31 mars 2010

Encore des mots...

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Cela vous a sûrement échappé, à vous comme à moi, mais la langue française est en grave danger.  C'est pas moi qui le dit, c'est notre secrétaire d'État chargé de la Coopération  et de la Francophonie, Alain Joyandet, dans son discours du 20 mars dernier. «Trop d’anglicismes sont entrés dans notre vie courante en France ces dernières années. Je pense notamment au domaine des nouvelles technologies ou à notre langage usuel » explique-t-il.

Aussi, afin de lutter contre l'envahisseur, avait été lancé en Janvier dernier le concours « Francomot » : des étudiants et élèves étaient invités à chercher des équivalents français à cinq termes anglophones : « chat », « buzz », « tuning », « newsletter » et « talk ». Les lauréats étaient récompensés hier mardi 30 mars. En exclusivité mondiale, Tambour Major analyse les résultats.

Le « Tuning », c'est cette activité freudienne connaissant un certain succès chez les beaufs, qui consiste à relooker sa bagnole de fond en comble pour qu'elle ne soit plus la caisse de monsieur tout le monde, mais la plus belle des louloutes qu'on se pignolerait presque devant tellement elle est magnifique (arrfgh... j'ai eu un orgasme). Le mauvais goût y a souvent la part belle, à grand coup de chromes aveuglants, de design suspect et autres multiplication de phares au radium concentré tellement puissants qu'on ne peut même pas les allumer tous à la fois sans vider instantanément ses batteries.
Plusieurs produits de substitution étaient proposés : « autodéco », « automotif », « autostyle », « persauto », « persoptimisation » ou « revoiturage », tous aussi laids les uns que les autres. A votre avis, lequel l'a remporté ? Vous avez 3 secondes de réflexion... Réponse : aucun ! La commission a préféré le sublime « bolidage » aussi gracieux qu'un canard empaillé dans une cuisine en formica ! Allez, bolidez-moi vite fait ce néologisme abscons !

Le deuxième mot proposé était « Chat » (prononcer Tchatt) traduit par la commission de terminologie par le mot « dialogue ». Le chat - qui se décline très facilement en « tchater » - je ne vous fais pas un dessin, le petit geek qui sommeille en vous sait parfaitement de quoi il s'agit. Que ce soit sur MSN, Skype, des fora de discussion ou des sites de drague de rencontre entre garçons sensibles, c'est une activité courante pour ne pas dire quasie-normale. En plus le mot présente le double avantage de la brièveté et d'une conjugaison simple (je chate, tu chates... que nous chatassions, que vous chatassiez...) apanage des verbes du premier groupe. Pourtant, son sort est désormais fait. Il faudra s'y résoudre.
Pour le supplanter la commission devait trancher entre  « claverbiage » que j'aime beaucoup, « convel »  abréviation de conversation électronique assez peu commode surtout parce que sa verbalisation me paraît hasardeuse, « cybercommérage » que je déteste, comme si blablater impliquait nécessairement le commérage, ce qui n'est pas toujours faux, « papotage » ou l'on croit demander à la personne si elle aime la soupe,  et  encore « toilogue » à l'étymologie douteuse car elle me semble erronée dans cette orthographe. 
Finalement ce sont l'étrange « éblabla » et l'insipide « tchatche » qui ont eu la faveur du jury. Les goûts et les couleurs...

La commission voulait ensuite éradiquer le mot « Buzz » très à la mode en ce moment. Le Buzz est un phénomène de masse qui consiste pour le tiers de la planète à aller voir en très peu de temps la même vidéo idiote d'une autruche percutée par un deltaplane en pleine pampa ou toute autre vidéo dont  « on » nous dit qu'elle est un buzz. Car le phénomène du Buzz a ceci de particulier qu'il s'autoalimente souvent, tel un trou noir, par la béance de son insondable vide. C'est un Buzz donc c'est un Buzz. Il suffit que celà soit dit une fois pour amorcer le processus irréversible de fission neuronale.
Avant d'aller plus loin et que vous compreniez l'urgence de lui trouver un remplaçant, sachez au passage que la traduction officielle actuellement retenue est « bourdonnement ».
Pour « buzz », les candidats ont évoqué les mots « actuphène, bruip, cancan, écho, échoweb, foin, ibang, potins ou réseaunance ». Je ne les commenterai pas tous mais pointerai simplement « Ibang » qui me fait irrésistiblement penser à « gang-bang » (oui j'ai l'esprit un peu mal tourné en ce moment) ... On pourrait  parfaitement concevoir qu'un Ibang soit un gang-bang par webcam interposée... Une certaine manière de faire le buzz en somme !
Tranchant le débat (et non pas les ébats) dans le vif  le jury nous informe qu'il a beaucoup aimé le mot « barouf » pour finalement retenir le mot « ramdam », tous deux déjà existant dans notre bonne vieille langue française, l'un étant par ailleurs le synonyme de l'autre. Tout ça pour ça...

Le quatrième mot proposé était « Newsletter » platement traduit par la Commission de terminologie par « lettre d’information ».
Les candidats ont inventé des mots rigolots comme « niouzlettre » ou « journiel », l'énigmatique « plinfo », les très laids « inforiel » et « jourriel ». Pour le coup, le choix du jury est plutôt sypathique et je trouve le néologisme assez réussi : c'est désormais une « infolettre ».
 
Enfin le cinquième et dernier mot dont la tête devait tomber était « Talk » traduit par la commission de terminologie par le mot « émission-débat ». Bon, je me demande quel besoin de créer une commission spéciale pour remplacer un mot aussi con que celui là dont tout le monde connait la signification et auquel on peut aisément substituer « conversation » ou « débat ». C'est à croire que la simplicité n'est pas de ce monde car les méninges ont tourné assez fort dans la boite à cerveau. En effet, nous pouvons regrouper les propositions faites à la commission en deux deux catégories. Tout d'abord le groupe des digestes, quoique plates : « causerie », « parlage », « parlotte » et  « débadidé » que j'aimais bien.  D'autre part les capilotractées faisant preuve d'un peu trop d'abstraction à mon goût telles que « discut’ », « échapar », « débatel » ou encore « débafusion » dont je me demande encore ce que la fusion vient faire là dedans. Finalement le jury a retenu simplement le mot « débat ». Là encore, tout ça pour ça...   

Faites donc bien attention à ce que vous allez désormais dire ou écrire. Ainsi ne dite plus :
après avoir reçu la newsletter, je me suis inscrit sur un tchat de tuning puis ai participé à un talk qui a fait le buzz.
mais : 
après avoir reçu l'infolettre, je me suis inscrit à un débat de bolidage puis ai participé à un éblabla qui a fait le ramdam.
Ca envoie du slip non ?

29 mars 2010

Alice in Wonderland

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Comme beaucoup de monde j'attendais avec impatience la sortie du dernier opus signé Tim Burton. D'une part parce que j'aime beaucoup le travail de ce réalisateur pour son univers sombre et torturé tout autant que loufoque et décalé ; d'autre part parce j'avais hâte de découvrir comment l'ami Burton allait s'approprier le monde fantasmagorique de Wonderland dans lequel il m'était tout à fait concevable qu'il se sentit chez lui. Pour tout dire j'attendais beaucoup de ce film qu'un matraquage publicitaire rondement mené laissait désirer depuis quelques longs mois.

L'histoire de Alice, tout le monde la connaît dans ses grandes lignes, soit que l'on ait vu le dessin animé de Disney, ou bien la série animée diffusée à la télévision dans les années 80, ou encore - pour les plus valeureux - qu'on ait lu l'oeuvre de Lewis Carol.
Pour résumer, Alice, c'est 50 kilos d'héroïne... Cette petite fille de la bonne société Londonienne voit des lapins qui courent partout, un chat qui vole, des oeufs qui marchent sur un mur (du moins dans la version originale : l'absence de Humpty-Dumpty dans la présente fait cruellement défaut ce me semble) et des chenilles qui fument le narghilé. Je sais, on en a enfermé pour moins que cela. Mais que voulez-vous, la protection de l'enfance n'est plus ce qu'elle était ! Pour en venir au film à proprement parler, rien de révolutionnaire dans l'assiette. Alice se trouve en prise avec l'inoxydable Reine de Coeur qui, au gré de sa mauvaise humeur, fait régner la terreur sur Wonderland. Le scénario est assez linéaire, sans surprise ni réelle originalité ou une quelconque prise de risque. Disons que c'est du Disney familial destiné à plaire au plus large public. Les chtites n'enfants comme les plus grands y trouveront mille raisons de s'émerveiller - les effets spéciaux numériques sont là pour vous garantir le spectacle, d'autant que l'utilisation sympathique de la 3D apporte une profondeur visuelle discrète mais tout à fait appréciable. Si je n'ai étonnamment pas été conquis outre mesure par le Jonny Deep grimé en chapelier fou, la Reine de Coeur m'a en revanche paru parfaite dans son rôle. La Reine Blanche vaut aussi son pesant de cacahuètes, dans un registre assez différent toutefois. Tout cela fait de Alice un très bon divertissement, parfois assez drôle d'ailleurs. J'ai au demeurant passé une bonne soirée derrière mes lunettes 3D. 
Voilà voilà...

Mwoui... voilà voilà... Car, vous le sentez bien, il y a un hic.
Si j'allais voir Alice ce soir ce n'est pas tant pour l'histoire en elle même - dont le ressort a été usé jusqu'à la moelle, parfois brillamment, je pense en particulier au fabuleux Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro sorti en 2006 - mais pour l'univers Tim-Burtonien dont je parlais plus haut, celui que j'avais adoré dans Edouard aux mains d'argent, Sleepy Hollow, Big Fish ou encore L'Etrange Noël de Mister Jack, et que j'avais cru reconnaître dans le génial Coraline dont il n'était pourtant pas l'auteur. Alors, certes on retrouve ses marques, l'image est parsemé de références désormais classiques, presque des figures imposées, telles que les arbres aux inquiétantes branches noueuses, on reconnait le moulin à vent dégingandé qui a fait la renommé de Disney en 1937 avec son court métrage The old mill, la folie des personnages est bien présente, mais... mais pas beaucoup plus en réalité. Je n'ai pas retrouvé dans cet Alice ce qui jusqu'alors m'avait fait aimer le cinéma de Tim Burton. Pire... j'ai eu l'impression de voir une sorte de cousin éloigné de Harry Potter, ou du Monde de Narnia ! Où sont passées la noirceur ténébreuse, la puanteur infernale, les errances délirantes de personnages emportés dans les élans d'une irrémissible folie ? Où sont les peurs refoulées de notre enfance, celles qui nous prennent au tripes et nous glacent d'effroi et auxquelles il faudra pourtant faire face ? Wonderland m'est apparu assez gentillet et bien loin, dans ses cotés obscurs, des méandres dans lesquels Burton aurait pu, avec son génie habituel, lui construire un décorum cousu main.

Peut-être également ai-je, à un tout autre niveau, été indisposé par la logorrhée d'images de synthèse qui composent à peu près l'essentiel du visuel, acteurs compris.  Etrangement je m'étais déjà fait la réflexion pour Avatar sans que cela me dérange au delà du raisonnable. Mais ce coup ci fut différent. La différence entre des décors réels et des décors en images de synthèse est... que cela finit par se voir !! J'en veux pour preuve un exemple tout simple : l'animation d'une feuille de fougère. En image de synthèses c'est beau, c'est tout lisse, sans aspérités ; il n'y a pas cet infime frémissement aléatoire, cette petite ondulation disgracieuse à peine perceptible mais bien présente qui différencie un univers virtuel mathématiquement idéalisé de l'univers réel imparfait. Mais plus encore que les décors dont je peux comprendre la nécessité de recourir au tout numérique, le tripatouillage morphologique des acteurs m'a laissé perplexe et assez peu séduit. Mais peut être suis-je vieux jeu...

Au final, Alice in Wonderland à la sauce Tim Burton laisse un bilan mitigé. Si j'ai effectivement passé un agréable moment, je ne suis en revanche pas certain d'avoir aimé le film qui m'a déçu.
Dommage.


Voir aussi l'avis de Patrick Antoine, Alban.

27 mars 2010

Bas les pâtes !

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Bon, ça y est... j'ai lamentablement craqué.
Oscar Wilde justifiait ses basses pulsions les plus inavouables en affirmant que l'on peut résister à tout sauf à la tentation. Et c'est vrai. Car, je le confesse volontiers, tel le Christ au  désert, en cette semaine de Carême, j'ai été tenté par le démon. Je lui ai même ai cédé, sans retenue.

Après des semaines de longues et inutiles tergiversations, car je savais quelle serait l'issue de ce combat inégal contre ma raison, je me suis livré aux tourbillon de mes désirs les plus fous. Désormais je n'ai plus honte de rien... Je suis irrécupérable.

L'objet de mon forfait ? Argf... Je me suis acheté une machine à pâtes. Une vraie. Toute simple, manuelle, sans fioritures. Avec une manivelle qu'on tourne. Made in Italie.

 
C'est-y pas bô ? La photo de droit montre la filière à spaghettis et celle pour les tagliatelles. Au fond c'est le laminoir proprement dit, réglable 9 positions, ce qui est un peu moins que le Kamasutra. A moi de nouvelles orgies culinaires ! Mwouaahahahahaa...  [rire sardonique] 

Je vais enfin pouvoir refaire des pâtes fraîches sans laborieusement passer 1/2 journée à travailler mon abaisse au rouleau à pâtisserie, à m'en faire péter les biceps comme la dernière fois, même si le résultant valait bien quelques crampes... Avec le matériel adéquat tout devient tellement plus facile !

Mon premier test sera tout simple : des lasagnes (petit clin d'oeil à Anouchka ) cuisinées de "B" à "W". Oué, manqueront quelques lettres, notamment au rayon fromagerie où je m'abstiendrai de préparer ma mozzarella  et mon parmesan moi même... Laissons cela aux professionnels.

Bientôt sur vos écrans !

Moi, je m'en pourlèche déjà les babines. smileys Manger

25 mars 2010

En sortant de l'école

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Une petite saynète impromptue qui m'a fait sourire la semaine dernière. Une belle fin d'après midi ensoleillée à coté de l'université, sur un large trottoir bordé de barreaux blancs entre lesquels un prunier en fleurs étend son printanier panache de pétales immaculés. J'allais, le nez au vent et respirant à pleins poumons la douceur des premiers jours de la belle saison tant désirée, rejoindre les gros bras de la salle d'hatléro, le cerveau encore embrumé par mes lectures du jour.

Venant à ma rencontre, deux souriantes petites filles aux cheveux longs, deux espiègles petites princesses blondes de cinq ans à peu près, devancées par une jeune femme que j'ai pris la liberté d'identifier comme leur maman. Elles chantent. Vraiment elles ont l'air heureuses et chantent à tue-tête avec ardeur un air que je ne parviens pas à identifier à cause du bruit de la rue qui couvre un peu leur voix. Sûrement une comptine que leur a apprise la maîtresse en classe, le genre de chansonnette dont on se souvient encore grands parents et que l'on se plait à transmettre à ses petits enfants pour les faire rire, pensais-je. Par un jeu d'association d'idées, je me retrouvais aussitôt plongé dans des souvenirs d'enfance refaisant surface du tréfonds de ma mémoire, des odeurs de pomme au four, la lumière si particulière de la cuisine où nous goûtions mon frère en moi, des images flasques et les sonorités floues de voix lointaines...

Perdu dans mes pensées, nous nous rapprochons pas à pas, jusqu'au moment où, l'espace de quelques secondes, nous nous croisons. Je m'arrête silencieusement, au prétexte de leur céder le passage obstrué par une voiture mal garée ; mais surtout pour mieux les écouter. Je reconnus alors instantanément cet air que je m'étonnais d'entendre sortir de gorges si juvéniles :
Albator, Albator
Le corsaire de l'espace
Albator, Albator
Même si tu parais de glace
Ton coeur est bon
Ton coeur est grand
Comme le coeur d'un géant
Retombant brutalement de plein pied dans la réalité, je regardai, éberlué mais le sourire aux lèvres, passer sous mon nez les deux petites choristes sautillantes. Non seulement elles chantaient assez juste, avec toute la relativité que sous entend la fraîcheur de leur jeune âge, mais surtout elles chantaient les bonnes paroles, et sans la moindre once d'hésitation ! J'ai été scotché. Ce n'est pourtant pas de leur génération Albator... Et moi qui ai été bercé toute mon enfance par les aventures du plus célèbre Corsaire de l'espace, je ne les connais même pas les paroles de ce foutu dessin animé... 

Immobile sous le grand prunier en fleurs, je regardais les deux anges blonds s'éloigner d'une démarche dodelinante, leur voix s'évanouissant sous la voûte rayonnante du ciel azuré, avant de reprendre ma route  et continuais un peu plus loin, le coeur réjoui, ma vie presque ordinaire.

22 mars 2010

Televisio delenda est

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J'ai pris une grande décision ce week-end. Elle n'a point surgi dans mon esprit comme une fulgurance mais mijotait entre deux neurones depuis un bon bout de temps, en arrière plan, insensiblement mais efficacement. Un petit bout d'idée qui a fait son chemin, une évidence qui m'est apparue samedi soir alors que, enveloppé d'une douce lumière et blotti dans une couverture, je feuilletais quelques bouquins laissés en attente, écoutant de loin en loin le Pont des Artistes. Je vais me débarrasser de ma télévision.

Non pas pour jouer les esprits rebelles et me la jouer grand intello qui ne se laisse pas amadouer par les sirènes de l'espace de cerveau disponible ou encore qui se targue de déjouer ainsi les plans machiavéliques d'abrutissement intensif des masses populaires. Quoique ... Mais non. Même pas. Car je regarde déjà assez peu la télévision, à laquelle je préfère de très loin la radio et mon amie France Inter à laquelle je suis abonné depuis mon enfance et que déjà dans la cuisine familiale, à l'heure du petit déjeuner, résonnait la voix d'Alain Rey juste avant que nous ne prissions le chemin de l'école.

La télévision m'ennuie. Je ne lui trouve que peu d'intérêt. Hormis quelques émissions sur les chaines publiques - toutes disponibles désormais en replay sur les sites internet des dites - les chaines commerciales m'ennuient, me navrent, me dégoûtent. La TNT n'a rien apporté de bon, si ce n'est rabaisser le niveau général en multipliant des offres aussi indigentes que médiocres. Je n'ai même pas la TNT chez moi... ni n'ai pris l'option TV pour laquelle mon fournisseur d'accès m'a encore sollicité la semaine dernière par téléphone.

Je ne sais pas exactement ce qui me pousse à mettre l'objet au rebut. Je réalise toutefois que depuis longtemps je ne lis plus autant qu'auparavant et que cela commence à sérieusement me manquer. Je constate que l'un des seuls instants où je pourrait m'adonner à de saines lectures lorsque je ne suis pas occupé ailleurs par une vie sociale foisonnante, serait un moment du soir, entre le repas et le coucher, aujourd'hui hypothéqué par le vortex infernal qui me happe lorsque je m'affale sur le canapé vers 21 heures pour regarder un programme quelconque qui souvent ne me satisfera pas. Je m'aperçois en outre que mes petits plaisirs du samedi matin m'absorbent au delà du raisonnable alors que je pourrais consacrer ce temps à tout autre chose de bien plus constructif, à commencer par la corvée du ménage !  La télévision est un formidable outil de procrastination, un psychotrope violent...

Tandis que j'écris ce billet, je contemple, amusé, le meuble bas sur lequel trône ma bonne vieille cathodique 16/9° en parfait état que j'ai promise à mon frangin et imagine déjà la couleur de la bibliothèque - sûrement bleu cyan - et la forme du fauteuil confortable qui tantôt occuperont cette place.
Le progrès est en marche.

18 mars 2010

Lui, qui s'appelait...

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A quelques jours près, cela fait deux ans qu'il s'est immiscé dans ma vie. Le hasard fait parfois bien les choses. Mais parfois je me demande s'il est bon que certaines d'entre elles soient arrivées.

C'était un mercredi soir de mars 2008 ; une invitation inconnue à ouvrir le dialogue sur MSN. Je croyais à un emmerdeur et m'apprêtais à l'envoyer bouler rapidement, prêt à en découdre, comme on se débarrasse de ces indésirables qui vous assaillent au téléphone pour vous proposer une véranda ou un abonnement dont vous n'avez pas besoin. J'acceptais malgré tout d'entrouvrir ma porte virtuelle à cet étranger dont j'ignorais le dessein. Les présentations furent des plus communes : 
"Salut / Salut" - "Comment ça va ? / Ca va et toi ? " - "Oué ça va. J'ai eu ton adresse sur le forum". Puis vint une une question posée tout de go : "T'es Gay ?".

Cette question étrange ne manqua pas de m'interpeller eu égard à la nature dudit forum. Intrigué, la conversation s'amorce et durera une courte heure, fort intéressante. Il me fit part de ses doutes sur sa sexualité, de la difficulté d'assumer cette part d'ombre au sein de sa famille musulmane, de sa relation déclinante avec son actuelle petite amie, de son attrait naissant pour les garçons... Nous discutâmes à bâtons rompus, sans trop de tabous, mais avec une certaine pudeur. "Ca me fait du bien de parler avec toi me dit-il ; tu es la première personne à me prendre au sérieux".

Mon interlocuteur revint frapper à la porte quelques jours plus tard et la fréquence de ses passages allait en augmentant au même rythme que la durée de nos conversations s'allongeait. Nous faisions progressivement connaissance, en toute innocence, nous partagions sur nos goût musicaux, nos films favoris... Fan de hip-hop et break-dancer à ses heures, il me présentait son univers, bien loin du mien, mais que je me plus à dévorer à pleines dents, allant de découvertes en coups de coeur musicaux pour des mélodies et des rythmes dont j'ignorais qu'ils pussent faire partie de ma cosmogonie inconsciente. Sans le savoir, nous commencions à nous attacher l'un à l'autre.

Un soir nous échangeâmes quelques photos. Il était vraiment très beau... De taille moyenne, d'allure sportive et décontractée, brun comme le sont les gens du Bosphore, une barbe délicate lui ourlait l'ovale du visage qui mettait en valeur ses grands yeux ébène pétillants respirant la joie de vivre. De belles dents blanches qui se détachaient sur sa peau mate lui dessinaient un sourire naturel et rayonnant.

"Tu me plais bien" me dit-il. "C'est réciproque" lui répondis-je.
J'étais irrémédiablement sous le charme...

Vint le jour où nous décidâmes de nous rencontrer. Nous en avions l'un et l'autre très envie. Malheureusement une géographie défavorable rendait l'opération fort peu aisée. Cet obstacle ne fut pourtant pas rédhibitoire et je le vis quelques semaines plus tard débarquer en pleine nuit, perdu au beau milieu de Toulouse après avoir traversé l'hexagone huit heures durant et pris la mauvaise sortie sur la rocade. Je le retrouvais finalement à l'autre bout de la ville, sous la silhouette bienveillante d'un immense immeuble, dans la tiédeur d'une nuit d'avril. Il était quatre heures du matin passées lorsque nous nous prîmes pour la première fois l'un dans les bras de l'autre, seuls au monde. Nous passâmes ensemble des heures qui restent à ce jour je crois, parmi les plus merveilleuses et les plus intenses de ma vie sentimentale.

Le moment de son départ fut un déchirement. Mais nous nous retrouvâmes bien vite via MSN où, quoique assaillis de doutes, nous nous efforcions de bâtir un semblant de quotidien, malgré la distance. En dépit de cela, je vécus des semaines euphoriques d'insouciance et de bonheur cotonneux.

Nous nous revîmes une fois encore, à Toulouse également, pour un autre week-end qui fut l'occasion de nous dire certaines choses assez fortes, le genre de chose qu'on ne dit normalement pas à la légère ; avant de nous séparer sur le quai de la gare. Je le vis s'engouffrer parmi la foule et s'évanouir dans la multitude anonyme. C'est la dernière image que je garde de lui. J'ignorais à cet instant qu'il n'y en aurait jamais d'autre.

Ma vie s'est arrêtée provisoirement à la veille de mes 30 ans... Il m'annonçait qu'il ne pouvait pas continuer. Que ce n'était pas possible. Que sa famille ne l'accepterait jamais. Qu'il n'aurait jamais dû me contacter. On s'effondre en larmes... On se quitte. Puis vint le silence. Le vide amer et solitaire.

Quelques jours plus tard, j'arrosais mon anniversaire, et avais pour l'occasion convié mes amis depuis plusieurs semaines ; amis dont la plupart ignoraient alors ma préférence pour les garçons. Ce soir là l'ambiance se devait d'être à la fête... et moi au milieu d'eux, effondré, en plein décalage, partagé entre le plaisir de les voir autour de moi et l'ivresse du désespoir. Six mois me furent nécessaire pour me relever. Je n'en ai jamais rien dit.

Je n'ai jamais vraiment eu de nouvelles de lui. Un mail seulement, dans lequel il me disait avoir du mal à m'oublier, que ce n'était pas si simple de passer à autre chose. De mon coté, je supprimais progressivement les traces qu'il avait pu laisser : ses photos, son numéro de téléphone, les archives de nos conversations MSN que je relisais parfois, pour me souvenir...

Souvent encore je pense à lui, non sans émotion. Il est certaines musiques que je ne puis plus entendre sans songer à ce garçon ; il est certaines rues de Toulouse qui sont encore trop marquées par sa présence : ce porche sous lequel nous nous sommes embrassés à l'abri des regards, ce pont depuis lequel nous avons observé le soleil empourprer la ville, ce banc sur lequel nous nous sommes assis pour contempler la Garonne.

La semaine dernière encore, alors que je me rendais à la gare, un groupe de jeunes se livrait à des battles de break-dance dans l'un des halls d'entrée, sur un fond sonore de Gorillaz, un de ses groupes fétiches. Aussi stupide que cela puisse paraître, je me suis surpris à les dévisager l'un après l'autre, juste pour voir s'il n'était pas l'un d'entre eux... au cas où...

Notre relation n'a durée que peu de temps, quelques mois à peine, et je réalise aujourd'hui sa grande part d'utopie. J'en ai tiré les leçons, j'ai beaucoup appris sur moi. Je ne regrette rien sauf peut être ce sentiment d'inachevé qui plane lorsque malgré moi je me demande : "Et si...?". Pourtant, ce billet en est témoin, j'ai beaucoup mal à les oublier ces jours heureux, et à l'oublier lui aussi,

Lui, qui fut mon premier amour.

Lui, qui s'appelait ...

... qui s'appelait ...

... qui s'appelait ...




* * *
Epilogue : 

Ce billet est sûrement celui qui a patienté le plus longtemps dans mes tiroirs. Maintes fois entrepris, maintes fois effacé, puis recommencé, effacé encore... il est le fruit d'une longue gestation. Car certaines choses ont besoin de temps et que peut être le temps est venu.
Ne vous méprenez pas sur le sens à lui donner : s'il m'arrive de jeter un oeil attendri sur les vestiges du passé, c'est campé sur mes deux jambes que je regarde droit devant confiant. Et plein d'espoirs.

15 mars 2010

Fantôme

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Parfois j'ai l'étrange
et désagréable sensation
d'être l'invisible, l'impalpable,
celui qu'on voit sans regarder
celui qui aime sans être aimé
la parole qui réconforte
l'épaule sur laquelle on prend appui
la joue que l'on oublie ;
une âme errante
qui ni n'effraie ni ne séduit
qui à force de s'occuper des autres
finit par s'oublier elle même
et qui souvent en silence
pleure derrière son masque de joie.

11 mars 2010

42 !

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Des voitures, des nounours, des pigeons et... et ... Voyez par vous même !! (et en plein écran)


What else ?

The Ghost Writer

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Un homme
écrivain de l'ombre, le Ghost Writer - superbement incarné par Ewan Mc Gregor - chargé de terminer le travail commencé par un prédécesseur mystérieusement retrouvé échoué sur une plage alors qu'il regagnait le continent en ferry. Auteur d'un premier succès d'édition, peu charismatique, il ne sait pas encore que le monde politique est sans pitié.

Adam Lang 
ancien Premier Ministre Britannique, a commencé à écrire ses mémoires, secondé par son bras droit, celui-là même qui fut retrouvé noyé sur la plage. Il compte bien mener la rédaction à son terme.

Une somptueuse maison
lieu de solitude, entourée de sables et d'herbes des dunes. Vaste et froide, presque sinistre, au luxe retenu. Plus qu'un simple décors, élément actif de l'intrigue, déployant d'impudiques baies vitrées sur l'inquiétante immensité désertique ou la bâtisse semble s'être échouée. A l'abri des regards. A l'abri du monde. Un havre de paix pour autant ?

Un énorme manuscrit
conservé dans le tiroir sécurisé d'un vaste bureau. Oeuvre du prédécesseur, objet de beaucoup trop de précautions pour un simple tas de feuilles.

Des femmes
hantent la masculine demeure. Amelia, au bord de la crise de nerfs, et Ruth, épouse de Adam Lang, au charme austère. A leur service, un couple de chinois, un peu inquiétants dans leur attitude trop réservée et le silence de leurs pas éthérés.

Un grain de sable
va perturber le travail de notre Ghost. De lourdes accusations viennent d'être portées contre celui dont il est en train de construire le piédestal, qui mettent en émoi toute la communauté internationale. Il est question d'actes de torture, de prisonniers de guerre, de tribunal pénal international. Pris en étau dans une histoire politique qui le dépasse, que faire : continuer au risque d'entacher sa réputation d'écrivain, ou fuir ? Mais comment fuir quand des manifestants et la presse assiègent les lieux ?

Des pièces de puzzle
dont le sens échappe au premier abord et dont il faudra préalablement glaner les morceaux manquants. Leur sens est fuyant, comme les protagonistes de cette histoire dont il faudra beaucoup de persévérance pour percer les mystères. De fausses pistes en vraies découvertes, notre Ghost va dérouler le fil de l'intrigue, fil dans lequel pourrait bien être tressée la corde de son gibet. Le même qui a conduit son devancier à disparaître dans d'étranges circonstances ? 

Flottement
du personnage principal qui évolue d'incertitudes en incertitudes ; flottement du spectateur qui évolue au même rythme, celui de la lenteur, dans la pesanteur de la vaste demeure des Lang battue par la pluie. Superbement mis en images, la photographie de The Ghost Writer est magnifique. Le travail sur les couleurs confère à ce film une ambiance délicieusement dissonante mettant en opposition constante la franchise des matières, des textures foisonnantes de détails, face au flou régnant dans l'esprit du nègre qui évolue dans un monde si peu familier, celui des grands de ce monde qui font et défont la planète. Cela sent la théorie du complot, mais quel complot ? Qui en sont les acteurs ?  Dans quel but ? A qui se fier ? Qu'avait réellement découvert le premier Ghost dont le décès soulève trop de questions ? Le malaise du personnage, désarmé face à des enjeux qui le dépassent, est admirablement communicatif et l'on se plait à se laisser perdre dans cette histoire dont le coeur de l'énigme reste soigneusement gardé. Jusqu'à la fin.

Voir aussi l'avis de Elliot

10 mars 2010

La face cachée des mots.

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C'est pénible les gens qui ne savent pas ce qu'ils veulent.

Hier soir je devais retrouver Petit Chat Sauvage après que nous nous soyons recroisés la semaine passée. C'était prévu depuis samedi matin. On s'était mis d'accord l'un et l'autre pour passer une soirée ensemble et faire des choses d'adultes discuter de l'opportunité de créer un Fonds Monétaire Européen. Aussi en sortant de chez moi hier matin, prévoyant, je lui envoyais un texto qui fut à l'origine d'un bref mais intense échange épistolaire :
Moi - Kikoo ! On se voit toujours ce soir ?
Lui - Kikou ! C'est plus d'actualité. Je vois un gars dans deux jours et je lui ai promis d'être sérieux.
Moi - T'aurais pu prévenir !
Lui - Ben, on l'a décidé que hier soir.
Moi - OK. Dommage.
Voilà qui est clair et qui met fin à l'insoutenable suspens dont certains d'entre-vous s'étaient fait l'écho en commentaire du billet précédent. Rassurez-vous j'ai été fort et me suis vengé en giflant des orphelines avec un gaufrier toute la journée pour me passer les nerfs.

En dépit des apparence et malgré sa brièveté, il ne s'y faut pas tromper, cette courte passe d'armes fut en réalité le siège d'une guerre psychologique terrible qui s'est jouée en trois actes dont le déroulement peut échapper au premier regard.
Revenons quelques instants sur la face cachée des mots.

Séquence 1 : l'amorce.
- Kikoo ! On se voit toujours ce soir ?
Traduction :
- Kikoo ! On baise toujours ce soir ?
Jusque là ça va. Pas trop dur. Ben oui, passer la soirée ensemble implique nécessairement - le connaissant et me connaissant - une séquence galipettes obligée. La petite gêne perçue chez lui vendredi dernier était en réalité, il me l'a confié, une violente montée de testostérone suivie d'un cortège de visions fantasmatiques que la morale m'interdit d'évoquer ici. Bref... On devait se voir.

Séquence 2 : la réplique.
- Kikou ! C'est plus d'actualité. Je vois un gars dans deux jours et je lui ai promis d'être sérieux.
Là ça devient beaucoup plus compliqué. Soit on peut prendre le message pour argent comptant ce qui se traduit par une variante 1 :
- Kikou ! C'est plus d'actualité. J'ai rencontré l'homme de peut-être ma vie et je lui ai promis d'être sérieux en attendant qu'on se voie.
Soit on admet l'improbabilité du propos, ce qui conduit à la possibilité d'une variante 2 :
- Kikou ! J'ai plus envie de te voir ce soir en fait. Du coup je vais essayer de te faire gober n'importe quoi pour faire passer la pilule.
Oui, un petit quelque chose - peut être ma courte expérience avec lui  et un début d'habitude de ses insondables tergiversations ? - me fait pencher pour la seconde hypothèse. Mais n'étant pas très sûr du sens réel de ses propos, le doute devant bénéficier à l'accusé, ma réponse se devait d'être subtile et permettre une double interprétation selon que l'on se plaçait à l'aune de l'une ou de l'autre des variantes précédentes. Dès lors mon
- T'aurais pu prévenir !
peut signifier selon qu'il répond à la variante 1 :
- Tu te foutrais pas un peu de ma gueule ?
ou, selon que l'on prend le parti de la variante 2 :
- Tu te foutrais pas un peu de ma gueule ?
Séquence 3 : la tentative de justification. 
Elle est terrible celle là. Mise en accusation, notre girouette tente de riposter dans un dernier soubresaut pour sauver les apparences, par un ambigu :
- Ben, on l'a décidé que hier soir.
où j'ai cru lire en réalité :
- Nan mais en fait je sais pas ce que je veux...
Ma dernière réponse fut pour le moins courtoise :
- OK. Dommage.
dans lequel il faut comprendre un cinglant :
- Va chier.
 Du coup pour occuper ma soirée je suis allé au cinéma voir The Ghost Writer, dont je vous parlerai prochainement...

6 mars 2010

Retrouvailles

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J'avais quitté Petit Chat Sauvage en bons termes. Il ne se sentait pas prêt à s'engager dans quoique ce soit et je devais admettre cet état de fait, quoique ce ne fut pas exactement ce dont j'avais envie. Certaines choses ne se décrètent pas. Hélas. Ou tant mieux. Mais malgré tout, ni lui ni moi ne tenions réellement à mettre un point final à ce qui était au fond une amitié sincère. Aussi nous nous croisons encore régulièrement sur MSN où nous discutons toujours avec plaisir et malice de notre quotidien, de notre vie, de nos états d'âme, de ce qui va bien et de ce qui va moins bien. C'est étrange d'ailleurs de pourvoir parler à bâtons rompus avec quelqu'un sans tabou, sans sentir de gêne ni d'un coté ni de l'autre, parce que notre courte histoire commune nous a mené beaucoup plus loin que ce à quoi une simple amitié mène généralement en si peu de temps. Et  certainement aussi parce que l'affinité réciproque n'était pas feinte.

Hier soir j'étais à l'Hôtel Saint Jacques pour une expo d'art-thérapie organisée par les services psychiatriques des hôpitaux de Toulouse. C'est Nad, mon amie psy, qui m'avait proposé d'aller y faire un tour. Petit Chat Sauvage, qui travaille lui aussi dans en milieu hospitalier et à qui j'avais posé la question, m'avait répondu qu'il serait occupé ailleurs avec des amies ce soir là et que par conséquent on ne s'y croiserait pas.

Il devait être 19 heures. J'attendais Nad qui avait loupé son bus, lorsque le téléphone sonne. Ma première réaction en voyant le profil de mon futur interlocuteur fut de penser à une erreur, à un déclenchement intempestif de numéro par un téléphone mal coincé dans une poche de jeans, comme cela arrive parfois, ces fois où l'on entend à l'autre bout de la ligne les bruits de la rue ou des bribes de conversations, distordus par le froufrou des vêtements. C'était Petit Chat Sauvage. Je décroche, incrédule, m'apprêtant à affronter  le chaos. Ce fut pourtant une voix familière qui répondit :
- Allo Tambour ? C'est Petit Chat Sauvage...
Je n'avais pas réentendu sa voix depuis trois semaines. Nous ne nous appelons plus pour l'instant. 
- Tu es où là ? me demanda-t-il
Je répondis que j'étais à l'Hôtel Saint Jacques, comme cela était prévu.
- Pourquoi ? Tu es où toi ? 
- Moi aussi j'y suis. Je suis venu finalement, avec mes amies.
Une minute plus tard nous nous retrouvions sur le perron, un peu - voire franchement - mal à l'aise car c'était la première fois que nous nous revoyions  depuis presque un mois et, qui plus est, la première fois que nous nous retrouvions en public, à visage découvert, gardant à l'abri des regards anonymes ces heures passées ensemble.
Je n'ai pas su si je devais lui faire la bise ou lui serrer la main. Du coup je n'ai rien fait et suis simplement resté à ses côtés, réfrénant une envie furieuse de le prendre à nouveau dans mes bras. Lui non plus d'ailleurs n'avait visiblement pas l'air de trop savoir comment se comporter car il n'a rien entrepris non plus. Toutefois, de petits signes de stress trahissaient ce que j'ai interprété pour une certaine frustration. Fidèle à lui même, toujours souriant, un peu coincé néanmoins, arborant ce regard incroyable qui m'avait fait craquer la première fois, nous échangeâmes quelques phrases, banales.

Rapidement nous sommes perdus de vue avant de nous recroiser furtivement au moment où il repartait. Nous nous sommes dit à bientôt.

Ca m'a fait plaisir de le revoir.

Edition à 20h25 : on se voit mardi...

3 mars 2010

Cheval sans nom

7 commentaires
Il y a bientôt deux ans, je discutais sur MSN avec quelqu'un qui, je l'ignorais alors, allait me marquer pour le reste de ma vie. Nous évoquions ce soir là avec passion les titres de quelques chansons qui nous faisaient vibrer l’un et l’autre lorsque le consensus se fit autour du mythique "Horse with no name".

On a tous notre ou nos chansons favorites, qui, connues ou inconnues, nous transportent loin loin loin, et qui, pour une raison ou une autre, soit nous arrachent les larmes des yeux, soit vous redonnent un moral en acier trempé. "Horse with no name" fait indiscutablement partie de mon panthéon à moi, quelque part entre "Mon légionnaire" de Gainsbourg, "Billy Jean" de Mickaël Jackson, quelques mélodies de Fauré, et j’en passe.

M’étant vanté auprès de mon ami, peut être un peu rapidement, de connaître quasi par cœur le texte de cette chanson, et m’apercevant que la réalité est un peu moins flatteuse lorsque je ne chantais pas sur la musique, je me mis à la recherche des paroles sur le Net. Non pas qu’elles fussent d’une particulière complexité, mais j’avais ça et là quelques hésitations sur le texte. J’entrai donc "Horse with no name paroles" dans mon moteur de recherche favori et obtenais en quelques secondes la réponse à ma requête.

Voici d’ailleurs les paroles de ce tube planétaire :

Horse with no name

On the first part of the journey
I was looking at all the life
There were plants and birds and rocks and things
There was sand and hills and rings
The first thing I met was a fly with a buzz
And the sky with no clouds
The heat was hot and the ground was dry
But the air was full of sound

Ive been through the desert on a horse with no name
It felt good to be out of the rain
In the desert you can remember your name
cause there aint no one for to give you no pain
La, la ...

After two days in the desert sun
My skin began to turn red
After three days in the desert fun
I was looking at a river bed
And the story it told of a river that flowed
Made me sad to think it was dead

You see Ive been through the desert on a horse with no name
It felt good to be out of the rain
In the desert you can remember your name
cause there aint no one for to give you no pain
La, la ...

After nine days I let the horse run free
cause the desert had turned to sea
There were plants and birds and rocks and things
There was sand and hills and rings
The ocean is a desert with its life underground
And a perfect disguise above
Under the cities lies a heart made of ground
But the humans will give no love

You see Ive been through the desert on a horse with no name
It felt good to be out of the rain
In the desert you can remember your name
cause there aint no one for to give you no pain
La, la ...


Soudain, j’eus l’idée loufoque de chercher à comprendre l’exact sens de ces paroles. Oui, j’ai des idées étranges parfois, il serait temps que vous vous en rendiez compte… Je me lançai par conséquent avec délices dans un petit travail de version et d’exégèse, exercice dont raffolent les juristes.

Voici donc la traduction suivie des commentaires qu’elle m’a inspirés.

Cheval Sans Nom

Dans la première partie du voyage
Je regardais toute la vie,
Il y avait des plantes et des oiseaux et des rochers et des choses.

Oui, c’est connu : le monde est rempli d’oiseaux, de rochers et… de choses ! Des tournevis, des clés de 12, des parcmètres, des clous de girofle, des endives braisées, des phacochères laineux hypocondriaques. Ou alors faut-il y voir une vibrante dénonciation engagée du saccage de la nature par l'homme qui deverse à grands flots les résidus de sa société déliquéscente ? Ca commence pas très bien cette affaire. Mais continuons notre lecture….

Il y avait du sable et des collines et des anneaux.

Mwé mwé mwé… Du sable et des collines, je veux bien. Mais des anneaux ? Même en anticipant un tout petit peu sur le texte en vous disant que l’histoire est censée se dérouler dans le désert (ouep, le mec il est allé dans le désert avec un cheval sans nom), je crois que le soleil a dû frapper très très fort. Faut toujours mettre un chapeau quand on s’expose au soleil, ma maman me l’a toujours dit. Et il faut boire aussi… de l’eau ! La suite n'es pas piquée des vers non plus...

La première chose que j'ai rencontrée était une mouche bourdonnante

Carrément ! Une mouche bourdonnante ! Dans le désert on est pourtant nettement plus enclin à croiser des dromadaires, des chameaux, des serpents ou des scorpions qu’une mouche bourdonnante. M’enfin…admettons…Nous mettrons ça sur le compte d'une fantaisiste envolée lyrique.
Et le ciel sans nuages,
La chaleur était chaude et le sol était asséché.

Quand le sublime confine au grandiose. Vous remarquerez la splendide figure de style : « la chaleur était chaude ». Ce n’est pas sans rappeler un sommet de la musique française du début des années 2000 « le feu ça brûle et l’eau ça mouille ». En plus il y a plein de façons de caractériser la chaleur : étouffante, assommante, terrible, mortelle, supportable… je ne vais pas tous les passer en revue. Un surréaliste aurait pu écrire que la chaleur était glaciale et que le sol était plein de nuages, mais il faut croire que l’audace n’était pas de mise ce jour là.

Mais l'air était plein de bruit.

Du bruit ? Encore une rave-party ! Ou alors des essaims de mouches bourdonnantes...?

[Refrain]
J'ai traversé le désert sur un cheval sans nom

Un cheval sans nom ? C’est tout ce qu’il a trouvé pour singulariser son canasson ? Nan passke déjà, un cheval sans nom, je suis sincèrement navré de vous l'apprendre, ça n’existe pas ! Demandez à Homar Shariff pour voir… La suite du texte laisse poindre une autre explication. Rendez-vous quelques lignes plus bas. Ou alors... il parle d'un cheval sauvage qui erre dans les immenses steppes qui n'auraient point déplues à Borodine. Mais quelque chose me dit que ce n'est pas de cela dont il s'agit.

Ca faisait du bien de sortir de la pluie

Alors pour le coup, "sortir de la pluie", je veux bien. Personne n'aime ça, la pluie. Ca fout le moral à zéro. C'est tout pourri. D'ailleurs c'est marrant, mais cette phrase me fait songer à l'une des chansons de Rod Stewart "Jack's Talking" dont les paroles sont exactement inverses : "I'm comming to London / 'cause i'm tired of the sun".

En revanche, la suite ne lasse pas de me surprendre...

Dans le désert tu peux te souvenir de ton nom
Parce qu'il n'y a personne pour te faire souffrir.

Ha bon ? Parce que lui quand on lui dit « Bouh t’es qu’un rô vilain » il oublie son nom ? faut pas être si émotif mon gars ! La vie elle est dure hein ! Non, mais je vous le demande : où a-t-on vu que la souffrance faisait oublier son nom ? Je ne parle pas de torture, de gégène ou de tabassage entrecoupé d’apnée forcée dans une baignoire remplie de camembert fondu, ce qui peut effectivement faire perdre la mémoire, dans le meilleur des cas…
Ou bien alors, on pourrait émettre une hypothèse alternative : s’il se rappelle son nom passke y’a personne qui fait son vilain avec lui, en revanche il en a oublié le nom du cheval ! Et là-dessus, il nous sort l’argument à la con que le cheval n’avait pas de nom. Moi je dis qu'il faudrait arrêter de nous prendre pour des débiles mentaux ! On a compris le shtib !! Mais quelque chose m'échappe sûrement...

Après deux jours dans le soleil du désert
Ma peau a commencé à virer au rouge

Nous ne saurions que vivement recommander à nos lecteurs de ne pas suivre l’exemple inconsidéré de cet individu qui s’expose au soleil en plein désert sans utiliser de crème solaire. Pensez à votre capital soleil et aux mélanomes de la peau qui n’attendent que de se faire titiller par les UV pour vous pourrir la vie. Sortez couverts ! En plein désert en plus, il suffit de quelques secondes pour être cramé et se transformer en homard écarlate.

Après trois jours dans les distractions du désert
Je regardais le lit d'une rivière
Et l'histoire parle d'une rivière qui coulait
Ca m'a rendu triste de penser qu'elle était morte.

Des distractions hein ? Oué, j’ai bien compris : il s’est shooté comme une brute avec des cactus hallucinogènes.
Et de quelle histoire parle-t-il ensuite ? Hein ? Faut arrêter la fumette ! Vous noterez encore une fois l’extrême émotivité de type qui pleure comme une madeleine à cause d’une rivière asséchée qu’il n’a jamais connue.
Vous allez voir un tout petit peu plus bas que le fumage inconsidéré de cactus peut nuire gravement à la santé :

[Refrain]
Tu vois j'ai traversé le désert sur un cheval sans nom
Ca faisait du bien de sortir de la pluie
Dans le soleil du désert tu peux te souvenir de ton nom
Parce qu'il n'y a personne pour te faire souffrir

Après neuf jours j'ai laissé le cheval s'enfuir

T'as laissé le cheval s'enfuir ? Ca c’est pas malin du tout ! Non seulement tu es à pied et donc tu te fatigues encore plus, mais en plus ton canasson il va crever tout seul dans le désert… Mais que fait Brigitte Bardot ?


Parce que le désert était devenu une mer

Quand je vous parlais des méfaits des cactus hallucinogènes, nous y voici en plein…

Il y avait des plantes et des oiseaux et des rochers et des choses
Il y avait du sable et des collines et des anneaux

L'océan est un désert avec de la vie en-dessous
Et un déguisement parfait dessus
Sous les villes repose un coeur fait de terre
Mais les humains ne donneront pas d’amour.

Je ne m’aventurerai pas à commenter ces quelques phrases dont la portée philosophique est imperméable à ma sagacité. L’image océan/désert n’est pas très audacieuse mais elle est jolie, quoiqu’éculée. Quant au reste... je vous laisse tirer vous mêmes les conclusions que vous voudrez !

Après en avoir ainsi piétiné allégrement les paroles, vous serez certainement amenés à croire que je déteste cette chanson finalement bien ridicule.

Au risque de vous décevoir, elle fait toujours partie de mes tubes préférés, envers et contre tout.  A n'en pas douter la musique, l'arrangement, y est pour beaucoup, et la musicalité des paroles également. Ce que je lui trouve ? Ben, je ne sais pas trop… Elle me plait et c’est tout. Dès les premières mesures, dès le premier accord, me voici transporté dans mon imaginaire, et les larmes ne sont jamais loin, car désormais associée à quelqu'un qui a traversé ma vie avec l'intensité d'une étoile filante perforant la nuit. C'était notre chanson. Celle que nous pouvions écouter ensemble en nous serrant l'un contre l'autre, celle sur laquelle nous avons fait l'amour, celle sur laquelle j'ai pleuré quand il m'a quitté.

Je ne sais pas ce qu'il est devenu, s'il s'est trouvé, s'il est heureux, s'il s'est marié, s'il est devenu papa. Mais souvent encore je pense à lui....


Laaaaaaaaa laaaaaaaaaaaaaa...
...lala lala laaaaaaaa...