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  • 9 juillet 2015

    La vie mise en scène

    L'autre jour j'écoutais le prologue d'une émission de télévision consacrée aux réseaux sociaux dans lequel il était question de la mise en scène de nos vies.

    L'idée développée semblait être que dans notre société rongée par le culte de l'image, exacerbée par Twitter, Facebook, Instagram et autre SnapChat, nous serions conduits à nous exposer sous notre meilleur jour, à donner de notre quotidien une image merveilleuse, pleine de soleil, de rires, d'amis trop super géniaux, de plage de sable fin et de piscine à l'eau bleu turquoise, d'apéros extra fun, d'instants carte-postale dans une sorte de course effrénée à un bonheur qui se voudrait par essence démonstratif. Comme de beaux objets dans une vitrine, juste assez putassiers pour attirer le chaland, pour quelques followers de plus. 

    Je suis assez d'accord avec cette vision pour le moins cynique des choses et de l'hypocrisie massive que véhiculent les réseaux à cet égard. Il suffit d'y consacrer quelques secondes pour s'en rendre compte et croiser en moins de clics qu'il n'en faut pour le dire, tels des offrandes mystiques au Dieu Image et au culte de l'Apparence, une logorrhée de selfies autosuffisants tous plus souriants les uns que les autres. Et je ne parle même pas de cette abomination suprême qu'est la perche à selfie, instrument du diable s'il en est, à propos duquel je réclame au passage le pal en place publique suivi de l’écorchement pour quiconque en utiliserait un...

    Pour livrer le fond de ma pensé, je trouve cette tendance générale relativement insupportable, pour ne pas dire autre chose, surtout lorsque la vacuité du propos ne fait qu'enfoncer davantage la mercantilisation du plumage dans un magma obscène. La vulgarité étant, qui plus est, une arme facile mais redoutablement efficace pour capter l'attention d'un auditoire souvent narcissique en quête de son propre miroir. Likez moi Mon Seigneur !

    Est-ce un phénomène nouveau ? Se mettre en scène, vendre une image idéalisée de sa vie et de son bonheur ?

    Je ne le crois pas et suis au contraire persuadé qu'il s'agit simplement de l'expression nouvelle d'un phénomène très ancien, d'une attitude sociale extrêmement classique et banale qui trouve simplement dans ces nouveau outils un second souffle qui le pousse, de fait, à un niveau rarement atteint.

    Car il convient de ne pas oublier les règles de la convenance sociale qui dictaient naguère la manière de se bien comporter en société afin d'être bien vus, la peur du qu'en dira-t-on et tout le fatras lignifiant du regard social, de ce qui semble bien et de ce qui semble mal, de telle profession qui serait plus noble que telle autre moins valorisante, de tel quartier à ne fréquenter sous aucun prétexte ou qu'avoir sa résidence dans de tel autre serait le symbole de l'accomplissement social et donc, nécessairement du bonheur. Ce flot d'affirmations étant de tout évidence un monceau d'âneries.

    Oui, la réussite sociale, suivant bien entendu certains canons, a longtemps et est encore considérée comme l'archétype de l'accession à la félicité, suivant en cela un modèle bourgeois érigé en pilier dogmatique relativement inflexible malgré les vagues d'assaut qui lui ont été plus ou moins sauvagement assénés. Mais l'héritage culturel a la vie dure, quoique l'on tente de lui torde virulemment le cou... 

    La question sous-jacente et à mon sens l'un des enjeux cruciaux de notre temps, est de savoir se construire pour ce que l'on est et aime vraiment, plus que pour satisfaire aux attentes et aux préoccupation du regard social dont la force se trouve décuplée par les Twitter, Facebook, Instagram et autre SnapChat que j’évoquais tout à l'heure. 

    Si le carcan social pouvait en effet être jadis ou naguère étouffant, qu'en sera-t-il désormais ? Ma vie sera-t-elle assez swag en l'état pour mériter sa diffusion sans artifice sur Instagram ? Je me fais chier au boulot mais je mets une photo de moi super radieuse en train de faire l’andouille sur mon bureau... Wow la grosse éclate. 

    Après le règne de l’Être de l'Avoir, voici donc venu le temps du Laisser paraître et du Faire croire au l'on a. Comme dans un bon film, où tout le monde serait idéalement beau et parfaitement heureux. La meilleure illusion est celle qui, bien entretenue, se laisse confondre avec le réel. La prison sociale s'épaissit d'une nouvelle cloison...

    Et si on faisait péter tout cela ?

    17 commentaires:

    1. Facebook ou Twitter sont du voyeurisme malsain. Je ne me confie qu'a ma famille ou à des amis très très proches.

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      1. Le problème est aussi celui de l'éducation à l'usage de ces outils. La course au paraître et au bonheur affiché, dans le flot de la jouissance immédiate, syndrome des temps contemporains.

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    2. Je n' ai pas la sensation de montrer une vie que heureuse et merveilleuse
      Mais je diffuse peu de photos de moi en général : je deteste me voir en photo depuis toujours
      Sur mon FB , les personnes sont classées en liste donc la diffusion est vraiment ciblée

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      1. Mais parce que tu es une personne raisonnable et raisonnée et que tu as conscience de la conséquences des choses. Ce n'est pas un cas majoritaire, de ce que j'ai pu constater par moi-même.

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      2. J' ai une vision de ce genre dans ma famille et chez des amis ou Twitos qui devoilent l'intégralité de leur vie . C'est une vraie mise en scène qui a tendance à me faire fuir en fait
        J'en dévoile un peu plus à titre privé mais c'est souvent un échange entre deux personnes .Il m'est très difficile de partager si je n' ai pas rencontré et échangé avec la personne dans la vraie vie .

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    3. Ton billet tombe à pic, la semaine dernière, j'ai fermé mes blogs dits de loisirs (même celui du chat, à ses griffes "défendantes" !)... pour toutes ces raisons dont tu parles si bien, le temps de réfléchir à une autre façon... de me construire par rapport à mes désirs profonds d'être et non de paraître et d'être obligée de paraître, enfermée dans ce carcan qu'on appelle les "conventions sociales"... Et, dans la foulée, je vais aussi éliminer certains, beaucoup, de mes "amis", tiens, dès lors que l'intimité n'appartient qu'à soi-même, et que même à ma famille, au meilleur de mes amis, je ne saurais me confier... Ne dit-on pas que le plus beau des voyages est celui que fait une âme à une autre... Et bien, j'ai encore du chemin devant moi, je l'espère, pour arriver, au soir de mon âge (hein, quoi, "tu y es presque", me dit mon petit doigt, mince alors, il faut me dépêcher !) à l'horizon de ce voyage. Mais, à ce moment-là, comme Baudelaire, je dirai certainement : "Déjà !", quand d'autres diront "Enfin !"... Qui a dit que la vie était simple ?!!!

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      1. Tu as raison : le blog peut aussi conduire au même enfermement, dès lors qu'il devient le support d'un personnage plus qu'un outil d'expression libre. Et la liberté c'est aussi de pouvoir tout envoyer bouler d'un clic sur la corbeille :)

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    4. Cher "collègue-blogueur", bravo : je suis d'accord en tous points avec ce que vous écrivez, qu'il m'arrive de dénoncer lorsque l'occasion se présente. Concernant la perche à autoportraits (vous voyez, j'en exècre l'appellation même !), je m'étais indigné de sa commercialisation à outrance lors de mon précédent séjour à Rome. J'ai essayé, moi aussi, je l'avoue, de faire un "soi-même" : j'ai maintenant une très jolie photographie de mon index de la main droite.

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      1. Je crois que c'est MonsieurFraise qui m'avait fait découvrir l'expression "égo-portrait".

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    5. J'ai lu ton billet ce midi, il m'a hanté toute la journée. J'avais envie de répondre mais je ne savais pas comment, parce que j'ai ressenti une profonde tristesse et une légère colère. Je suis complètement d'accord avec toi. Mais qu'est-ce qu'on nous propose d'autre ? Moi je vis dans un enfermement, j'essaye d'exprimer des choses mais pour les exprimer je n'ai que ces réseaux, où je m'exprime comme dans une "vraie vie" (peut-être pas vraiment la même, mais très proche), sans avoir l'impression de mentir, sans avoir l'impression de ne pas chercher à connaitre les autres "virtualités" que je rencontre, avec même parfois ce geste (stupide ?) d'offrir quelques-unes de mes "expressions". Et à quoi est-ce que tout cela a abouti ? à peu de choses. Quelques moments d'échanges sympathiques, puis... j'ai un peu disparu... En effet, ça n'a dérange personne, je confirme la superficialité de ces réseaux. Mais dans la "vraie vie", ça a été la même chose. Ce que je voulais dire, c'est que "faire péter tout ça", comme tu dis, c'est ici, derrière l'écran, et tous les jours. Et ça, ce serait bien. Mais après, il faudrait montrer autre chose que des échanges superficiels. Mais, là, je suis sans doute encore sous le coup de la tristesse (ou de la colère), mais moi, si je ne suis pas dans la superficialité, je vois bien que je resterai transparent. Je n'aime plus cette vie.

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      1. et pourtant tu manques . Ig ce n'est pas la même chose

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    6. "Et si on faisait péter tout cela ?" Chiche ?

      "logorrhée de selfies autosuffisants tous plus souriants les uns que les autres." : logorrhée est étrange en contexte, mais pour le reste, les moues boudeuses profil gauche (pour cacher le bubon côté droit) ou droit (pour cacher le poireau côté gauche) ne sont pas en reste ! Blague à part, et si je m'en réfère aux égoportraits touristiques que l'on peut voir un peu partout désormais, aujourd'hui, le plus important est de "montrer qu'on est allé", et non pas simplement "qu'on est allé". Soi, soi et encore soi. Le reste, ce qu'il y a autour, n'est qu'un décor interchangeable pour rehausser sa propre image et susciter la jalousie des autres qui n'auront plus qu'un seul objectif : vous en mettre plein la vue la prochaine fois.

      Quoi qu'il en soit, je suis partiellement d'accord avec ce que tu dis dans le sens ou l'on devine très bien ce qui se cache sous le déballage d'une vie trop insouciante, sous un flux de photos trop avantageuses, d'images de voyages trop exotiques, d'insignifiances quotidiennes ultra-dramatisées etc. Mais on peut difficilement se figurer ce que révèlent nos propres photos, nos propres propos aux yeux des autres, qu'il s'agisse de nous ou d'un pseudo du reste, même si les données que l'on offre à ses lecteurs s'avèrent moins démonstratives, moins idylliques, moins superficielles, quoique plus intelligemment agencées. L'autre face d'une même pièce peut-être.

      "La question sous-jacente et à mon sens l'un des enjeux cruciaux de notre temps, est de savoir se construire pour ce que l'on est et aime vraiment, plus que pour satisfaire aux attentes et aux préoccupation du regard social dont la force se trouve décuplée par les Twitter, Facebook, Instagram et autre SnapChat que j’évoquais tout à l'heure." Là, ça devient intéressant. C'est créer son propre sillon, faire ses propres choix de vie en toute liberté, sans le regard pesant de l'entourage ou de milliers de twittos, et accepter de décevoir certaines attentes, même les plus futiles. J'y suis parvenu, mais à 30 ans seulement.

      Même si les mises en scène obscènes et narcissiques dont tu parles m’énervent également prodigieusement, essayons de ne pas juger trop vite non plus, laissons le temps aux gens de se défaire des carcans, quels qu'ils soient, virtuels ou familiaux notamment, et de "savoir se construire pour ce que l'on est et aime vraiment", pour reprendre ton expression.

      Et pour finir (pardon, j'ai été un poil long), j'utilise aussi le mot "égoportrait", terme inventé par l'Office québécois de la langue française et relayé dans le GDT, la bible du français canadien dans ma profession :)




























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    7. Je me vois mal passer mon temps à gémir sur mon sort et à faire supporter ça à la terre entière. Je trouve qu'il vaut mieux donner de soi des nouvelles rassurantes, même si chacun d'entre-nous a sa part de soucis et de difficultés... J'espère, en outre, m'être suffisamment construit pour qu'on sente à la lecture de mon blog que c'est fait.
      Pour le reste, à te lire, il semble que tout soit enjolivé. Oui, c'est certainement vrai, mais bon, il faut laisser à chacun le droit de vivre dans l' illusion...
      Ceci dit, j'ai pris un jour le parti de ne plus mentir parce que j'ai trouvé que c'était inutile; pas le parti de tout raconter, non, mais quand je raconte, c'est vrai. La conséquence la plus invraisemblable c'est que souvent je suis pas cru.
      Et c'est peut-être là que les réseaux sociaux ont joué un rôle extraordinaire. Je vais juste prendre le thème de la sexualité. Avant un petit mec pouvait se retrouver tout seul dans son coin avec ses pauvres fantasmes et se dire qu'il n'allait pas bien : des trucs bizarres lui passaient dans la tête et il ne pouvait en parler à personne.
      Maintenant, le petit mec qui aime faire pipi dans une couche, a ses sites dédiés, ses forums, a des dialogues avec des gens comme lui, peut faire des rencontres et vivre ses fantasmes sans culpabiliser.
      J'ai trouvé plein de choses étonnantes sur Facebook en cherchant un peu, et franchement il y en a plein qui tombent le masque et que je sens vivre dans une vraie vie, bien entendu en restant discrets et en ne faisant chier personne...
      Donc il y a du pour et du contre...

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    8. Je crois que chacun fait ce qui lui plaît en fonction de son éducation, de ses principes. Sur mon blog j'essaie d'être le plus positif possible, je garde mes coups de gueules et mes énervements pour moi. Sur Facebook où j'ai un nombre d'amis relativement limité je déconne nettement plus avec ma provocation favorite qui est de publier des photos de mecs à poil quelque soit le thème de l'album.

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    9. Un résumé (long) de ce que l'on disait sur un fameux blogueur... (?)
      On vit dans un monde de faux culs, où les likes ont bien plus d'importance que les mots et encore moins les actes. Si leurs vie étaient à la hauteur de ce qu'ils montrent sur fb ou twitter, viendraient ils vraiment l'écrire toutes les 5 min ? j'en doute.
      Et on le voit bien sur twitter, les gens sont face à face assis autour d'une table et trouve le moyen de s'envoyer des messages sur twitter. Montrer aux autres qu'ils se font chier ensemble ?

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    10. Et sur IG, on parle ou non des gens qui ne mettent aucun filtre? Qui ne comprennent pas que c'est une appli de partage de photos? Que c'est pas un album privé de fb. Quant à un commentaire au dessus au sujet des listes de contacts. A quoi ça sert d'en faire ? Autant virer les gens si ce n'est pour rien partager !

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    11. Psssst: hier y'avait la photo du mois... On t'a pas vu :p

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