Rangez tout de suite vos mouchoirs, je ne viens pas en funeste messager vous annoncer le décès de la plus Lorraine des chanteuses françaises,
Patricia Kaas. Quoique à bien y réfléchir, le résultat n'en soit que tout voisin. En effet, si vous l'ignoriez encore malgré le début de battage médiatique qui nous serine depuis déjà quelques jours, sachez que Miss "Mademoiselle chante le blues" a accepté de représenter la France au prochain concours de
l'Eurovision.
Il est de grands mystères dans l'univers : Qu'y avait-il avant le "
big-bang" ? Qu'est-ce que la masse noire ? Le
boson de
Higgs existe-t-il vraiment ?
Maïté a-t-elle vraiment trucidé l'anguille qui tentait de fuir en direct ?
Elvis était-il un extraterrestre ? Sommes nous seuls dans l'univers ? Georges W. Bush a-t-il réellement failli s'étouffer avec un bretzel ? Et... le concours de
l'Eurovision.
Pour faire simple, le concours de
l'Eurovision est comme son nom l'indique, un concours, "le plus grand concours musical au monde réunissant chaque année plus d’une quarantaine de pays" nous indique
Wikipedia : au terme d'une interminable soirée de braillements plus ou moins insoutenables, de textes insipides ou incompréhensibles (
"Zemrën lamë peng" ou "Fångad av en stormvind.... ça ou vous parle autant qu'à moi hein ?) entrecoupés de séquences de vote aussi rébarbatives que soporifiques, est finalement désignée
la meilleure chanson du concours, rien de moins. Et quel est le prix qui récompense le vainqueur ? Je vous le donne dans le mille : ... heu, ben en fait personne n'en sait rien...! Encore une énigme de ce bien étrange concours.
Mulder et
Scully sont sur le coup... Ha, si tout de même : le pays dont la chanson triomphe remporte le droit
on-ne-peut plus enviable d'organiser le concours de l'année suivante.
Ça fait envie non ?
En résumé, il s'agit donc d'un banal concours de chant avec plein plein de participants.
Humiliée régulièrement depuis maintenant 30 années consécutives, la France espère cette
fois-ci laver pour de bon l'affront infligé depuis 1978 avec une régularité qui force l'admiration. Elle essaie donc de s'en donner les moyens en sortant l'artillerie lourde en provenance directe du front de
l'Est.
Il faut dire que la concurrence est très rude au pays de la chanson de variété et que nos impétrants n'ont peut être pas tout à fait saisi la mesure du défi qui leur est lancé : faire aussi bien que les autres. Et il faut reconnaître que la barre est haute, très haute, voire trop haute pour notre pauvre chanson française qui fleure bon l'accordéon, les fleurs bleues et les grands élans romantiques.
Souvenons-nous ensemble de quelques perles intersidérales découvertes ces dernières années chez nos voisins
eurovisionnesques.
Je vais être gentil, je n'en citerai que deux.
Nous sommes en 2006 et en direct sur France3. Après d'âpres négociations, tous les présentateurs refusant de collaborer à cette vaste farce (on dit que certains se sont même rongé le bras dans leur bureau pour échapper au supplice),
Claudy Siar et Michel
Drucker - punis pour avoir repris deux fois du gratin à la cantine - sont
d'astreinte ce soir là. La
Grèce vient d'asséner son redoutable "
Everything", chanson
joliette mais sans plus, interprétée par la
très jolie
Anna Vissi, vaporisant des
fragrances sirupeuses de
shamallows tièdes dans les chaumières, laissant sur son passage une moquette capiteuse de doux nuages bleus et roses. La chanson
cul-cul-la-praline dans sa quintessence.
Une fois passée la coutumière séquence des votes, c'est au tour de la
Finlande de présenter son titre. Et la prestation ne laissera personne de marbre... Venu tout droit de la planète
Zgrüütz (quatrième à gauche en partant de
Proxima du Centaure, à moins que ce ne soit la huitième à droite... je ne sais plus bien) le groupe
Lordi débarque sur scène. Êtres humains, animaux mutants ou gargouilles et chimères échappées d'une faille dimensionnelle ? Les téléspectateurs sont perplexes devant l'énigmatique prestation des
hard-métalleux-gothiques qui va
d'ailleurs aire sensation avec son tube "
Hard Rock Halleluja"
grace auquel la
Finlande terminera... sur la première marche du podium !
Dans le même temps la France, représentée par Corneille qui interprétait un très beau texte signé Pascal
Sevran - dont on ne pouvait pas dire qu'il était exactement en phase avec les attentes du grand public, terminait péniblement à la 22° place... sur 24. D'ailleurs, j'adresse un petit avis de recherche : si quelqu'un sait ce que Corneille est devenu depuis cette date, qu'il me fasse signe. Non pas que Corneille me manque particulièrement, mais j'aimerai simplement savoir comment il a réussi à se reconvertir : s'il a ouvert une épicerie de quartier ou s'il vend des
beignets sur la plage en été.
Un an plus tard, nous sommes donc en 2007, et toujours en direct sur France3. C'est au tour de
l'Ukraine, 18° participant, de présenter son candidat.
L'Ukraine, ce fier pays au riche passé historique, berceau de
l'Etat Slave occidental, gorgé de culture qui fleure bon le terroir, les instruments traditionnels et les chants
folkloriques, va faire sensation. Sous les yeux incrédules des spectateurs déboule
Verka Seruchka un
drag-queen joufflu paré d'un habit de lumière argenté qui aurait pu être signé
Paco Rabane, surmonté d'une
énorme étoile de noël, et se trémoussant sur un air d'accordéon rythmé par de la
techno hyper commerciale... On croit rêver ! Ce coup d'éclat
reléguant le grotesque au rang de décoration pour supermarché hissera tout de même
l'Ukraine à la seconde place. En face, la France représentée par les Fatals Picards finira à son désormais habituel 22° rang... sur 24.
Quelle conclusion tirer de tout cela quant aux chances de Miss Lorraine ?
Avant de vous livrer le fruit de mes réflexions, je vous propose de lire ensemble le premier couplet de la chanson que
Patricia Kaas interprétera le 16 mai prochain à
Moscou :
S'il fallait le faire
J’arrêterais la Terre
J’éteindrais la lumière
Que tu restes endormi
S’il fallait pour te plaire
Lever les vents contraires
Dans un désert sans vie
Je trouverais la mer
(...)
Il ne faut pas y passer trois plombes pour se rendre compte que ce texte n'est pas fait pour une musique pop
ultra-branchée qui fera vibrer tous les
dance-floors de la planète et par voie de conséquence qu'elle n'a qu'une chance infime de gagner. Hé oui, fini les années 70 où une mélopée roudoudou façon "L'oiseau et l'enfant" faisait chavirer les coeurs et chamboulait d'un coup d'un seul l'âme du plus rustres des bûcherons
d'auvergne.
Peut être
Patricia Kaas a-t-elle décidé de mettre un point final à sa carrière en
s'automutilant en direct devant des millions de téléspectateurs, s'infligeant une humiliation capable de provoquer instantanément une série d'orgasmes chez le plus
trash des
sado-maso ultra-hard-core, le genre qui ne bande que vautré dans des carcasses de porc en écoutant du
Francis Lalanne, pieds et poings liés
avec du barbelé militaire. Si quelqu'un a une explication rationnelle...
Mauvaise foi à part (moi de mauvaise foi ??) vous aurez compris mon pessimisme sur les probabilités d'un
dénouement heureux à cette histoire. J'ai en fait beaucoup de mal à comprendre comment une artiste comme elle a pu accepter de relever ce défi de l'impossible. Car de deux choses l'une : soit elle gagne et elle devient la nouvelle
Jeanne d'Arc, soit elle échoue et c'est la
disgrâce.
A moins que...
A moins que nos scientifiques n'aient mis au point l'arme ultime qui redonnerait à la France toute ses chances de remporter la victoire. Je veux bien entendu parler d'un générateur d'improbabilité infinie... (Qui a dit 42 ?) Mais c'est réellement improbable.
Bref, ne soyez pas étonnés si vous croisez Miss "Mademoiselle chante le blues"à l'épicerie du coin durant vos vacances à la Grande Motte ou en train de garder des moutons en Haute Corse l'été prochain... Je vous aurai prévenus !