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  • L'Oiseau Bleu
  • 27 avril 2017

    Du bonheur de lire

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    "Si mes parents m’avaient permis, quand je lisais un livre, d’aller visiter la région qu’il décrivait, j’aurais cru faire un pas inestimable dans la conquête de la vérité. Car si on a la sensation d’être toujours entouré de son âme, ce n’est pas comme d’une prison immobile : plutôt on est comme emporté avec elle dans un perpétuel élan pour la dépasser, pour atteindre à l’extérieur, avec une sorte de découragement, entendant toujours autour de soi cette sonorité identique qui n’est pas écho du dehors, mais retentissement d’une vibration interne. (…).
    Enfin, en continuant à suivre du dedans au dehors les états simultanément juxtaposés dans ma conscience, et avant d’arriver jusqu’à l’horizon réel qui les enveloppait, je trouve des plaisirs d’un autre genre, celui d’être bien assis, de sentir la bonne odeur de l’air, de ne pas être dérangé par une visite : et, quand une heure sonnait au clocher de Saint-Hilaire, de voir tomber morceau par morceau ce qui de l’après-midi était déjà consommé, jusqu’à ce que j’entendisse le dernier coup qui me permettait de faire le total et après lequel le long silence qui le suivait semblait faire commencer, dans le ciel bleu, toute la partie qui m’était encore concédée pour lire jusqu’au bon dîner qu’apprêtait Françoise et qui me réconforterait des fatigues prises, pendant la lecture du livre, à la suite de son héros. Et à chaque heure il me semblait que c’étaient quelques instants seulement auparavant que la précédente avait sonné ; la plus récente venait s’inscrire tout près de l’autre dans le ciel et je ne pouvais croire que soixante minutes eussent tenu dans ce petit arc bleu qui était compris entre leurs deux marques d’or. Quelquefois même cette heure prématurée sonnait deux coups de plus que la dernière ; il y en avait donc une que je n’avais pas entendue, quelque chose qui avait eu lieu n’avait pas eu lieu pour moi ; l’intérêt de la lecture, magique comme un profond sommeil, avait donné le change à mes oreilles hallucinées et effacé la cloche d’or sur la surface azurée du silence. Beaux après-midi du dimanche sous le marronnier du jardin de Combray, soigneusement vidés par moi des incidents médiocres de mon existence personnelle que j’y avais remplacés par une vie d’aventures et d’aspirations étranges au sein d’un pays arrosé d’eaux vives, vous m’évoquez encore cette vie quand je pense à vous et vous la contenez en effet pour l’avoir peu à peu contournée et enclose — tandis que je progressais dans ma lecture et que tombait la chaleur du jour — dans le cristal successif, lentement changeant et traversé de feuillages, de vos heures silencieuses, sonores, odorantes et limpides."
    Marcel Proust - Du côté de chez Swann 
    Combray - II, pp. 122-123

    24 avril 2017

    Élection présidentielle : Quel enjeu pour le second tour ?

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    Ce soir j'ai un peu mal à ma France. Le weekend s'était pourtant magnifiquement déroulé avec des gens chouettes, des rires, du soleil, un fish and chips fabuleux et des souvenirs plein la tête.

    La radio coupée, la télévision éteinte, les réseaux sociaux réduits à leur strict minimum depuis vendredi soir pour ne pas être inondé une nouvelle fois d'informations, de sondages d'opinion et autres analyses d'anticipation, j'avais réussi à me tenir loin du tumulte et de l'agitation inutiles qui précèdent une élection surtout dans le contexte particulièrement nauséabond qui a été celui de ces des 15 derniers jours.

    Et je voulais que cela dure afin de m'épargner l'angoisse des dernières minutes et de la tension montante, l'imprécision des premiers résultats, d'autant que les derniers sondages mettaient quatre candidats au coude à coude. J'ai donc, tant bien que mal, évité jusque tard dans la soirée tout contact avec l'actualité politique.

    Ayant dîné en ville, j'avais, chemin faisant, eu quelques éléments de réponse à la grande interrogation du soir : qui serait au second tour ? La place du Capitole était en effet complètement bloquée aux quatre coins par des cordons de CRS qui évacuaient les lieux  tout en en interdisant l'accès. Étrange image... Jamais je n'avais vu cela. C'est finalement en rentrant chez moi à 22h30 qu'allumant ma télévision j'ai découvert le résultat.

    Le second tour verra donc s'affronter Emmanuel Macron, en tête au premier tour, et Marine Le Pen qui le talonne de peu. Adieu François Fillon qui paie le juste prix de sa turpitude. Exit la gauche traditionnelle  reléguée loin derrière. La gauche dure balaie la gauche molle qui nous a gouverné ces cinq dernières années. Les grands partis traditionnels se voient donc exclus du second tour de l'élection présidentielle. Stupeur et tremblements. Le travail de reconstruction sera considérable. Ce résultat est historique. Je ne sais s'il faut en pleurer ou s'en réjouir. 

    C'est en tout cas un véritable camouflet pour l'architecture classique de la vie politique française en même temps d'un fort message d'inquiétude dont il faudra évidemment tenir compte dans les années à venir si l'on ne veut pas que la vague bleu marine qui se fait tous les cinq ans plus ferme, ne se transforme jour en tsunami. 

    Emmanuel Macron crée une percée extraordinaire et bouleverse encore une fois le château de cartes que l'on croyait inébranlable. Un score élevé du candidat était prévisible. Était-il toutefois réellement prêt à assumer le rôle qui lui est maintenant dévolu ? Car il n'y a pas énormément de risques à affirmer dès aujourd'hui qu'il sera notre prochain président de la République...

    L'effrayant est évidemment de constater que les extrêmes s'installent fermement en France et que les idées du Front national sont bien ancrées.On le redoutait. Et pourtant les faits sont tristement là : cette élection a des relents de 2002. Voir le Front National encore une fois accéder au second tour de l'élection présidentielle fait quand même bien mal au cul. Cumulé avec les voix de Dupont-Aignan cela fait quand même pas loin de 27 % des électeurs qui ont voté au profit d'idées d'extrême droite. Cet électorat répond toujours massivement présent à l'appel, ce qui en est tout autant la force que la limite.

    Dès lors les calculs sont vite faits : le plafond de verre est là qui empêchera sans grand mal le FHaine de l'emporter. Un second tour sans grande suspense, donc...

    Mais ce soir comme en 2002, j'ai mal à ma France.

    20 avril 2017

    Hésitation finale

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    Cela fait des mois que cela dure. Des mois qu'on les regarde sous toutes les coutures, qu'on les compare en jaugeant les avantages des uns et des autres, leurs inconvénients, par rapport à ce que l'on ressent, à ce dont on a envie et à ce que l'on ne veut pas, aussi. 

    Des mois l'on se pose dix mille questions, qu'on en choisit un et puis que, finalement on se dit que non, ce serait peut-être mieux l'autre, et que... pfff au fond on n'en sait plus rien. 

    Car la pléthore du choix tue le choix. 

    Entre les options traditionnelles et celles que l'on nous promet plus "modernes", la lutte est inégale. Le cœur ou la raison ? La raison ou le cœur ? Et pourtant il faudra choisir, décider. Trancher. 

    Le jour venu il n'y aura pas tellement de possibilités de tergiversations supplémentaires. Le cœur palpitant face à l'offre, il faudra arrêter son choix et en assumer les conséquences. Un choix et un seul. 

    Choisir c'est renoncer, un peu.

    Et une fois le processus lancé, il sera trop tard pour se raviser. Il faudra faire avec. Pendant quelques années.

    Pour ma part je pensais avoir trouvé, mon choix était arrêté. Il me semblait clair et cohérent. Et puis l'autre jour, Paf ! voilà-t-y pas que je me mets à douter face à une autre possibilité ma foi fort séduisante, remettant tout en question. Du coup, c'est reparti pour un tour : comparer, regarder, imaginer... C'est épuisant. 

    Pourtant d'habitude je me décide assez vite et j'ai les idées plutôt claires. Mais pas cette fois-ci. 

    Oui, c'est une chose parfois difficile que de choisir le prochain coloris de sa chambre...  

    15 avril 2017

    La photo du mois : A travers

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    Bonjour à tous, nous sommes le 15 Avril et c'est l'heure de notre rendez-vous mensuel avec la photo du mois.

    Je vous rappelle le principe du jeu : chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

    Le thème de ce mois-ci a été choisi par KK-huète En Bretannie qui nous propose de plancher sur : A travers et nous donne les indications suivantes :
    "découvrir, voir, remarquer, passer à travers ... tout ce qui peut se faire à travers"
    Ma photo a été prise il y a 15 jours sur les bords de la Loire à Nantes, fort belle ville que je découvrais en bonne compagnie.


    Au premier plan, il s'agit des fameux Anneaux de Buren qui jalonnent les quais des Antilles, sur l'île de Nantes. Un endroit très chouette où il fait bon aller se promener dès que le soleil pointe le bout de son nez.

    A travers le premier d'entre eux s'élève le célèbre dôme de l'église Notre Dame de Bon Port, l'un des symboles architecturaux de la ville, outre les maisons bancales que l'on distingues également sur la droite, toujours à travers les anneaux.

    Comme toujours, la photo du mois continue à travers les autres blogs participants :

    Akaieric, Alban, Alexinparis, Amartia, Angélique, Aude, Autour de Cia, BiGBuGS, Blogoth67, Brindille, Calamonique, Carolyne, Chat bleu, Chiffons and Co, Christophe, CécileP, Céline in Paris, Danièle.B, DelphineF, E, El Padawan, Escribouillages, Eurydice, Evasion Conseil, François le Niçois, Frédéric, Gilsoub, Gine, Giselle 43, J'habite à Waterford, Je suis partie voyager, Josette, Josiane, Kellya, KK-huète En Bretannie, Krn, La Fille de l'Air, La Suryquoise, La Tribu de Chacha, Lau* des montagnes, Laulinea, Laurent Nicolas, Lavandine, Lavandine83, Lilousoleil, Luckasetmoi, Lyonelk, magda627, Mamysoren, Mirovinben, Morgane Byloos Photography, Nanouk, Natpiment, Nicky, Pat, Paul Marguerite, Philae, Philisine Cave, Pichipichi Japon, Pilisi, Renepaulhenry, Sous mon arbreTestinaute, The Beauty is in the Walking, Tuxana, Who cares?, Xoliv', écri'turbulente.

    13 avril 2017

    La soupe aux lentilles

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    Ce soir maman a préparé de la soupe. De la soupe aux lentilles. Je déteste ça, la soupe aux lentilles. Au moins autant que son ragoût de chou rouge au vinaigre qui empeste l'ammoniac lorsque qu'elle entrouvre le four pour l'arroser, chaque demi-heure. Ha... ce ragoût de chou rouge. Je n'ai jamais pu en avaler plus d'une bouchée. Mais ce soir c'est vendredi. Jour de la soupe aux lentille. Je hais la soupe aux lentilles. 

    Au milieu de la table en formica orange, sous le néon blafard du plafond, trône l'imposante marmite d'aluminium un peu cabossée par les années et noircie par la flamme. Un fin entrefilet vaporeux s'en échappe qui tapisse la pièce de cette odeur si particulière. L'odeur de la soupe aux lentilles.

    Papa ne l'aimait pas lui non plus, cette soupe aux lentilles. C'est probablement pour cela qu'il s'est barré avec une autre. Pauvre type. On ne l'a jamais revu. On n'a jamais cherché à le revoir. Il s'est pendu un soir de septembre dans son garage. C'est ce que m'a dit ma maman un beau jour. Moi, je m'en foutais. Il ne faisait de toute façon plus partie de mon existence. En avait-il seulement jamais fait réellement partie ? Depuis, je vis seul avec maman, dans cet appartement sordide où il ne se passe rigoureusement rien.

    De la vieille télévision cathodique à coins arrondis placée dans un angle de la pièce, jaillissent les rires forcés d'une émission sensément populaire où tout le monde est joyeux sur ordonnance. Je déteste cette émission débile au moins autant que la soupe aux lentilles. Je ne reconnais d'ailleurs aucun des people qui gesticulent lourdement pour faire s'égosiller un public hilare déjà acquis à leur cause. Bande de cons ! 

    L'homme me répugne souvent. Lui et sa laideur. Sa méchanceté gratuite. Son impatience outrancière et sa bêtise crasse. Les gens et leur passivité. Des geignards. Des moutons. Les gens sont des abrutis.

    Un petit courant d'air poisseux fait frissonner le voilage blanc jusqu'alors immobile qui dissimule maladroitement la seule fenêtre entrouverte donnant sur la rue. Au-dehors, l'air est encore suffocant. Je meurs de chaud. Et cette putain de soupe aux lentilles n'arrange rien. Une goutte de sueur perle derrière mon oreille puis s'étire le long de mon cou, avant d'aller se perdre dans le creux de mon épaule. J'ai le front moite. Du haut de notre huitième étage, les gaz d'échappement de la circulation encore dense malgré la nuit tombante, nous parviennent par vagues nauséabondes. Au loin, des klaxons se répondent en un concert grotesque de grognements mécaniques. L'air pue et je pue avec lui.

    Cuillerée après cuillerée, je mange ma soupe chaude à reculons, la grimace aux lèvres. J'ai malheureusement faim. Assise en face de moi, maman ne dit rien. Au milieu de mon assiette Arcopal à grosses fleurs bleues, parmi la bouillie infâme des lentilles trop cuites, flotte un  bout de carotte molle. Ramollies elles aussi par les trois heures de cuisson rituelles, se détachant de leur peau que je m'amuse à triturer entre mes canines, les petites lentilles marron se dissolvent sous ma langue en une diarrhée farineuse.

    D'ailleurs ce sont elles, les peaux, qui me donnent des gaz terribles à m'en faire péter les intestins. Saloperie. Je hais les lentilles.

    De temps à autre un petit bout de viande filandreuse vient animer cette monotonie culinaire. Maman a pour habitude de mettre dans sa marmite un gros os de bœuf afin de conférer à ce marasme de platitude son parfum si insupportable de viande bouillie pour chien. Un comble : nous n'avons jamais eu de chien.

    Mon assiette est presque vide. Murée dans son mutisme, impassible dans son ensemble orange aussi vieillot que le papier peint vert à carreaux de notre triste salle à manger, maman ne décoche pas un mot. Son assiette tiédissante est toujours pleine. Elle ne me regarde même pas.

    Un nouveau courant d'air tiède parcourant la pièce fait se hérisser les poils de mes avant-bras. Le temps est en train de tourner à l'orage. La pluie salutaire s'en vient. Le voilage blanc de la fenêtre se soulève. Il danse mollement en une chaotique ronde fantomatique. Attaché à sa tringle annelée, il ne peut s'enfuir, malgré les tentatives désespérées de se libérer de son carcan et de s'en aller par la fenêtre, se jeter par dessus bord. Par dessus bord... J'aimerais parfois me foutre par dessus bord. Sauter. Fermer les yeux et laisser la gravité faire le reste. Tomber comme une merde et m'exploser la boyasse trente mètres plus bas. N'être plus rien qu'un amas de chairs difformes. Plus rien. J'imagine alors la tête ahurie des passants devant mon corps disloqué, pissant le sang. Ha ha... ce qu'ils auraient l'air con !    

    Au dehors une ambulance traverse le quartier à toute berzingue. Les sirènes hurlantes vomissent leur pin-pon obscène à la face des trottoirs gris. Je souris.

    J'ai fini mon assiette de soupe. Je ne me resservirai pas, évidemment. Me levant je débarrasse mon coin de table et dépose machinalement mes couverts à la cuisine dans l'évier blanc dont l'émail est constellé d’accrocs. 

    Me grattant nonchalamment l'entrejambe sans la moindre pudeur, la main dans le caleçon que je porte pour unique vêtement, j'asperge cette vaisselle d'une giclée de produit vaisselle rose et fais couler sans trop faire attention un peu d'eau chaude. Je laverai tout cela plus tard. 

    Maman, elle, n'a pas fini son assiette. Elle n'y a même pas touché. Figée dans son effroi, les bras ballants, sa bouche dessine une grimace hideuse. Les fines boucles grisonnantes de ses cheveux ondoient sur sa tête immobile. Je baille lourdement. Je suis crevé. Désormais rien ne presse.

    Ce soir, j'ai tué maman.

    ***
    Récit librement inspiré par l'ambiance de Tom's Diner de Suzanne Vega 

    8 avril 2017

    Sur la piste des Cromlechs de la montagne d'Espiau

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    Aujourd'hui je vous emmène sur la piste des cromlechs de la montagne d'Espiau, dans les Pyrénées.

    Les cromlechs sont des alignements mégalithiques protohistoriques, autrement dit des alignements de pierres d'assez gros volume, généralement disposés en cercle.

    Datés d'entre 2000 et 3000 avant notre ère, leur fonction exacte demeure inconnue. D'après ce que j'ai pu lire, on leur attribue une fonction funéraire doublée d'une fonction d'observation du ciel. Le plus connu d'entre tous les cromlechs, et certainement le plus spectaculaire, est celui de Stonehenge. Ceux que je suis allé voir n'en ont ni l'élégance ni la majesté. Qu'importe... ayant appris leur existence - à portée de chaussure de randonneur - tout récemment, il m'était difficile de ne pas aller sur place à la première occasion.


    Le départ se fait à Saint Aventin, petit village de pierres situé au dessus de Luchon, dans les Pyrénées. Un lieu hors du temps, au milieu des montagnes et des estives où gambadent isards, vaches et moutons.


    La balade commence par le chemin qui longe l'église. Une très belle petite église romane du XIe siècle qui présente la particularité de posséder deux clochers. Comme c'est souvent le cas dans les Pyrénées, j'en avais déjà parlé pour l'église Saint Juste de Valcabrère, les constructions romaines et préromaines implantées dans toute la région ont souvent servi de matériaux de pour d'autres bâtiment. Aussi peut-on observer ici et là des fragments de bas-reliefs d'une toute autre époque incrustés dans les murs.

    Le tympan situé au dessus du porche, représentant le Christ entouré des quatre évangélistes, ainsi que les chapiteaux illustrant différents épisodes bibliques ou encore une splendide vierge à l'enfant, méritent que l'on s'y attarde un petit peu. Je suis toujours admiratif par ces témoignages de dévotion populaire la richesse incroyable des détails sur ces petites églises qui sont de véritables joyaux, surtout en plein cœur de nulle part, ici où l'accès devait être, jusqu'à encore récemment, toute une aventure...


    Le chemin commence par le sentier balisé n°60. On s'éloigne peu à peu de Saint Aventin tandis que se déploie un paysage encore engourdi par l'hiver. Les cimes sont encore bien enneigées et les pentes herbeuses n'ont pas encore recouvré leur verdeur.


    Le sentier bifurque ensuite vers le n°77 balisé en jaune. La promenade dominicale vire à l'ascension : une petite heure de montée non-stop pour un dénivelé de 400 mètres. Le paysage change peu à peu, la végétation basse laissant place aux prairies.


    Malgré le soleil, le vent est frais et je ne regrette pas de m'être encombré d'un coupe-vent molletonné.

    Les moutons sont déjà là. Béééé par-ci, béééé par-là... ils n'ont pas l'air d'être dérangés pas le vent froid, eux.


    Un peu plus loin c'est un groupe d'isards que j'aperçois. Ils me regardent, je les regarde, nous nous observons mutuellement. Ils n'ont pas l'air de bien comprendre ce qu'est cette grosse bête en face d'eux. 

    Le vent venant de face, ils n'ont pas perçu mon odeur. Je continue à m'approcher. Je n'en ai jamais vu d'aussi près. Puis les voilà qui détalent à toutes pattes en direction d'un petit bois. Je les reverrai plus tard mais de beaucoup plus loin, sur le chemin du retour.


    C'est fascinant de penser qu'en ces mêmes lieux, plutôt hostiles, l'homme était déjà présent il y a 4000 ans et qu'il y croisait déjà des isards, les mêmes que ceux que je viens de photographier.

    Je n'ai en revanche croisé aucun ours. Le seul présent sur place tenait l'appareil photo...

    Quelques efforts plus tard me voici arrivé aux cromlechs, situés tout en hauteur, offrant un superbe panorama sur les cimes et vallées environnantes. 


    Comme je l'indiquais au début de ce billet, ces cromlechs n'ont rien de particulièrement ostentatoire. De grosses pierres réunies en cercles de un à deux mètres de diamètre et dont on perçoit que la répartition n'est pas le fruit du hasard mais celui du travail de l'homme, 5000 ans en arrière.

    C'est fou comme il suffit parfois de peu de choses pour voyager loin... Un voyage dans le temps en l'occurrence. Et je trouve extrêmement touchant ces petit signes du passé, trois fois rien, quelques cailloux rassemblés au milieu des immensités montagneuses qui, pourtant, nous parlent de nous, de ce que nous avons été et qui, quelque part, nous interrogent sur ce que nous sommes devenus. C'est étourdissant lorsque l'on y pense...


    Ici rien n'a significativement changé depuis ces temps lointains, si ce n'est les rares petits villages ramassés qui ont poussé  autour de leur église et dont j'entends au loin, de temps à autre, sonner la cloche fêlée égrenant les heures.

    Et nous, que laisserons nous de notre époque que l'on viendra admirer dans 5000 ans ?


    Du fond de la vallée monte une série de tintements sourds. C'est la voix éraillée de la cloche du village d'en contre-bas et que j'entrevois au loin qui annonce cinq heures.

    Il est temps pour moi d'abandonner les cromlechs à leur éternité et de rebrousser chemin.


    6 avril 2017

    Veni Vidi...

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    Quoique hésitant, j'ai eu mille fois raison d'aller le retrouver chez lui et de passer en sa compagnie les premiers jours de mes vacances. « J'espère que tu as trouvé des réponses à tes questions », m'a texté une amie à l'issue de ce petit séjour. J'ai trouvé, à vrai dire, bien plus que cela.

    Aller chercher des réponses, construire des souvenirs, et cartographier un peu le ciel de cette petite étoile filante dont j'ignorais alors la trajectoire. 

    Nous avons passé de très jolis moments ensemble sous un beau temps particulièrement bien venu. J'ai aimé découvrir sa ville, m'émerveiller comme un enfant sur l'île aux machines, perdre mon temps dans des boutiques de déco, partager une bière fraîche avec des rillettes de canard le long du canal,  parcourir les bords de Loire à vélo ou encore faire les andouilles avec des dynosaures en plastique dans une boutique flirtant avec l'uber-boboïtude la plus absolue. Mille et une petites choses que nous avons faites ensemble et qui, désormais, font partie de nos souvenirs communs, à nous seuls. Ces petits trèsors qui sont le sel de la vie. Ces moments arc-en-ciel qui font que la vie est parfois rudement chouette.

    De même, je ne connais pas grand chose de plus intime que de dormir dans les bras de quelqu'un. S'endormir dans les bras d'un autre, lui offrant ainsi toute notre vulnérabilité, dans un abandon total empreint d'une infinie tendresse. Sentir l'autre s'endormir contre soi, lové contre mon flanc, peau contre peau, sa joue posée dans le creux de mon épaule, sa jambe recroquevillée autour de la mienne, comme pour dire ne m'abandonne pas... Écouter sa respiration qui s'apaise, devenir profonde, puis peu à peu sentir son souffle s'allonger. Percevoir ses inspirations s'espacer de plus en plus. Saisir cet instant précis où la conscience s'efface, l'éveil qui bascule dans le sommeil. Imperceptiblement son étreinte se relâche. Il dort... On ne ment pas lorsque l'on dort. À peine sait-on que l'on est vivant.

    Oui nous avons passé de forts jolis moment dont je garderai sans nul doute une petite forme de nostalgie, celle qui appartient aux moments que l'on n'oublie pas et auxquels on aime penser de temps en temps en se disant que c'était drôlement chouette et que l'on aimerait recommencer. 

    Mais j'ai souvent eu aussi cette étrange sensation que chacun vivait les choses de son côté, sans réel partage, sans communion et qu'en dépit des signaux envoyés, il n'y était ni sensible ni réceptif. Être bien ensemble mais chacun de son côté, chacun dans sa réalité, sans que nous n'ayons réellement grand chose à nous dire. C'est un fait.

    Surtout j'ai compris que nous vivions dans des temporalités, dans une relation au monde fort  différentes. Lui vit dans le présent. Plus encore, dans l'instant. Hier n'existe plus, demain n'existe pas encore. Le temps s'auto engendre seconde par seconde. Ce qui était n'est plus. Nul ne sait ce qui sera. Son présent est comme autant de points d'intersection entre sa vie et celles des autres, sans recherche ni questionnement autour d'une éventuelle continuité.

    Dans ce tableau digne d'un Seurat, je ne suis qu'un point parmi des miliers d'autres qui dessinent la grande fresque de sa vie. Un tableau construit point par point mais dont il n'a encore aucune idée du dessin général, ni recherche d'une cohérence avec ce qui a déjà été tracé. Comme tant d'autres, je fais partie de son décors. Un point dans son décors. Rien de plus. En l'état actuel des choses, je ne dois rien attendre de particulier de lui, sinon de passer à nouveau de très chouettes moments lorsque l'on se reverra, un jour... peut-être...

    Car nous venons de discuter après que j'ai publié ce billet que j'ajuste en conséquence, contrairement à ce qui est ici habituellement la norme : ne rien toucher. Coup de théâtre... Il dit s'être attaché trop fort, trop vite. Je lui manque, il veut tourner la page pour ne pas se torturer inutilement. Les claques cela arrive concluait-il. Et le voilà qui me dit Au revoir.

    C'en est fini. Il l'a décidé, du haut de son petit monde à lui...

    Et moi dans tout cela ?

    Il restera ainsi la petite étoile filante que j'avais vue en lui. Ma petite étoile filante qui a traversé épisodiquement mon petit monde, l'a illuminé de mille feux et dont je ne dois désormais plus attendre le prochain passage. Au revoir...

    Un point perdu parmi beaucoup d'autres...

    Des réponses donc. Je sais désormais à quoi m'en tenir. Avoir un mode d'emploi et de savoir en conséquence comment caler son pas sur celui des autres est toujours rassurant. Briser les faux espoirs, dépouiller les apparences de leurs oripaux et dissoudre les mirages. Savoir un peu qui on est, où l'on va, ce que l'on veut. 

    Il paraît que cela s'appelle la maturité. Mais je suis très triste.