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  • 28 avril 2009

    Identité

    Qui suis-je ?

    Les prémices du questionnement sur ce que je suis réellement n'est pas né d’hier et autant que ma mémoire me le permette, les doutes existentiels qui m'ont assailli et dont l’apogée s’est soldée par une profonde crise de déprime voici maintenant presque deux ans, remontent à ma plus tendre enfance.
    Je ne vais pas essayer de chercher des causes ni des explications à quoi que ce soit, tel n’est pas mon dessein ; mais plutôt décrire cet entrelacement d’éléments à partir duquel les Parques ont tissé l’étoffe de ce que je suis aujourd’hui.

    Je pourrais très bien débuter cette analyse en citant les premières pages de Proust décrivant l’angoisse du coucher :

    « A Combray, tous les jours dès la fin de l'après-midi, longtemps avant le moment où il faudrait me mettre au lit et rester, sans dormir, loin de ma mère et de ma grand'mère, ma chambre à coucher redevenait le point fixe et douloureux de mes préoccupations. On avait bien inventé, pour me distraire les soirs où on me trouvait l'air trop malheureux, de me donner une lanterne magique dont, en attendant l'heure du dîner, on coiffait ma lampe; et, à l'instar des premiers architectes et maîtres verriers de l'âge gothique, elle substituait à l'opacité des murs d'impalpables irisations, de surnaturelles apparitions multicolores, où des légendes étaient dépeintes comme dans un vitrail vacillant et momentané. Mais ma tristesse n'en était qu'accrue, parce que rien que le changement d'éclairage détruisait l'habitude que j'avais de ma chambre et grâce à quoi, sauf le supplice du coucher, elle m'était devenue supportable. Maintenant je ne la reconnaissais plus et j'y étais inquiet, comme dans une chambre d'hôtel ou de «chalet » où je fusse arrivé pour la première fois en descendant de chemin de fer. »


    Ces phrases, parmi tant d'autres - mais celles-ci en particulier - ont résonné en une profonde vibration lors de leur première lecture alors que je sortais du Lycée. A l'instar du narrateur, enfant, mon univers fut presqu’exclusivement féminin, partagé entre ma mère qui s’occupait de mon frère et moi, ma grand-mère qui nous gardait le soir après être venue nous chercher à l’école, mes « maîtresses » qui m’ont appris à lire, à écrire et à compter, enfin les petites copines d’alors avec lesquelles je passais l’essentiel de mes récréations – à moins que je ne demeurasse seul à rêvasser - tandis que les autres garçons jouaient bruyamment au foot. Non pas que mon père fut absent : je le voyais chaque soir après qu’il fut rentré des champs et passais tous les jours avant d’aller me coucher une bonne demi-heure sur ses genoux à feuilleter avec lui les pages de revues où s’étalaient tracteurs, herses-rotatives et autres engins agricoles dont je connaissais les noms par cœur. Mais la peur de la séparation d’avec ma mère fut pendant longtemps un drame dont ne j’explique qu’imparfaitement les raisons et il faut reconnaître que cela fut de nombreuses années durant une angoisse et une souffrance dont j’eus bien du mal à me départir.

    Si je conserve de mes années collège-lycée de très bons souvenirs sur le plan purement scolaire, je ne puis en revanche en dire autant quant à l’aspect strictement personnel, souvenirs auxquels je n’attache aucune forme de tendresses nostalgique. Car au mal être consécutif à la nette perception que quelque chose ne tournait pas rond s’ajoutait le poids d’un corps que je haïssais et dont j’ai encore du mal aujourd’hui à accepter la laideur. Aussi pour fuir ces démons qui s’invitaient régulièrement à faire la java dans les sinuosités laborieuses de mon esprit, je me réfugiais dans mes études où je rencontrais un certain succès, et la musique dont j’aime à me perdre dans les méandres lorsque rien de va plus. C’est à cette période je crois que remonte la magnifique cocotte-minute dans laquelle je me suis admirablement enfermé croyant que la vapeur finirait par retomber d’elle-même, pétri que j’étais de convictions religieuses dont je mesure désormais l’effet destructeur. Car bien évidemment non seulement la vapeur n'est pas retombée et elle a littéralement fait voler en éclat l'enceinte solidement charpentée où je tentais de la contenir bon gré mal gré, au prix d'efforts assez terribles et d'un moral en forme de montagnes russes quoique je ne laissais presque jamais rien paraître.

    Le déracinement du foyer familial et la prise d’indépendance qui suivit mon installation dans mon premier appart sur Toulouse marque, je le vois maintenant, le point de non retour d’un long cheminement intérieur. Quoique très sage et sortant peu, la marge de manœuvre ainsi octroyée me permit de discuter avec un certain nombre d'amis et connaissances que je savais vivre – ouvertement – la même chose que moi et dont j’admirais secrètement le courage, ce courage que je n’avais pas, par peur d’être moi-même, un moi-même inconnu et qu’il m’a fallu découvrir au fil du temps, comme un mur que l’on gratte pour découvrir la fresque dissimulée sous une consistante épaisseur de plâtre fissuré mais solidement arrimé dans la moindre aspérité de matière. Pourtant je m'obstinais à persister dans cet exercice de reniement dans lequel je croyais passé maître, mais à quel prix... Jusqu'au jour où - chose qui devait arriver - l'autoclave a fini par exploser en mille morceaux, et moi avec. C'était il y a, je l'ai déjà dit me semble-t-il, presque deux ans...

    Depuis, hé bien lorsque je me retourne j'avoue une certaine satisfaction de contempler le chemin parcouru et le travail que j'ai réussi à accomplir sur moi même, de voir que certaines appréhensions se dissipent progressivement sans pour autant se transformer en fierté mal placée et qu'aujourd'hui j'ai (presque) totalement intégré mon identité quoique je ne pense pas en avoir encore découvert toutes les facettes. Armé de solides amis dont le soutien indispensable et quasi infaillible m'a souvent été salutaire, secondés virtuellement par la kyrielle de membres, dont j'ai eu le plaisir de rencontrer certains et dont je me réjouis de faire la connaissance prochaine d'un certain nombre d'autres, d'un certain Forum dans lequel - après avoir été simple membre pendant un an - j'exerce désormais les fonctions de modérateur au sein d'une formidable équipe, cet univers qui m'effrayait - plus par ignorence qu'autre chose - est tout simplement devenu une part de mon quotidien, une part de moi... Ce moi qui m'étonne, ce moi qui me fait rire, qui me dégoûte parfois, et dont je m'accommode, chaque jour davantage.

    4 commentaires:

    1. Hello
      Ca fait drôle de lire ce billet
      Mais c est vrai que je me souviens d'une évolution dans ton blog (l'ancien que j ai connu depuis le début ....... et où j' avais été marqué par un de tes posts ( suis retournée voir : celui de février 2008) où j avais mis un commentaire ......
      En fait je vivais à peu près la m^me chose à ce moment là mais avec 10 ans de retard ... un mari et 3 enfants ... et j avais comme pressenti ce que tu voulais dire :)
      Depuis ma situation a aussi évolué .... avec néammoins un retour en arrière il y a quelques semaines .... qui n a pas fonctionné ... on ne se refait pas .... :)
      bises

      ps: si tu n a pas tout compris n'hésite pas à demander je t expliquerai lol

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    2. Et je me souviens aussi de cette sensibilité à fleur de peau que tu avais au début, où le moindre mot pouvant prêter à confusion te faisais entrer dans un malaise colossal... Dur de pouvoir parler de toi aux autres sans que tu t'en inquiètes...
      Ca fait du bien de voir que justement, tu as enfin trouvé qui tu étais et que le regard des autres t'effraie tout de même bien moins qu'avant...
      Tu te construis... t'occupes pas des finitions de suite, tu auras tout le temps de fignoler plus tard, trouve ton équilibre d'abord...

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    3. @ Fleurdeschamps : Un jour un ami m'a dit "la personne la plus importante dans ma vie, c'est moi". J'ai mis un peu de temps à comprendre qu'il avait raison.

      @ Méchant Chimiste : Thanx ;)

      @ Martin : Mici ^^ ars longa, vita brevis...

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