8 juillet 2012

La vie qui s'éparpille

En ce moment, et depuis quelque temps déjà, j'ai une drôle d'impression. Celle que les choses s'éparpillent autour de moi, que mon quotidien s'effrite, qu'il m'échappe peu à peu et qu'au bout du compte, je me retrouve étranger à pas mal de choses. 

Tout fraîchement tonton, j'ai du mal à comprendre le rôle qui m'est dévolu par ce nouveau statut. M'exstasier béatement devant un poupon qui dort - comme y parvient admirablement ma mère, et de façon particulièrement insupportable, avec toute la niaiserie débile que l'on peut s'imaginer - ne fait pas partie de ma panoplie. Je n'ai pas trouvé le bouton dans ma petite tête. Ce gosse ne m'intéresse pas. C'est peut-être dur à lire, cela paraîtra certainement cruel ou totalement froid, mais c'est pourtant la vérité... Non pas que je n'aime pas les gamins, je m'entends plutôt très bien avec mon filleul qui est d'ailleurs ravi de me voir à chaque fois. Je suis également très content pour mon frangin et sa copine. Mais je me sens tellement extérieur à tout ça.

Du coup, les repas dominicaux en famille deviennent encore plus insupportables qu'ils ont pu l'être parfois. J'y suis spectateur. Je n'ai pas grand chose à dire. Mon boulot leur passe un peu au dessus de la tête, ils ne comprennent pas trop ce que je fais et de toute façon je suis astreint au secret professionnel qui m'interdit d'être trop précis. Alors j'écoute, je regarde, je souris bêtement en regardant mon assiette, et j'attends que ça se passe.

Les seuls avec qui je pouvais encore parler boulot et avoir des conversations passionnantes ont déménagé cette semaine, précisément pour raisons professionnelles. Je les adore ces deux là. On s'est connus il y a huit ou neuf ans. On ne s'est jamais quittés. Ils vont me manquer, même si l'on se voyait un peu moins ces derniers temps, nos vies respectives étant fort remplies, quoique de façon fort différente.

Et puis il y a tous les autres, ceux qui mènent la barque de leur existence au gré des remous d'un long fleuve imprévisible, ceux qui sont loin, ceux que l'on voit une fois par an et que l'on a plaisir à retrouver, ceux que l'on ne voit plus, ceux que l'on veut ne plus revoir. 

La vie qui s'éparpille...

Si j'ai fait de grandes et brillantes études, pour l'instant je n'ai pas de "métier". Je ne gagne pas vraiment ma vie, je ne suis pas installé professionnellement. Les chemins que l'on me propose me semblent trop petits. J'ai envie de voir les choses en grand, d'une vie exaltante, d'aventure. Pouvoir me retourner dans quelques années et pouvoir me dire que, oui putain, j'ai eu une vie riche et bien remplie. Septembre sera à cet égard, un point de départ extraordinaire. Voilà d'ailleurs qui est drôle : un nouveau point de départ, encore un. Comme si ma vie n'était que cela : une suite de sprints, sans but réel ; l'escalade d'une montagne dont on ignore l'altitude et dont on n'a jamais vu le sommet.

Je trouve la sensation assez bizarre de voir mes amis se fiancer, se marier, avoir des enfants, acheter leur home sweet-home, construire une vie un peu rangée. Et moi, pendant ce temps, je cours... je cours. Ni femme, ni enfant, ni boyfriend ne me retiennent.

Je crois que je n'ai pas encore trouvé ma place. Je ne sais pas encore à quoi je sers.

Après quoi est-ce que je cours ?
Je ne sais pas trop. Peut-être que je cours après moi même.
Et après cette vie qui s'éparpille autour de moi.

25 commentaires:

  1. Comme dirait l'autre : "peu importe la destination, c'est le trajet qui compte"... Alors bonne route et surtout, amuse toi en chemin...

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    1. C'est un peu ce qui me travaille : me voir toujours en mouvement, alors qu'autour de moi tout le monde, ou presque, se pose... Cela a quelque chose qui finit par être oppressant. Mais ne t'inquiète pas : je m'amuse aussi, chemin faisant.

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    2. Fuck tout le monde ! Une bonne amie des US a une expression pour ça : "have it your own way and enjoy !"

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  2. Le "Quotidien" ça peut être parfois très chiant !

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    1. Chiant, peut-être bien. Mais rarement ennuyeux. C'est bien là l'essentiel.

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  3. On est tous plus ou moins passés par là ; et quand "boyfriend" sera là, tu verras, tout ira déjà beaucoup mieux. Enfin, en théorie^^

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  4. Ta place existe, puisque tu l'occupes. Il suffit d'en avoir conscience. Tout le monde ne suit pas la même voie. Certains, comme toi, sont nés pour ne pas se fondre dans la masse. Et heureusement.
    Je ne pense pas que ce soit ta place que tu cherches mais une légitimité. Et dès lors que tu existes, tu es légitime. Et personne n'a le droit de dire ou de penser le contraire.

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    1. Certes, mais quelle place ? Et cette place me convient-elle vraiment ?
      Me chercher une légitimité, oui, il y a certainement un peu de cela. Mais une légitimité dans quoi exactement ? Je n'y vois pas très clair dans ma vie...

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  5. Silvano/Gay Cultes8 juillet 2012 13:10

    Eh oui, donner un sens à la vie... c'est ce à quoi vous aspirez. C'est tout à votre honneur. Cette quête a échappé à nombre de nos contemporains. Il est agréable de lire que vous vous posez cette question essentielle. Dans le même sens, je voudrais finir ma vie en me disant tout simplement : "ai-je été quelqu'un de "bien" ? Ce serait déjà grande consolation que de pouvoir répondre par l'affirmative, sans me trouver d'excuses, en examinant mon existence de manière objective.
    Et puis, oui, les poupons, hein...

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    1. Ça c'est une autre question : quelle trace laisserai-je dans la mémoire d'autrui ? Qui et comment se souviendra-t-on de moi ? On rentre dans d'autres considérations...
      Les poupons deviennent des enfants qui causent et posent des questions. Là je me sens un peu plus à l'aise :)

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  6. La vie est une question de projets. Tu peux être posé avec un travail et un couple et te demander aussi ou est ta place. Elle ne se construit pas en opposition à ta sœur,, au contraire. Tu peux trouver en tes neveux une façon de tester de nouveaux projets, de nouvelles envies.
    Mais je comprends ton sentiment...

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    1. De toute façon, je suis en perpétuel questionnement. Il y aurait certainement de quoi alimenter un cabinet de psy pendant des années !

      Juste une précision : ma soeur est un homme ^^

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  7. Se poser, se ranger, ça me semble quand assez relatif. On a souvent l'impression que les autres ont des vies plus posées, plus stables. Mais est-ce vraiment le cas ? Dans l'exemple que tu donnes, avoir un enfant, est-ce vraiment se poser ou s'aventurer dans un autre "projet" ?

    Comme le dit Ditom, je ne crois pas qu'on soit tous faits pour avoir une routine bien huilée (et d'ailleurs n'est-ce-pas une sorte de pression sociale qui nous amène à rechercher cette vie bien installée ?)

    Et si en plus ta soeur est un homme, tu fais vraiment tout pour ne pas faire comme tout le monde, tu ne peux t'en prendre qu'à toi même !! ;)

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  8. Je me retrouve sur ce billet...

    Pensées...

    * Tape sur l'épaule *

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  9. Je ne peux que confirmer, hélas.
    Je me retrouve très souvent dans le même cas: s'extasier sur des choses plutôt basiques et essayer de participer à une conversations où je sens bien que mon avis, qu'il soit donné ou pas, n'a l'air de passionner personne.
    Et si tu jette un oeil àla dernière note de mon bolg/site, tu verras que je suis un peu perdu en ce moment-même.
    Y aurait-il quelmque chose de cosmique qui nous influence à au point de nous rendre dramatiquement lucides?

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  10. Je ne peux pas adhérer à la croyance selon laquelle ma place légitime serait soumise à une quelconque utilité. Pas plus qu'à une culture, intelligence, ou tout autre critère.
    Cela n'empêche pas de projeter ce que tu veux faire de ta vie. Rassures-toi, le destin, ou le hasard, se chargent de proposer de nouvelles pistes ou d'en faire avorter certaines. Du renouveau en permanence...

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  11. Et si tu faisais partie de ceux qui sont éternellement en mouvement, sur la route, en quête d'un ailleurs, d'un autre, d'un absolu qui n'existe que tant qu'on le cherche ? Chacun d'entre nous a une place, certes, mais n'y a-t-il pas des places mobiles ? Et si ta vie, c'était de ne rien construire de matériel, de ne pas avoir d'attaches, de naviguer sur les sept mers et de te construire simplement à l'intérieur ? Et puis, et puis, et puis pourquoi vouloir suivre un modèle si ce n'est juste pour se rassurer ? Pourquoi ne pas créer ton propre modèle ?

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  12. Si ta vie s'éparpille, n'est-ce pas tout simplement parce qu'elle est vivante? Je ne te perçois pas comme quelqu'un qui court déséspérément mais comme quelqu'un qui marche sereinement. Ne pas être en osmose totale avec ceux qui nous entourent n'est pas, à mes yeux, un signe de faiblesse, bien au contraire...
    "La" lectrice de l'ombre!!

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  13. Bin moi j'ai pas de réponse, tu fais tout ce que je ne sais pas faire: trop réfléchir!!;))

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  14. Bienvenue au club de ceux qui s'interrogent. Mais n'est ce pas le propre de toute persone avec un peu de trois neurones ?
    Et puis, avoir l'impression d'être étranger à un repas en famille, pd ou pas, célibataire ou pas, ça arrive à tout le monde ! (expérience perso...)

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  15. Gérer le temps qui passe, c'est peut-être cela le plus difficile. Entre savoir que le temps passe et y être confronté par les modifications plus ou moins brutales de la vie, ce n'est pas toujours le plus simple.
    Mais il faut aussi admettre que nos choix de vie peuvent aussi contribuer à l'éparpillement de la vie des autres, que les choses ne sont pas à sens unique et que la vie est un perpétuel mobile pas toujours très cool qui peut mettre de la distance, sans y prendre garde, entre les gens et les choses du fait du changement de statut, de boulot, de lieu ...
    Je doute qu'il existe de solution contre ça, même si on ne peut que le regretter.

    D'ailleurs, je m'aperçois que j'ai de la lecture à rattraper depuis le temps que mon satané métier me tient éloigné des blogues.

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  16. "Je crois que je n'ai pas encore trouvé ma place. Je ne sais pas encore à quoi je sers".

    J'ai écrit sensiblement la même chose il y a quelques semaines de cela. Et dire que la sérénité vient soi-disant avec l'âge !!! Foutaises ;) !!!

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  17. Il est souvent plus dur de faire avec ceux qui restent que de faire sans ceux qui sont partis.

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