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  • 4 mai 2011

    Le petit cavalier

    Il a de cela quelques années ma tante nous avait apporté, à mon frère et moi-même, une pile de vêtements presque neufs que mon oncle ne mettait plus. A l'époque sa santé plus que précaire l'avait conduit bien malgré-lui à une perte de poids vertigineuse d'abord salutaire avant de devenir fatale, rendant incidemment inutilisable l'essentiel de sa penderie. Le lot comportait presque essentiellement des chemises, toutes de grandes marques, les unes arborant un crocodile, les autres une étoile d'un certain TM (usurpateur !), et bien d'autres encore dont je ne me souviens pas le nom. Se débarrasser des affaires de mon oncle gravement malade m'avait un peu surpris et je trouvais la démarche presque déplacée. Mais il faut croire que nous savions tous que jamais plus il ne retrouverait la jovialité de son embonpoint débonnaire.

    Elles n'étaient pas toutes très jolies ces chemises, ni vraiment toutes à notre taille. Souvent les manches étaient trop courtes, comme souvent à mon égard au point que j'en viens à me demander si je ne suis pas difforme. Quant aux deux ou trois rares qui pouvaient m'habiller, je leur trouvais un coloris un tantinet vieillot voire kitsch. Pourtant il en fut une que j'adoptais immédiatement, peut être aussi parce que c'était alors la seule qui m'allait parfaitement du strict point de vue de la carrure. Elle était bleu foncé, presque marine, un peu tristounette d'ailleurs mais confortable et possédait à mes yeux le charme éphémère de la nouveauté. Elle présentait en outre la singularité d'être flanquée coté droit d'une broderie représentant un cavalier jouant au polo dont j'appris par la suite qu'il était la signature d'une célèbre marque, chose dont j'étais et demeure assez peu instruit.

    Car j'entretiens avec les vêtements un rapport plutôt simple. Je me sens aussi bien dans un beau costume anthracite que dans un combo "jean un peu pourri - sweet capuche" ou dans une tenue un peu plus dandy mêlant chemise à poignets mousquetaires, une belle veste et un jean usé jusqu'à la corde, mais avec des chaussures plein cuir. Le plaisir simple d'être bien dans ses habits, de se sentir beau, sans pour autant rechercher à tout prix l'effet d'affiche d'un signe hype extérieur de richesse. Tout ça pour dire que je me fous un peu des marques qui ne sont pas à mes yeux le gage d'un beau vêtement. L'essentiel est que cela me plaise et que je m'y sente à l'aise, sans me ruiner, même si je m'octroie une petite fantaisie de temps en temps (je ne vais pas cracher dans la soupe non plus).

    Quelques semaines après la prise de possession de ma nouvelle chemise, que je portais alors assez régulièrement en particulier ce jour là, la bande de potes avec qui je trainais mes guêtres à l'époque était invitée à dîner chez C pour je ne sais plus quelle occasion. Lorsque l'on est étudiant tous les prétextes sont bons pour faire la fête. Nous arrivions en début de soirée. On descend de voiture, on sonne, C nous ouvre. Commence la phase des salutations d'usage, une bise par ici, une poignée de main par là, les verres tintent, les conversations s'engagent, C s’enquérant progressivement des dernières nouvelles de chacun de ses invités. Lorsque vint mon tour et alors que je discutais avec lui une bière à la main, C soudain s'interrompt et dans un hors sujet total me dit avec un grand sourire : " Tu as une belle chemise ! ".

    Je crois avoir répondu un vague " Merci " passablement incrédule. Avait-il vraiment trouvé cette chemise jolie, moi qui la trouvais tout juste à mon goût et hésitais à la porter en public ? Se pouvait-il que cette chemise tristounette fut réellement belle ? La pétition de C, "belle chemise" me laissa songeur car, en dépit de toute l'amitié que je lui portais à l'époque (nous nous sommes perdus de vue depuis) il manifestait ostensiblement un goût prononcé pour ce que l'on qualifierait aujourd'hui, un peu à tort et à travers, de "bling-bling", atours dont la sus-dite chemise était totalement dépourvue.

    Mais dévisageant mon interlocuteur, je réalisai soudain que son regard était tout entier absorbé par un détail que j'avais oublié : la broderie du petit cavalier brandissant son maillet, figés en plein élan sur ma poitrine.

    Dix ans plus tard je me demande encore si, sans la présence de ce petit cavalier, son jugement aurait été le même.

    ***

    Edit de 15h30 :

    Je relis ce billet dont je ne sais pas trop ce qui en a motivé la rédaction. Il me trottait dans la tête depuis quelques jours, j'avais besoin d'en accoucher. Voilà.
    Plus je le relis et plus je ne peux m'empêcher de penser à toutes ces fois où moi aussi j'ai été à la place C dont je décris la réaction, à toutes ces fois où j'ai trouvé belles des choses sur le seul critère de leur valeur affichée ou supposée. Et cela m'attriste : je ne suis pas parfait...

    15 commentaires:

    1. Drôle de tour que l'absence de cavalier aurait pu mener à l'échec !

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    2. Edit de 16H : TM a découpé tout écusson de marque dans ses vêtements.

      (Le plus gênant, c'est pour ses slips dont la marque était en façade)

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    3. C'est grave si on ne sait pas de quelle marque tu parles ?

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    4. On peut de plus en plus difficilement échapper aux obsédés des marques...

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    5. Très bel article, même émouvant.

      Si je ne m'abuse, la marque est Ralph Lauren, marque très reconnue aujourd'hui pour être le "top de la classe".

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    6. Méchant Chimiste5 mai 2011 à 09:34

      Ah, combien de ploucs snobs qui s'extasient sur la beauté d'un orgue immonde où seule la plaque est encore d'ACC ?
      Le snobisme se terre partout :
      http://www.amazon.fr/Histoire-du-snobisme-Fr%C3%A9d%C3%A9ric-Rouvillois/dp/2081205424

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    7. @ François : Tu sais bien qu'un cavalier seul ne peut conduire au mat ;)

      @ Harry : Et encore, le plus dur ça a été pour les jock straps !

      @ Olivier d'Evian : Dramatique tu veux dire ^^

      @ Lemodrop : En définitive on l'est tous un peu si l'on regarde bien. Que ce soit pour la bouffe, les fringues, la Hi-Fi, l'informatique ou les caisses, on a tous en tête des noms qui, sans savoir ce qu'ils contiennent vraiment en termes de qualité, nous envoient un message subliminal "Je suis beau, désire moi".

      @ Olivier : Oui, c'est de cette marque là qu'il s'agit. Et bienvenue ici ! :)

      @ Méchant Chimiste : Regarde le mail que je viens de t'envoyer, tu vas rire...

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    8. T'attrister de ne pas être parfait, c'est dangereux... Ta morosité risque de s'installer pour longtemps, j'en ai peur ;-)

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    9. Peut-être que C s'habille maintenant chez Tati....

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    10. Les "C" vieillissent, sans nous de préférence, ce qui nous permet ces petites séquences nostalgies.
      Le snob exclut ce qui ne fait pas partie de son univers étriqué, les vêtements comme les gens.
      Ah, puis polo c'est dépassé, ça a beaucoup baissé,lol.

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    11. Hi, hi combien de fois je me suis marré à voir certains en extase devant tel ou tel vêtement, uniquement parce qu'il était de la marque X qui était la fureur du moment alors que la chose me semblait bien affreuse ... mais des goûts et des couleurs ...

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    12. Au début du siècle dernier,la griffe des grands couturiers était une étiquette discrète,à l'intérieur des vêtements.
      Maintenant les grandes marques arborent leur nom ou leur logo,sur les vêtements,et nous transforment en homme-sandwich.
      Et le plus fort,nous payons pour avoir de faire leur publicité.^^

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    13. oups!
      pour avoir le droit de faire leur publicité.

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    14. Etait-ce la marque de ta chemise ou la féline beauté que tu dégageais déjà à cette époque???... (n'oublie pas mon virement mensuel, je ne prends plus les chèques)

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    15. @ Deef : Je m'en remettrai. Je suis un grand garçon ;)

      @ Nigloo : Franchement ça m'étonnerait. Et je ne le lui souhaite pas particulièrement.

      @ Flavien : Tu as sûrement raison. Mais nous vieillissons aussi, irrémediablement.

      @ Jerem : En effet. Le sens critique a parfois tendance à devenir une denrée rare face aux "caprices de la mode", pour citer Montesquieu.
      Ca fait plaisir de te lire par ici :)

      @ Nachu : Qu'est-ce qu'on nous fait gober, qu'est-ce qu'on peut bien nous faire faire à grand renfort de marketing...

      @ Revigo : Je ne sais pas trop s'il en était déjà ainsi il y a dix ans. (Merci mais n'en fais pas trop hein... Je t'ai déjà que je ne pouvais pas de payer plus !)

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