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  • 21 novembre 2016

    Identités singulières : Être gay et croyant - 6ème et dernière partie

    Est-il possible d'être gay et croyant en 2016 ? 

    Au rythme de un par quinzaine, vous seront présentés plusieurs témoignages guidés par un questionnaire en neuf points laissant toutefois la possibilité d'aménager les réponses librement. Autant de parcours de vie, tous différents - voire totalement contradictoires - de personnes venues d'horizons assez variés et croyantes à divers degrés. Des identités singulières.

    L'objet de cette série de billets n'est certainement pas de faire un quelconque prosélytisme - il suffira de lire pour s'en rendre compte - ni de clore un débat bien trop vaste. 

    Seulement d'essayer d'apporter des éléments de réponse à une question complexe et que je trouve passionnante.

    * * *
    Note : Pour terminer cette série Identités Singulières, je cède la parole à Emmanuel (le prénom a été changé) que je connais depuis plusieurs années et dont, à dire vrai, une conversation menée il y a une petite année autour d'un verre m'a donné l'idée de ces billets témoignages. Vous allez voir pourquoi dans quelques instants. Je remercie donc vivement Emmanuel pour sa contribution que j'attendais impatiemment.

    Je lui ai posé les 9 mêmes questions de base qu'à tout le monde, lui laissant, comme à chacun des témoins, la possibilité de répondre de la manière qu'il souhaitait, ce qu'il fait sous une forme très libre, que je respecte intégralement, à l'exception des ponctuelles insertions en gras, qui sont de mon cru.

    * * *

    Emmanuel


    Je vais avoir 30 ans, je suis donc sensé être un adulte. J’ai grandi et j’habite à Toulouse, ville dont je suis tombé amoureux. Je suis fonctionnaire, et fier de l’être.

    J’ai pris conscience de mon attirance pour les garçons à l’école primaire, sans toutefois en comprendre le sens et les conséquences.

    La situation est devenue à la fois plus claire et plus compliquée à la fois au collège et au lycée. Plus claire car j’ai pris conscience de mon orientation sexuelle. Et plus compliquée car je fus confronté à une homophobie ordinaire et gratuite.

    J’ai alors refoulé tous mes sentiments. Je suis sorti avec des filles pour faire « comme les autres ». Ce petit jeu a été humainement destructeur et je l’ai cessé à la fin du lycée en assumant pleinement ce que je suis.

    Aujourd’hui tous mes proches savent que je suis en couple et en couple avec un homme.
    "J’ai baigné dans un athéisme laïque et bienveillant
    à l’égard de toutes les religions et toutes les philosophies".
    Ma famille est de tradition athée. Cependant, ma mère m’a toujours dit que j’étais libre de croire en ce que je voulais, de douter ou de ne pas croire. Nous fêtions Noël de façon laïque et je n’ai pas reçu d’enseignement religieux.

    J’ai baigné dans un athéisme laïque et bienveillant à l’égard de toutes les religions et toutes les philosophies. J’ai aujourd’hui conscience de cette chance. J’ai ainsi pu me construire de façon aussi libre que possible et dans le respect de mes valeurs profondes.

    J’ai toutefois bousculé cet athéisme à l’âge de 9 ans, lorsque j’ai demandé à ma mère de m’inscrire au catéchisme car je souhaitais assister à la messe. Je ne pourrais pas expliquer d’où est venu ce souhait. Je m’en souviens comme une intuition confiante. Malheureusement, en raison d’une mésentente avec mon père, ce souhait ne se réalisait pas.

    Les années qui suivirent se firent sans dieu mais avec une constante attraction pour les églises, et plus particulièrement les églises catholiques dans lesquelles j’aillais me réfugier et fuir le tumulte humain.

    Une fois mon homosexualité acceptée et assumée, le choix d’une vie sous l’œil d’un dieu m’apparaissait impossible. J’avais alors en tête la position de l’Église catholique qui ne me semblait pas bienveillante à l’égard des personnes homosexuelles.

    A l’âge de 23 ans, je finissais mes études de droit dans une ville qui m’était étrangère. Ma faculté faisait face à une église catholique. J’allai me renseigner pour venir me recueillir dans cette église avant mes épreuves de fin d’année pour faire la paix en moi.

    Je fis alors connaissance du sacristain. Une amitié débuta. Il me confia être croyant et homosexuel. Ce fut une véritable révélation, c’était donc possible. Mais cette révélation était teintée de nostalgie car je pensais que cela était trop tard pour moi. J’avais reçu l’appel 15 ans auparavant et je n’avais pas été à la hauteur.
    "Dieu redonne toujours une chance
    et sait être patient".
    Une fois l’année universitaire terminée, je rentrai à Toulouse et Noël s’annonça. Je vécus ce Noël laïc tristement, sans dieu. J’imaginais dans quelle communion était l’auditoire du Pape sans pouvoir la ressentir. Je ne pensais pas ressentir une nouvelle fois l’appel de Dieu comme dans mon enfance et partager alors la joie de croire. Teinté de cette émotion et par habitude, je regardai la messe de Noël à la télévision. Benoît XVI parlait de la paix.

    Le fil du temps s’interrompit. Le laïc que j’étais, regardant un pape parler, devint, en une fraction de seconde, un croyant écoutant son pasteur prêcher. Je peux dire à quel instant précis, la certitude de l’existence et de la bienveillance de Dieu m’envahit tout entier. Une intense joie s’empara alors de moi et continue encore aujourd’hui à m’habiter. Je me suis rendu compte que j’étais jusque-là incomplet et que Dieu faisait partie de moi et de ma vie. La joie de croire est un sentiment indescriptible tout comme l’est la joie de constater que Dieu pardonne, Dieu redonne toujours une chance et sait être patient.

    Le lendemain, j’écrivis au diocèse de Toulouse pour débuter mon chemin vers le Baptême.
    "Mon chemin fut un véritable
    parcours du combattant".
    J'ai voulu dissimuler mon orientation sexuelle, mais je me confiai à mon accompagnateur spirituel au bout de 2 semaines d’intenses tiraillements intérieurs.

    Mon chemin fut un véritable parcours du combattant, tant l’institution ecclésiale ne sembla pas être habituée à l’accueil d’une personne homosexuelle.

    J’avais conclu un pacte civil de solidarité avec un homme et l’institution m’indiqua qu’il s’agissait d’un acte public contraire à l’Église. On m’alertait sur le fait que mon homosexualité allongerait la durée de mon parcours et que mon pacte civil serait un obstacle irrémédiable. J’ai beaucoup souffert à cette période mais j’ai eu la chance d’être beaucoup soutenu par des amis croyants. Et aujourd’hui je me remémore ces faits de façon paisible et sereine, reconnaissant pour tout le chemin parcouru et les rencontres effectuées.

    Par l’effet du hasard de la vie, je quittai mon compagnon et nous rompîmes notre pacte. En parallèle, l’institution s’adaptait à l’accueil de personne homosexuelle.

    Après 16 mois de cheminement, j'ai reçu les trois sacrements de l’initiation chrétienne pendant la nuit de Pâques.
    "Je crois en l’Évangile, au Père, au Fils et au Saint-Esprit,
    et pour moi c’est à la fois l’essentiel et le tout"
    Je n’adhère pas à la totalité de la doctrine sociale de l’Église. Cependant, je crois en l’Évangile, au Père, au Fils et au Saint-Esprit, et pour moi c’est à la fois l’essentiel et le tout.

    Le Baptême, la Confirmation et la Communion m’ont conforté dans ma foi. Ce ne fut pas une explosion de joie mais une solide et confiante consécration du nouveau chemin que j’empruntais sous le regard de Dieu. L’idée de chemin me parle beaucoup à l’image de la parole du Christ : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ». Ces sacrements m’ont apporté une espérance joyeuse en l’avenir et en la bienveillance de Dieu qui nous a tous déjà racheté.

    Je vis toujours la même vie, mais éclairée par une lumière renouvelée, plus intense grâce à ma naissance nouvelle par le Baptême.

    "Je ne vis pas mon homosexualité
    comme un péché ou une faute"
    La messe est pour moi une respiration essentielle et indispensable dans ma semaine au milieu du tumulte humain.

    Le sacrement de réconciliation me permet de me mettre sous le regard de Dieu et d’être au contact de son pardon.

    Je ne vis pas mon homosexualité comme un péché ou une faute. Je reconnais pourtant être, comme tout le monde, "un pauvre type" comme le dit si bien mon pasteur. Et en cela j’essaye de m’améliorer chaque jour grâce à Dieu et avec le Christ.

    Voila le témoignage, en vérité, que je peux te rendre.
    "Il ne faut pas rester seul".
    Tu me demandes maintenant ce que je pourrais dire, aujourd'hui et avec mon parcours, à un jeune adulte tiraillé entre son homosexualité et la foi dans laquelle il a pu grandir, et la peur de vivre l'une sans trahir l'autre.

    Comme tu le soulignes je n’ai que mon parcours pour me permettre de répondre à cette question et ce qui a été ou est vrai pour moi ne l’est pas forcément pour autrui.

    Cela étant dit, je pense qu’il faut tendre, autant que faire se peut, à vivre en vérité. Mais je sais que le poids de la société ou de l’éducation peut ralentir ou entraver cet élan. Heureusement, nous avons toute la vie pour y parvenir et le plus essentiel l’aide de Dieu pour le faire. Jean-Paul II a affirmé le principe de gradualité selon lequel chacun doit cheminer de l’endroit où il est avec la ferme et sincère résolution de vivre sa vie pleinement sous le regard de Dieu.

    L’espérance en Dieu et la médiation de son Fils m’ont permis et me permettent de cheminer. Je crois en effet qu’il ne faut pas rester seul, tant sur le plan spirituel qu’humain.

    Merci Emmanuel

    ***
    A relire sur Identités singulières : 

    9 commentaires:

    1. Très beau témoignage, plein d'espoir pour tous ceux que cette très intéressante série a concernés. Au premier titre, les personnes homosexuelles elles-mêmes, mais aussi tous ceux qui avaient besoin d'être confirmés dans l'idée que ces personnes étaient dignes d'être aussi appelés : enfants de Dieu.

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    2. Merci pour cet ultime témoignage. J'ai suivi tous les "épisodes" avec intérêt, étant moi-même dans un questionnement intérieur sur ma relation avec la "croyance" et la religion.
      Donc c'est un énorme merci pour avoir publiés ces échanges !

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    3. Bravo pour cette série de témoignages très intéressants. Sans prosélytisme. Sans jugement. Le ton était parfait et m'a permis d'aborder cette question autrement, avec des nuances que je ne pensais pas y trouver initialement. Donc merci !

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    4. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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    5. Beua témoignage qui je l espère sera lu par les trop nombreux homo-bouffe-curés

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    6. Je pense qu'il fait distinguer les curés de la religion et des croyances et qui des homos sont bouffes curés c'est que le contact avec ces dits curés ne sont pas du tout représentatif de la dite religion. Cela fonctionne aussi avec les hétéros d'ailleurs.

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    7. Je vais être vulgaire: les curés, je préfère les bouffer que les sucer. Le retour du religieux participe de l'extrême droitisation de la société. Il fut un temps où s'assumer homosexuel avait pour conséquence la prise de responsabilité face à sa répression et faisait en sorte qu'on savait identifier ses ennemis. Défendre la religion, oui, c'est de l'obscurantisme. Retour à Freud les copains ! Comprenez pourquoi la croyance à un dieu barbu rassure vos angoisses, vous enveloppe dans la gluance d'un pardon qui vous permet d'assumer à la fois homosexualité et mépris de soi, car aucune religion ne voit positivement le fait d'être homosexuel.

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      Réponses
      1. Il y a des racines que l'on ne peut pas déraciner, toujours. Je suis en partie d'accord mais sans être aveugle des dogmes grotesques des religions, je ne crois pas que ce soit facile pour tous de tourner le dos à un lien intérieur qui nous attache, quelqu'en soit la qualité.

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      2. Sans doute n'est-ce pas facile. Se dessiller les yeux demande un effort de l'esprit, une coupure de cordon si l'idéal de liberté est celui que l'on a choisi.

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    Bonjour, vous êtes bien chez Tambour Major.

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