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  • 15 octobre 2017

    La photo du mois : Innovation

    10 commentaires
    Bonjour à tous, nous sommes déjà le 15 Octobre et c'est l'heure de notre rendez-vous mensuel avec la photo du mois.

    Je vous rappelle le principe du jeu : chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

    Ce mois-ci Cricriyom from Paris a choisi le thème Innovation et nous donne, pour ce-faire, les indications suivantes :
    Comment pouvons-nous mettre en valeur l'innovation, la création collective, le eureka des temps modernes ?
    Ma photo a été prise il y a une quinzaine de jours lors d'une exposition de vieux tracteurs. Ceux présentés ici, soigneusement restaurés et entretenus par des passionnés, datent des années 1930, période où la technologie industrielle envahit peu à peu les campagnes, l'inépuisable moteur diesel supplantant progressivement la force animale.
    Ces deux modèles (un "Robuste" de l'entreprise hongroise HSCS - Hofherr Schrantz Clayton Shuttleworth - et un "Bulldog" de la firme allemande Lanz, qui sera rachetée après la 2nde Guerre Mondiale par John Deere) sont particulièrement en avance sur leur temps, notamment par un système d'allumage innovant : l'allumage était facilité grâce à une pièce disposée à l'avant du moteur et que l'on chauffait préalablement avec un chalumeau (la partie peinte en gris et à l'avant du tracteur que l'on voit très bien sur la photo).

    Le Bulldog était en outre doté d'un système de direction particulièrement ingénieux qui le rendait très maniable, contrairement à tous ses concurrents.

    Équipés des toutes dernières technologies de l'époque, ces engins ont participé de la grande révolution agricole des annés 40 et 50. Une broutille si l'on compare avec des modèles contemporains dotés de cabines climatisées et insonorisées, guidés en temps réel par GPS et pilotables à distance grâce à une application smartphone...

    La photo du mois continue sur les autres blogs participants :Akaieric, Alban, Alexinparis, Amartia, Aude, BiGBuGS, Blogoth67, Brindille, Cara, Chiffons and Co, Christophe, Cricriyom from Paris, CécileP, Céline in Paris, Danièle.B, DelphineF, Dr. CaSo, El Padawan, Eurydice, François le Niçois, Frédéric, Gilsoub, Gine, Giselle 43, J'habite à Waterford, Jakline, Josette, Kellya, Krn, La Fille de l'Air, La Tribu de Chacha, Lau* des montagnes, Laurent Nicolas, Lavandine, Lavandine83, Lilousoleil, Lyonelk, magda627, Magouille, Mamysoren, Memories from anywhere, Mirovinben, Morgane Byloos Photography, Nicky, Pat, Philae, Philisine Cave, Pilisi, Renepaulhenry, Sandrin, Shandara, Sous mon arbre, Ventsetvoyages, Who cares?, Xoliv'.

    13 octobre 2017

    Paraskevidékatriaphobie ?

    5 commentaires
    Êtes vous Paraskevidékatriaphobe ? Ou peut-être plus simplement triskaidekaphobe ?

    Non non, ces termes bizarroïdes ne désignent pas des maladies tropicales ou une forme aiguë de furoncles purulents, mais beaucoup plus simplement une crainte superstitieuse liée au vendredi 13. Oui, je sais aussi pondre des billets en phase avec l'actualité, surtout lorsqu'elle revêt une importance de premier ordre.

    Petite leçon d'étymologie :

    Paraskevidékatriaphobie :
    παρασκευή « vendredi », δεκατρείς dekatreis « treize » et φόϐος phóbos, « peur »
    = peur du vendredi treize

    Triskaidekaphobe :
    ρεισκαίδεκα treiskaídeka, « treize » et φόϐος phóbos, « peur »
    = peur du nombre treize
    Voilà, grâce à moi vous pourrez briller toute la journée et fanfaronner au bureau. Trop la classe, merci Tambour Major. Mais entraînez-vous d'abord à prononcer ces mots barbares sans vous claquer les muscles de la langue. Attention, les répéter plus de 666 fois par jour peut rendre con.

    Je vous rappelle incidemment qu'il est illusoire de tenter de refourguer ces mots au Scrabble pour exploser votre score par un superbe compte triple, ça ne marchera pas : même avec la plus grande habileté du monde aucun joueur n'acceptera que vous sortiez de votre manche un mot de 16 ou 23 lettres. En plus il n'y a qu'un seul "K" dans le jeu... Hé oui, la vie est dure.

    Quant à moi, même si je ne suis pas superstitieux (ça porte malheur) je m'en vais sur le champ clouer un labrador sur la porte afin d'éloigner le mauvais œil... On n'est jamais trop prudent.


    [Billet initialement publié le 13 mars 2009]

    9 octobre 2017

    Ça - D'après le roman de Stephen King

    0 commentaire
    Ça
    Réalisé par Andy Muschietti.

    Avec : Bill Skarsgård, Jaeden Lieberher, Finn Wolfhard...

    Genre : Clownerie qui fait peur.

    Durée : Pile ce qu'il faut.

    Synopsis : Pennywise est un joyeux drille de clown, un fieffé boute-en-train qui  revient tous les vingt-sept ans pour inonder la ville, un peu trop calme à son goût, de blagues fofolles à base de nez qui font pouet, de coussins péteurs et autres tours burlesques.

    Et Pennywise aime beaucoup beaucoup beaucoup les petits enfants. Aussi, entre deux parties de cache-cache dans les égouts, il leur offre des ballons qui flottent.

    Toi aussi tu veux un ballon ?
    Hein, dis, tu veux un ballon ?

    Il floooOooote...

    Extraits (attention, divulgâchage...) :
    - ♪♫ Hooo mon batooo-ho-ho-hoooooooooo ♪♫
    - Tu veux un ballon ?
    [Cronch !]
    - BOOOH !
    - Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! 
    - Redrum, redrum, redrum....
    - Viens flotter avec nous Billy...
    ♪♫ C'est la c'est la c'est la salsaaaaaaaaaaaaa du démon ♪♫
    [Garglghhhh]
    L'avis de la rédaction : De tous les monstres et créatures maléfiques sortis de la plume du prolifique Stephen King, Pennywise, le clown meurtrier, est entré au panthéon des figures horrifiques dont il probablement l'un des archétypes les plus aboutis. Ça, la terreur qui nous glace le sang et que l'on ne nomme pas. Ça...

    Ayant fait l'objet d'une poussive adaptation dans les années 1990 qui ne m'avait jamais véritablement convaincu, j'avais dès les bandes annonces été saisi par l'esthétique de ce nouveau Ça, laquelle n'était pas sans rappeler celle adoptée dans des séries à succès telles que American Horror Story

    Alors, autant être clair : ce premier volet ringardise définitivement la mini-série télévisée réalisée en 1990 par Tommy Lee Wallace, résolument vieillotte. En effet, si je n'attendais pas grand chose de cette nouvelle version, hormis un bon coup de Ripolin plus que nécessaire, il faut reconnaître que le défi est relevé haut la main.

    Prenant le pari de contourner la chronologie exacte du roman, Ça en respecte plutôt très fidèlement la trame narrative, dont la légendaire scène d'ouverture qui donne le "La" à quelques deux heures et quart de douce frayeur, emportant le spectateur dans le sillage des sept jeunes protagonistes propulsés, malgré eux, dans les limbes de Derry.

    Acteurs pimpants (dont l'excellent Finn Wolfhard vu dans la très réussie Stangers Things dont la saison 2 arrive bientôt !!), photographie soignée et dans l'air du temps, bande son efficace, effets spéciaux léchés et à la hauteur, Ça bénéficie enfin de l'ampleur, du souffle et du rythme qui lui faisaient jusqu'alors cruellement défaut. Et l'on ne peut que s'en réjouir.

    On pourrait toutefois discuter sur l'esthétique retenue pour Pennywise. Alors que le premier opus prenait le parti d'une créature goguenarde et lourdaude, en miroir à sa profonde cruauté, Ça nous propose cette fois un personnage dont les traits - et la voix - affichent d'emblée la perfidie. Et, quoique toute réussie soit cette nouvelle mouture, les plus anciens conserveront peut-être une petite nostalgie du précédent Pennywise, tout kitsch et poussiéreux soit-il, comme l'on peut avoir peur d'un vieil objet sorti du grenier, entre les lames du parquet qui grince et ombres inquiétantes sur les murs.

    En conclusion : Andy Muschietti nous livre enfin un film beau et efficace qui restitue toute l'ambiance de l'oeuvre originale. Ça, un film de peur plus qu'un film d'horreur. Un film sur nos peurs. Celles que l'on doit surmonter enfants pour, devenus adultes, ne plus avoir peur de soi-même et ne plus avoir peur des autres...


    Note finale : Ballon d'or.

    3 octobre 2017

    Icare

    11 commentaires
    Lorsque j'ai croisé le regard de ce garçon il y a quelques semaines, mon cerveau a fait exactement le même bond prodigieux que celui qu'il avait fait jadis en découvrant son minois sur un site dédié aux garçons qui aiment les grands garçons. Et même plus encore. Que dire d'autre sinon que je le trouve absolument magnifique ? 

    Un très beau gaillard au regard qui pétille, au sourire étourdissant, à la simplicité naïve qui fait parfois les grandes et belles âmes. En un mot comme en cent, il me plaît (vraiment) beaucoup.  Je n'ai pas eu longtemps à attendre pour savoir que c'était parfaitement réciproque : il me l'a clairement dit. 

    La difficulté est cependant que ce charmant garçon a déjà rencontré son alter ego avec qui il partage sa vie depuis maintenant un petit bout de temps. Et j'ai bien compris, pour avoir rencontré cet autre, que le couple était verrouillé à toute possibilité de partage, ce que je comprends parfaitement ayant moi-même une vision plutôt étriquée du couple. Beaucoup trop respectueux des personnes qui s'aiment pour venir semer sciemment la zizanie dans leur ménage, je ne jouerai donc pas le trouble-fête au prétexte de vouloir assouvir mes désirs les plus incandescents avec ce garçon que j'aimerais beaucoup serrer dans mes bras. A défaut nous discutons, beaucoup, de tout de rien, par textos, pour faire connaissance, ce qui est très agréable.

    Nous nous sommes revus tout récemment, à la faveur d'une vie sociale qui amène les gens à se retrouver régulièrement autour d'une activité commune, activité qu'il partage en l'occurrence avec son cher et tendre. Contrairement à la fois dernière, par respect pour son couple, par respect pour son copain, et pour me protéger également, j'ai pris mes distances. Un peu trop peut-être, l'art du juste milieu est parfois difficile. Une distance nécessaire pour m'échapper du labyrinthe des tourments, pour ne pas me brûler les ailes sous le soleil ardent des désirs impossibles dont je sais trop bien qu'ils rendent terriblement malheureux.

    Non sans une pointe de regret, il m'a évidemment fait remarquer cette distance soudaine. Je lui ai expliqué  cette difficulté à me positionner, à nous positionner lui comme moi, entre désir sincère d'amitié et désir tout court. Je crois qu'il l'a compris et qu'il en est conscient. Il m'en a remercié. 

    Car à ce petit jeu ambigu, nous sommes tous deux autant Icare que le soleil de l'autre. Et, quoique l'envie nous consume intérieurement, je suppose que lui comme moi n'avons pas, pour l'instant, envie de tomber.

    27 septembre 2017

    Quiproquo téléphoniques

    4 commentaires
    A une époque - pas si lointaine - et bien avant Becky Walters, je m'amusais à pondre des messages de répondeur téléphonique invraisemblables. L'idée m'était venue un jour, alors que je tombais à mon tour sur l'une de ces machines diaboliques habitée toutefois par une inhabituelle bienveillance. De mémoire, le message disait grosso-modo "Bonjour, ceci est un répondeur téléphonique. Respirez, tout va bien se passer..."

    Ce fut révélation : Oui, il était possible de sortir du cadre habituel du "Bonjour, vous êtes bien chez Monsieur Dupont, je ne suis pas là pour le moment, veuillez laisser un message après le bip". Oui, il était possible de sortir des certes éculés de la convenance maculée d'un conformisme étouffant nappé d'un coulis assommant d'ennui. Extraordinaire. Mon imagination n'allait alors connaître aucune limite, ce qui me valut quelques beaux fou-rires.

    Le premier message un peu farfelu remonte à une vingtaine d'années, alors que j'étais un jeune et pimpant étudiant. J'ignore absolument comment l'idée avait germé ni par quels cheminements improbables mon esprit tortueux avait sillonné pour aboutir à ce résultat. Toujours est-il que j'en était particulièrement fier. 

    Pour préciser les choses, j'avais à ma disposition un grand piano électronique Korg doté de quelques gadgets totalement inutiles lorsque l'on joue du Bach ou du Chopin, mais qui devaient en trouver une lorsque l'on l'utilisait comme piano électrique de jazz en choisissant les sonorités idoines. En appuyant sur un bouton et en tournant quelques molettes, le son se distordait en une forme de "ouin ouin" plutôt moche avec un écho digne des hautes alpes. On pouvait en régler l'intensité selon plusieurs paramètres, soit pour obtenir une distorsion légère ou au contraire pour distordre le son au point de rendre le résultat sonore parfaitement méconnaissable.

    Je m'étais donc tout d'abord enregistré jouant, avec une légère distorsion, la musique du Monde aquatique Mario Bros, ce qui donnait un résultat un peu glauque, aigre-doux tout ce qu'il fallait. A la suite de quoi venait très exactement ce message : 
    "Bonjour, vous êtes bien dans la chambre capitonnée de Tambour Major ; les visites sont terminées pour l'instant. Vous pouvez lui laisser un message après le bip sonore. Nous lui transmettrons dès qu'on lui aura retiré sa camisole. Merci de votre visite. Et à bientôt".
    Aujourd'hui encore je souris comme une andouille en le relisant. Une copine de promo avec qui je partageais une complicité toute particulière, m'avait confié un jour que, parfois, elle m'appelait en sachant que je n'étais pas là, uniquement pour entendre le répondeur, car ce message lui remontait le moral...

    Le plus drôle est arrivé ce jour où, mon chauffe-eau ayant besoin d'une réparation, j'attendais urgemment un appel du plombier, mes pieds commençant à se palmer. Un soir ma mère m'appelle :
    - Tu as eu le plombier ?
    - Non...
    - Ha, parce qu'il a appelé à la maison.
    - Ha bon ?
    - Oui, il m'a demandé ton numéro parce que celui que lui avait donné l'agence n'était pas le bon et qu'il tombait sur un asile psychiatrique...
    - [silence gêné doublé d'un éclat de rire intérieur]
    - Je lui ai dit que c'était le bon mais que ton message de répondeur était... spécial !
    Le plombier finira par laisser un message et mon chauffe-eau fut réparé. Mais qu'est-ce que j'ai ri !

    Une autre fois, et bien plus tard, toujours avec le même message, c'est une grand-mère pas très attentive qui me laissait des messages, malgré la teneur peu orthodoxe du propos. J'ai dû en recevoir au moins trois ou quatre. Elle appelait en réalité sa copine (que nous appellerons Ginette) pour aller prendre le thé ou aller jouer au bridge :
    - Oui Ginette, c'est moi. Bon, je serai un peu en retard aujourd'hui mais on fait comme d'habitude vers cinq heures. Voilà... à tout à l'heure.
    A chaque fois je me marrais doucement car j'imaginais en effet assez mal une petite mamie de 77 ans mettre un message qui parle d'asile psychiatrique avec la musique de Mario sur son répondeur !

    Mais comme mon correspondant anonyme ne laissait pas son numéro de téléphone, et qu'à cette époque le numéro ne s'affichait pas sur le combiné, il m'était impossible de la rappeler pour lui dire qu'elle faisait à chaque fois un faux numéro et que, non, ce n'était pas celui de sa copine Ginette. Et puis, un beau jour, les appels ont cessé d'eux-même. Le mystère de Ginette restera entier.

    Le dernier coup mémorable remonte à mon déménagement suivant. J'avais  alors enregistré un message de répondeur à la manière d'une machine à café :
    "Pour un café au lait, tapez 1. Pour un expresso non sucré tapez 2. Pour un chocolat chaud tapez 3. Pour laisser un message, parlez après le bip."
    Simple, décalé, drôle, un poil déstabilisant. J'aimais beaucoup.

    Or il se trouve que l'immeuble que j'occupais alors était équipé d'un digicode qui appelait directement sur la ligne téléphonique, comme un appel classique. Et comme le répondeur se déclenchait automatiquement au bout de trois sonneries, il pouvait arriver qu'un visiteur impromptu se trouve nez à nez avec un digicode qui lui parle, sans personne de l'autre côté pour lui ouvrir la porte.

    C'est dans ce contexte qu'un dimanche, rentrant chez moi après avoir passé le weekend ailleurs, je constate que mon répondeur clignote, m'indiquant que quelqu'un a laissé un message. Ce que me confirmait instantanément la voix robotique de l'engin : "Vous. avez. un. message. Aujourd'hui. à. cinq. heures. vingt-deux." 

    Puis le message à proprement parler. Une voix masculine, dans la vingtaine :
    - Ho ben ça alors...!!
    Décryptage : à cinq heure vingt-deux, ça ne peut être qu'un mec bourré qui rentre chez lui et qui s'amuse chemin faisant, ou qui essaye de sonner chez lui et se plante de nom. Toujours est-il que, quel qu'ait été son état de lucidité, il est resté planté devant le digicode assez longtemps pour que le répondeur se mette en route et déblatère son message d'absence.

    Et là, je l'ai imaginé mon mec bourré, pas tout à fait d'aplomb avec la gravité terrestre ni très en phase avec ce qu'il se passait autour de lui. Je l'ai imaginé entendre le digicode lui asséner, à cinq heures du matin : "Pour un café au lait, tapez 1. Pour un expresso non sucré tapez 2. Pour un chocolat chaud tapez 3. Pour laisser un message, parlez après le bip." Et le gars en train d'écarquiller les yeux et de lâcher un gros :
    - "Ho ben ça alors ...!!"
    J'en ri encore...

    Ça, c'était avant. Depuis que j'ai terminé mes études et que je suis rentré dans le monde sérieux des adultes qui ont un travail et des responsabilités, mes annonces de messagerie sont d'un convenu mortifère.

    Il serait peut-être temps d'en changer.

    Allô, la chambre capitonnée de Tambour Major ?

    24 septembre 2017

    Intensément

    5 commentaires
    On the threshold of a new world. C'était le titre d'un texte d'anglais en seconde ou en première, à propos des immigrés arrivant aux portes d'Ellis Island. Au seuil d'un nouveau monde. D'une nouvelle liberté, d'un nouveau champ des possibles, des rêves, des espoirs, des envies. C'est un peu mon état depuis quelques jours. 

    Me voici en effet en train de prendre un léger virage professionnel que je n'avais pas envisagé pour tout de suite, alors même qu'un autre revirement est toujours en préparation et dont l'issue ne sera connue que dans quelques mois. Incertitudes donc et d'énormes défis qui m'attendent. 

    En tout état de cause c'en est fini mon horrible boss, c'en est terminé des trajets et des bouchons le matin. Adieu la boule au ventre qui me nouait les entrailles sans discontinuer et les angoisses injustifiables.  Oui, il était plus que temps de quitter mon boulot précédent. 
    Voici donc venu le temps d'une certaine liberté retrouvée et, avec elle, la possibilité de me réapproprier ma vie, un peu délaissée depuis presque trois ans. Avoir à nouveau l'esprit libre pour vivre ma vie pleinement, jour après jour, en profitant des moindres interstices qui nous sont offerts et auxquels on rechigne à tendre la main pour la simple raison que l'on est moralement au bout du rouleau. Ce n'est pas exactement une résolution de nouvelle année, pour de simples raisons calendaires, mais j'ai envie de vivre l'année qui vient pleinement.

    Cela passe par des choses toutes simples dont j'avais perdu l'habitude. Sortir du boulot et flâner dans les rues de Toulouse. Croiser au hasard de mes périgrinations des visages connus, discuter torchons et chiffons au coin d'une rue avec un ami, aller prendre un café avec un autre, pouvoir rentrer chez moi à pied ou en vélo.

    Chose encore improbable il y a quelques mois, je fais mes premiers pas sur un terrain de rugby, moi dont le physique laisse à penser, depuis ma tendre enfance, que je suis un pilier, alors que je ne chausse des crampons que depuis tout récemment. Poussé par des connaissances qui ont sû me convaincre de passer le cap - je n'avais alors jamais touché un ballon de rugby de ma vie ! - j'y suis allé comme par défi contre moi-même je pense, histoire de voir de quoi je serais capable.  

    Et je dois dire que les premiers entraînements sont plutôt concluants. J'aime l'esprit d'écoute et de groupe dans la stratégie comme - et surtout - dans l'effort. L'équipe est super accueillante, bienveillante, chaleureuse, dotée de joyeux lurons toujours prêts à faire la fête. Un petit brin de folie stimulant dont j'avais besoin, une réelle bouffée d'air frais. Et, à ma grande surprise, sur le terrain je prends mon pied, malgré les premiers placages et le corps qui souffre le lendemain et les jours suivants. Loin de l'effort stéréotypé que je connaissais de par ma pratique de la muscu, cela fait un bien fou de se sentir vivant de cette manière.

    Vie du corps, vie de l'esprit, j'ai déjà réservé tout un tas de billets pour des concerts tout au long de l'année et renouer avec une vie culturelle intense dont l'absence se faisait ressentir. Jamiroquai, Walkyrie de Wagner, Requiem de Duruflé, Cassenoisette, Carmen et encore d'autres choses qui vont venir se greffer dont les Nadalets en décembre et, sans l'ombre d'un doute, d'innombrables soirées avec les amis qui me sont indispensables. 

    On verra bien si je tiens le coup ou non mais en tout cas, je prends le pari de vivre pleinement la grosse année qui s'ouvre devant moi.

    Vivre intensément.

    Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
    Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.

    15 septembre 2017

    La photo du mois : Palette de couleurs

    13 commentaires
    Bonjour à tous, nous sommes déjà le 15 Septembre et c'est l'heure de notre rendez-vous mensuel avec la photo du mois.

    Je vous rappelle le principe du jeu : chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

    Ce mois-ci Philae a choisi le thème Palette de couleurs

    Ma photo du mois illustrera non pas la couleur que l'on perçoit avec les yeux, mais celle que l'on perçoit par les sons.

    L'orgue est en effet un instrument qui offre à l'interprète toute une panoplie de couleurs sonores qu'il pourra marier entre elles ou, au contraire, comme à l'orchestre, jouer par opposition : flûte aérienne, trompette claironnante, octavin scintillant...
    Chaque bouton de porcelaine est un tube de couleur dont les claviers sont les pinceaux...

    La photo du mois continue chez les autres participants : Akaieric, Alban, Alexinparis, Amartia, Angélique, Aude, BiGBuGS, Blogoth67, Brindille, Bubble gones, Cara, Chat bleu, Chiffons and Co, Christophe, Cricriyom from Paris, CécileP, Céline in Paris, Danièle.B, El Padawan, Escribouillages, Eurydice, François le Niçois, Frédéric, Gilsoub, Gine, Giselle 43, J'habite à Waterford, Josette, Josiane, Julie, Kellya, Krn, La Fille de l'Air, La Suryquoise, La Tribu de Chacha, Lau* des montagnes, Laurent Nicolas, Lavandine, Lavandine83, Lilousoleil, Lyonelk, magda627, Magouille, Mamysoren, Mirovinben, Morgane Byloos Photography, Natpiment, Nicky, Pat, Philae, Philisine Cave, Pilisi, Renepaulhenry, Sandrin, Shandara, Sous mon arbre, Ventsetvoyages, Who cares?, Wolverine, Xoliv', écri'turbulente.

    14 septembre 2017

    Mother ! de Darren Aronofsky

    3 commentaires
    Mother !
    Réalisé par Darren Aronofsky.

    Avec : Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Ed Harris...

    Genre : Film qui fait mal à la tête.

    Durée : Trop. Beaucoup, beaucoup trop.

    Synopsis : Un écrivain en mal d'inspiration et sa compagne habitent une belle grande maison située au milieu de nulle part.

    Pendant que lui n'écrit rien, elle redécore leur nid douillet en s'inspirant du dernier catalogue Maison du Monde.

    Un soir, ou peut-être une nuit, un mystérieux inconnu qui se présente comme étant médecin, frappe à la porte et se fait inviter à rester dormir.

    Le spectateur l'ignore encore mais à cet instant précis il est largement temps pour lui de rapidement changer de salle pour aller voir un autre film.

    Extraits (attention, divulgâchage...) :
    - Toc toc toc ?
    - Mais qui êtes vous ?
    - C'est qui ?
    - Je ne sais pas.
    - Toc toc toc ?
    - Il est mooooOooooort !
    - Toc toc toc ?
    - Mais qui êtes vous ?
    - Nous allons avoir... un n'infint !
    ♪♫ Where's the party, I want to free my soul
    Where's the party, I want to lose control ♪♫
    - C'est qui ?
    - Je ne sais pas.
    - Il faut sauver le soldat Ryan !
    [BROM BROM BROM BOUM CRASH]
    L'avis de la rédaction : De mémoire de Tambour Major, jamais il ne nous avait été donné d'assister à un tel naufrage cinématographique.

    Présenté fallacieusement comme un thriller dont il effleure à peine les codes du genre, la seule angoisse du spectateur sera celle de faire un AVC en pleine séance tant ce Mother ! est mauvais.

    Éprouvant à tous points de vue, Mother ! déroule un sénario labyrinthique où les situations les plus grotesques se disputent la palme du ridicule le plus total. Embourbés dans l'invraisemblance magmatique de cette mélasse indigeste, les personnages nagent au milieu d'un bouffonnerie navrante dont le spectateur, en apnée, s'évertue à distinguer le lard du cochon.

    C'est donc en vain que l'on attendra la faille d'une intrigue qui cherche laborieusement son chemin sans jamais le trouver, au fur et à mesure que les spectateurs, bien en peine de tirer de quelconques conclusions des pseudo-indices disséminés tout au long du film, trouveront, eux, celui de la sortie de secours.

    Très éventuellement, et si vous êtes joueurs, une consommation massive de substances psychotropes permettra aux esprits les plus imaginatifs d'entrapercevoir dans Mother ! une ébauche de critique sociale de l'individualisme au sein du couple ou encore une satire laborieuse de la notoriété médiatique.

    Prenez garde, en arriver à ce point de masturbation intellectuelle signifie une seule chose : vous êtes au bord de la rupture d'anévrisme. 

    En conclusion : Si vous êtes un aventurier des salles obscures, Mother ! vous fera vivre un malaise de deux heures, une expérience SM aux confins de la mort cérébrale.

    Pour les autres, fuyez. Vraiment...

    12 septembre 2017

    T'es toujours aussi beau gosse

    16 commentaires
    Il est des personnes que le destin s'acharne à remettre sur notre route alors que l'on s'évertue à les en écarter. C. en fait partie. 

    Je n'avais en effet pas revu C. depuis un temps suffisamment long pour que je n'arrive pas à le situer chronologiquement. Était-ce il y a trois ans au retour du Québec lorsque nous partageâmes un verre dans ce bistro de la place Wilson ? Y avait-il eu une autre fois où nous nous étions vus quelque part à Toulouse ? Peut-être. Je ne le saurais dire.

    C. et moi-même nous connaissons depuis notre première année de fac. Nous appartenions au même groupe de TD et au même petit groupe de potes qui bossait souvent ensemble à la BU, qui allait parfois manger des crêpes au Sherpa et qui faisait parfois la fête quoique C. fît en réalité partie des très sages, retournant dans son Gers natal dès la fin des cours du vendredi soir. 

    Pour une raison que j'ignore, C. m'a toujours accordé un intérêt tout particulier qui ne connut jamais la moindre réciprocité. Suiveur plus que décideur, souvent dans la lune, pas vraiment beau et affublé d'une perpétuelle mauvaise haleine, C., fasciné par le gotha des têtes corronnées, se rêvait un illusoire destin à la Stéphane Bern. En somme il n'est pas vraiment le genre de personne qui me stimule intellectuellement et avec qui j'ai particulièrement envie d'échanger. 

    Le cordon qu'il avait noué entre nous a commencé à de distordre en quatrième année, à la faveur d'orientations différentes, pour se dissoudre progressivement sans pour autant totalement disparaître. Je ne sais en effet pas pourquoi je n'ai jamais vraiment réussi à couper totalement les ponts avec lui, alors que nous ne partageons strictement rien hormis un penchant commun pour les garçons.

    Je me rappellerai à cet égard longtemps de cet instant de stupeur ce fameux soir où, errant sur les réseaux sociaux de l'amour, je découvrais que C. venait tout juste de visiter mon profil, découvrant ainsi, de manière fort malhabile que nous avions ce point en commun... Lui qui, aussi loin que je m'en souvienne, avait toujours montré une certaine forme d'hostilité envers les gays. Puis, dans la foulée, entendre mon téléphone sonner, voir s'afficher son nom et son numéro de téléphone sur l'écran et sentir monter un soudain sentiment de dégoût à l'idée qu'il vienne me parler de sujets intimes à propos desquels je préférais - et préfère encore le concernant - demeurer dans la plus profonde ignorance. Je n'ai donc pas répondu.  

    Je me rappellerai également longtemps de cette sensation de dégoût visqueux m'envahissant alors que, passant devant une boutique de vêtements anglais, bien connue dans la Ville Rose, nous arrêtant quelques instants et regardant un kilt exposé en vitrine, il me mit la main sur l'épaule et me dit, les yeux pétillants d'un regard qui m'apparut alors patriculièrement lubrique : "Je suis sûr que ça t'irait super bien". N'y pense même pas mon p'tit bonhomme...

    Une distance très importante et que je croyais rhédibitoire, s'est instaurée entre lui et moi le jour où il s'est encarté politiquement. Jour à partir duquel son discours à été celui du militant de base, à ânnoner servilement la bonne parole venue d'en haut, à transformer sa page facebook en relais à la divine parole du parti, discours à l'égard duquel le peu de sens critique dont il pouvait faire preuve fut irrémédiablement aboli, malgré quelques tentatives de provoquer un soubresaut de lucidité élémentaire. En vain. 

    C'est donc à partir de ce moment que je l'ai supprimé de mes contacts, actant que, non, nous n'avions vraiment rien à nous dire et qu'il n'était pas nécessaire de prolonger davantage l'illusion d'une amitié chimérique, artificiellement maintenue en vie alors que la mort cérébrale en était actée depuis fort longtemps. Je croyais  donc C. sorti définitivement de ma vie et je m'en portais très bien. Jusqu'à jeudi dernier. C'était en effet sans compter que Toulouse est un grand village où il est facile de croiser des personnes que l'on connaît, plusieurs fois par jour. 

    Jeudi dernier je remontais donc la rue de la Pomme pour me rendre à la Halle aux Grains. Pour ceux qui ne connaissent pas la rue de la Pomme, elle est plutôt étroite et il est difficile de passer à côté de quelqu'un sans le voir. Or, allant de bon chemin vers un concert qui m'attendait, voilà que je croise au loin le regard de C. qui m'avait vu et s'approche de moi en arborant un immense sourire, tel un gamin devant une pochette surprise. Hé merde.

    Je ne peux pas dire que cela m'a déplu de le recroiser. Je n'ai rien contre lui. Le fait est seulement que nous n'avons rien à nous dire, ce que notre brève conversation de l'instant allait à nouveau démontrer, comme par un puissant effet boomerang. 

    Tout en discutant distraitement, il me dévisageait, me scrutait un peu lourdement, de ce même regard dont je le savais capable depuis l'épisode du kilt. Il a cru m'apprendre qu'il avait acheté un appartement, ce dont j'étais déjà au courant depuis 2 ans - et comment ne pas l'être alors qu'entre deux communiqués de presse du parti, sa page facebook était inondée de photos des travaux ? - qu'il était suppléant syndical dans sa boîte et élu au conseil syndical de son immeuble. G.É.N.I.AL. Il crut également de bon ton d'ajouter qu'il était de nouveau célibataire et que, de ce fait, il faisait des plans. Qu'il est doux de parfois demeurer ignorant.

    Ivre de ce surcroît d'informations dont je ne sais toujours pas que faire, C. a vérifié qu'il avait toujours mon numéro de téléphone - oui, il l'avait -  et m'envoya sur le champ un sms avec ses nouvelles coordonnées pour qu'on aille prendre un verre un jour prochain, quand j'aurai un peu plus de temps. Il m'a fait promettre de l'appeler. Je m'en réjouis d'avance. Ceci dit, je lui avais également promis de me rendre à sa soirée de crémaillère en novembre ou mars dernier, et à laquelle je ne me suis jamais rendu...

    Avant de nous séparer, il m'asséna un ultime "Tu es toujours aussi beau gosse" qui, de sa part, eut le même effet que de recevoir une batterie de voiture sur le gros orteil. Je n'ose imaginer qu'il pourrait s'agir d'un appel du pied.

    On ne devrait jamais emprunter les ruelles étroites.

    3 septembre 2017

    Max Frisch, l'espoir et moi

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    Max Frisch, Quatrième questionnaire, 1968.

    1. Savez-vous en règle générale ce que vous espérez ?
    La question est vraiment trop générale pour appeler une réponse précise. Et comme elle ne l'est pas, je répondrait hors de tout contexte spécifique, c'est à dire "savez-vous ce que vous espérez en général lorsque vous faites ceci ou lorsque vous faites cela". 

    Alors, de manière générale, non, je ne sais jamais précisément ce que j'espère et, à vrai dire, je ne m'étais jamais posé cette question auparavant. J'avance, un peu au jour le jour en me fixant de petits objectifs réguliers, des points de mire tels qu'un rendez-vous, un concert, une sortie, des vacances. Je ne crois pas espérer continuellement quoi que ce soit. Sauf à dire que ces petits objectifs constituent des espoirs. Je n'ai en revanche pas de grands espoirs qui engageraient l'avenir de l'humanité ou une destinée particulière. Ma foi en l'humanité est relativement ténue en ce sens que je fais assez peu confiance à l'Homme pour se sauver lui-même. Nous allons droit vers le désastre et rien ne nous permettra de l'éviter.

    La question est d'ailleurs quelque peu étrange : la posture qui consisterait à se demander constamment ce que l'on espère serait particulièrement étouffante car elle sous-entendrait que l'on serait en permanence en train de s'interroger sur le bienfondé de nos actes et leurs répercussions, que l'on s'interrogerait à longueur de temps sans laisser les choses se dérouler par elles-mêmes selon la fluidité insouciante et l'imprévisibilité inhérentes à la vie, comme s'il était absolument nécessaire que notre existence ait une direction que l'on connaisse et dont on aspire à la réalisation. Or je n'y crois pas.

    Je crois davantage en une pluralité de possibles dont la réalisation passe à portée de notre main et dont il nous appartient de saisir les opportunités lorsqu'elles se présentent, faisant de notre destin non pas une ligne droite mais un réseau, un buisson aux ramifications multiples et aux terminaisons indénombrables. 

    Cette question me fait penser à celle que j'ai entendue poser voici deux ou trois semaines par un cartomancien à une jeune femme : "Quel est le secret intime de votre avenir ?". Cette dernière  m'a réellement interpelé. Je ne suis pas sûr d'en avoir d'avantage la réponse...

    2. Combien de fois faut-il qu'un espoir déterminé (par ex en politique) ne se réalise pas pour que vous abandonniez l'espoir en question, et y parvenez-vous sans concevoir immédiatement un autre espoir ?
    Ce n'est pas tant une question de nombre de fois qu'une question de prise de conscience. Je suis quelqu'un de plutôt tenace et lorsque je désire quelque chose, je suis du genre à pouvoir m'y casser les dents à de multiples reprises jusqu'à y parvenir.

    Par conséquent la seule chose qui me fasse renoncer est de comprendre que cet objectif est irréalisable, pour diverses raisons : soit que je n'en aie pas les capacités physiques, techniques, financières ou intellectuelles, soit que je ne puisse réellement avoir aucune emprise sur quoi que ce soit qui puisse me permettre de réussir. Parfois, dans mon aveuglement, les voix amicales de la sagesse me sont salutaires...

    Y parviens-je sans concevoir immédiatement un autre espoir ? Oui, je le crois. Enfin, je triche : je regarde souvent dans plusieurs directions à la fois de sorte que lorsqu'une branche se rompt, je m'étais préalablement agrippé à une ou plusieurs autres au préalable.

    3. La haine peut-elle engendrer un espoir?
    La haine est hélàs le fondement de beaucoup d'espoirs. Certains en font même une raison de vivre.

    4. Pouvez-vous penser sans espoir ?
    Absolument et heureusement, pour la simple et bonne raison que j'ai peine à croire que l'espoir puisse ne plus exister, à l'image de la liberté. Espérer est un choix, une attitude, non pas un état objectif des choses. 

    On peut toujours espérer quelque chose, même l'impossible. C'est le fondement même de la foi.

    En outre et surtout, à mon sens penser, réfléchir, ne suppose nullement l'existence d'un espoir quelconque. Élaborer un raisonnement repose d'abord sur de la logique, une structuration de la pensée, quitte à soutenir l'insoutenable s'il n'existe aucun autre moyen de s'en sortir. C'est la base même de certaines professions.

    5. Qu'est-ce qui vous remplit d'espoir : la nature ? l'art ? la science ? l'histoire de l'humanité ?
    Ayant assez peu de foi en l'homme, la science et l'histoire de l'humanité sont peu enclines à me faire trouver de l'espoir. L'histoire démontre en effet que nous ne tirons que peu d'enseignements des erreurs du passé, de nature à éviter de les commettre à nouveau. L'humanité contemporaine est trop tirailllée par des intérêts égoïstes immédiats qui lui permettraient de se projeter réellement dans un avenir proche et à faire le nécessaire. L'histoire nous alarme mais ce n'est pas l'histoire qui décidera pour nous.

    De même, la science m'émerveille et me terrifie à la fois. Les progrès fulgurants réalisés depuis les cinquante dernières années, dans tous les domaines de la science, ont de quoi donner le vertige. Que l'on songe à l'évolution de la médecine et au traitement de certaines maladies, naguère mortelles, aujourd'hui devenues quasiment bénignes ; à la révolution qu'a permis l'informatique et le traitement de l'information, le stockage infini des connaissances et leur partage instantané à travers la planète entière en une fraction de seconde. Ou tout simplement au réfrigérateur qui permet de s'abstraire de la question vitale de la conservation de la nourriture et qui contraignait nos arrières grands-parents à une gymnastique toute singulière qui nous est aujourd'hui parfaitement inconnue. Oui, cela est réellement fabuleux, prodigieux. 

    Pour autant, la science m'effraie car, l'histoire nous l'a montré, il suffit de peu de choses pour que le plus beau des projets soit détourné de son innocence apparente au profit de noirs dessins. Ainsi il y a quelques semaines, un twittos interpellait Google et son dernier produit domotique "Google Home" en lui demandant si, en apprenant à sa machine à mieux lui obéir en reconnaissant sa voix et ses ordres, il n'était pas en réalité en train d'éduquer une intelligence artificielle à vocation militaire... Pour paranoïaque qu'elle soit, la question mérite d'être posée du véritable usage des données fournies, comme elle demeure pleine et entière s'agissant de l'ensemble des données personnelles éparpillées sur la toile.

    Je passe un peu du coq à l'âne mais cela me fait penser à une réflexion de Hubert Reeves à la radio et qui disait en substance que la technologie nucléaire est trop grande pour l'humanité qui ne sait pas la maîtriser.

    Alors pour résumer, non la science ne me remplit pas d'espoir. Elle m'émerveille et c'est déjà beaucoup.

    L'art me réconcilie parfois avec l'Homme. Le beau, l'expression de l'inexprimable, que ce soit par un texte aux mots choisis, une sculpture, un dessin ou un morceau de musique, relève à mes sens d'une forme de transcendance. Dire que l'art me procure de l'espoir serait quelque peu excessif. Et pourtant, de par la joie intense qu'il est capable de me donner, je dois me résigner à dire qu'il me donne une certaine forme d'espoir. Les artistes sont des utopistes, des faiseurs d'impossible. Les utopies font avancer le monde. Pour son bien ?

    S'il est en revanche une chose qui me donne de l'espoir, c'est bien la nature. Je crois que l'humanité gagnerait énormément à comprendre qu'elle n'est une partie - parfaitement accessoire - d'un tout. qui la dépasse. L'Homme se comporte tel un moucheron prétentieux. C'est une pensée qui me traverse souvent lorsque je me promène en montagne : que sommes-nous au regard de ces sommets éternels ? Cet arbre sera encore là après ma mort, ce rocher aussi... Ces prairies voyaient courrir des isards et des marmottes il y a plusieurs milliers d'années. Qu'en sera-t-il dans cent ans ? dans mille ans ? dans dix mille ans ? La nature qui nous entoure était là avant nous et, même si notre espèce venait à disparaître, maltraitée ou non, tant bien que mal, elle nous survivra. La vie trouve toujours son chemin.

    6. Les espoirs personnels vous suffisent-ils ?
    Mes espoirs personnels ne sont pas bien originaux. Sans entrer dans les détails, ils consistent en des choses simples qui permettent de garder le cap, de ne pas perdre pied : espérer continuer à être en bonne santé demain, gagner assez d'argent pour ne pas tomber dans la précarité, espérer en la fidélité de mes amis et en une certaine forme d'insouciance qui fait que la vie est belle.

    Poser la question des espoirs personnels, c'est aussi poser la question des espoirs collectifs, des espoirs que fondent les autres ou de ceux auxquels nous nous associons. Je parlerai alors non pas d'espoirs mais d'idéaux. Or je ne crois pas être un grand défenseur d'idéaux en ce sens que je n'ai pas l'âme d'un militant

    Oui, évidemment je souterais la paix dans le monde. Oui, bien sûr je souhaiterais que l'Humanité cesse de détruire la planète. Encore une fois, oui je souhaiterais que tout le monde puisse manger à sa faim. Sauf qu'il m'est impossible à moi seul de changer la face du monde. Je ne suis doté d'aucun super-pouvoir. Je crois d'avantage en des effets à petite échelle, chacun agissant en conscience selon sa mesure et ses capacités. C'est de la multiplicité des actions concrètes que viendra un changement des choses.  

    7. Espérez-vous qu'il y ait un au-delà ?
    Vaste question. Après l'avoir tordue dans tous les sens et malmené toutes les réponses que j'ai pu lui apporter, je dirais oui. Parce que je suis convaincu que l'univers ne se limite pas à ce que nos sens permettent d'appréhender. Parce que je crois en une transcendance. Parce que l'idée d'un au-delà est vertigineusement étourdissante.

    Pour être précis, je ne sais pas si un au-delà existe. Est-ce que j'espère qu'un au-delà existe, vraisemblablement, sans pour autant que j'y croie avec une détermination farouche. Cela dit, cette posibilité serait excitante.

    8. En fonction de quoi réglez-vous vos actions, décisions, prévisions, réflexions quotidiennes si ce n'est en fonction d'un espoir vague ou précis ?
    Mes actions quotidiennes sont d'abord réglées sur les règles du jeu social, selon un certain conformisme inculqué par la bonne éducation de mes parents, et corroborées par des valeurs morales reçues en héritage familial.

    Au-delà de ce premier aspect des choses, effectivement mes actions quotidiennes sont réglées, guidées par les nombreux petits objectifs dont je parlais plus haut en question n°6. 

    Des petits espoirs qui, mis bout à bout, forment peut-être le chemin d'un vie.

    9. Avez-vous déjà été une journée ou une heure effectivement sans le moindre espoir, y compris sans l'espoir que tout finisse un jour, du moins pour vous ?
    Jamais. En éternel optimiste, l'absence d'espoir en quoi que ce soit m'est inaccessible.


    Et vous, que répondriez-vous ?