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  • 10 octobre 2016

    Identités singulières : Être gay et croyant - 3ème partie

    Est-il possible d'être gay et croyant en 2016 ? 

    Au rythme de un par quinzaine, vous seront présentés plusieurs témoignages guidés par un questionnaire en neuf points laissant toutefois la possibilité d'aménager les réponses librement. Autant de parcours de vie, tous différents - voire totalement contradictoires - de personnes venues d'horizons assez variés et croyantes à divers degrés. Des identités singulières.

    L'objet de cette série de billets n'est certainement pas de faire un quelconque prosélytisme - il suffira de lire pour s'en rendre compte - ni de clore un débat bien trop vaste. 

    Seulement d'essayer d'apporter des éléments de réponse à une question complexe et que je trouve passionnante.

    Et s'il s'en trouve parmi les lecteurs qui seraient intéressés pour laisser à leur tour leur témoignage, n'hésitez par à me contacter par courriel : tambour.major@yahoo.fr

    * * *


    Luc


    1. Peux-tu te présenter ? Âge, profession (quelques mots pour décrire ce que tu fais), où tu habites, où tu as grandi.

    J'ai 35 ans, je travaille pour EDF dans la production d'électricité. Je vis dans le Tarn et Garonne. 


    2. A quels moments de ta vie as-tu compris puis accepté ton homosexualité ? Quel a été ou quel est ton cheminement ?

    Je me suis découvert gay à l'âge de 24 ans, je chemine toujours dans l'acceptation.

    As-tu souffert d'homophobie ? 

    Non du tout. Par ce que je n'en parlais pas autour de moi. Mes camarades n'étaient pas au courant, d'autant que je me suis découvert tard par rapport à d'autres.

    Qu'est ce qui te bloque ? Quels sont les obstacles qui pour le moment sont insurmontables ? 

    Pas grand chose me bloque à vrai dire. 

    Je ne sais pas comment expliquer. J'ai besoin de pouvoir l'assumer un peu plus et de prendre sur moi.

    Les réseaux sociaux m'y aident un peu mais ça ne fait pas tout. Je prends ça surtout au second degré : certains sont là juste pour leur ego, d'autres sont trop au premier degré, il y a un peu de tout.


    3. Es-tu out ? Auprès de ta famille ? de tes amis ?

    Je suis out auprès de quelques amis seulement. Excepté un cousin et sa femme, personne dans la famille sait que je suis gay.

    Mon orientation sexuelle ne regarde que moi. On n'en parle jamais, jamais, par pudeur. On ne parle pas de tout ce qui est de l'ordre de l'intime dans la famille.

    Que crains tu ? Le rejet, l'incompréhension ?

    Je ne crains rien du tout mais j''estime qu'ils n'ont à connaître ma sexualité 


    4. As-tu grandi dans une famille religieuse ?

    Ma famille est catholique non pratiquante.

    Mon baptême et mes communions, je les ai faits pas tradition familiale simplement et pour faire plaisir à ma grand-mère maternelle (un pilier de ma vie).

    Par contre la confirmation c'est moi qui ai demandé à la faire. parce que entre temps j'ai découvert par hasard la vie monastique qui m'a tout de suite interpellé au plus profond de moi.

    Qu'est-ce qui t'a interpellé dans la vie monastique ? C'était quand ? 

    Ce qui m'a interpellé de prime abord c'est de voir des hommes tous habillés pareils d'un vêtement ample. Il ne fallait pas me demander à l'époque si c'était des dominicains ou des cisterciens, j'était jeune. J'avais 12 ans, c'était en 1993. La simplicité qui se dégageait d'eux, leurs visages exprimaient une image de bien être. Ils rayonnaient. C'est là où j'ai pris conscience que si des hommes sont capables de consacrer leur vie à l'écart du monde à la recherche de Dieu, il y a quelque chose car ces gens là, avant de rentrer au monastère, il ont fait des études et avaient une vie.


    5. Quelle importance revêt la religion dans ta vie actuelle ? 

    La religion fait partie intégrante de ma vie c'est comme les avirons sur  un bateau, sans elle je ne peux pas faire grand chose.

    Je vais à la messe environ 3 où 4 fois par semaine, je ne fais partie d'aucun groupe de prière.

    Aller à la messe 3 ou 4 fois par semaine c'est beaucoup. Qu'est-ce que tu y cherches ? Qu'y trouves-tu ?

    La messe, c'est un moment de ressourcement pour moi. Pour donner une image : je vais m'abreuver à l'eau de la source vive.

    Et puis ce que j'aime c'est que dans ce monde qui va dans tous les sens qui ne sait pas où il va, la messe est un pilier, elle est là, elle ne bouge pas.

    Cela rejoint mon désir de vie monastique. Le temps passe, le monde ne sait pas où il va, on le voit dans les actualités, mais pour moi la messe c'est un repère, c'est fixé. Et quand je parle des avirons, des rames de bateau, c'est grâce à elle que tu tiens l'équilibre : le travail et la prière. Prier sans cesse c'est impossible, et travailler sans cesse est également impossible. "Ora et labora", la devise des moines, c'est St Benoît qui dit ça.

    Accessoirement cela me fait travailler mon latin, par la curiosité. En France il y a une grosse inculture religieuse au nom de la laïcité. Beaucoup d'expressions viennent du latin. Au quotidien, les gens ne savent pas d'où viennent les mots qu'ils emploient.  


    6. La religion a-t-elle été ou est-elle un frein à ton acceptation ? 

    Je n'ai pas de réponse à cela. Elle n'a jamais été un frein. Le frein est plus d'ordre social que religieux. 


    7. Gay et croyant, comment concilies-tu cette contradiction apparente ? Y parviens-tu ? Quel a été ton cheminement ?

    Pour ma part tout se passe bien, je prend énormément de recul.

    Dans la vie je prend les choses avec recul et discernement généralement. Je prends beaucoup de recul sur les choses, parfois un peu trop. C'est dans mon caractère.

    Je sais que tu te rends régulièrement dans une communauté monastique. Tu peux nous en parler ? 

    Là où je me rend régulièrement c'est une communauté monastique ouverte d'esprit ou ils ne rejettent pas les gays car certains des frères le sont.

    Ça s'est fait grâce à un prêtre accompagnateur spirituel que j'avais rencontré via le site du diocèse de Montauban. J'avais besoin de quelqu'un pour m'accompagner, afin de m'aider à discerner sur la vie monastique. J'avais 31 ou 32 ans, j'en ai 35. Il m'a recommandé les Fraternités Monastiques de Jérusalem. J'y suis allé 2 fois, ils sont à Paris. Le problème c'est que si la liturgie des Fraternités Monastiques de Jérusalem me plait, ce qui me dérange en revanche c'est la ville, le bruit permanent de la ville.

    Je connaissais les Cisterciens et on m'a proposé d'aller voir une communauté Bénédictine.

    J'ai eu quelques périodes de doutes mais ça me revient toujours dessus. Tu fais tout pour ne pas y penser et poum ! ça te revient en plein milieu de la figure.

    La première fois, j'y suis allé à reculons. J'ai fait confiance à mon accompagnateur qui m'avait conseillé d'y passer 3 jours seulement, pour commencer. J'y suis arrivé - c'est tout un truc, ça m'a tellement marqué ! - j'y suis arrivé un après-midi, la veille des Cendres, le jour de la Chandeleur, un mardi donc.

    Déjà, avant d'arriver, je trouvais le paysage joli car on ne voit pas l'abbaye depuis la route. Et là, en m'approchant, j'ai vu cette abbaye cachée dans la végétation. J'ai trouvé ça beau. J'ai posé mes affaires à l'hôtellerie puis je suis allé à l'église. Cette église, quand j'y suis entré, ça m'a frappé : la beauté et la simplicité. Quelque chose m'interpellait. Je me suis assis et j'y suis resté un long moment, à la regarder.

    Puis vint l'office des Vêpres. Le fait de voir ces moines tout en noir avec ces visages qui rayonnaient, ça m'a frappé. J'ai trouvé ça joli. Ils rayonnent ces gens-là. Ils sont arrivés deux par deux. Ça n'en finissait pas d'arriver. Je me suis dit "Mais ils sont combien ces gens là ?". C'était un truc de fou. T'en voyais jamais la fin. Ça ne s'arrêtait jamais !

    Et là, dès les premières notes de l'orgue pour le psaume, ça ma pris aux tripes, dès le 1er hymne. J'en avais les larmes aux yeux, des frissons partout. Je pleurais littéralement de joie. Je ne pouvais pas m'arrêter. Ce n'était pas de la tristesse mais de la joie. J'avais ressenti que la vie monastique m'attirait. J'avais ressenti un appel sans réussir à mettre de mot dessus. Mais là ça m'a interpellé... J'essayais de trouver une excuse : l'orgue, la qualité du chant, les voix...? C'est la 1ère fois de ma vie que j'ai ressenti ce que c'était une joie profonde. Je me suis dit "T'es là, t'es chez toi".

    Les jours suivants j'étais bien, même le jour des Cendres qui est plutôt aride. Même l'office de nuit...

    Je suis reparti le surlendemain, il fallait faire ma vie, mais j'étais déchiré de partir. Non pas déchiré de tristesse car je savais que j'allais revenir.

    Ce jour-là, le jour de la Chandeleur, avec les lumières, c'était aussi la Chandeleur dans mon cœur. C'est le Christ qui me parlait. Ces gens là, cet endroit-là... C'est vraiment un endroit fort fort fort. Ça ma procuré une joie "monastique". Une joie intérieure. T'es pas là à sauter partout. C'est intérieur.

    Je n'ai jamais été vraiment amoureux de quelqu'un, mais quelqu'un qui trouve sa moitié trouve à l'intérieur de lui une joie qu'il ne peut pas décrire. C'est ce que j'ai ressenti ce jour-là.

    Je suis reparti, j'en parle avec du recul maintenant, mais j'étais sous le coup de l'émotion.

    J'y suis revenu trois mois et demi plus tard, au mois de mai. Et dès que j'y suis revenu, j'ai ressenti exactement la même joie.

    Depuis, il ne se passe pas 4 ou 5 fois par jour sans que je ne pense à cette communauté, et chaque fois que j'y pense, je suis bien.


    8. Comment perçois-tu le discours et le positionnement des autorités religieuses, globalement peu favorable aux homosexuels ?

    Je laisse dire, ça me passe à 10 000  au dessus.

    La Manif pour Tous, tu as vécu ça comment ? 

    La Manif pour Tous, j'ai une copine qui l'a fait. J'ai pas compris. C'est des gens bien, qui ont accueilli des gens, qui aident des réfugiés, qui aident des gens dans la merde quoi, et qui détestent Le Pen. Et pourtant qui ont fait la Manif pour Tous... C'est pas des tradis. J'ai pas compris. C'est les premiers à faire la fête. Ils m'ont encore invité pour Pentecôte. D'une gentillesse et d'une bonté...! Ils sont serviables. Ils aiment déconner. Combien de fois ils ont aidé des sans-papier...? Mais bon, j'ai pas trop compris.

    Après, j'ai respecté leur opinion mais point-barre. Je n'ai pas discuté avec eux pour ne peux pas me prendre la tête. Ce sont des gens que je n'ai pas envie de quitter. Des gens humbles et serviables. Ça m'a fait chier un peu. Mais après je suis passé au-dessus. Je ne voulais pas gâcher tant d'années d'amitié pour ça.


    9. Être croyant, c'est pour toi un avantage ou un inconvénient ? En somme, que t'apporte ta religion ?

    Je ne sais pas dire. Par contre être croyant c'est dans mon ADN, même si j'ai eu des périodes de désert ça revient à toi. J'ai décidé de consacrer ma vie à la recherche de Dieu que je ne croiserai jamais.

    Je recule l'entrée en vie monastique peut-être par lâcheté de me retrouver dans un monde aride ou je sais que la source vive est présente et inépuisable.

    Le désert, qu'est-ce que c'est pour toi ? 

    Le désert, ce sont les moments de doute, et après le doute se dissipe. Pour moi je reviens toujours à la vie monastique. Pour moi Dieu c'est le visage de la communauté monastique.

    Une communauté monastique c'est plus qu'une famille mais quelque part on ne s'est pas choisis. Je prends un exemple tout bête: c'est comme dans la vie au travail. On choisit l'entreprise, pas le personnel qu'il y a dedans. La communauté, c'est un compagnonnage. Tu es avec des gens avec qui tu ne t'entendrais pas dans la vie quotidienne. On ne choisit pas ses frères. C'est une ascèse...

    Et oui, pour moi la religion me procure de la joie, une joie simple.
    Une joie monastique, simplement ;)


    Merci Luc.

    ***
    Identités singulières : 

    6 commentaires:

    1. Comment ne pas être bouleversé devant la simplicité avec laquelle Luc nous explique la manière dont il a laissé Dieu s'emparer de son âme ?
      Qu'il continue à vivre dans le civil ou qu'il décide, un beau matin, de sauter le pas et d'entrer dans cette vie monastique qui l'attire tant, l'important sera qu'il reste toujours ouvert à l'appel de Dieu qui est si fort en lui.

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      1. J'ai trouvé ce témoignage très fort. Et pour avoir eu Luc au téléphone pour la réalisation de cet entretien, je peux t'assurer de l'intensité de son récit.

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    2. 6 et 7 : Pourquoi ai-je un doute sur la sincérité des réponses ? Non pas que Luc mente, mais qu'il ait (au moins inconsciemment) refusé de se poser réellement la question...

      Joli témoignage.

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      Réponses
      1. Je l'avais aussi vu sur le moment. Je me pose la même question. Peut-être que, si Luc lit ces commentaires, il pourra m'apporter d'autres éléments de réponse, s'il le souhaite.

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    3. Beau témoignage.
      Si d'aventure cela se produisait, à savoir que tu fasse le choix de la vie monastique, comment vivre ton homosexualité sans la renier ? Si tant est que tu es envie de la vivre, ton homosexualité.
      cdlt,
      corto

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      Réponses
      1. Je ne suis pas sûr de suivre ton raisonnement : vivre son homosexualité (donc le goût de Luc pour les hommes) ou vivre sa sexualité (en ayant des relations sexuelles) ? Et puis, si j'étais cynique, je dirais que le vœu de chasteté, lorsqu'il est prononcé (il n'est pas de rigueur dans tous les ordres) est avant-tout un vœu, une aspiration, un idéal à atteindre...

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