d'un logiciel de retouche, type Photoshop (mais on peut très bien procéder avec Paint pour les plus modestement dotés), j'ai obtenu ça :

 

       

 

Je suis assez fier de mes essais ^^

 

L'idée de faire place totale au hasard, de composer avec des éléments imposés même s'ils paraissent improbables (qui a dit 42 ?) me plait beaucoup. Par contre le résultat n'a d'interêt que si l'on se plie totalement au jeu, avec toute la rigueur de la règle, sans tricherie.

 

En fait, ce que je trouve très amusant c'est de constater qu'au final, on obtient une pochette qui aurait réellement pu exister car si l'on y prête un tout petit peu attention, les titres de certains albums sont absolument invraisemblables et ne veulent rigoureusement rien dire (et encore, je n'ai pas l'impertinence d'aborder le délicat sujet des paroles).

 

Maintenant, à vous de jouer !

 

Et postez vos chefs-d'oeuvres (vous pouvez les héberger ici). J'ai hate de voir vos pochettes !

 

7 novembre 2008

Ce qu'il faut pour être heureux

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Alors que j’errais du coté de chez Matoo qui, dans un précédent billet, nous confiait ses état d’âme sur son trentième anniversaire, je tombais nez à nez avec la chose suivante :
Ce qu’il faut pour être heureux

Il faut penser ; sans quoi l'homme devient,
Malgré son âme, un vrai cheval de somme.
Il faut aimer ; c'est ce qui nous soutient ;
Sans rien aimer il est triste d'être homme.

Il faut avoir douce société,
Des gens savants, instruits, sans suffisance,
Et de plaisirs grande variété,
Sans quoi les jours sont plus longs qu'on ne pense.

Il faut avoir un ami, qu'en tout temps,
Pour son bonheur, on écoute, on consulte,
Qui puisse rendre à notre âme en tumulte,
Les maux moins vifs et les plaisirs plus grands.

Il faut, le soir, un souper délectable
Où l'on soit libre, où l'on goûte à propos,
Les mets exquis, les bons vins, les bons mots
Et sans être ivre, il faut sortir de table.

Il faut, la nuit, tenir entre deux draps
Le tendre objet que notre coeur adore,
Le caresser, s'endormir dans ses bras,
Et le matin, recommencer encore.

Voltaire
J’avoue avoir été très touché par ces vers. La quête du bonheur est l'oeuvre - utopique diront les plus pessimistes - d'une vie. Suis-je heureux ? je ne le sais pas vraiment. Car au fond qu'est-ce que le bonheur sinon un enchaînement de petites choses qui rendent l'existence agréable ? Je sais en tous cas que je ne suis pas malheureux. On peut toujours chipoter et espérer mieux, voire beaucoup mieux, mais ma situation actuelle n'est pas la lpus mauvaise, sans pour autant confiner au paradisiaque, n'exagérons rien.  


Toutefois, comme mon cerveau  de grand malade n’est jamais au repos, et que "qui aime bien chatie bien", quasi instantanément a germé en moi une ébauche de commentaire dont je ne résiste pas au plaisir de vous livrer les fruits.

Reprenons ensemble :

Il faut penser ; sans quoi l'homme devient,
Malgré son âme, un vrai cheval de somme.

Penser, panser ses plaies, les plaies de son corps, les plaies de son âme, les plaies d'une vie. Mais par homophonie, on en vient aussi à la panse, c’est à dire l’estomac. Hé oui, l’homme ne se substante pas que de nourritures spirituelles, c’est bien connu. "Il faut penser" peut donc aussi être entendu "il faut panser", c'est à dire se remplir l'estomac. Et moi, quand j’ai l’estomac bien rempli et les amygdales qui baignent, je n’ai envie que d’une chose : un bon petit somme et de ronfler comme un cheval. Quoi ? Ca ronfle pas un cheval ?

Il faut aimer ; c'est ce qui nous soutient ;
Sans rien aimer il est triste d'être homme.

Aimeeeeeer, c’est c’qui’y’a d’pluuuuuuuuuus bôôôôôô… (fond sonores de violons sirupeux).

Non, sans rire, l’amour est sans conteste la plus belle chose qui puisse arriver à quiconque et pour paraphraser un auteur dont le nom m’échappe, je plains celui qui meurt sans avoir aimé. Connaître les ivresses sans limites d'un amour vrai et réciproque, la cruauté de la séparation et la douceur infinie d'un baiser de retrouvailles sont des instants magiques dont l'intensité défie le sens commun. J'aimerai mille fois n'avoir pas vécu que de mourir sans avoir aimé.

Soyez prévenus, ici s'arrête la tentative de critique pseudo-sérieuse... Couchez les enfants et éloignez les âmes pures.

Il faut avoir douce société,
Des gens savants, instruits, sans suffisance,
Et de plaisirs grande variété,
Sans quoi les jours sont plus longs qu'on ne pense.

Avec ses mots à lui et une plume particulièrement élégante, Voltaire nous vante tout simplement les mérites des orgies collectives. En quelques mots comme en cent : Vive la drogue, le sexe et l’alcool !

Notez bien l’insistance sur les  plaisirs « en grande variétés » : lâchez vous pour de bon, ça rend heureux ; soyez curieux, ne mourrez pas idiots. Cocaïne, Ecxstazy, acides, poppers, laitue euphorisante et autres bégonias psychotropes, seul, à plusieurs, avec votre labrador ou un troupeau de moutons, jouez le jeu à fond ! Et de toutes façons la vie est courte, alors jouissez en paix mes frères sans demi-mesure ! N'oubliez pas de noyer les quelques relents de culpabilité qui pourraient vous assaillir sous des flots d'alcool, cela va sans dire mais cela va mieux en le disant.

Surtout, comme le conseille Voltaire,prenez soin de convoquer des gens "instruits" qui sauront vous éduquer aux réelles préoccupations de ce bas monde : un groupe de junkies aux cheveux gras tatoués de bas en haut devrait a priori faire l'affaire si jamais vous cherchiez. A défaut, vous pouvez toujours regarder le kamasutra en DVD, voire l'oeuvre cinématographique d'un Marc Dorcel ou des Studios Falcon ou tout autre maison de votre choix, ça peut donner des idées si votre imagination en la matière fait défaut.

Quoi ? Quoi ? Z'avez jamais maté un film porno ? Tssssss... quelle bande de menteurs ^^

La suite :

Il faut avoir un ami, qu'en tout temps,
Pour son bonheur, on écoute, on consulte,
Qui puisse rendre à notre âme en tumulte,
Les maux moins vifs et les plaisirs plus grands.

Un ami disponible tout le temps, qui puisse apaiser votre âme et vous procurer du bonheur ainsi que de vifs plaisirs ? Si c’est pas d’un fuck-friend ou d'une dealer dont il s’agit alors non, je vois pas…  Il était très en avance sur son temps le Sieur Voltaire ! Et notez le lien subtil mais néanmoins extrêment fort entre cette strophe et la précédente, preuve évidente si besoin en était, que le bonheur est la conséquence d'un tout. 

Hein ...? Comment ça vous n'avez ni fuck-friend ni dealer ? 

Passons...

Il faut, le soir, un souper délectable
Où l'on soit libre, où l'on goûte à propos,
Les mets exquis, les bons vins, les bons mots
Et sans être ivre, il faut sortir de table.

Le sujet avait été abordé in limine de ce poème et de façon plutôt subliminale mais là, pour le cas où le message ne serait pas passé au premier coup, Charles-Marie nous en remet une seconde couche sans sous-entendu cette fois : manger, boire, s'en mettre jusque là...

Notez cependant une petite réserve : « sans être ivre, il faut sortir de table ». Hé oui, car déjà au XVIII° siècle la conduite de cariole en état d’ébriété devait être passible d’une amende de 100 sous, voire d’une lettre de cachet qui vous conduisait au gniouf pour 2 ou 3 jours, ce qui à l'époque n'était pas du plus glamour. Alors, je prolongerai ce conseil de bon sens et de prudence : celui qui conduit, c’est celui qui prend le volant ! Et puis vomir au volant c’est pas classe, mais pas classe du tout du tout. Un peu de tenue enfin !

Il faut, la nuit, tenir entre deux draps
Le tendre objet que notre coeur adore,
Le caresser, s'endormir dans ses bras,
Et le matin, recommencer encore.

Certains penseront candidement que Voltaire, lorsqu’il parle de « tendre objet » fait référence à un doudou en peluche, à un animal empaillé ou à une épaisse tranche de mortadelle moelleuse - oui, il en est qui ont ce vice terrible. Eh bien que nenni ! C’est bien d’amour, d’émois et de sexe qu’il s’agit ici. Une bonne partie de jambes en l’air avant de faire dodo, baiser comme des bêtes, ça fait du bien partout, ça détend après une dure journée de labeur, ça inonde le cerveau d’endorphines qui nous font nous sentir bien, et en plus ça fait digérer. Notez  bien le conseil prodigué au denier vers : le soir ne suffit pas, on peut tout à fait il faut recommencer le matin . Ha bé oui… comme je le disait dans un autre billet, il n’y a pas de mal à se faire du bien !

Et à titre personnel, s’il y a des volontaires pour la dernière strophe…

1 novembre 2008

Mignonne allons voir si la rose...

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L'oeuvre poétique d'Arthur Rimbaud tient dans l'inconscient collectif de nos contemporains une place toute particulière au milieu des Verlaine, Hugo et autre Baudelaire. Nous avons tous plus ou moins ânnoné alors que nous étions gamins, quelques vers de ces auteurs sans forcémment en comprendre parfaitement le sens. Aussi, poussé par une saine curiosité, je me procurais voici quelques mois déjà, les Poésies de Arthur Rimbaud et de quelques autres afin de combler un vide non seulement dans les rayonnages de ma bibliothèque, mais surtout dans mes connaissances, très maigres en la matière.

Si j'ai lu avec un plaisir sans faille l'ami Victor Hugo, je vous avoue que l'effet d'un Arthur Rimbaud n'est pas tout à fait le même. Enfant terrible et rebelle - sauvageon, voire racaille sur les bords aurait-on dit aujourd'hui - la poésie de Rimbaud ne caresse pas dans le sens du poil. Où alors avec un peigne asséré de lames de rasoir ! L'angulosité du texte se dispute avec l'amertume du propos, mais toujours avec une fluidité et un naturel qui forcent l'admiration.

Pourtant hier soir, au détour d'un alexandrin, je tombais nez à nez avec un sonnet ouvrant l'Album Zutique, particulièrement délectable et qui m'a fait songer au subtil gag que Ronsard a dissimulé dans le sonnet dont j'ai choisi les premiers vers pour titre de ce billet. 

L'IDOLE 
Sonnet du Trou du Cul

Obscur et froncé comme un œillet violet
Il respire, humblement tapi parmi la mousse
Humide encor d'amour qui suit la fuite douce
Des Fesses blanches jusqu'au cœur de son ourlet.

Des filaments pareils à des larmes de lait
Ont pleuré, sous le vent cruel qui les repousse,
A travers de petits caillots de marne rousse
Pour s'aller perdre où la pente les appelait.

Mon Rêve s'aboucha souvent à sa ventouse;
Mon âme, du coït matériel jalouse,
En fit son larmier fauve et son nid de sanglots.

C'est l'olive pâmée, et la flûte câline,
C'est le tube où descend la céleste praline:
Chanaan féminin dans les moiteurs enclos ! 

Certes il n'est pas de l'entière main de Rimbaud, son compère Paul Verlaine en étant le co-auteur. Néanmoins, je m'étonne que ce chef-d'oeuvre ne soit pas enseigné en classe...