31 octobre 2010

L'épaisseur du jour

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La nuit silencieuse règne encore sur la ville morte. Nul vent pour faire frissonner les dernières feuilles meurtries dans leur lente et irrémédiable agonie. De leurs bras décharnés, les arbres tentent de s'agripper aux cieux scintillants tandis que derrière eux se dessine la stature bienveillante de quelques immeubles par dessus la rue déserte. A leur pied, des réverbères ivres de tristesse vomissent leur laideur à la face du bitume inerte. Un oiseau perdu traverse l'horizon en un éclair noir, sans bruit. Il n'est déjà plus là.

Le front appuyé sur la vitre froide, je contemple la beauté du néant. Moi le garçon qui hier encore se délectait de l'insouciance des jours du haut de ses vingt ans, et qui aujourd'hui au seuil de sa vie d'adulte, se demande qui il est vraiment. Par inadvertance mon regard croise mon reflet sur le verre. Et ce que j'y vois me dégoute. La nuit est si belle...

Mais voici que le ciel constellé d'étoiles blanchit peu à peu tandis que sous lui s'éveille l'astre du jour dans sa pâleur diaphane, transperçant d'abord avec mollesse l'écharpe de brume enveloppant l'horizon. Le voici, il est là le soleil rougeoyant, ce coloriste prodigieux qui, dans un éclat insoutenable, éclabousse soudain l'univers de pourpre, de violine et de magenta. Sous les coups de ses pinceaux les ténèbres se replient. Dans une lutte sans merci l'obscurité se débat en un tumulte extraordinaire dissimulé par la sublimité étourdissante la scène. Les ombres foudroyées s'évanouissent, se dissolvent, englouties par un irrésistible déluge de lumière. Progressivement le paysage se dévoile, la vie reprend son cours.

Le combat n'aura duré qu'un instant. Ce court instant ou transparait dans toute sa splendeur la sublime épaisseur du jour et le vide de l'existence.

C'est une nouvelle journée qui commence.
Une journée presque ordinaire.

30 octobre 2010

Mon Prince

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Ce matin en me levant j'ai eu la surprise de découvrir le vide intersidéral qui hante mes placards. Ha bé non, y'a plus rien à manger du tout à part des champignons chinois séchés et du maïs à pop-corn. Rageant... Mais pas assez pour déstabiliser un Tambour Major encore en mode [plantigrade affamé]. En plus j'avais envie de manger quelque chose de bien régressif, avec du chocolat, du sucre à gogo et des trucs qui croquent sous la dent en lieu et place des tartines de miel (de bruyère en ce moment) sur pain complet dont le grizzly qui sommeille en moi se délecte quotidiennement.

Je lance une cafetière qui embaume aussitôt l'appartement de senteurs exquises et enfile sans prendre la peine de me doucher un jean et un pull qui trainent au pied du lit. Hop, direction la superette du coin de la rue en quête de victuailles. Mon choix est vite fait. Mon instinct est mon guide, je ne commande plus rien, abandonnant ma raison à l'empire de mes sens, et surtout de ma gourmandise.

Cinq minutes plus tard me voici de retour chez moi. Un énorme mug rempli de café, quelques carrés de chocolat aux noisettes et des Princes au chocolat, tel sera mon festin. Sacrilège suprême : tremper les gâteaux dans le café au lait, ce qui ramollit le biscuit, mais fait aussi fondre le fourrage au chocolat qui dégouline... Difficile de manger tout à fait proprement. Je m'en fous : c'est régressif à souhait, ça fait du bien partout et c'est exactement ce dont j'avais besoin pour mon bonheur. Ca peut être si simple la vie parfois.

27 octobre 2010

Confidence pour confidence

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Hier soir en sortant du boulot je suis passé voir un ami chez lui. Un pote très branché "milieu" et qu'il écumait régulièrement jusqu'à tout récemment : Cupidon a frappé à sa porte... Je devais lui apporter des documents et il en a profité pour me montrer les photos d'une soirée précédente. On a bu un café en se remémorant quelques bons moments tout en pouffant comme deux idiots. Il était de bonne humeur et pour une fois les pieds bien posés sur terre.

La conversation s'est installée d'elle même, naturellement et de fil en aiguille il en est venu à  me parler de son copain, de leur relation, de ses doutes, de certaines petites choses qui commencent à l'énerver ou qui l'exaspèrent franchement et des prises de bec qui commencent à pointer le bout de leur nez dans leur couple naissant.

On a discuté un petit moment et j'ai été surpris qu'il se confie à moi de la sorte et lève (enfin) le voile sur cette partie de lui qu'il tient à l'abri des regards, celle de l'écorché vif qui déchaîne sa hargne et sa colère dans une sexualité débridée, mais en qui subsiste le petit garçon apeuré qu'il a pu être par le passé,  un grand coeur engoncé dans une armure d'effronterie qu'il s'efforce de rendre impénétrable. Depuis un an que nous nous connaissons, alors même que nous avons souvent bavardé de tout et de rien, jamais il ne s'était livré aussi entièrement.  Je ne sais pas s'il s'en est rendu compte, cela m'a touché.

Hier soir cet ami m'a appris malgré lui qu'être une  figure emblématique du "milieu" n'empêche pas d'être fondamentalement un mec bien. C'est idiot, mais il m'a fallu du temps pour le réaliser.

24 octobre 2010

Sortir ?

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L'autre soir j'étais à l'anniversaire de D qui se déroulait au beau milieu d'un appartement dévasté par un chantier qui n'en finit plus de se terminer. Ca faisait un petit moment que je n'étais pas passé chez lui. Un mec adorable avais-je déjà eu l'occasion d'écrire, mais à petite dose pour moi, ce qui ne lui enlève rien de ses qualité humaines. Parmi les convives, quelques piliers du milieu Toulousain qui s'étonnaient de ne pas me voir sortir davantage dans le endroits idoines. Ceci ajouté à quelques tentatives lourdingues de me tâter la croupe me donnait l'occasion de leur dire tout le mal que je pensais du milieu Toulousain et par extension le peu d'intérêt que je porte au milieu en général. A mon grand étonnement ils acquiescèrent globalement à ma diatribe, clôturant eux-même l'anathème par cette remarque "c'est vrai que ça manque d'humanité". Je fus satisfait de me rendre compte que finalement mon opinion n'était pas si hérétique que cela mais paradoxalement déçu que l'on n'essaie pas de me faire changer d'avis en me retournant d'autres arguments cette fois-ci in favorem. J'étais presque peiné.

Au milieu des invités se trouvait M, le copain de D. Un mec super sympa. Je l'avais déjà croisé sur les pixels froids de mon écran sans que jamais nous n'engagions la conversation, un je-ne-sais-quoi transparaissant de son profil me laissant penser qu'un élément dissonait entre nos personnalités respectives. La rencontre in vivo fut très agréable. On a beaucoup ri, un peu papoté, beaucoup bu, échangé quelques regards dépourvus de toute équivoque, tout en sachant que pris dans les griffes de D il est désormais inaccessible. Une jolie rencontre. La dissonance perçue trouva sa confirmation : si M et moi pouvons devenir potes, je sais que ce n'est pas un mec pour moi ni moi un mec pour lui. Vivre avec D suppose une structuration mentale trop peu cartésienne, incompatible avec ma façon de vivre, finalement très quelconque. Mais sait-on jamais ce que les Parques nous réservent ? C'est con mais je m'entends toujours très bien avec les mecs des autres. Parfois je me dis "merde, si j'avais su..." Car au fond si les sites permettent de brasser pas mal de monde, cela ne reste jamais que des potentialités virtuelles figées dans quelques photos souvent vieillottes et l'impersonnalité de quelques mots maladroits. La vrai vie est ailleurs. Alors, dois-je me résoudre à remettre les pieds dans le milieu pour faire des rencontres intéressantes qui mènent un peu plus loin qu'une session de rô câlins coquins ?

21 octobre 2010

Madrid

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Me revoilou ! Ce week-end à vivoter au rythme de la ville et à baver sur les espagnols  fut formidable ! Oui, ce n'est pas tellement un secret : les grands bruns au regard d'ébène, lorsqu'ils ne sont pas trop gros ou trop maigres - c'est à dire parfois - incarnent à mes yeux cette sorte de perfection formelle capable de me faire perdre tous mes moyens. Ayant logé en plein coeur de Chuica, je peux vous assurer que j'ai pu en admirer un certain nombre smileys Forum. En revanche le fait d'avoir été en famille m'a conduit à un peu brider mes (h)ardeurs. Qu'à cela ne tienne, ce n'était pas le principal but de mon voyage. Alors point de visite au pas de charge. Nous avons simplement vécu comme de simples citadins, pour prendre le pouls de la ville, quitte à laisser certaines choses de coté. Car après tout ce n'est pas très grave étant donné que j'ai tout loisir d'y revenir à ma guise.

Une chose est sûre : Madrid est une très belle ville, vivante autant le jour que la nuit (une pâtisserie ouverte à 1heure du matin et bondée de monde, vous y croyez vous ?), agréable, accueillante et plutôt tolérante : je n'ai jamais vu autant de (bô) mecs se balader main dans la main, même dans le Marais !
En plus, une fois mon vocabulaire dérouillé, j'ai retrouvé mes marques en un clin d'oeil, l'absence de barrière linguistique et une certaine pratique de l'Espagne en général me permettant de me sentir totalement chez moi. Et ça, j'avoue que c'est un confort que je goûte tout particulièrement.

Plutôt que de longs discours et comme je n'avais pas envie de pondre un billet fastidieux pour raconter mon week-end  Madrilène, je vous ai concocté une petite vidéo plutôt tonique avec plein de jolies photos dedans : des façades, des graffitis, des tapas, la statue de Garia Lorca, des endroits sympas, des bars over-trendy, des clams qui font la course, un parc, de l'eau, de l'alcool, des jolies choses, des machins et des bidules, un peu de soleil et beaucoup de bonne humeur.

¡ Que aproveche !


Musique : Delafé Y Las Flores Azules - Rio Por No Llorar

15 octobre 2010

La photo du mois : A poil(s)

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Chaque mois, les blogueurs qui participent à La photo du mois publient une photo en fonction d'un thème. Toutes les photos sont publiées sur les blogues respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

Ce mois-ci, c'est Sandrine qui a choisi le thème : A poil(s)

Un thème qui me va comme un gant, m'étant naguère illustré par un retentissant manifeste du poil relayé par un certain nombre de blogueurs, ou cet autre billet sobrement intitulé Ô Poil, sorte d'apologie de la toison qui me donnait l'occasion de vilipender l'ignominie du génocide pilaire masculin, surtout lorsqu'il est raté. Alors ce thème tombe à point nommé, une suite logique dans un combat de fond . On a les cause que l'on peut...

Ce thème vient également, en forme de contrepoint fortuit, comme une allégorie de ce mois d'octobre, de ses factures, impôts et autres taxes foncières qui, à force de ponctionner dans le porte-monnaie, nous laissent presque à poil !


Dernières nouvelles : j'ai presque fini le travail que je dois rendre mardi (j'ai mis les bouchées quadruples), je ne suis pas beaucoup plus riche que l'autre jour mais pas aussi pauvre que je le pensais. Du coup : je pars à Madrid pour le week-end, comme prévu. Soyons fou : vivons au dessus de nos moyens. Et accessoirement, le moral est revenu, ce qui tombe pile-poil !

Alors profitez de mon absence Madrilène de quelques jours pour rendre visite aux autres blogueurs participants à la photo du mois et découvrir leurs photos : Olivier, Anne, Véronique, Virginie, Shandara, Jo Ann, Sandrine, Fabienne, Damien, Marie, Nolwenn, Céline, Anne fra Sveits, Célia, Caro, Guillaume, Mandy, Titem, Cynthia, Caroline, Doremi, Sophie, Tambour Major, Nathalie, François, Mélanie, Célia, Chris, Godnat, Clara, Viviane, Sept Pour le Québec, Christophe, Chouchou, Thib, Genki, 100driiine, Gouli, Danièle et Ludo.

Prochain rendez-vous : le 15 novembre !

12 octobre 2010

Mois de merde !

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Aaaaaaaargh, j'en peux plus !!! Ce mois d'octobre est merdiquissime à souhait. Sur l'échelle de richter de la merditude, il atteind une magnitude maximale. Emploi du temps ingérable, planning over-booké, du travail qui arrive par brouettes entières et à traiter en urgence absolue, galère de thunes tellement faramineuse que je sais même pas comment je vais bouffer la semaine prochaine (pour vous donner une idée, je viens de claquer 2200 Euros de factures alors que j'ai péniblement gagné 950 Euros par mois jusqu'à début septembre, à peine plus depuis cette date...), contraint la mort dans l'âme d'annuler mon week-end à Madrid prévu depuis deux mois pour cause de pas de fric et de trop de boulot à abattre en trop peu de temps... bref : la merde !

Je suis moralement déconfit, bientôt au bout du rouleau. Hormis chialer comme un môme, je n'ai qu'une envie : tout casser. Mais cela ne résoudra rien. Hélas.

Pour me sortir de cette situation, je ne vois qu'une solution : procéder par méthode en supprimant tout le superflue, vous savez : tout ce qui donne à la vie son petit coté agréable... Cela commence notamment par le séjour à Madrid dont je me faisais une joie. Déjà que je me permettais pas grand chose comme fantaisies. Mais il faut croire qu'à situation merdique, mode de vie merdique.

Dans quelques minutes on sera le 13 octobre. Plus que 17 jours à tenir avant Novembre que j'espère plus faste. Ca ne sera pas bien difficile.

A bientôt ! Ou pas...

Et le premier qui se plaint, je le mords !

7 octobre 2010

Que votre main est froide...

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La nouvelle saison du Théâtre du Capitole s'ouvre par l'un des trois piliers de l'opéra : La Bohème de Puccini, adaptée de l'oeuvre de Henri Murger "Scènes de la vie de bohème" que quelques extraits intégrés au livret m'ont donné envie de lire. L'un des trois piliers ai-je écrit car j'ai appris tout récemment qu'il existait un moyen mnémotechnique tout simple pour se rappeler du nom de ce que l'on désigne classiquement comme les trois grands chef-d'oeuvre de l'opéra : A comme Aïda, B pour la Bohème, et C pour Carmen. Comme je suis un garçon qui ne fait rien comme les autres, j'ai naturellement commencé par la fin car voici quatre ans maintenant que j'écoutais pour la première fois, juché sur mon strapontin d'orchestre, la fresque éblouissante de Bizet. Aïda donné l'an passé ou l'année précédente, m'a échappé. J'attendrai donc mon tour patiemment pour compléter la trilogie.

Il paraît que le quatrième tableau de la Bohème - celui de la mort de la douce Mimi - est celui des larmes, celui capable de faire pleurer comme une madeleine même le hollandais calviniste le plus austère. Mon coeur doit être d'airain. Car tant lors de la générale, où j'ai profité de la compagnie d'un très agréable jeune homme aussi cultivé que charmant, que lors de la représentation publique à laquelle j'ai assisté, c'est systématiquement le troisième tableau qui me tire les larmes. Pourtant il n'y a rien de véritablement dramatique dans ce tableau : pas de mort, pas de dilemme cornélien... Rien qui ne doive entraîner la compassion. Hé bien moi ça reste mon tableau préféré, loin des simagrées mielleuses du premier tableau, des frasques un peu tape à l"oeil quoique formidables du second, ou du trépas larmoyant du quatrième. A croire que la mort m'indiffère.
De même, plus qu'au jeune premier qu'est Rodolfo, je m'attache - parce que je me reconnais ? - davantage au personnage de Marcello, un grand gaillard - incarné par un magnifique baryton, et je ne parle pas que de la voix ! -  tourmenté par ses démons intérieurs et des souvenirs amoureux lancinants. Rodolfo me paraît mièvre, inconsistant, presque superficiel. Il n'a pas les pieds sur terre ce garçon. Marcello en revanche a conscience de tout, il voit, il sait, il devine, il sent tourner le vent et venir la tempête. Et pour moi l'un des grands moments forts c'est, à la fin du deuxième tableau, le monologue de Marcello qui se lamente de retrouver Musetta et de retourner à ses amours perdues contre lesquelles il lutte de toutes ses forces, pour succomber à nouveau. Et là, oui, je pleure.

Je n'aime pas les mondanités. Je le savais. La rentrée solennelle de la Faculté qui avait lieu ce soir fut l'occasion d'une piqûre de rappel. Non pas que croiser des personnalités importantes de la vie politique et économique me dérange, je n'ai rien contre. Plutôt que le contexte me donne la nausée. Ces instants où l'on a la curieuse sensation d'être plongé au beau milieu d'un aquarium de champagne  rempli de piranhas louvoyant entre des récifs de petits fours, à lécher le cul du plus offrant et à se gargariser en coeur de toute la merde qu'ils peuvent avoir collée sur les amygdales.
Il ne faut pas être hypocrite : j'apprécie les honneurs. Mais uniquement lorsqu'ils sont justifiés. Je suis trop humble con pour tolérer qu'on me remette des lauriers dont j'aurais acheté chaque rameau au prix de mon asservissement. Il faut les voir ces renards de basse-cour, qui se sourient par devant et se poignardent par derrière, à la recherche d'une gloire vaniteuse et futile, spectacle qui m'amuse et m'apitoie. Pauvres d'eux. Pousse-toi de là que je m'y mette ! Monseigneur admirez mon ramage ! Vous prendrez bien un verre de cigüe ? Votre Seigneurie toisez donc mon plumage ! Votre altesse, que vous êtes jolie, vous me semblez belle ! Sans mentir... Mais tel le chat de la fable qui croque ses courtisans, n'est pas renard celui qu'on crôa !

Fuyant à toutes jambes ce panier de crabes nauséabond, je repensais au Figaro de Beaumarchais :
"- Comment voulez-vous ? la foule est là: chacun veut courir, on se presse, on pousse, on coudoie, on renverse, arrive qui peut; le reste est écrasé. Aussi c'est fait ; pour moi, j'y renonce."
Le mariage de Figaro (III,5)

En entrant chez moi en fin d'après midi, j'ai eu la confirmation d'une impression récurrente : cet appartement a besoin d'une âme qui le hante. Même si l'on a essayé de m'en dissuader je crois que je vais faire entrer un compagnon dans ma vie, qui puisse venir se frotter contre moi en rentrant le soir, me regarder un instant et continuer sa vie féline quelque part ailleurs. Oui, je crois bien que j'ai très envie d'un chat. Un joli chat gris aux poils soyeux et aux longues moustaches, peut être un chartreux. Ou un rouquin tigré au  grands yeux verts remplis de malice, quoique j'ai entendu dire que  les chats tigrés sont tarés... Mais ce soir tandis que je défaisais les lacets de mes souliers en cuir, j'aurais bien aimé qu'un matou vienne se faufiler entre mes chevilles endolories par deux rudes journées ponctuées d'une trop brève nuit, sentir la douceur de son pelage contre ma main froide et chancelante, et l'entendre jouer avec mes chaussettes toutes griffes dehors pendant que la baignoire distillerait les embruns aromatiques des sels apaisants.

Enveloppé de la mousse onctueuse d'un bon bain chaud, je me délasse enfin, tandis qu'au loin Mélisande se lamente de Pelléas. Une bonne bouteille de Château Neuf 2005 a également été ouverte qui s'aère pendant que mes membres se délassent. Une soudaine envie de m'enivrer un peu, de laisser aller mes sens où bon leur semblait. L'effet est réussi.

Dieu que cette partition est belle. Et dire que je ne l'avais point aimée la première fois...

J'ai ouvert la fenêtre ;
il fait trop chaud dans la tour.
Il fait beau cette nuit.

Debussy - Pelléas et Mélisande, (III, 1)

4 octobre 2010

Le chouchou à sa maman

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Cet après midi ma mère m'a laissé un message sur le répondeur. Elle se lamentait de n'avoir pas eu de nouvelles ni de m'avoir vu depuis une semaine. Vous voyez l'ampleur du drame. J'ai pourtant passé une partie de mon dimanche chez mes parents mais ce jour là Madame était de sortie avec ses copines. Les absents ont toujours tort paraît-il. Bref...

Ce soir en rentrant chez moi, j'ai bien entendu appelé chez mes parents pour parler à ma maman-adorée-que-j'aime, en bon fiston bien éduqué que je suis. Je l'ai trouvée fort guillerette et enjouée. Un peu comme quand elle picole un peu trop à l'apéro et qu'elle commence à raconter des blagues dont j'ai parfois honte et qui correspondrait davantage à l'humour grassouillet de mon frangin.
La conversation venait à peine de commencer qu'au détour d'une phrase elle me dit :
Hé oui, ça fait une semaine que j'ai pas parlé à mon chouchou !

Ca m'a fait tout bizarre.
Bizarre parce qu'on ne se donne habituellement pas de surnom chez les Tambour Major, d'aucune sorte qu'il soit. Mes parents s'appellent et nous appellent par le prénom, et nous nous adressons à eux par les traditionnellissimes papa et maman, sans vouvoiement. Alors que vient faire ce chouchou ici, aussi soudain qu'inhabituel ?

Bizarre aussi et surtout parce que, même si elle a lâché ça tout de go et sans arrière pensée affichée, malgré tout elle me plaçait ouvertement en position de préféré par rapport à mon frère, chose que nos parents se sont toujours interdite, si tant est qu'il y eut jamais un préféré à la maison. Alors, oui, je m'entends très bien avec ma mère, on est plutôt complices, elle aime que je l'accompagne visiter tel ou tel salon d'art ou qu'on papote déco, même si nous n'avons pas exactement les mêmes préférences nous partageons ce goût commun pour les beaux objets qui restent très souvent derrière la vitrine du magasin. Mais ressentir une préférence à mon égard et que corrélativement mais inévitablement mon frère paraisse moins aimé, m'a profondément perturbé. Assez pour que j'ai le besoin d'en faire une thérapie sur mon blog.

Je ne sais pas si véritablement elle me préfère à mon frère. Je ne veux pas le savoir. Je sais que mes parents m'aiment. Nous aiment. Beaucoup. Et que je les aime aussi tout autant. Alors, plutôt qu'un hypothétique parti pris en faveur de l'un ou de l'autre, je mettrai cet obiter dictum sur le compte de ce succulent petit rosé, entêtant juste ce qu'il faut, et dont ma mère avait certainement du apprécier à nouveau les charmes ce soir.
Un peu trop peut-être...

3 octobre 2010

Tum tum tutum

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Certaines séries télévisées sont au moins aussi connues pour leur contenu que pour leur générique. Ce court instant musical qui sert de sas d'entrée dans un univers nouveau et vous permet de vous dépouiller de vos tracas avant de vivre de passionnantes aventures.
Cette semaine fut notamment marquée par la disparition de Tony Curtis que nous connaissions tous pour s'être illustré dans la trés fameuse série Amicalement Vôtre dont j'ai mis très longtemps à voir un premier épisode.
Ma première rencontre avec le duo Curtis/Moore fut indirecte et se fit d'abord par le générique musical que  j'écoutais en boucle sur une série de CD intitulée Synthétiseur - dont certains d'entre vous se souviennent peut être. Je devais avoir une douzaine d'années (putain, ça ne me rajeunit pas !) et cette musique exerçait sur moi une sorte de fascination hypnotique, comme le font ces musiques dont le pouvoir de séduction est immédiat. Celle de John Barry en fait partie.
Elle est finalement assez simple : une ligne de basse fermement affirmée, peu d'effets accessoires. Mais il y a ces fameux 4 accords en ouverture, intrigants, inquiétants, comme en alerte, puis cette mélodie, un brin torturée, qu'égraine une mandoline aux accents siciliens. Il ne se passe pas grand chose pendant ces quelques deux minutes. Pas grand chose. Et pourtant c'est incroyable ce que mon imagination peut voyager en si peu de temps. C'est peut être ça la force du génie : au delà de l'aspect purement technique, nous ouvrir les portes du rêve.


Dans une autre catégorie j'ai eu un coup de coeur pour une musique de pub pour parfum ces jours derniers. En faisant quelques recherches sur le net j'ai découvert le pot aux roses : il s'agit du tube Funk "She Can't Love You" interprêté par Chemise et qui selon mes sources a fait vibrer les dancefloors en 1982 (j'avais 4 ans  hu hu).
Alors oui, comme le laissent entendre les commentaires sous la vidéo Youtube, il m'a fallu l'intersession d'une "débile pub à la con pour un parfum de pétasse" (je synthétise) pour découvrir ce tube du funk.  Les chemins de la connaissance empruntent parfois des voies peu académiques. Oui. Et alors ? L'essentiel est de susciter la curiosité. Le reste n'est que billevesée pour vieux cons aigris.
Ca tourne un peu en rond, mais ça se laisse écouter. Et pour le dimanche matin je trouve que ça colle bien la patate.