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  • 31 janvier 2014

    Vol AC875

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    Après douze heures de voyage, dont dix passées à bord d'un avion, me voici à nouveau sur le sol Canadien. Le vol AC875 à destination de Montréal vient de prendre fin. En un flot régulier et calme, les voyageurs quittent le confortable aéronef et son irréprochable équipage. Oui cette traversée fut d'un confort à ce jour inégalé.

    Contrairement à mes prévisions, l'embarquement ne fut pas le moment le plus angoissant, contrairement à ce matin de septembre 2012 où je m'apprétais à partir en Argentine, un pays dont j'ignorais tout. Au fond il ne s'est agit que de quelques formalités vaguement administratives sans autre conséquence que d'admettre les passagers à bord. Et puis je ne partais pas véritablement en territoire parfaitement inconnu.

    Non, le moment qui fit monter en moi une puissante bouffée d'angoisse intervint immédiatement avant l'atterrissage. Cet instant où l'on sent les trains sortir de leur compartiment puis, quelques secondes plus tard, cette brusque secousse trahissant la prise de contact avec le sol et corrélativement ce retour aux réalités terrestres desquelles l'altitude nous avait momentanément coupés. Une convulsion, véritable contraction maternelle qui nous expulse hors du cocon cotonneux bariolé du sourire des hôtesses virevoltant dans un impeccable bal des chariots et sa chorégraphie parfaitement orchestrée : nous y voilà, c'est maintenant que tout bascule et qu'il me faut faire front. 

    Traversant un grand couloir vitré qui me menait au service des douanes, je regarde avec une certaine émotion un peu candide l'avion qui m'a conduit jusqu'ici. Je me souviendrai toute ma vie de l'image de ce vaste oiseau blanc posé sur le tarmac tandis que je réalisais mes premiers pas symboliques dans ce futur - désormais présent - que je suis venu construire à tir d'ailes, comme un pari un peu fou. Des premiers pas hautement engageants. 

    Un peu plus loin mon chéri m'attend tout sourire. Il tient dans ses mains une boîte de beignets encore chauds de chez Tim Horton's. "J'ai pensé que tu aurais probablement faim..."

    Le vol AC875 vient d'atterrir.
    Et c'est maintenant que tout commence.


    25 janvier 2014

    Vestige d'enfance

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    Avant de m'envoler pour l'autre rive et d'affronter le grand froid canadien, je me suis senti obligé de renouveler ma garde-robe. Des pulls. Chauds. Par une température de -20°C voilà des choses bien utiles au quotidien. Il est vrai que les Toulousains sont fort mal habitués niveau météorologie...

    Par un effet de mimétisme, et profitant des soldes, ma mère m'a aussi ramené quelques jolis trophées de guerre, arrachés de toutes ses griffes de maman-poule-prochainement-dépossédée-de-son-fiston-adoré à la cohorte plébéienne venue lui tenir concurrence. Et ils sont beaux ces pulls, moelleux, confortables. J'aurai grand plaisir à les porter.

    Après avoir fièrement exposé le fruit de ses trouvailles, ma mère a brandi une autre poche en papier bordeau : "Je t'ai aussi acheté ça".

    Tout en buvant mon café et regardant d'un oeil distrait le téléviseur allumé en arrière-plan, je la vis alors déballer un vêtement bleu pastel à motifs bruns et rouges, un poil enfantin, dont je ne put tout d'abord identifier la nature. Puis, ayant totalement déplié chacune des deux pièces le composant et tenant l'une d'elles à bout de bras à la hauteur de son visage, je vis deux longues jambes azur bariolées de nounours se présenter à moi.

    "C'est un pyjama chaud, me dit-elle ; tu en auras besoin pour là-bas".

    Un pyjama... Moi qui n'en porte jamais, et encore moins lorsque je dors avec quelqu'un. C'est assez extraordinaire. Comme si ma mère voulait se protéger, mettre un voile de pudeur là où pourtant sévit l'intimité la plus crue dans une chambre dont son inconscient refuserait l'existence. M'offrir un pyjama qu'elle m'espère voir porter, pour mieux enfouir derrière ce vestige d'enfance la réalité d'adulte que son fiston de 35 ans s'apprête à vivre avec le garçon qu'il aime...

    14 janvier 2014

    Relax, nothing is under control

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    Tout est parti de ces cinq petits mots : Relax, nothing is under control.

    Longtemps j'ai cru pouvoir tout contrôler, tout maîtriser, tout appréhender, essayer de tout comprendre, tout analyser, tout anticiper, au prix d'efforts continus, épuisants, vains.
    Une soif de totalité absolue confinant à l'obsession, source de bien inutiles tourments et de frustrations abyssales.

    Rejetant les concepts divins et déterministes, et quoique n'excluant pas l'idée séduisante et rassurante des conjonctions heureuses, prendre progressivement conscience - facile me direz-vous -  que non, on ne peut pas tout contrôler de ce qui nous arrive, fut le point de départ d'un vague sentiment de frustration mêlé de vertige.

    Si je ne suis pas le maître absolu de ma propre vie, alors qui tient la bride ?

    Étrangement ce sont ces dernières semaines qui ont le plus donné de grain à moudre à mon moulin astral.

    À quelques jours d'un grand départ, vaste chamboulement dans ma petite vie, je réalise le puits d'incertitudes dans lequel je m'élance. Croire que je pars en ayant parfaitement réglé chaque détail est une grossière erreur. Beaucoup de choses devront et ne pourront se régler qu'une fois sur place, les mains dans le sirop d'érable. Dire que je contrôle quoi que ce soit serait un berceau d'illusions !

    Relax,
    Nothing is under control.

    J'aime beaucoup cette phrase. Je me le répète souvent en ce moment, face à un stress grandissant et à des nuits aux rêves quelque peu perturbés.

    Relax, se laisser totalement faire... jeter l'éponge de la volonté et subir passivement les événements ? Certes non.

    Cette question est entré en résonance avec un passage de Vertiges de Lionel Duroy que j'avais lu en diagonale il y a quelques temps :

    "Il faut faire quelque chose de ce qui nous arrive, Maria, il faut s'en emparer et en faire quelque chose, c'est cela vivre, ça se résume à cela finalement, faire quelque chose de ce qui nous arrive, sinon on reste là au bord du chemin, comme une bête apeurée, et on n'a plus d'autre choix que de crever"
    [Lionel Duroy, Vertiges]

    Des risques. Voilà, des risques. Je prends des risques. Ho, je ne m'élance pas sans filet ni filin de sécurité. Et puis j'essaie de me préparer à pouvoir surmonter les obstacles qui voudront bien surgir devant moi, et je sais qu'il y en aura, des déconvenues, des tours de passe-passe dont l'administration conserve jalousement le secret, des imprévus cataclysmiques qui me donneront envie de traverser l'atlantique à la nage et de vite venir me réfugier dans les jupons de ma mère.
    Je ne dis pas que cela arrivera, je sais seulement que la probabilité pour que tout ne sois pas simple est loin d'être nulle.

    "C'est cela vivre, ça se résume à cela finalement, faire quelque chose de ce qui nous arrive..."
    Relax.

    Il y a quelques temps, quelques années, cela m'aurait probablement découragé. Trop d'efforts, trop de compromis, trop d'insécurité quant au résultat, pas assez de maîtrise du tout...
    Ou alors j'aurais blindé mon projet pendant 2 ans jusqu'à en contrôler chaque micro-éléments avec la précision d'un horloger suisse, perdant un temps précieux et peut-être aussi toute la saveur aigre-douce de l'excitation et de l'inconnu.
    "C'est cela vivre..."
    Nothing is uder control.

    Non, on ne contrôle rien, ou pas grand chose en définitive.
    Je ne sais toujours pas si cela est rassurant ou terrifiant.

    J'apprends à vivre avec, pour commencer.
    Relax.

    8 janvier 2014

    L'angoisse de la première brasse

    6 commentaires
    Depuis quelques jours, je trouve mes parents différents. Leur comportement à mon égard a changé. Un peu. Je les trouve plus attentionnés que de coutume, un rien plus avenants, vaguement plus causants. Rien de bien ostentatoire ni de franchement démonstratif mais pourtant c'est nettement perceptible. 

    L'exemple le plus flagrant c'est certainement mon père qui, hier soir, m'a lui-même apporté mon café vesperal au salon pendant que je regardais la télévision, alors que d'habitude je me joins à eux pour le boire à la cuisine et grappiller au passage un petit gâteau sec dans la boîte en métal rituellement ouverte sur la table. Mon père, m'apporter ma tasse de café au salon ? J'ai cru rêver. 

    Je ne crois pas que leur prochain voyage sous des latitudes tropicales soit à l'origine de tout cela. Non. Même si je les sais heureux de partir en vacances dans un pays magnifique, je sais aussi qu'ils sont tristes, chacun à sa façon, de me savoir en partance pour une durée indéterminée.

    Je n'avais pas vu les choses sous cet angle. Pour moi, partir n'est aucunement synonyme de séparation, d'éloignement ou de tristesse. C'est, au contraire, un événement fortement positif, une sorte de big big-bang personnel vers une expansion dont j'ignore encore quel univers il en résultera ni quelles en seront les lois internes. Un saut vertigineux dans l'inconnu, ponctué toutefois de quelques jalons administratifs qui donneront une certaine et salutaire direction aux premières semaines, histoire de mettre un minimum le train sur des rails. Ces points de repère revêtent d'ailleurs une importance capitale à mes yeux en ce qu'ils permettent de me projeter et de me hisser vers ce futur comme le naufragé à la corde d'un navire venu le chercher en pleine houle.

    Peut-être ma démarche est-elle trop égoïste par certains aspects : oui, j'ai surtout pensé à moi dans cette histoire. En suis-je blâmable ?

    Plus la date de mon départ approche, plus je me rends compte de la tristesse causée à ceux que je quitte. Et par effet boomerang, cette prise de conscience, parfois violente, me rend à mon tour triste de partir même si, dans mon esprit, le voyage que j'entreprendrai dans maintenant quelques jours n'est pas un aller simple définitif mais un premier bond, crucial, une première tête dans l'océan suivie d'une courte brasse jusqu'à la grande bouée avant de revenir sur la plage et dire à ceux qui y sont restés sur leur serviette à m'observer au loin : 
    "Hey ! Vous avez vu ? Elle est vachement bonne ! J'y retourne"...

    6 janvier 2014

    Trois semaines

    12 commentaires
    Putain, trois semaines... Cela m'est venu d'un coup d'un seul hier soir en regardant la télévision. Je n'y avais pas prêté clairement attention avant de faire le décompte sur le calendrier. Trois semaines, c'est le temps qui me sépare du vol AC875 à destination de Montréal. 

    Cela me semblait si loin hier, cela me semble si proche aujourd'hui. 
    Je n'ai pas vu la date venir...

    D'ici là, il me reste tant de choses à faire ! Ho, des petites choses, chacune peu chronophage prise individuellement mais qui, toutes mises bout à bout, représentent un certain nombre d'heures et tout autant d'énergie mentale à leur consacrer.

    Aussi, ai-je très mal dormi cette nuit, tourmenté par mille questions, mes songes habités d'une certaine et légitime panique : aurai-je le temps de venir à bout de cette muraille ? partirai-je aussi serainement et prêt que ce que je l'aurais désiré ? 

    J'avais lu une fois que la panique est une réaction naturelle face à l'impossibilité d'analyser correctement une situation et de pouvoir envisager comment y faire face. Oui les prochaines semaines vont être musclées, c'est sûr. Pourtant à bien y regarder, rien n'est à proprement parler insurmontable dans mon histoire. 

    Alors on prend chaque problème un par un, on se remonte les manches. Et on y, va le coeur vaillant.

    Trois semaines...

    4 janvier 2014

    Ici et là-bas...

    6 commentaires

    Dans quelques semaines je m'envolerai pour l'autre rive. Là-bas, au pays du grand froid. Neige, températures pôlaires, journées courtes, bottes fourrées et casque de poil... M'y habituerai-je ?

    Ici l'air est si doux même en hiver, la lumière si claire et le soleil couchant si beau sur la brique rouge. 

    Je sais déjà que certaines choses me manqueront, en particulier nos rues chargés d'histoire, nos vieilles bâtisses de pierres qui murmurent à l'oreille du passant, ces poutres séculaires dont chaque craquement pourrait remplir des livres, ces ruelles étroites et inconfortables qui se dérobent tels des ruisseaux sinueux parmi la roche.

    Là-bas tout me paraît si neuf, si frais, si récent, métré, anguleux.

    Il me reste encore à les découvrir, ces charmes de là-bas qui j'espère dans quelques temps me feront dire "Rien ne me manque plus qu'ici".

    Ici et là-bas...