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  • 18 juillet 2015

    Gros

    À mon grand regret, je n'ai jamais été ni mince ni svelte. J'ai même été obèse, période de ma vie dont je porte et porterai à jamais les stigmates, tant corporels que mentaux. L'écrire me fait froid dans le dos mais lorsque je revois les photos d'époque, nier l'évidence relèverait de la mauvaise foi la plus absolue.

    Il faut dire que j'ai hérité d'un morphotype familial peu accommodant avec les canons de la beauté actuelle, au grand désespoir de ma balance. Ma grand-mère était l'archétype de la mama italienne, grande, forte et carrée. Son frère aîné avec lequel je me trouve une certaine ressemblance mesurait plus de deux mètres et dépassait largement le quintal ce qui, somme toute, était bien normal. De même mes parents sont grands et mes oncles côté maternel auraient tous pu être piliers de rugby. On ne lutte pas contre la génétique. Tout au plus essaie-t-on de se l'approprier et de dompter cette identité que l'on ne maîtrise pas.

    Gros, donc, je lutte depuis de longues années contre cette diable de biologie qui pousse mon corps à l'embonpoint au premier écart. Plus jeune j'en ai beaucoup souffert. Gros. Gourmand. Et homo refoulé qui plus est... Je ne vous raconte pas le carnage alimentaire et les bonds que faisait parfois ma balance au gré de mes sautes d'humeur, de mes contrariétés, de cet océan d'inassouvissement dont je mettrai assez longtemps à me dépêtrer. 

    Gros, et nul en sport. Ça va de pair... Mes années au collège puis au lycée furent ponctuées de ces séances d'humiliation pluri-hebdomadaires. D'abord le passage aux vestiaires, le déshabillage et l'exhibition des bourrelets disgracieux, alors que les autres affichaient des corps sains, menus voire athlétiques pour ceux qui pratiquaient une activité physique. Je me souviens d'un certain Pascal qui faisait du judo et qui, un peu plus âgé et particulièrement bien fait de sa personne, suscitait en moi lorsqu'il se retrouvait en caleçon, les premiers émois dont je ne comprenais alors pas trop la nature...

    Puis venait l'humiliation de l'incapacité à réaliser les exercices proprement, selon les canons dictés par le professeur, sous la risée de mes camarades de classe. Trop lourd pour sauter, trop gros pour ne pas m'essouffler, pas assez ceci, trop cela... Les cours d'EPS étaient le plus souvent une torture mentale absolue.

    Une fois pourtant j'avais trouvé une forme d'épanouissement avec une prof probablement un peu plus intelligente que la moyenne et qui avait accepté qu'au lieu du foot, je joue au handball avec les filles, sport que j'aimais beaucoup à l'époque et dans lequel j'avais quelques maigres aptitudes. Je l'ai beaucoup aimée cette prof-là qui avait su comprendre et faire en sorte que son élève prenne du plaisir dans une activité physique collective et dans laquelle il pourrait s'investir un tant soit peu, pour son bien à lui. Ce fut la seule fois...

    Mon entrée à l'université et mon premier appartement en solo devaient marquer un point important dans l'évolution ce de marasme. Habitué aux bons petits plats que maman préparait pour mon père qui travaillait comme un forcené et avait donc besoin d'une alimentation riche, je me trouvais désormais seul et partiellement maître de mon régime alimentaire. Et le bilan fut spectaculaire : trente kilos perdus en un peu plus de deux ans. Une métamorphose... Je n'étais toujours pas mince, ma carrure s'y oppose formellement, mais je n'étais plus obèse, ce qui constituait une avancée prodigieuse. Et je crois que c'est aussi à partir de ce moment-là, fort de cette nouvelle apparence plus en harmonie avec moi-même, que se mit en place le long et lent processus de remise en question qui devait me permettre, plusieurs années plus tard, de m'admettre comme gay et de commencer enfin à vivre un peu plus librement ces choses-là.

    Ma rencontre avec le sport vint un peu plus tard, en troisième année, sur le campus de la fac. D'abord au rythme d'une fois par semaine puis bientôt deux. De la muscu. J'y ai pris goût et je n'ai jamais arrêté depuis. C'en est même devenu un besoin au point que je ressens aujourd'hui un manque lorsqu'une semaine se passe sans que je ne sois allé transpirer ne serait-ce qu'une petite heure. Je peux dire que je suis sportif, maintenant, moi le gros nul en sport d'antan. Quelle ironie !

    Aujourd'hui je ne suis toujours ni svelte, ni mince. Je suis en quelque sorte le Sisyphe de mon propre corps... Physiquement très charpenté au point que l'on me demande régulièrement si je joue au rugby (non, je ne joue pas au rugby) je reste "enrobé" selon un doux euphémisme, malgré des efforts continus pour ramener cette masse à de plus justes proportions, bien que le poids progressif des années n'y soit guère favorable. Aussi je reste très critique vis à vis de moi-même et j'ai bien du mal à me trouver séduisant. Non pas que je me trouve moche, ce serait à nouveau de la mauvaise foi, mais j'ai bien du mal à accepter - risquerais-je tolérer ? - l'image ingrate de ce physique qui est pourtant le mien et que me renvoie le miroir chaque matin au sortir de la douche...

    21 commentaires:

    1. Entre réalité, perceptions et représentations, comme le schéma corporel peut nous empoisonner la vie ! Enfant j'étais maigre, on me voulait costaud, puis j'ai cru devenir gros et il m'a fallu des années pour me défaire de quelque chose qui, en fait, n'existait pas...

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    2. Mais mais... on t'a vu en vrai lors d'un apéro et tu es charmant mon grand ! En tout cas tu as bien décrit le mal-être que certains ont justement à cause de la comparaison avec d'autres créatures fantasmagoriques, ou ces mecs en slim dont on se demande si leurs cuisses supporteraient un vent de face de 60 km/h sans se briser... ou ces faux musclors incapables de porter un carton de déménagement...

      Mais tu as toujours cette image ingrate de toi alors ? si tu sais que c'est la génétique, tu ne peux pas aller contre (sinon faut aller dans star teck et c'est pas encore facile) . Le fait de l'écrire est déjà un premier pas.

      Après la séduction, ça demande donc de se sentir soi-même , de s'aimer tel qu'on est pour pouvoir avancer vers les autres. Là je ne peux pas te donner de conseil, faut juste se forcer un peu je crois.

      (et moi je suis l'inverse : un maigre qui devient gros s'il mange comme un porc )

      Bisous parisiens de @topol

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    3. Les grands coeurs ont toujours besoin d'un peu plus de place... Bisou

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    4. Billet touchant d'autant que je suis moi même assez peu svelte. Je pourrais m'y retrouver (à part le côté homo refoulé) mais je n'ai jamais souffert à quelques exceptions près qu'il serait intéressant de me raconter.

      Je me rappelle par exemple de deux copains gros mais moins que moi qui avaient de vrais problèmes de gros en sport, problèmes que je n'avais pas. J'étais complexé pour eux. Je me rappelle aussi d'un sergent chef quand je faisait mon service qui a mis du temps à comprendre que ne puisse pas faire un exercice n'ayant pas la musculature me permettant de supporter mon poids avec mes bras.

      Par contre, il y a des bons côtés. Quand j'étais ado, je faisais de la planche à voile. Avec mon poids, quand il y avait du vent, mon poids me permettait de supporter une voile de 7m2 alors que les copains étaient limités à 4. Avec ma vieille planche pourrie j'allais beaucoup plus vite que les petits cons plein de pognon et du matériel au top.

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    5. Heu pour t'avoir déjà rencontré, on ne doit pas avoir la même définition du mot gros ;) Et ty veux que je te parle du petit ventre qui pousse à partir d'un certain âge hein ;)

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    6. Souffrance quotidienne de ne pas être aux canons du diktat de la minceur... J'aurais pu avoir écrit chaque mot de cette chronique. Ne manque que cette atroce réflexion des "maigres" : "s'il faisait un peu attention... "

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    7. Tant d'idées sombres dans un corps beau, tss tss... (alors que tu fais fantasmer mes copines, ha !)

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    8. Pour ce qui est du sport, je suis exactement comme toi. Nos profs d'EPS étaient particulièrement fainéants surtout au lycée. Nos 2 heures d'EPS se cantonnaient à 1h de cross et à 1H de foot. Pour avoir une note, une fois par trimestre, ils nous faisaient sauter en hauteur. Comment devenir sportif après toutes les humiliations que j'ai subi en EPS n'étant pas particulièrement doué dans cette matière.

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    9. Je ne suis pas gros, juste épais de peau.... Jolie boutade d'un collègue ....

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    10. J'ai vécu (je vis) la même chose, point par point, sauf que je ne suis pas passé par la case je fais du sport et je maigris. J'ai dû abandonner trop tôt sûrement, manque de motivation...
      C'est fou qu'un tel détail puisse autant pourrir la vie. Et quand on est gay, c'est pire encore. Je pensais qu'en vieillissant, ça se calmerait, je pourrais passer à autre chose, mais non. De quoi abandonne rle peu de foi que j’avais en mes semblables :)
      Cela dit, on s'est vus... et tu n'es pas gros, parole d'expert. Tu es très bien.

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    11. En dehors du fait qu'on n'est jamais un bon juge pour soi-même, combien il est difficile mais important de s'affranchir des diktats des canons de beauté, ici mince, ailleurs gros … C'est un parcours longs et difficile de s'extirper du regard de soi-même et d'autrui, car autrui n'est pas forcément dans la même dynamique et cela crée un déséquilibre, surtout lorsqu'il s'agit de jeux de séduction, même envers soi-même. Mais bon, moi je suis content de voir des mecs au physique légèrement ou moyennement enrobé : J'aime beaucoup.
      Au fait ! On ne s'est encore jamais rencontré ? Erreur à réparer pour vérifier ton objectivité :P

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    12. Comment dire que tout ceci me parle... et moi non plus je ne suis pas passé par la case je maigris... Pas facile de s'accepter... je ne suis pas certain d'y arriver un jour...
      Et est-il utile de préciser que tu es très très comme tu es Tambour....

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    13. Ca me parle également beaucoup moi qui fut mince et même maigre . Mais des années de médicaments ont changé la donne . Je m'en étais accommodée sans trop de difficultés . Ce poids ne me gênait pas trop . Et puis ces derniers mois avec ce problème de dos et la douleur continue pendant 5 mois , les anti douleurs , les anti inflammatoires ont eu des conséquences désastreuses sur ce poids .Ce poids qui devient très difficile à supporter , ce corps qui devient trop lourd , ce corps qui fatigue , ces yeux qui ne veulent plus voir dans le miroir
      Il n'est pas évident d'avoir un corps qui dépasse les normes que ce soit en taille , poids

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    14. Franchement on ne peut qu'espérer qu'une telle enveloppe ( et ce qui la remplit si admirablement) soit très vite chérit comme il se doit !

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    15. J'ai réussi aussi à perdre du poids avec l'aide d'une nutritionniste qui m'a aidé à changer complètement mon alimentation et surtout sans faire de sport, je fais attention à avoir une activité physique, je marche le plus possible. Courage et même si tu n'aimes pas le rugby, prends ces remarques ou interrogations comme un compliment.
      Je te souhaite surtout des regards aimants sur ta personne;
      Bises

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    16. Oh que ça me rappelle des souvenirs douloureux d'années collège et lycée où j'étais (souvent) mis à l'écart, raillé, etc... Même si à l'heure actuelle, on ne le devine plus du tout en me voyant, j'ai été dans la catégorie obèse de nombreuses années durant ma scolarité, ce qui m'a valu de nombreuses moqueries, vannes et j'en passe...
      De cette période là, j'ai conservé une certaine aigreur, des cicatrices plus ou moins visibles mais aussi des marques corporelles indélébiles qui resteront avec le temps et qui me feront toujours me dire que malgré mon aspect physique, je suis comme je suis avec mes qualités et mes défauts. Mais le plus important est ce qui est à l'intérieur de nous et non pas uniquement notre physique. Je suis sûr que tu ne dois pas être si "énorme" que ça :) Mais ce dont je suis quasiment sûr, c'est qu'à l'intérieur, tu dois être remplis de gentillesse, sensibilité et j'en oublie sûrement (. Alors gros câlins et gros bisous mon grand !

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    17. Et moi qui voudrait bien grossir un peu..... ! :)

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    18. J'aurai pu écrire cet article avec mes mots.
      Ce sujet rentre en résonance avec moi même :)

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    19. allons, allons !
      moi aussi ma balance me disait : passez un par un !
      depuis, j'en prends deux : un pied sur chaque.
      simple, hein !

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    20. Merci pour cette lecture... J'ai l'impression que j'aurai pu l'écrire moi-même, tant je me reconnaît dans ta description physique avant et après. Quoi qu'en fait, j'ai eu une enfance "normale", sauf que je détestais le sport. Conformément à la génétique familiale, j'ai commencé à prendre du poids à l'adolescence. Chaque écart se logeait dans les hanches, puis un peu partout. A la fin de mes études, le petit format de 1m70 que j'étais faisait presque 100 kilos. ça m'arrangeait : je passais entre les lignes et personne ne me remarquais.
      Puis y a eu ce déclic à 20 ans. Un mec que j'avais rencontré sur minitel (eh ouais, ça date !) m'avait accueilli chez lui. Il ne ressemblait pas à sa description. De "sportif", il n'avait que le survêtement. Gras, libidineux. Quand il a vu ma tête, il m'a sorti une phrase que je n'ai jamais oublié : "avec un physique comme le tien, tu ne te feras que des mecs comme moi". Le déclic. LE DECLIC.
      Le lendemain, 1er avril 1999 (ça ne s'invente pas), je me suis lancé dans le sport comme jamais. J'ai découvert la diététique et j'ai fondu. 25 kilos en 6 mois. Le tout suivi par un toubib qui s'inquiétait de me voir perdre autant !

      Je suis passé d'un enfer à l'autre. Ce n'était jamais bien. Jamais assez. Je suis passé de 98kilos à 58 en moins d'un an. Mes joues étaient creusées. Mes proches me croyaient malades. Et surtout je ne m'accordais aucun répit.

      Durant 7 ans, j'ai emmerdé mon monde sur la nourriture. Je faisais ma mangeaille tout seul lors des repas de famille. Mais ce n'était jamais assez.

      Je me suis un peu assoupli à 27 ans... m'accordant du répit côté bouffe, mais continuant le sport avec passion. Comme toi, j'ai jamais été ni mince, ni musclé. L'entre deux. Comme je suis petit, je suis assez trapu. Mais je suis toujours resté "charpenté", un peu gras. Bref loin des standards de la communauté gay parisienne. Les petits chauves trapus n'ont pas la côte !

      Puis j'ai rencontré celui qui est devenu mon mari. J'avais 32 ans. Et grâce à lui j'ai vu que le physique n'était pas la seule option pour garder un mec. Qu'on pouvait aussi vivre... Résultat j'ai repris du poids mais je l'assume plus. Il faut un temps fou pour réussir à se dire que ce n'est pas grave.

      je continue le sport parce que j'aime ça et que les anciens réflexes sont toujours là. Et que je ne veux pas regrossir. Et j'ai un ego surdimensionné. Mais il a fallu plus de 10 ans pour enfin trouver la "paix intérieure". Même si la glace me renvoie toujours une image que je n'aime pas.

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