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  • 25 avril 2016

    Brûlé

    On croit toujours que certaines choses n'arrivent qu'aux autres, que l'on est et sera plus forts. Que certains maux ne sont qu'un effet de mode, une tendance hype pour cadres dynamiques connectés entre Berlin, Los Angeles et New-York. On se croit intouchable, en bonne petite fourmi laborieuse. Et c'est bien là le piège. 

    Cela commence par ce petit verre de vin du vendredi soir, une fois en passant, qui t'aide à déconnecter. Une bonne bouteille, pas de la piquette à trois Euros. Tu bois par plaisir. Dans un premier temps. Par nécessité, ensuite. Quelques gorgées, quelques verres et tes idées se délient enfin. Ton cerveau s'apaise. Tu lâches prise. Cela te fait du bien. Non, tu n'as pas de problème avec l'alcool. C'est seulement une passade, dis-tu. Les semaines passent, les bouteilles vides s'entassent. Jusqu'à deux par weekend, à toi tout seul...

    A ces quelques verres bienfaiteurs s'ajoutent les bières que tu t'enfiles pendant la semaine. Une, le jeudi soir. Parfois deux avec celle du mercredi. Rarement plus de trois, le même soir. D'occasionnelles, elles deviennent quotidiennes. Au moins tu dors, et tu oublies cette boule au ventre qui peu à peu a pris racine en toi et qui ne te quitte pas. Elle est là depuis si longtemps que tu ne sais même plus à quel moment elle est apparue pour la première fois. Elle fait partie de toi. Elle ronge tes jours comme la vermine ronge le bois qui tombe en poussière. Tes nuits sont ponctuées de réveils en sursaut, de rêves tourmentés et de lampe allumée à quatre heure du matin en quête d'un sommeil qui s'en est allé.

    Oui, tu aurais besoin de vacances. Probablement. Mais tu n'en n'as pas le temps ni la possibilité. Ton bureau qui croule sous les dossiers, tous plus urgents les uns que les autres, et ton patron qui te presse, te l'interdisent. 

    Il y aura ce matin étrange où, réveillé aux aurores, tu te forceras à avaler ta tartine en refrénant une nausée violente et soudaine. Ce sera la première. Elle aussi tu feindras de n'y rien voir d'alarmant même si tu n'as jamais été dégoûté à ce point par de la nourriture. Evidemment tu te poseras des questions. Mais la boule au ventre est là pour te rappeler la montagne écrasante de travail qui n'attend que toi. 

    Pourtant tu résisteras. Tu endureras encore longtemps ces nuits horribles, ces rêves atroces, cet estomac noué, cette envie de vomir dès le réveil et cette sensation de courbatures lancinantes dans les jambes. Car tu n'es pas de ceux qui s'avouent vaincus à la première épreuve. T'es un dur, un vrai, un bosseur. Pas une mauviette qui s'adonne à de puériles jérémiades parce que tu travailles trop. T'es au-dessus de ça. Tu fonces tête baissée, droit dans l'arène mortifère que tu feins de ne pas voir.  

    Il en faudra des seaux d'eau pour enfin réussir à faire déborder le vase. Tu en auras entendu des personnes bienveillantes et conscientes de la réalité de la situation, dans un contexte professionnel particulièrement dégueulasse, pour que tu ailles enfin voir ton médecin et te mettre en arrêt maladie. Putain oui...!

    Sur le coup tu n'as pas bien réalisé ce que ces deux mots anglais apposés en bas de la feuille d'arrêt signifiaient vraiment, ni mesuré la conséquence et les enjeux de la médication. Depuis une semaine tu passes le plus clair de ton temps à dormir. Tu te sens vide, épuisé, anéanti, passablement à fleur de peau.

    Tout à l'heure ton boss a appelé sur ton téléphone portable. Il s'inquiète. Non pas pour toi, mais pour le boulot qui s'accumule sur ton bureau, encore et toujours. Tu es Sisyphe, voici ton rocher ! Evidemment tu n'as pas répondu et aussitôt effacé le message laissé sur le répondeur sans même avoir pris la peine de l'écouter. Sa voix, elle aussi, te file la nausée. Mais le simple fait d'avoir lu son nom s'afficher sur l'écran t'a replongé dans ce tourbillon de stress, d'angoisse et de nausée. Une agression. Oui, tu as vécu cela comme une agression. 

    Ce soir, alors que tu n'as pratiquement rien fait de la journée hormis deux petites heures de marche au grand air, tu te sens complètement épuisé et tu te retiens de pleurer pour rien. Tu es vide. Exténué. Brûlé.

    On croit toujours que ça n'arrive qu'aux autres.

    16 commentaires:

    1. Tu décris parfaitement la chose, les sensations, les "remèdes" de fin de semaine, puis quotidiens... Très beau texte!

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    2. Prend soin de toi. Repose toi. Pleure si tu en as envie, besoin ou peu importe. Je pense fort à toi et je ne doute pas que tu vas te relever. On a parfois besoin de se recroqueviller un peu pendant quelques temps pour mieux se redresser ensuite. Courage, l'animal, courage !

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    3. Cela me rappelle un certain homme à la couleur bleue que tu connais qui a été dans le même état aussi. Prends soin de toi surtout et même si dans ces moments là on a besoin de se retrouver, n'écarte pas la main tendue de tes proches (famille et ami(e)s). Je sais plus facile à dire qu'à faire. Courage grand gaillard et toute mon amitié. Bises

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    4. Oh Tambour ! Non, on n'est jamais plus fort que les autres, oui, laisse-toi prendre par la main, oui on s'en sort... Bises

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    5. Patrick - 23 avril 2012 - 9h40 - suicide - burn-out.
      Ce mot double tue.
      Il n'a pas su demander de l'aide, il n'a pas eu les mots que tu couches sur le papier.
      Quand l'indicible arrive par ce mot là, tout ceux qui l'aimaient perdent pied.
      Mon colosse aux pieds d'argile est tombé avec fracas mais sans un bruit pour ne pas nous effrayer.
      Culpabiliser de n'avoir rien vu et me rendre compte que c'était bien inutile, on ne peut pas voir ce qu'on nous cache.
      Jusqu'au boutiste il a été, il en est mort.

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    6. Je t'assure de ma sollicitude, je te lis avec plaisir . Prends soin de toi

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    7. Malgré les montagnes qui se sont dressées autour de toi, de dossiers et de contraintes "on ne peut pas faire autrement", tu as su écouter ce réflexe de survie qui t'a poussé à creuser une galerie, à t'échapper, à te sauver au sens premier du terme. Ce réflexe de ton corps et de ton esprit, ce soutien de ton médecin et de ton entourage (qui savent souvent nous dire stop avant nous-mêmes), c'est ce qui devra désormais compter plus que n'importe quoi d'autre.
      Quand on (toi, moi, tant d'autres) est passionné, quand on veut prouver au monde entier que l'on vaut quelque chose, on est prêt à devenir boulimique. De travail, d'amour, de vin, de fête. Mais le jour vient où l'on prend conscience qu'en réalité rien ne vaut la peine de nous transformer à ce point... Ce jour-là est douloureux. Violent. Exténuant.
      Puis libérateur.
      Je t'embrasse très très très fort. Et même si d'autres ou moi sommes passés par là, rien ne minimise ce que tu vis actuellement : tu as eu le courage de tenir, d'affronter cela, mais surtout de t'autoriser à "baisser les bras". Et c'est ça le réflexe de survie. Lâcher-prise. Et revivre.
      Prends le temps que TOI tu juges nécessaire. Pas celui que te dicte ton patron, ta culpabilité face aux dossiers accumulés ou le "ça fait déjà beaucoup de jours à rien faire". Une technique : regarde des films de M6 avec des chiens sauveteurs. Si tu pleures, c'est que tu n'es pas encore prêt... ��

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    8. Il est temps que tu prennes du temps pour toi, pas pour les autres , toi .
      C'est une alerte que ton corps te donne ne la sous estime pas.
      Prend soin de toi et accepte les mains qui se tendent .
      Courage Tambour

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    9. Quelques temps de burn out passés m'ont permis de laisser faire le tao. Il suffit juste d'entrer dans le tao et de laisser faire. Courage. J'ai écrit un texte autour de ça. Ça s'appelle le clathre rouge. Tu peux le trouver sur mon blog.

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    10. Brulé ?
      la peau va peler , ce qui est mauvais va partir
      Une nouvelle peau un peu rose et un peu fragile va arriver
      Elle va se renforcer au fil des jours
      A toi d'y mettre une crème protectrice
      Et puis elle prendra sa couleur définitive , peut être rebrulera t elle un peu mais tu sauras la soigner et comment éviter qu'elle ne brule trop

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    11. À te lire, je n'aurais que le goût de te serrer fort et de te rassurer. On passe à travers... même si ce n'est pas facile. Comme d'autres te l'ont suggéré, n'hésite pas à te reposer un peu sur tes proches pour te refaire!

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    12. Aïe aïe aïe, répare-toi bien et mollis tant que tu peux, je t'envoie toutes mes pensées enrichies à la douceur de l'aloe vera

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    13. Protège-toi, prends soin de toi et surtout prends le temps de profiter de la vie !
      Je t'embrasse Tambour

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    14. Parfois il est préférable de soigner ses "brûlures" et d'éviter le soleil trop hardant pendant un temps. Certes pas toujours évident mais il en va de notre capital santé. J'ai fait la même chose il y a plusieurs mois et ce fut salvateur. Alors prends soin de toi. Bisous

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    15. Merci à tous pour vos commentaires, vos messages, SMS, mails et toutes les marques d'affection que vous m'avez témoigné et dont certaines m'ont véritablement touché. #Keur

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    Bonjour, vous êtes bien chez Tambour Major.

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