25 octobre 2012

Chimichurri !

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Lorsque l'on est en Argentine, il y a deux choses auxquelles on doit très vite s'habituer : risquer sa vie à chaque fois que l'on traverse la rue, et manger de la viande en quantité industrielle. Vous remarquerez qu'il convient de s'affranchir préalablement de la première pour pouvoir s'adonner librement à la seconde...  La vie est un sport de combat.

La viande en Argentine est de très bonne qualité et globalement peu chère de sorte qu'il y en a presque à tous les repas. Étant carnivore ascendant vorace, autant dire que je ne me prive pas.
A noter que ici le mot "carne", qui signifie "viande", s'applique uniquement à la viande rouge. Pour désigner le poulet par exemple il ne faut pas dire "carne" mais "pollo" (poulet). Parler de "carne de pollo" est un non-sens...

Ce qui surprend à propos de la viande, c'est le mode de cuisson. Ou plutôt le temps de cuisson. En France le moindre bifteck serait cuit à feu très vif quelques minutes de chaque côté puis servi saignant ou rosé. Ici, point du tout car la technique de l'asado veut que la cuisson se fasse à feu doux et longtemps, voire très longtemps. Et pourtant le résultat est miraculeux : de la viande tendre et savoureuse. Oui oui : tendre !
Et pour obtenir de la viande tendre, ici, il faut la cuire longtemps. En effet, la phase de rancissement est réduite à sa plus simple expression : sitôt abattue, sitôt manjue ! Du coup, la viande qui n'a pas reposé est davantage gorgée d'eau, donc elle sèche moins vite à la cuisson, et surtout comme elle n'a pas ranci, il faut qu'elle cuise plus longtemps et à feu doux pour devenir moelleuse. Exactement le contraire de ce que l'on fait chez nous.

Pour accompagner son assiette de barbaque - de "carne" donc - il y bien entendu tout un arsenal de sauces que l'on trouve un peu partout sur la planète : du ketchup, de la sauce barbecue, un ersatz sucré de moutarde (on peut néanmoins trouver de la véritable moutarde - piquante à souhait mais hors de prix - dans certains supermarchés), de la mayonnaise plus ou moins dégueulasse, ou encore une sauce rosâtre appelée ici sauce samouraï. Mais surtout, il existe la sauce typiquement Argentine indispensable à tout asado digne de ce nom. Un accompagnement sans lequel un morceau de viande serait à peine présentable : le chimichurri


Le chimichurri est une sauce condiment composée d'un mélange d'ingrédients locaux : du piment chilien  doux nommé "aji", de l'ail, de l'oignon, de l'origan, un genre de paprika un peu piquant nommé "pimenton", du persil, de l'huile et du vinaigre. Le résultat donne une sauce assez fluide, acidulée, très légèrement piquante et qui développe une agréable chaleur en bouche, sans vous cautériser les gencives ni vous anesthésier la langue. Purement génial, l'essayer c'est l'adopter ! 


C'est bien simple, depuis que j'en ai acheté un pot, j'en mets partout : avec la viande bien sûr, mais également sur du riz blanc, sur les pâtes... J'imagine que sur des patates vapeur ça ne devrait pas être mal non plus. Bref voilà une jolie petite découverte culinaire dont j'aurais à présent bien du mal à me passer !

22 octobre 2012

La soirée ratée et ce garcon qui voulait m'embrasser

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Ce devait être une bonne soirée. Tous les ingrédients étaient là pour que cette première sortie au cœur des folles nuits porteñas soit inoubliable. Il n'en fut rien.

Tout avait commencé quelques jours plus tôt avec la rencontre de ce charmant garçon chez qui j'étais allé prendre un café et faire connaissance. Oui, c'est réellement un joli garçon, de mon âge, très bien de sa personne, de silhouette ostensiblement athlétique. Je vous arrête tout de suite : il ne s'est rien passé entre nous, il ne m'attire pas plus que cela. Car aussi beau soit-il, aussi charmant qu'il puisse être, je ressens en lui cette étrange mais assourdissante dissonance que je ressens parfois à l'égard de certaines personnes et qui fait que le courant ne passe pas autant qu'il le pourrait. J'ai parfaitement conscience de l’irrationalité de mon propos mais mon instinct, auquel j'ai réappris à faire confiance, ne me trompe que rarement.  Et de toute façon nous étions d'accord sur la nature de stricte courtoisie de ma visite...

Nous nous sommes revus quelques jours plus tard pour dîner, toujours chez lui. Il avait préparé à manger. Le repas typique du pédé qui prend soin de son corps dessiné à coup d'heures passées à la salle de sport : du poulet au four, une salade de crudités, du coca light. 
On a discuté un peu plus que la première fois. On a parlé jeux vidéos, cinéma, on s'est tapé sur la gueule à coup de Street Fighter IV... Ce fut un moment assez sympa même si son petit short très court et sa chemise hyper cintrée suggéraient, sans trop d'équivoque, de toutes autres ambitions à propos desquelles les textos échangés alors que je cheminais sur le retour, donneront la confirmation. Et j'avoue que ça m'a un peu fait chier de savoir que nous n'étions pas exactement sur la même longueur d'ondes et qu'il espérait autre chose qu'une "simple" amitié sans jouer cartes sur table.

Quoiqu'il en soit, ce second soir, avant que nous ne nous séparions, et tandis que j'observais son bras accoudé sur le dossier du canapé se rapprocher insensiblement de mon visage, mon nouvel ami m'a parlé d'une soirée Dorothy qui avait lieu le vendredi suivant en plein cœur de Buenos Aires. De ce que j'en ai compris, les soirées Dorothy sont des soirées plutôt ultra prisées, initialement conçues pour garçons sensibles mais désormais ouvertes à un plus large public. "Ce serait dommage que t'y ailles pas" m'a-t-il dit. En effet, même si en temps normal je ne suis ni un grand afficionado des soirées en boite en général ni des soirées dans le milieu en particulier, ce serait dommage de passer à côté de ce qui semblait être l'événement du mois à Buenos Aires, mon nouveau chez-moi. La chose était entendue, rendez vous vendredi soir sur le coup de une heure du matin à la découverte des nuits argentines.
Vendredi, une heure trente du matin, j'attends mon comparse au pied de son immeuble avant que nous ne sautions dans un taxi, direction le Palacio Alsina, temple de la musique électronique à Buenos Aires. 

Quoique nous soyons arrivés assez tôt il y a déjà beaucoup de monde qui se presse dans la rue et forme une interminable file d'attente. Une fois à l'intérieur, le lieu est vraiment superbe : au rez-de-chaussée se situe le dance-floor, surplombé par deux niveaux de balcons faisant tout le tour de l'immense volume. Sur le mur du fond et recouvrant tout le plafond, un écran géant diffuse alternativement extraits de clips et images psychédéliques. Deux DJ envoient les décibels, le show est grandiose et bien rodé, la clientèle est assez variée, ni trop jeune ni trop âgée, le tarif des boissons reste parfaitement abordable, l'ambiance globale plutôt sympa. La fête pouvait commencer.

Mais alors pourquoi diantre ne me suis-je donc pas amusé ? Pourquoi au bout d'une heure avais-je déjà envie de rentrer chez moi ? Car non, je ne me suis pas amusé. Non je n'ai pas apprécié cette soirée. Et pourtant, merde quoi ! je suis dans un endroit où toute la ville se bouscule, dans une super métropole, à l'autre bout du monde, et je me fais chier alors que tout le monde autour de moi semble passer un bon moment. Tout ces gens qui dansent le sourire aux lèvres faisaient-ils semblant d'être heureux ? Qu'est-ce qui cloche en moi ? Pourquoi je n'y arrive pas, moi, à m'amuser ?

Ayant perdu mon prince charmant de vue depuis un petit moment et ne l'ayant pas recroisé de la soirée, je ne suis malgré tout forcé à rester. Je me disais que, peut-être un déclic allait se produire, que j'allais croiser un regard invitant ou un visage amical, une invitation à un peu d'effervescence... J'ai repris un verre bien tassé pour m'embrumer un peu les sens et me délier l'esprit, fixant la foule en transe, dans l'attente d'un sursaut salvateur qui ne viendra jamais. La musique ne me fait pas vibrer. Je ne trouve pas que les gens soient particulièrement beaux. Pire, voir ces quelques mecs torse-nu, soigneusement épilés, sauvagement bodybuildés selon un schéma préformaté de beauté présumée et taillés comme des acteurs pornos, se tortiller langoureusement par petits groupes de trois ou quatre me donne littéralement la nausée. Je les envie tout autant qu'ils me répugnent.

Il est presque cinq heures du matin, j'ai la rage au ventre lorsque je croise l'obélisque de l'Avenue 9 de Julio en rentrant chez moi. A ce moment là je me hais comme cela ne m'était pas arrivé depuis fort longtemps. Oui, je me suis haïs, vraiment. J'en aurais chialé...  

Pourquoi ? 
Pourquoi ? 
Pourquoi ?

Peut-être es-tu sorti avec les mauvaises personnes, m'a demandé quelqu'un sur twitter. Oui, il y a peut-être de cela. Peut-être tout simplement ne suis-je pas fait pour ce genre de sortie ? Et de toute évidence j'ai encore pas mal de choses à régler avec mon image qui manifestement peuvent encore me bloquer dans ma relation aux autres. Que l'on soit chez soi où à 12000 Km de là ne change rien à l'affaire, on ne se refait pas. 

Pour l'anecdote, depuis cette soirée ratée, je n'ai aucune nouvelle, pas même un texto le lendemain, de ce charmant garçon qui voulait m'embrasser...

20 octobre 2012

Petite leçon d'économie argentine

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La crise économique en Argentine est une réalité quotidienne tellement banale qu'elle finit par en devenir presque normale. Une réalité contre laquelle le très contesté gouvernement Kirchner essaie de lutter avec un succès tout relatif car les résultats ne sont pas là. Enfin, si l'on en croit les informations officielles, tout va bien, tout va mieux : le taux d'inflation sur les derniers neuf mois serait de 0,9%. Mais si l'on s'en réfère à d'autres études qui n'émanent pas des services gouvernementaux, parler de catastrophe est un euphémisme car on serait davantage aux alentour de 18 % d'inflation (voire 22 % pour d'autres analyses plus pessimistes encore) sur la même période. L'an dernier le taux d'inflation réel a été d'environ 30 %. Sans oublier que, à cette inflation galopante, il faut ajouter les difficultés d'approvisionnement en certaines matières premières et outillages liées aux mesures protectionnistes. La combinaison de tout cela donne un marché très instable qui conduit de nombreuses entrerpises à mettre la clé sous le paillasson.

Alors, pour éviter que leur petit bas de laine de s'envole en fumée, les Argentins se tournent vers des valeurs refuge : l'Euro et le Dollar.

Là encore il faut composer avec deux réalités : celle de l'économie officielle et celle de l'économie réelle qui sont deux choses distinctes. En effet, le gouvernement a décidé, voici quelques temps déjà, d'une parité officielle entre le Pesos argentin et les autres monnaies, et cela quel que soit le cours réel de ces monnaies. 
Ainsi aujourd'hui la parité officielle entre le Pesos et l'Euro est environ de 1 Euro pour 5,88 Pesos. Donc si vous retirez de l'argent à la banque, sur votre compte bancaire européen, on vous donnera 5,88 pesos par Euro, outre les frais inhérents à l'opération. Ceci est une belle arnaque car le taux de change réel - disponible sur le marché noir que tout un chacun connaît ici parfaitement - est d'environ 1 Euro pour 7,20 Pesos ! Autrement dit, à chaque fois qu'un européen tire du liquide sur son compte bancaire depuis l'Argentine, il perd de l'argent...

Il en va strictement de même pour le Dollar. Contrairement à ce que l'on pourrait croire l'Euro n'est pas une monnaie aussi forte que l'on veut bien le penser. Pour un Argentin, le Dollar est nettement plus intéressant car il est beaucoup plus simple et rapide d'aller dépenser des Dollars aux États Unis que d'aller dépenser des Euros en Europe - sans compter le prix prohibitif d'un billet vendu en Argentine pour se rendre en Europe. Du coup, le Dollar jouit d'une forte popularité qui le place, sur le marché noir, à un taux de change proche de l'euro. Ainsi, 1 Dollar vaut environ 6,33 Pesos sur le marché noir, contre 4,74 au taux légal officiel, ce qui fait une sacrée différence.

Euro et Dollar, des valeurs refuge donc. Oui, à tel point que, désormais, il est impossible d'acquérir ces devises sur le territoire argentin. Les banques ne peuvent pas remettre des billets ni en Euros ni en Dollars, à quiconque et pour quelque motif que ce soit, y compris sur justification d'un prochain voyage à l'étranger ! La rehabilitation du Pesos dans l'économie du pays est une lutte acharnée, presque aveugle, et qui ne produit pas exactement les effets attendus.

Tout cet embroglio n'est pas sans poser quelques difficultés pratiques. Je m'explique. Le Dollar est une valeur refuge disais-je à l'instant. Aussi il n'est pas rare lorsque l'on feuillette les annonces de location d'appartement, de trouver le prix exprimé en Dollars. L'idée est de récupérer des devises étrangères qui se dévaluent peu et ainsi de thésauriser. Sauf qu'eu égard à l'impossibilité pratique de retirer des devises étrangères ici, il faut convertir le contrat en Pesos. Mais à quel taux ? Au taux officiel ou au taux réel ? Au taux réel bien entendu. Et là cela peut faire très mal.

Prenons par exemple le cas de la location d'un appartement standard en centre ville au prix annoncé de 800 Dollars.
Pour un européen, 800 USD représentent environ 615 Euros, ce qui est tout à fait acceptable. Eu égard à l'impossibilité de retirer des Dollars, il va falloir payer en Pesos. Si l'on considère le taux de change réel de 7,2 pour 1 alors 615 Euros représentent 4428 Pesos.
Sauf que, cet européen va payer en retirant des Pesos qui lui seront attribués en fonction du taux légal imposé qui est de 1 pour 5,88. Et là tout bascule. Car pour retirer 4428 pesos, cet européen va devoir débourser 753 Euros et non pas 615, ce qui fait une augmentation soudaine de 138 Euros !

Bien entendu, ce genre de contrat exprimé en devise étrangère est très fréquent. Aussi, pour encourager les Argentins à utiliser la monnaie nationale et dissuader le recours à des monnaies concurrentes qui participent au jeu de l'inflation galopante, le Code Civil de la Nation Argentine prévoit une solution  radicale afin de faire la chasse aux contrats conclus en d'autres devises que le Pesos. A cette fin est institué un mécanisme simple mais redoutable : en cas de contestation, toute somme d'argent inscrite dans un contrat sera automatiquement réputée avoir été stipulée en Pesos. Ainsi, une dette de 1000 Dollars devient une dette de 1000 Pesos...  autrement dit, sept fois moins. Dissuasif ! Mais surtout ravageur car, là encore, les effets négatifs de ce systèmes sont innombrables, en particulier lorsqu'il s'agit de très gros contrats de fourniture de marchandise conclus sur plusieurs années avant que la loi n'entre en vigueur. S'agissant d'une loi de soutient de l'économie, elle s'applique immédiatement aux contrats en cours.

Vous l'aurez compris, la situation économique en Argentine est loin d'être rose. C'est d'ailleurs un cas assez unique puisque tous les pays voisins connaissent une croissance économique tout à fait normale. Le seul autre pays d'Amérique du Sud à connaître de semblables difficultés et une inflation ahurissante est le Vénézuela. 

De façon un peu ironique les argentins disent que le pays fonce droit dans le mur, sauf que le mur ne cesse de reculer...  Mais le Gouvernement dit que tout va bien. Alors tout va bien.

Une crise ? Quelle crise ?


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Pour ceux que la question de la crise économique en Argentine intéresse, allez lire ce billet très intéressant (en français).

15 octobre 2012

La Photo du Mois : "Bienvenue Chez Moi"

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Bonjour tout le monde ! Nous sommes le 15 octobre, et nous avons rendez-vous avec La photo du mois.
Le principe est simple : chaque 15 du mois, un groupe de blogueurs publie à midi heure de Paris, une photo en fonction d'un thème donné à l'avance.

Ce mois-ci c'est Gilsoub qui nous propose le thème suivant : Bienvenue chez moi

Ce thème tombe vraiment à point-nommé pour moi. Mais alors vraiment !

Ainsi que je le racontais dans un précédent billet, j'ai tout fraîchement déménagé de mon premier lieu de villégiature en Argentine pour gagner mes nouvelles pénates, en plein coeur de Buenos Aires. Voilà, ça y est, c'est fait ! Mon premier véritable chez-moi ici, en Argentine ! Mon premier chez-moi, loin de ma chère Ville Rose qui, pour l'instant, ne me maque guère. Mon désormais chez-moi pour les cinq mois à venir : un très joli petit appartement en plein centre ville, dans le (très) beau quartier de Recoleta (bah oui hein, j'ai un rang à tenir tout de même...). Un nid d'aigle, perché au sommet de l'un des plus hauts immeubles des environs, d'où les abondants bruits de la ville sont à peine perceptibles et qui offre une vue exceptionnelle sur les toits de Buenos Aires...
Bienvenue chez moi ! 
(En cliquant sur l'image vous obtiendrez une version agrandie, avec davantage de détails)

D'ici on voit même le fameux Obélisque de la non moins célèbre Avenida 9 de Julio (on peut d'ailleurs l'apercevoir au tiers gauche de la ligne d'horizon sur photo) ). Et le dôme que vous distinguerez peut-être au tout dernier plan sur la droite, c'est le Congrès de  la Nation (j'avais mis des photos de ces deux monuments dans ce billet, sans les nommer).

Voilà, à présent, c'est ici chez-moi  !

Et chez les autres, c'est comment ?
100driiine, A&G, Agrippine, Akaieric, Alban, Alexanne, Alexinparis, Alice Wonderland, André(eric)Fernandes, Anita, Anne, Anne Laure T, AnneSoPhotos, Annick, Arwen, Ava, Batilou, Berliniquais, Bestofava, Blogoth67, Cara, Carnets d'images, Caro, Cathy, Cekoline, Céliano, Céline in Paris, Cessna, oui !, Champagne, Cherrybee, Chris et Nanou, Christeav, Clara, Coco, Cocosophie, Cricriyom from Paris, Cynthia, Dame Skarlette, David et Mélanie, DelphineF, Djoul, Dorydee, Dr CaSo, Dreamteam, E, El Padawan, Emma, Escapade en Tunisie, Fanfan Raccoon, Filamots, Flo, François le Niçois, Frédéric, Galinette, Gilsoub, Gizeh, Guillaume, Happy Us, Hibiscus, Isabelle et Gilles, J'adore j'adhère, Jean Wilmotte, Karrijini, Kob, Krn, Kyoko, La Fille de l'Air, La Flaneuse, La Messine, La Nantaise, La Papote, La Parigina, LaFamilleD , LaGodiche, Laure, Laurent Nicolas, Lauriane, Lavandine, Le Mag à lire, Les petits supplices !, Les voyages de Lucy, Les voyages de Seth et Lise, Les zinzins, Leviacarmina, Lhise, Lisa adore, Lo, Louiki, Lucile et Rod, Lyonelk, M, magda627, Maïder, Mamysoren, Manola, Marion, Marmotte, Melting Pot, Mgie les bons tuyaux, N, Narayan, Nataru, Nathalie, Nicky, Nora, Olivier, Ori, Pat Québec, Petite Marie, Pilisi, Renepaulhenry, Sébastien, Sephiraph, Sinuaisons, Skipi, Solveig, Sophie Rififi, Stephane08, Testinaute, The Mouse, The Parisienne, Titem, Un jour une rencontre, Une niçoise, Vanilla, Vickie in the sky, Violette, Viviane, Xavier Mohr, Xoliv'.

14 octobre 2012

Ma première bombilla ! (où il sera question du Maté)

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Aujourd'hui, j'ai fait quelque chose qui il y a deux mois m'aurait paru totalement incongru : acheter une bombilla (prononcer "bombicha"). Une bombilla, c'est une sorte de grosse paille en métal munie d'un embout perforé qui sert à boire la boisson nationale dont la saveur, délicatement amère, oscille entre la décoction d'ensilage et le thé raté. Je veux bien entendu parler du maté.

En arrivant en Argentine je savais deux choses de ce pays : que l'on y mange une viande excellente et que l'on y boit du maté. Il ne m'a fallu que quelques heures sur le sol argentin pour me rendre compte que l'une et l'autre sont authentiquement exactes. J'ignorais en revanche à quel point le maté pouvait faire partie intégrante de l'art de vivre ici. Boire le maté n'est pas une simple tradition poussiéreuse pour mamies permanentées mais, au contraire, un geste quotidien tout à fait normal, quel que soit l'âge, quel que soit l'endroit. Jeunes, vieux, ouvriers de travaux publics ou hauts fonctionnaires, tout le monde boit du maté, tout le temps, et non pas seulement à five o'clock. Je dirais même que boire le maté c'est un moment de convivialité à partager sans chichi entre gens de bonne compagnie. Une invitation à boire le maté, ça ne se refuse pas.

Pour faire du maté, quatre ingrédients sont indispensables.

Tout d'abord, un maté. Contrairement à ce que l'on pourrait croire le maté n'est pas l´herbe qui va servir à faire l'infusion, mais le récipient dans lequel on prépare la boisson. Il peut être, comme sur ma photo, en bois.  On en trouve également en calebasse séchée, en métal, en verre, en argent... Il y en a pour tous les goûts. 

Le maté et la bombilla.

Ensuite, il vous faudra une bombilla pour boire. La aussi il en existe de toutes sortes et à tous les prix (la mienne m'a coûté 15 Pesos, soit environ 2,5 Euros). Cet ustensile peut s'acheter à peu près n'importe où, y compris dans la plus part des drug-stores dont la ville de Buenos Aires est constellée.

Bien entendu, du maté ne peut se préparer sans Yerba Maté (pour tout savoir sur cette plante, c'est par ici). La yerba maté s'achète aussi facilement qu'un paquet de pâtes. Cela se présente sous forme d´herbe broyée, un peu comme de la sciure, conditionnée en paquets de 500 grammes, voire (beaucoup) plus. Certaines marques proposent du maté parfumé avec des zestes d'orange ou de citron mais de ce que j'ai pu constater ce n'est pas le plus communément consommé.
Il existe également du maté en sachets tout prêts à faire infuser, comme de la tisane. Attention, c'est perçu ici comme la dernière des hérésies ! 

La yerba maté, ça ressemble à ça....

Enfin, de l'eau chaude, à peine frémissante. Jamais bouillante. Ceci explique pourquoi tous les foyers argentins sont équipés d'une bouilloire.

La préparation est assez simple même s'il existe un véritable rituel du maté (et ses ayatollah) au moins aussi développé que celui du thé (je m'en tiendrai donc à l'essentiel). On commence par remplir le maté de yerba maté jusqu'au 3/4, puis on incline le maté doucement pour qu'un espace se forme afin de pouvoir glisser la bombilla. On verse ensuite un tout petit peu d'eau tiède pour faire gonfler l'herbe puis, une fois le gonflement désiré atteint, on introduit la bombilla en douceur, jusqu'au fond, en la poussant un peu sous l'herbe. Lorsque l'eau est chaude, on en verse un peu dans l'espace vide laissé à cet effet. Et voilà... il ne vous reste plus qu'à savourer votre maté, seul ou avec vos amis, chez vous ou dans la rue.
Bien entendu on peut verser un peu de sucre sur l'herbe, notamment pour faire passer le goût amer de la décoction, ou bien utiliser un édulcorant de votre choix (on vous proposera toujours les deux). 

Deux marques très connues ici de yerba maté.

En pratique chacun boit à son tour, en commençant par celui qui a préparé le maté. On boit tout, jusqu'à ce que cela fasse du bruit, un "schlooouiiirrrks" caractéristique, on remplit à nouveau le maté d'eau chaude sans changer l'herbe, et on passe au suivant. Et ainsi de suite, jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Ha, tant que j'y suis, il est de mon devoir de vous mettre en garde car il y a une chose à ne jamais faire - ô grand jamais - lorsque l'on boit du maté (je l'ai appris à mes dépens) : remuer la bombilla dans le maté, ou ne serait-ce que la toucher du bout des doigts. Malheureux, n'y pensez même pas !  Outre que vous passeriez pour un malotru, vous seriez aussitôt frappés par la foudre et maudit sur dix huit générations...

Sachez que les européens ont la réputation de ne pas aimer le maté, ce qui peut parfaitement se comprendre (voyez ma description gustative au début de ce billet). Cela étant, c'est vraiment loin d'être imbuvable et je crois même que les Argentins retirent une certaine fierté de ce dégoût présumé, plus que réellement avéré. Et puis la première gorgée de maté, c'est un peu refaire, à l'âge adulte, l'expérience de sa première gorgée de bière, une occasion de découvrir quelque chose de nouveau et de s'approprier un petit bout d'une culture beaucoup plus riche qu'il n'y parait de premier abord.

Pour ma part, je m'habitue peu à peu, sans trouver ça ni vraiment bon ni vraiment mauvais. Cela fait partie des choses que l'on fait ici, et que j'apprends à aimer faire, tout simplement. Et mon achat est peut être aussi le témoignage de ce que je me sens plutôt bien dans ce pays...


***
Si vous voulez en savoir davantage sur la préparation du maté, allez lire cet excellent article d'un autre expatrié en terres argentines.

7 octobre 2012

Il n'est si bonne compagnie qui ne se quitte...

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S'il est une chose dont je suis désormais sûr, c'est que je ne suis pas prêt à renouveler l'expérience de la vie en collectivité. Ou alors avec des gens choisis...
Je m'étais récemment plaint de mes conditions d'hébergement. Hé bien figurez-vous que ma dernière semaine là-bas fut une sorte d'apothéose...  Un condensé en quelques jours de ce que j'ai enduré pendant trois semaines. Allez, asseyez-vous un instant que je vous raconte.

Tout d'abord lundi matin, en prenant mon petit déjeuner, j'ai la désagréable impression de voir comme un énorme coup de cuillère à soupe dans mon pot de dulce de leche. Un trou béant, alors que je n'utilise qu'un couteau pour me servir. Bon... soit quelqu'un s'est servi sans demander - un peu comme mes deux oeufs frais qui ont mystérieusement disparu quelques jours plus tôt - soit c'est la position de mon sac debouffe dans le frigo qui a donné cette drôle de forme à la pâte à tartiner. Pour que les choses soient claires, il est de règle que chacun emballe sa bouffe dans un sac plastique noué afin de marquer sa propriété et, bien entendu, on ne touche pas aux affaires des autres. 

Mardi après midi, je suis installé sur la table de la cuisine où je travaille un peu, lorsque surgit J, un type d'une soixantaine d'années, tendance clodo bobo, faussement érudit qui parle de tout avec le plus grand sérieux du monde d'une voix étranglée à peine perceptible, sa bouche masquée derrière une vilaine barbe blanchâtre mal entretenue, et qui regarde toujours les gens par dessus ses lunettes en inclinant la tête en avant. Un concentré de ce qui m'insupporte. J dit ne pas beaucoup manger. En effet, je ne l'ai jamais vu se préparer le moindre truc ni consommer quoi que ce fut qu'il se soit acheté. En revanche je l'ai souvent vu piquer à pleine main dans un paquet de chips, détourner un empanadas abandonné sur un coin du plan de travail, dévaster les assiettes de bouffe non terminée laissées dans le frigo, on encore vider en cati mini la boite de biscuits salés - en libre service - de la cuisine... En fait J mange, même beaucoup, mais toujours dans la gamelle des autres, l'air de rien. Ça aussi, ça m'insupporte.

Ce mardi après midi là, donc, je vois J ouvrir le frigo et, armé d'une cuillère à soupe, se goinfrer goulûment dans ce qui semble être mon pot de dulce de leche. Aussitôt j'interromps J en pleins agapes, et lui demande ce qu'il est en train de faire. Avec le plus grand aplomb du monde, il me répond, de son insupportable voix gargouillante et la bouche encore pleine, qu'il est en train de manger un peu de ducle de leche. Ce à quoi je rétorque, manifestement excédé, que ce dulce de leche là est à moi et que, avant de s'empiffrer, il aurait pu demander.
Se faire reprendre ainsi par un petit blanc-bec ne lui a pas plus du tout... Mais alors pas du tout. Il m'a craché quelques ignominies au visage - genre "connard de français", avant de partir comme une furie, toujours en gromellant. Moi j'étais fier de moi, fier de lui avoir démontré que je l'avais parfaitement démasqué et que ses tentatives douceâtres d'apitoiement m'étaient d'une parfaite innocuité. Étrangement, depuis ce jour, J s'est montré particulièrement distant à mon égard, ce qui avait bien entendu tout pour me plaire.

Le clou du spectacle fut certainement jeudi soir. Ce soir là je rentre de Buenos Aires où je m'étais rendu pour signer les papiers de mon nouveau logement. Il est environ dix heures du soir. La maison est calme. Je prépare ma tambouille et fille dans la chambre pour ranger mes affaires en vue de mon départ définitif le lendemain. Onze heure, tout est prêt, je me couche, demain je me lève tôt en embarquant directement toutes mes affaires, je ne veux pas revenir ici les récupérer après le travail.

Onze heure et demi, de la musique, des rires, quelqu'un qui chante, des voix. Impossible de dormir dans ces conditions. Je me lève pour voir d'où vient ce rafus: Hé bien figurez-vous que cette joyeuse bande de branleurs qui ne fout rien de la journée était ni plus ni moins en train de préparer un asado... Oui, à onze heures et demi du soir, en pleine semaine, ils avaient décidé de faire un énorme barbecue dans la grande cour qui borde les dortoirs et avaient invité pour cela une dizaine de leurs potes à venir festoyer avec eux... La comédie a duré jusqu'à une heure et demi du matin. Lorsque l'on doit se lever à six heures et demi, je vous assure que cela fait une nuit un peu courte. Qu'importe, c'était la dernière.

Vendredi matin, six heures trente, je me lève péniblement, vais prendre ma douche, m'habille, prends mes affaires et les transporte dans le hall d'entrée. Dans le couloir, je croise l'une des "colocataires" qui part bosser. Elle me fait la bise et me souhaite une bonne journée ; elle ignore que c'est la dernière fois qu'elle me voit. Avant de quitter les lieux, par acquis de conscience je laisse un mot - laconique - dans le cahier de correspondance laissé ouvert sur le bureau de l'accueil.  

"Il n'est si bonne compagnie qui se quitte", écrivait Krn en commentaire sous mon dernier billet. Oui, j'en avais vraiment ras-la-cuve de ce logement et de ses habitants, par dessus la tête de ces gens qui n'en avaient rien à foutre de rien sinon que de leur propre gueule, quoiqu'ils aient pu également avoir parfois de bons côtés, ne noircissons pas totalement le tableau.

Il est sept heure et demi lorsque je franchis presque clandestinement la grande porte vitrée de la bâtisse. Définitivement.


Je n'ai dit au revoir à personne. Je ne sais même pas s'ils se doutaient que je partais ce jour là. Je m'en fou. Je ne leur dois rien.

Quelques minutes plus tard, je suis assis, tranquille, une tasse de cafe con leche assortie de trois media-lunas moelleuses et sucrées à souhait. Je suis libre. Enfin. Libéré de ce lieu, qui fut ma première demeure en Argentine et dont, je pense, je me souviendrai longtemps.

Depuis que je suis parti pour habiter mon nouveau chez moi (je vous en parlerai bientôt), je revis. Vraiment. Du calme, du silence, de la propreté, pas de foot à la télé avec ces insupportables présentateurs qui hurlent "Gooooooooal" pendant d'interminables secondes, personne qui vient piquer dans mon frigo... Ca fait un bien fou.
Et comme un signe qu'il était temps que je parte, depuis samedi matin je suis cloué au lit par une très méchante fièvre. Le corps qui craque, certainement. Du coup je me gave de sucreries en regardant plein de films à la télé.

Malade, mais tranquille... Enfin !

1 octobre 2012

Vicissitudes de la vie en collectivité

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Je n'en peux plus. Je n'en peux plus de ces gens avec qui je vis depuis maintenant un petit mois. Je ne parle pas des Argentins en général, qui sont des gens adorables. Je n'en peux plus de mes "colocataires" avec qui je partage mon quotidien en auberge de jeunesse.  
La vie en collectivité est une grande nouveauté pour moi qui ai toujours vécu dans mon petit chez-moi.

Je ne crois pas être particulièrement difficile à vivre, je sais être conciliant, parfois trop, au point de pouvoir (idiotement) faire preuve d'une abnégation confondante. Oui au fond, vivre à plusieurs n'est pas réellement difficile du moment que chacun y met un peu du sien, au prix de tout petits efforts et d'un respect mutuel élémentaire. Comme faire la vaisselle au fur et à mesure qu'on la salit, par exemple, et éviter à celui qui veut boire un verre d'eau de fouiller sous une pile d'assiettes dégoulinantes de résidus alimentaires visqueux car détrempés.

Ha, ben voilà, du respect, c'est exactement ce qu'il leur manque à ces gens que je côtoie : du respect... Je ne sais pas si c'est moi qui suis un vieux con avant l'heure, mais ici c'est chacun pour soi et tous pour personne. Un individualisme collectif comme je n'en ai jamais vu. Sidérant. Personne ne se soucie vraiment de savoir ce que fait le voisin, et réciproquement. En gros c'est assez souvent l'anarchie et le bordel. Et j'avoue éprouver quelques difficultés avec cela.
Ha bon, vous regardez un film à la télévision ? C'est pas grave, cela ne me dérange pas moi d'écouter de la musique dans la même pièce que vous en tapant du pied. Oui, surtout fait comme si on n'était pas là...

Ha bon, tu regardais vraiment cette émission ? Ça t'embête que j'aie changé de chaîne alors ? Oui, beaucoup...

Tiens, il est une heure du matin... et si on faisait des gnocchis pendant que tout le monde dort ? Ha ben tiens ! Et bien sûr vous n'oublierez pas de laisser la cuisine dans un état post-apocalyptique pour ceux qui se lèveraient avant vous demain matin...

Je sais pas si je mangerai du super plat que tu prépares depuis 3 jours pour nous (oui, j'ai eu cette faiblesse : un sublime bourguignon préparé depuis la veille et cuit pendant plus de 6 heures) parce que là il est cinq heures de l'après midi et que je suis en train de manger du poulet milanaise avec des frites... Dommage pour toi, c'était juste divin.

Ho et moi non plus je ne serai pas là, même si on a tout décalé à ma demande, mais c'est pas grave : mes trois potes - qui débarquent d'on ne sait où - eux, meurent de faim !  Pas grave, quand il y en a pour 7 il y en a pour 15 !

Tout est comme ça, presque tout le temps. Au début, ce n'est pas très grave, c'est un peu roots, ça fait partie du folklore, et on va s'habituer, croit-on naïvement. Au bout d'un moment, c'est vraiment usant ; à tel point que certains jours je retarde au maximum mon retour pour ménager mes pauvres nerfs et garder tout la sérénitude qui sied si bien à la fraîcheur de mon teint. N'y venir que pour dormir et surtout ne rien attendre d'eux, même si je trouve cela profondément triste.

Sans compter que partager sa piaule avec deux autres personnes implique un manque total d'intimité et l'impossibilité absolue de recevoir du monde pour autre chose que de parler d'astrophysique chez les Maya ou de théorie générale du droit agraire en Ouzbékistan subtropical...

Bref il ne me tarde qu'une chose : partir d'ici.
Ca tombe bien, c'est prévu pour très bientôt.