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  • 7 mai 2014

    Mon Abécédaire Montréalais

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    A comme Amours. Et je dois dire que jusqu'ici tout va bien.

    B comme Bixi, les vélibs de Montréal. Plus chers que leurs cousins, ils doivent réellement constituer un moyen simple et agréable de se déplacer dans cette immense métropole.

    C comme Caniche, celui qui règne en maître sur la maison. Mon chat n'en aurait probablement fait qu'une bouchée.

    D comme Dollars, mais canadiens. Ma nouvelle monnaie. Les nouveaux billets sont en matière synthétique, drôle de sensation sous les doigts. Les centimes sont des "sous". Les pièces de 5 sont plus grosses que celles de 10.

    E comme Érable, l'arbre dont la sève cuite donne le fameux sirop, et dont le feuillage s'embrase à l'automne. L'un des symbole du Canada.

    F comme Froid. Celui de l'hiver, particulièrement rude cette année. On y survit,

    G comme Géographie. La géographie Montréalaise est un poil atypique en ce que les points cardinaux sont tous déplacés d'environ 30 degrés vers l'Est afin de positionner l'île de Montréal selon une orientation Est-Ouest. De ce fait, le Nord se retrouve presque à l'Est, l'Est au Sud, et ainsi de suite.

    H comme Histoire. Celle que le pays n'a pas et qu'il essaie pourtant de valoriser au maximum. L'Europe, vieux continent, possède à cet égard une richesse dont elle n'a pas bien conscience.

    I comme Île, celle de Montréal. On ignore très souvent la particularité insulaire de cette ville et ses inévitables conséquences en terme de circulation automobile. Cela permet de comprendre tous les enjeux que constituent la rénovation (et donc la fermeture subséquente le temps y nécessaire) d'un pont tel que le pont Champlain, objet de bien des moqueries et querelles.

    J comme Jeux, ceux olympiques de 1976. Le stade et sa tour (volontairement) penchée de 65 mètres de haut (son inclinaison va de 23° à 63,4° de la base vers le sommet) sont des éléments architecturaux emblématiques de Montréal.

    K comme Kilos, ceux que l'on prend rapidement ici tant le sucre est omniprésent, et pas seulement dans le sirop mentionné à la lettre E. Encore une fois on n'est pas en Amérique du Nord pour rien.

    L comme Laurent. Ici il est Saint et se fait fleuve.

    M comme Mont Royal, qui domine la ville. C'est aussi une station de métro sur le plateau, le quartier branché.

    N comme Nourriture. La bouffe est, à Montréal, omniprésente, comme il se doit en Amérique du Nord.

    O comme Orignal. Il est facile d'en croiser partout autour de Montréal. Du moins c'est ce qu'affirme la signalétique routière.

    P comme Poutine, la spécialité culinaire du Québec à base de frites, fromage et sauce brune. Loin de la grande gastronomie, ce plat a le mérite d'être peu cher et particulièrement nourissant. On peut également en déguster d'excellentes au homard...

    Q comme Québec, la Belle Province.

    R comme Ruelles, celles qui, indissocilables de l'urbanisme Montréalais et probablement de beaucoup de villes d'Amérique du Nord, desservent l'arrière des maisons.

    S comme SAQ (Société des Alcools du Québec), société d'État chargée de la commercialisation de l'alcool sur tout le territoire du Québec. Les généreuses taxes appliquées portent la moindre piquette au tarif d'un grand cru.

    T comme Taxes, qui ne sont jamais incluses dans les prix affichés. C'est énervant au plus haut point.

    U comme Universelle, l'exposition de 1967 dont il reste encore quelques pavillons, dont celui de la France reconverti en casino.

    V comme Village, le quartier gay de Montréal. En journée on peut y croiser de jolis spécimens. Les nuits y sont - dit-on - de tous les excès.

    W comme Waquete. Le Waquete est un animal aquatique nocturne que l'on doit probablement croiser dans les eaux du Saint-Laurent, puisque né à Montréal.

    X comme Xavier Dolan, jeune et talentueux réalisateur Montréalais, dans la sélection officielle de Cannes cette année.

    Y comme Youville, Marguerite d'Youville, née Marie-Marguerite Dufrost de Lajemmerais, le 15 octobre 1701 à Varennes, près de Montréal au Canada et décédée le 23 décembre 1771 à Montréal. Religieuse catholique, fondatrice des Sœurs de la Charité de Montréal, communement appelées Sœurs Grises, elle est la première personne née au Canada à être canonisée. Liturgiquement commémorée le 3 mai (ou le 16 octobre, au Canada).

    Z comme Zigomatiques, ceux qui s'agitent chaque année durant le festival Juste Pour Rire, l'un des très nombreux festivals qui ont lieu tout au long de l'année à Montréal.

    4 mai 2014

    Echec et mat

    7 commentaires
    Ma fascination pour le jeu d'échecs remonte à mon enfance. Parler de fascination n'est, je crois, pas galvaudé. Aussi loin que je m'en souvienne, les échecs m'ont toujours intrigué. Dans mon entourage ce jeu passait pour obscurément complexe, ce qui a probablement décuplé ma curiosité avide de découvertes.

    Jusqu'à l'autre soir, je n'avais pas eu l'occasion de toucher un échiquier depuis dix ans. Mon dieu, dix ans déjà... c'était l'époque de mes  premières années de doctorat à la faculté et durant lesquelles, plusieurs fois par semaine durant cet été là, je jouais avec un ami dans la pénombre de sa chambre d'étudiant passablement délabrée. 

    C'était tout un rituel que nos parties. Nous nous servions tout d'abord une tasse de café noir et amer, à peine teinté de lait, qui nous tenait en éveil jusqu'à l'aube. Venait ensuite la mise en place, figure par figure, de notre armée de bois prête à nous obéir au doigt et à l'oeil. Comme il n'en possédait pas, c'est à moi qu'incombait la lourde responsabilité d'apporter mon jeu. Un jeu en bois tout simple, composé d'un un plateau pliable à l'intérieur duquel de petites alvéoles permettaient de loger chaque pièce à sa place. L'ouverture du coffret chemisé de velour vert était par lui seul un petit cérémonial. Et à chaque fois se dégageait cette odeur melliflue de vernis si caractéristique. C'est seulement la pièce parfumée de fragrances épicées que nous entamions notre lutte intellectuelle par damier interposé. 

    Nous jouions pour le plaisir, mais l'un comme l'autre animé d'une ferme intention de victoire. Grâce à lui, joueur acharné et intransigeant, j'ai beaucoup progressé ce qui, en soit, ne relève pas d'un grand exploit tant je partais de loin. Je n'ai jamais été un grand joueur ni un grand stratège en dépit de mes efforts. Lui faisait preuve d'une véritable virtuosité.

    Aussi lorsque l'on me proposa de jouer une partie l'autre soir, j'acceptai volontiers séance tenante, habité toutefois d'une vague incertitude quand à mes aptitudes : serai-je encore capable ?

    Mon adversaire du soir installa l'échiquier sur la table. Un petit échiquier de plastique noir et blanc, tout simple. Jouant les blansc, me revint la charge de jouer le premier coup. Au même moment m'assaillirent les premiers doutes : comment ouvrir cette partie ? Allais-je jouer le pion du roi pour libérer la dame ? Ou celui du roi pour pouvoir déployer mon fou ? Prendrais-je le risque de sortir un cavalier, exposant mon jeu à certaine fermeture ?

    Lui ne se posait visiblement pas tant de question : sa réponse fut instantanée et sûre. Quelques coup plus tard il avait déjà mis son roi à l'abri en roquant alors que je peinais à prendre possession de l'espace. Diable... L'ennemi jouait avec une certaine désinvolture, regardant seulement distraitement la partie, comme s'il n'avait besoin d'aucune attache matérielle pour visualiser avec exactitude l'emplacement de chacun des trente deux guerriers bicolores qui s'affrontaient en silence. Moi, au contraire, la tête figée dans mes mains moites, les yeux rivé sur le damier, je m'enfermais dans une réflexion qui aurait pu être sans fin, destabilisé par la hardiesse presque insultante de celui qui me faisait face.

    Bientôt je perdais deux pions, puis un fou. Quel drame ! Un fou, le maître des diagonales ? Ma figure préférée ! Celle qui, perfide, sait si bien frapper dans les coins. Puis advint un drame, ma première mise en échec que je contrai d'une riposte de pion. Je ne pouvais pas perdre. Ah ça non ! Pas ce soir. C'était une question dhonneur !

    Peu à peu je reprenais le dessus. Mon travail préliminaire d'occupation portait ses fruits. Mieux encore, coup après coup la stratégie ennemie me devenait visible. Je le voyais concentrer son attaque sur ma dame : ici une tour en embuscade, là sa propre dame prête à frapper, plus loin un fou barrant le passage à une éventuelle contre-attaque... Pourtant cet arsenal à l'affût d'un assaut foudroyant laissait ouvertes une large brèche dans une fragile défense. 

    Et bientôt, aveuglé par une victoire qu'il croyait facile et proche, c'est lui qui succombait à un habile coup de tour qui condamnait définitivement son roi, cloué derrière une ligne de pions qu'il pensait salvatrice. 
    « Échec et mat ! » lançais-je dans un demi sourire de satisfaction. 
    Quoique n'affichant que modérément ma joie, ne vous y trompez pas, intérieurement je jubilais : « Victoire ! »

    Aussitôt faite cette annonce, et sans chercher à la contester, mon adversaire s'empressa de renvoyer le régiment en garnison comme pour effacer toute trace de sa cuisante déroute, me privant du même coup du plaisir de savourer quelques instants supplémentaires le tableau de ma domination. Décevant. 

    Irais-je jusqu'à dire mauvais joueur ? La bonne foi me conduit à conclure qu'une telle accusation serait probablement déplacée : peut-être aurais-je pu tout simplement prévoir la réaction de mon adversaire en pareille circonstance, s'agissant d'un enfant de dix ans...