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  • 8 mars 2009

    Regards sur le passé

    Notre famille a dans l'ensemble toujours été unie. La générosité de mes grands parents paternels arrivés en france dans les années 20, suite à la grande vague d'émigration qu'a connue l'Italie à cette époque, était légendaire. A quelque moment de la journée que vous arriviez, l'énorme table de la cuisine se garnissait presque instantanément de victuailles qui eussent rassasié un régiment, soit que le réfrigérateur regorgeait de restes du jour, soit que les fourneaux aient été mis à contribution pour une omelette spéciale fond du frigo ou pour un bout de viande sorti du congélateur pour la circonstance. Au besoin, on ouvrait un bocal de foie gras ou un pot de confit agrémenté de quelques patates roties... faute de mieux ! Une véritable auberge espagnole.
    Lorsque mon père et ses soeurs étaient en âge d'être étudiants, il était plus qu'habituel que la maison s'emplisse d'une ribambelle de jeunes gens lors des périodes d'examen pour des séances de révision quatre étoiles, ma grand mère veillant aux nécessités bassement matérielles mais pourtant indissociables au bien être de l'esprit. Ils étaient comme ça mes grands parents. Chacun son caractère, c'est à dire bien trempé, doté d'une fierté personnelle que leur avait conféré leur opiniatreté au travail, partis de presque rien, devenus l'un des plus grands propriétaires fonciers du village, sans une dette, ce dont s'enorgueillissait mon grand père dont l'indigence vestimentaire affichée n'était pourtant qu'apparente. Quelque soit son allure, il n'avait pourtant pas peur de batailler férocement avec un Directeur de banque ou un négociant : le match costume cravate contre pantalon usé et charentaises était perdu d'avance, le franc parlé allié à l'élégance du verbe et à l'intelligence fine du paysan avaient raison des discours les plus retors .

    L'un des traits caractéristiques des familles italiennes, tout comme des familles dites "traditionnelles" repose sur une extraordinaire cohésion, renforcée en l'occurence par le déracinement originel qu'il a fallu compenser, ainsi que le partage de valeurs communes fortes : le respect d'autrui, l'honneur, le sens de la justice, et la valeur du travail, baigné dans une profonde foi religieuse. C'est du moins ce que j'en ai retenu. Si gamin ce sont des choses qui sont parfois lourdes à porter, car il est pénible pour un gosse de s'entendre seriner les mêmes refrains moralisateurs - en particuliers ceux liés au travail - j'avoue avec du recul que ce j'ai du mal à renier cet héritage qui au fond m'a profondément marqué et dont je mesure chaque jour davantage l'influence, à la lumière de mes expériences, de ma vie et de mon petit recul. J'ai une profonde horreur du favoritisme, aborre le mandarinisme - pourtant très en vogue dans les milieux universitaires où je traîne mes guêtres - et revendique une certaine droiture d'esprit quand bien même il m'arrive d'être totalement barré.

    Unis nous l'avons été jusqu'à la disparition du dernier de mes grands-parents paternels : chaque année pour les fêtes qui ponctuent le calandrier, la tribu Tambour Major se réunissait, plus ou moins spontanément, en une ou plusieurs vagues et il n'était pas rare que l'on se fasse du coude à table malgré les deux mètres de rallonge. Noël, Pâques, Toussaint, Nouvel An... la maison natale de mon père et de ses soeurs s'emplissait d'éclats de voix, de cliquetis de vaisselle, d'odeurs arômatiques, d'allées et venues, de crissements de pas sur le gravier de la cours, de têtes blondes et de cheveux gris. Oncles et tantes, cousins et cousines de toutes générations, même s'il nous arrivait ne n'y voir plus très clair dans cet arbre généalogique aux allures de dédale, chacun se sentait chez lui, le temps semblant n'avoir plus cours pour quelques instants de convivialité.
    Progressivement, la vie faisant son oeuvre, les têtes blondes ont grandi, les chaises ont sporadiquement commencé à s'espacer, d'abord une puis deux... la tabe à se clairsemer, les rallonges à rester davantage dans leur placard, pour finalement n'en plus jamais sortir. Désormais le plat en verre qui portait jadis en triomphe les gâteaux confectionnés par ma mère orne solitaire le centre d'une table autour de laquelle on ne rit plus. "Vous y dansiez petite fille / Y danserez-vous mère-grand..."

    Aujourd'hui, les éléments fédérateurs s'étant éteints, la tribu Tambour Major n'est plus tout à fait la même. Les fêtes n'ont plus la même saveur. Si mon frère tente de s'accrocher à un passé révolu et de perpétuer des traditions, il faut se rendre à l'évidence : rien ne sera plus comme avant et plutôt que de singer les souvenirs, il nous appartient d'inventer nos propres traditions, sans pour autant renier ce que nous avons vécus. Regard sur le passé, nostalgique... c'est l'éphémère, c'est la vie !

    J'ai déjà eu l'occasion de l'écrire (ou du moins de le penser très fort) , je ne crois pas au hasard mais aux coïcidences : lorsque des événements distants à tout point de vue entrent en résonance pour dévoiler un sens figuré qui nous échappe de prime abord. En ce moment, je dois être particulièrement "aware" car tout ce que j'observe converge. Peut être vois-je dans tout cela uniquement ce que je veux bien y voir, la subjectivité prenant le pas sur la sagesse du réalisme , mais comme je l'écrivais dans un précédent billet, ma rencontre avec des membres très lointains de la grande tribu Tambour Major est en train de donner une nouvelle dimension au mot "famille". Je ne saurais pas l'expliquer précisemment mais mon appêtit de rencontres, ma soif de connaissance, mes expectatives professionnelles, la volonté éperdue de découvrir le monde, doublés d'une sensation d'enlysement par une routine qui me fane, ont trouvé dans cette correspondance un exutoire qui sera peut être le vecteur privilégié d'un accomplissement personnel dans lequel je mets toute ma fougue.

    Découvrir de lointains parents à l'autre bout du monde, voilà une expérience peu banale...
    Etrangement, à une période de ma vie où je pensais avoir plus ou moins tiré un trait sur ce passé, le voici qui ressurgit avec éclat, comme un lien puissant vers le présent, un instrument fédérateur par delà les continents.
    Quand on aime la vie, on aime le passé, parce que c'est le présent tel qu'il a survécu dans la mémoire humaine.
    Marguerite Yourcenar


    L'avenir n'est jamais que du présent à mettre en ordre. Tu n'as pas à le prévoir, mais à le permettre.
    Antoine de Saint-Exupéry


    1 commentaire:

    1. C'est difficile de perdre ses grands-parents et de voir que la famille se recompose différemment. Nous avons longtemps fêté Noël en tribu, et puis la famille est devenue trop grande avec la naissance d'une nouvelle génération, et la disparition des plus anciens. Je comprends ton frère, je fais un peu comme lui.

      Je ne sais pas quel âge tu as et si tu sens ça aussi. Ce qui me gêne le plus, c'est d'apercevoir mes grands-parents en regardant mes parents.

      Le temps passe. Profitons-en vite.

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