• A propos
  • M'écrire
  • Facebook
  • Instagram
  • Lutte Nuptiale
  • Premières fois
  • Identités Singulières
  • Twitter
  • 15 octobre 2018

    La photo du mois : Les formes géométriques

    9 commentaires
    Nous sommes le 15 octobre, il est midi, c'est donc l'heure de notre rendez-vous mensuel avec la photo du mois.

    Chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris. 

    Ce mois-ci Danièle B. nous a proposé de travailler sur le thème Les formes géométriques en nous donnant les indications suivantes : 
    Que ce soit à la ville ou à la campagne, elles sont partout , à nous de les débusquer.
     Ma photo a été prise fin septembre, sous les voûtes de l'église des Jacobins à Toulouse, où l'on peut admirer, outre les reliques de Saint Thomas d'Aquin, le célèbre palmier des Jacobins, construit selon une extraordinaire organisation géométrique, et qui figure dans tous les manuels d'architecture.

     

    13 octobre 2018

    Chats-minous

    9 commentaires
    Je vous présente mes deux têtes de fripouille : Pistache et Caramel. Deux pitichats de tout juste trois mois qui habitent chez moi qui ont pris possession de mon appartement depuis dimanche dernier. 

    Ca fait un moment que j'hésitais à reprendre un chat-mimou et l'occasion a fait le larron : une portée de quatre chats-minous à donner... Je suis allé les voir et ce qui devait arriver arriva : j'ai craqué. Et pas qu'un peu puisque après réflexion je me suis décidé à en prendre deux, pour leur bien être et éviter qu'un seul ne s'ennuie toute la journée alors que je suis au boulot. Et pour l'instant, je ne regrette pas mon choix.



    Pistache, c'est la miss du groupe. Toujours volontaire pour faire un câlin, elle ronronne comme un tracteur. Mais c'est aussi une chipie toujours prête à faire une bêtise.


    Caramel, lui, c'est un petit con faussement prétentieux car trouillard et câlin malgré lui. Il adore se cacher dans la bibliothèque et partage avec sa sœur une sainte horreur de l'aspirateur. C'est bien simple, chaque fois que l'engin est de sortie, ils se volatilisent...


    Les deux s'entendent super bien et passent leur journée à jouer ensemble ou à dormir blottis l'un contre l'autre. C'est vraiment très cool. Mais épuisant. Ne vous fiez pas à leur petit air angélique : ce sont de véritables tornades sur pattes !

    Deux chats-minous donc. Quand j'ai dit à ma mère que je passerai récupérer l'arbre à chat que Gaudi boude depuis des années, elle n'a pas pu s’empêcher de me faire comprendre qu'elle n'approuvait que moyennement cette décision, huhuhu...


    J'attends de voir sa tête lorsque je lui révélerai qu'en réalité, j'en ai pris deux. ^__^


    29 septembre 2018

    Le beau garçon de la poste

    2 commentaires
    Je n'avais pas recroisé ce garçon depuis plusieurs années. Au moins quatre, peut-être cinq voire six ans. Je ne crois pas avoir jamais su son prénom quoique nous côtoyions alors la même salle de sport entre les murs de laquelle transpiraient des gens d'un peu toutes les classes sociales : employés municipaux, médecins, chômeurs et étudiants de toutes sortes. Hormis la satisfaction de l'effort c'est aussi cela qui m'a plu dans le sport : rassembler sous une même bannière des gens qui, en temps normal, n'auraient pas forcément grand-chose en commun.

    Parfaitement fidèle à mes goûts en la matière, j'avais immédiatement repéré ce très beau garçon parmi les autres. Il était alors relativement jeune, une vingtaine d'années à peine. Athlétique, puissamment bâti, la peau mate cuivrée, le regard vif et un peu fou. Ses yeux noirs, rehaussés par un immense sourire qui ne le quittait jamais, perçaient au milieu d'une chevelure d'ébène coupée court, souplement coiffée à la manière d'un enfant faussement sage. Splendide. 

    Même les soirs où la salle de musculation était pleine à craquer, on ne voyait que lui et ses airs de canaille, ses grands gestes faussement gauches et ses éclats de rire qui éclaboussaient d'échos joyeux la rudesse de l'effort collectif baigné de fonte et de sueur.

    Lorsque, ayant terminé d'affranchir un courrier recommandé hier à la poste, je me retournai pour l'adresser au guichet correspondant, je l'ai immédiatement reconnu, à quelques pas de moi. Un peu plus mature, un peu moins foufou peut-être, mais tout aussi beau et séduisant que naguère. Étrangement, j'avais oublié son existence, alors pourtant qu'il faisait partie des très beaux garçons dont je savais tout particulièrement apprécier la présence.

    Certaines personnes possèdent inconsciemment cette force naïve qui leur confère un irrésistible charme solaire. Ce garçon fait incontestablement partie de ceux-là. Et je retrouvais en lui, sous les néons froids de ce bureau de poste, la même incandescence magnétique qui, comme par le passé, m'absorbait à présent tout entier.

    Voyant que je l'observais, son regard a croisé le mien à plusieurs reprises. Je ne crois pas qu'il m'ait reconnu. Je ne suis pas non plus allé vers lui pour le saluer. J'ai hésité et j'aurais peut-être dû car nous nous connaissions. Mais pour lui dire quoi ? "Hey salut, on était dans la même salle de sport il y a six ans" ? Pour lui avouer qu'il est toujours aussi beau et que j'avais toujours autant de plaisir à le regarder ? Je n'ai pas franchi le pas, peut-être pour ne pas être pris en flagrant délit de matage éhonté ni n'avoir à affronter, lors de ce corps à corps verbal, un quelconque trouble qui m'aurait envahi à coup sûr.

    Reprenant momentanément mes esprits, je me retournai vers la guichetière et lui tendis mon pli. D'un geste ferme et assuré, elle asséna deux coups de tampon à mon enveloppe désormais cerclée de noir,  et me rendit le récépissé que je glissais méticuleusement dans mon portefeuille. 

    Tournant alors les talons après l'avoir remerciée, je me dirigeai lentement vers la sortie tout en auscultant la salle, à la recherche de ce très beau garçon que je n'avais pas revu depuis longtemps et qui, quelques instants auparavant, se trouvait à ma gauche.

    En vain. Il était parti, sans que j'eusse le temps de lui adresser un dernier regard.

    Traversant la foule affairée, je fis brièvement halte devant la porte automatique qui s'ouvrit instantanément et continuai, plus loin, ma vie presque ordinaire.

    26 septembre 2018

    Bloguerie du 26 septembre

    4 commentaires
    Encore une fois, je m'étonne de n'avoir rien vu de ce mois finissant. Déjà octobre s'annonce alors que j'ai à peine eu le temps de laisser septembre s'installer. Et le vertige m'a pris hier en constatant que dans trois mois à peine, Noël sera derrière nous...

    A cette course effrénée du temps, sur laquelle je pourrais me lamenter, je réponds au contraire en souriant qu'elle est le signe qu'au moins, je ne m'ennuie pas. Les choix professionnels, que j'ai pu faire il y a un an ont été les bons. Je me sens de mieux en mieux dans ce que je fais et j'y trouve même une certaine forme de satisfaction. 

    Parallèlement, recevoir à nouveau des manifestations concrètes de confiance de la part d'une vieille et vénérable institution qui croit en mes compétences, a tout pour me réjouir. De fait, je travaille beaucoup, trop peut-être pour pouvoir me consacrer à une forme de vie privée, même si je crois savoir ménager ma vie sociale.

    Les plus cigales de mes amis me trouveront certainement trop fourmi, mon rythme m'imposant une certaine rigueur, sans parler d'ascèse. Peu de sorties, par manque de temps, d'envie et parce que je n'ai pas le temps de passer une journée à résorber les conséquences d'une nuit de débauche. Je n'ai - hélas, mais certainement tant mieux - plus vingt ans, ni même trente...

    Envie de voyager, également. Probablement en novembre, ou début décembre. Une petite dizaine de jours, vers une destination qui n'est pas encore très déterminée mais, après en avoir discuté, le Monténégro pourrait présenter une piste intéressante. Peu d'heures de vol, un climat agréable même en hiver, un passé riche, une nature luxuriante, une bonne dose de dépaysement. J'aimerais beaucoup à la vérité repartir trois semaines en Argentine et aller à l'île de la Réunion où j'ai de la famille à visiter. Ce sera pour un autre moment. Chaque chose en son temps. 

    C'est comme cette envie de pitichat qui me taraude à nouveau et dont je ne sais si c'est le bon moment pour franchir le cap. Suis-je assez disponible pour m'occuper d'un p'tit minou ? Il y en a justement quatre à donner dans mon immeuble. Peut-être que je passerai les voir un soir prochain.

    Mais pour l'heure je dois clore ce court billet. Ma journée n'est pas encore terminée.
     

    24 septembre 2018

    Ainsi commence l'automne

    2 commentaires
    Quelques photos en souvenir d'un excellent weekend de septembre. Deux jours pleins de douceur, parés d'un ciel d'azur impeccable et couronnés par un soleil impérial, comme un prélude à l'automne naissant qui, depuis plusieurs jours déjà, installe sa lumière et ses couleurs.

    Les deux premières font suite à une très belle randonnée à l'étang de la Frèche, samedi, à deux petites heures de Toulouse et à peine plus de temps de marche. Un havre de paix au pied de la frontière espagnole, entouré de montagnes, d'eau qui bruisse entre les pierres, et d'un calme parfait.

    Depuis l'Hospice de France, le chemin serpente d'abord en sous-bois avant de s'épanouir parmi les moutons, en contrebas d'une barrière rocheuse qui dissimule de vastes estives situées un peu plus haut et dont les flancs verdoyants s'étirent tout en rondeur jusqu'au crénelage des crètes. Puis, le végétal cédant la place au minéral, le chemin s'élance en zigwaguant plein sud, contournant le port de Venasque tout proche.

    Peu à peu, la vallée s'étend à nos pieds, constellée de moutons blancs. Et bientôt le roucoulement des eaux vives à fleur de roches annonce les étangs dans lesquels, entre deux morceaux de ciel, valsent les truites sauvages.
    Le dimanche s'est poursuivi en ville, sous un soleil invariablement délicieux. Quelques pas dans le jardin japonnais, remonter par la rue Valade jusqu'à la place du Capitole, déjeuner en terrasse à l'heure espagnole dans un établissement où j'ai quelques habitudes - leurs pommes sautées à la graisse de canard en ont converti plus d'un.

    Admirer depuis le pont Saint Pierre la vue sur le Pont Neuf, filer ensuite le long de la Garonne par les très animés quais de la Daurade, avant de rejoindre, derrière le musée des Abattoirs, ce parvis où l'on danse tango et salsa à l'ombre des platanes. Savourer le bonheur des gens...
    Regagner le centre-ville et faire un détour par le Couvent des Jacobins, chef-d'oeuvre de l'art gothique qui déploie ses voûtes nervurées par-dessus la nef baignée de la lumière extraordinaire des vitraux que le le soleil déclinant abreuve d'ors et d'argent.

    Dans ce lieu hors du temps, se laisser porter par l'oeuvre de Sarkis - notamment constituée de néons de couleurs, suspendus entre les piliers de la double nef. S'arrêter, encore un peu, en laissant passer le temps qui passe malgré nous.
    C'est simple, le bonheur.

    15 septembre 2018

    La photo du mois de septembre : Ajour(s)

    7 commentaires
    Bonjour bonjour, nous sommes le 15 septembre, il est midi et c'est l'heure de notre rendez-vous mensuel avec la photo du mois

    Je vous rappelle le principe du jeu : chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris. 

    Le thème de ce mois-ci nous est proposé par Gine qui nous a proposé le thème : Ajour(s) "comme vous l'entendrez", nous était-il précisé.

    Selon mon dictionnaire, un ajour est tout d'abord une "petite ouverture laissant passer le jour". Mais c'est aussi un "jour à l'intérieur d'un motif de broderie ou de dentelle".

    En lisant cette deuxième définition, ma photo du mois c'est imposée comme une évidence...

    Un souvenir d'une très agréable visite en août dernier, de l'un des plus célèbres monuments de notre douce France. Il faudra d'ailleurs que je termine le billet que j'ai commencé d'écrire à ce sujet et qui végète, faute de temps.

    Saurez-vous reconnaitre dans les jupes de quelle vielle dame ont été brodés ces ajours-ci ?

    Spoiler : Non, ce n'est pas le Mont Saint-Michel...

    9 septembre 2018

    Le problème (nouvelle)

    4 commentaires

    - I - Prologue

    Installé dans sa modeste couche, il n'avait pas fermé l'œil de la nuit. Le petit rouleau de papier que lui avait remis la veille l'un de ses conseillers, et qu'il faisait nerveusement rouler entre ses doigts depuis des heures, lui inspirait les plus vives inquiétudes que puisse connaître un Grand Chambellan.

    N'y tenant plus, et quoique terrassé par un sommeil qui refusait de venir, il se leva, se fit apporter du thé brûlant par le premier servant venu, et se cloîtra à double tour dans son bureau.

    C'est qu'il lui semblait bien qu'il y avait un problème...


    - II - Chez le Grand Chambellan

    Jamais avant la naissance du prince cinq ans auparavant, le palais n'avait connu pareille agitation. Depuis maintenant trois heures que le Grand Chambellan s'était enfermé dans son bureau, toute l'aile sud bruissait d'un vrombissement incessant d'allées et venues à pas pressés, scandées par le claquement sec des talons retentissant dans le grand escalier.

    Dans ce vaste ballet qui avait commencé au petit matin, l'on avait vu tour à tour défiler maintes figures d'importance, toutes accourues au pas de charge. Le Surintendant des finances avait succédé à l'Archichapelain et au Grand Chancelier. Puis ce fut au tour de l'Échevin, du Grand Muezzin et du Connétable, du Bailli et de l'Intendant, jusqu'au Camériste et au Hâteur... Bref, tout l’aréopage de ce que les lieux comptaient de têtes pensantes se pressait en conciliabule privé avec le Grand Chambellan, derrière l'imposante porte de bois clair incrustée de lapis-lazuli et de nacre.

    Deux gardes immenses se tenaient en cerbères, caparaçonnés dans leur cotte de maille rutilante. La tête engoncée dans un casque muni de cornes de taureau tout en bronze qui ne laissait entrevoir qu'une paire d'yeux et un bout de leur nez, armés d'une hallebarde gigantesque capable d'abattre un veau d'un coup d'un seul, les deux colosses avaient une allure  absolument grandiose.

    Bien que l'on distingua ici et là, étouffée dans le lointain, telle ou telle intonation de voix plus sonore que la précédente, rien de clairement audible ne perçait au dehors des quartiers du Grand Chambellan. L'on y entrait en silence et l’on en repartait précipitamment, tout en discutant à voix basse, les yeux vaguement rivés sur ses pieds, pour ne point croiser de regard extérieur qui eût pu percer le mystère de la conversation.

    Il se murmurait ici et là que la situation était critique et qu'un Conseil royal était sur le point d'être convoqué. Les hypothèses les plus folles circulaient, sans qu'aucune ne reçoive l'assentiment général. Du plus petit Valet de pied au doyen des Majordomes, du moindre Caporal au plus gradé des Amiraux, chacun y allait de son commentaire, sûr de connaître son petit bout de l'histoire, de sorte qu'un courant d'air de murmures brassait le palais d'étage en étage.

    Au milieu de l'après-midi, un sourd claquement de porte fit sursauter tout ce petit monde, perdu en conjectures. Accompagné de son secrétaire particulier, le grand Chambellan sortit de son bureau, laissant dans son sillage un silence glacial, et se dirigea sans dire un mot vers la Chambre du Roy. L’œil était vif mais le sourcil grave.

    Aussitôt, du tréfonds des caves jusqu'aux cuisines, se propageant du grand salon jusqu'au plus infime escalier de service, une rumeur torrentielle parcourut instantanément les moindres recoins du palais.

    C'était désormais chose sûre : il y avait un problème...


    - III - La Chambre du Roy

    Une allée de double-colonnes de cinquante pieds conduisait à la Chambre du Roy. D'un diamètre étrangement faible étant donné leur hauteur, chacune d'elles s'élançait vers un extraordinaire plafond de voûtes octopartites à liernes doubles et à tiercerons, retombant sur un pilier central à huit colonnettes en marbre noir. Il avait fallu, selon ce que rapportait la légende, le travail d'une vie à sept familles d'ouvriers pour parvenir à ce prodige de perfection unique au monde. L'allée centrale était pavée de mosaïques polychromes raffinées qui narraient l'histoire du royaume depuis sa fondation, au VIIIe siècle, par le premier roi Ibn Al Razuhl le Magnifique.

    Tout ici clamait la grandeur et la magnificence d'un peuple de marchands, riche et prospère.

    Idéalement situés au premier étage du palais, les quartiers du Roy offraient une vue imprenable sur le fleuve qui, caressé par le vent d'Ouest, apportait en été une fraîcheur salutaire. De hautes fenêtres de marbre blanc, judicieusement munies de moucharabieh mobiles sculptés dans des bois précieux, procuraient toute la lumière nécessaire aux vastes cinquante-et-une pièces dévolues aux seuls plaisirs royaux.

    Précédé par les deux gardes qui lui servaient d'escorte, et suivi de loin en loin par tous les gens de la cour affairés à comprendre ce qui, depuis l'aube, se tramait en sourdine, le Grand Chambellan s'avança à grands pas vers la Chambre du Roy. Seuls les plus hauts dignitaires pouvaient en approcher sans y avoir préalablement été invités, encore que l'usage fut de prévenir l'avant-veille. Mais le temps était compté.

    Déboulant sans même s'annoncer, le Grand Chambellan accourut aux pieds de son souverain, hautement affairé à jouer d'un luth qu'il venait de recevoir. D'abord visiblement contrarié qu'un intrus ose l'interrompre alors qu'il convoquait les muses, le Roy sembla comprendre, à la pâle mine du Grand Chambellan, que quelque chose en son palais ne tournait pas rond. S'ensuivit alors entre le monarque et l'homme d’État, un échange interminable que personne ne put réellement entendre si ce n'est une série de chuintements indistincts entrecoupés d'une curieuse chorégraphie de bras en l'air, de cris d’orfraie et de regards perdus quelque part dans le néant.

    Au bout d'un moment qui sembla fort long, relevant les manches de sa chemise de soie, et après avoir fait négligemment sonner un dernier accord sur son instrument, le Roy, vaguement pensif, se leva, chaussa sa couronne, fronça les sourcils en signe d'autorité, et fit convoquer sur le champ un Conseil royal.

    C'est que l'affaire était très sérieuse : il y avait un problème.


    - IV - Où l'on s'empoigne

    Sitôt l'ordre donné, alarmés depuis avant l'aurore, le Surintendant des finances, l'Archichapelain, le Grand Chancelier, le Grand Muezzin, l'Échevin et le Connétable, le Bailli et l'Intendant, le Camériste et le Hâteur, en présence du Grand Chambellan et de Sa Majesté le Roy, accoururent comme un seul homme dans la vaste et austère pièce du Conseil. Ici, on décidait de choses sérieuses. Rien ne devait laisser d'emprise aux divagations du regard ni inviter l'esprit à la moindre rêverie.

    Après un discours très applaudi et fédérateur sur la gravité de la menace, le Roy donna la parole au Grand Chambellan. Ce dernier, de la voix grave et morne qui sied particulièrement aux instants de crise, exposa les données du problème ainsi que les différentes options qui s'offraient au Conseil.  Il y avait en effet un problème et à ce problème il convenait de trouver une solution. Trêve de tergiversations, le temps était à la décision et à l'action !

    L'Échevin posa ensuite une question qui fit rire l'assemblée malgré lui, ce qui le contraria lourdement au point que l'on ne l'entendit plus par la suite. S'ensuivit un débat fort complexe qui opposa l'Archichapelin et le Camériste. Il fut pêle-mêle question de la position de la lune dans le ciel, de la date du prochain équinoxe d'été, du chant des grenouilles dans les douves du palais et du cours du prix du mouton au marché de Boun El Razat.

    Certains invoquèrent une simple erreur, d'autres la fin du monde. On fit appel à des équations et à moult théorèmes complexes qui s'étalèrent sur toute la largeur d'immenses rouleaux de papiers jaunis dégoulinant jusqu'au sol. On parla très fort et confusément. On s'empoigna violemment par le col en se traitant de fripon, de maraud, de charlatant, de panier à cornichons, et de bien d'autre choses encore dont les pierres gardent le secret. Des sandales volèrent d'un bout à l'autre de la pièce et un encrier de porcelaine vint s'écraser sur le mur.

    Esquivant d'un mouvement leste du buste le pichet de vin qui traversait les airs en sa direction, le Roy claqua des mains afin de rétablir le calme. L'auguste personnage se leva dans un silence religieux puis fit quelques pas en direction d'une fenêtre. Il en releva le moucharabieh et se pencha au dehors, inspira profondément et soupira. Déjà le soleil du soir allongeait progressivement les ombres.

    Les membres du Conseil ayant enfin recouvré leur raison et un semblant de dignité, nos grands esprits furent contraints d'admettre leur échec et leur incapacité cuisante à résoudre ce qui était, en l'état actuel, un inextricable problème.

    C'est alors que le Bailli, que l'on avait peu entendu jusqu'alors, une paire de chaussettes appartenant au Connétable lui ayant malencontreusement obstrué l'orifice buccal durant la cohue, leva timidement la main et émit une suggestion : et si l'on faisait appel au grand Bab El Rajoul El Mostefa ?

    Cette proposition frappa le Conseil de stupeur. Le Grand Bab El Rajoul El Mostefa ? Celui qui, trois ans auparavant avait résolu l'épineuse affaire des bergers de Soun'tra sur lequel les tribunaux du royaume piétinaient depuis des lustres ? Ce vieillard dont la sagesse légendaire était reconnue au-delà des vastes plaines du Sud ? Ce vénérable géronte que les princes de tout l'Orient venaient consulter en secret avant de prendre épouse ? En voilà une très brillante idée. Que diable personne ne l'avait eue avant ?

    Instantanément tout le Conseil et le Roy avec lui, tomba d'accord. S'il y avait bien une seule personne au monde capable de sortir le royaume de l'impasse et de trouver une solution à ce délicat problème, c'était bien le Grand Bab El Rajoul El Mostefa.

    Et l'on convoqua donc, sur le champ, le Grand Bab El Rajoul El Mostefa.


    - V - La sagesse à dos d'éléphant

    Trois jours plus tard, deux cavaliers tout de vert vêtus, accoururent dans un nuage de poussière aux portes du palais. Rapide comme l'éclair, un frêle messager survola les deux cent cinquante marches de l'escalier d'honneur et apporta aussitôt la nouvelle au Roy : le Grand Bab El Rajoul El Mostefa était en chemin. Il arriverait d'un instant à l'autre. 

    Depuis la plus haute tour de vigie, le Roy put en effet apercevoir, au loin, le long et lent sillage du cortège en tête duquel devait se trouver le vieux sage. C'en serait bientôt fini du problème et des tourments dans lequel le royaume était empêtré, se réjoui-t-il.

    Il ne fallut en effet pas plus que quelques courtes heures pour que, du bas de la ville, montent vers les appartements royaux, les échos de la clameur populaire et des cris des liesse qui se répandaient de loin en loin.

    Précédant la foule qui s'était spontanément jointe à la procession informelle, le Grand Bab El Rajoul El Mostefa était flanqué tout en haut d'un gigantesque éléphant, grand et beau comme personne en cette contrée n'en avait jamais vu encore.

    Chacun des flancs du majestueux animal était harnaché de tapis de soie, finement tissés. Tout n'était que broderies, perles argentées, saphirs étincelants et grenats profonds. De la pointe de chacune des colossales défenses de la bête, deux guirlandes de piécettes d'or se déroulaient jusqu'au sommet de ses énormes oreilles et leurs tintements cristallins rythmaient le pas leste du pachyderme. Juché au zénith de cette montagne mouvante, dans un baldaquin fait de bois de cèdre peint de couleurs vives, le vieux Bab El Rajoul El Mostefa semblait parfaitement étranger à ce spectacle prodigieux. D'ocre vêtu et l'air vaguement absent, son corps dodelinait mollement à chaque enjambée de la formidable monture, donnant l'étrange impression qu'il allait choir par-dessus bord l'instant d'après.

    Aussitôt l'abondant protocole d'accueil expédié, le Roy réunit dans la cour d'honneur le Conseil royal au grand complet, les grands souverains voisins venus en  amis ainsi que tout le bon peuple avide d'un peu d'animation dans ce royaume habituellement si calme, afin d'y entendre s'exprimer la sage parole. Après s'être agenouillé en signe de soumission aux pieds du révérend vieillard, confortablement installé au milieu d'un océan de coussins à l'ombre d'un baldaquin, le Roy lui exposa avec une infinie déférence, la teneur du problème pour la résolution duquel on l'avait fait mander.

    Le Grand Bab El Rajoul El Mostefa écouta très attentivement les doléances royales en hochant régulièrement la tête. Puis il fronça les sourcils, prit un air ostensiblement contrarié et compta sur ses doigts qu'il plongea ensuite dans sa longue barbe blanche. Le sage resta ainsi pensif d'interminables minutes, figé dans sa réflexion sous un soleil vitrifiant.

    Passés quelques longs instants d'incertitude, il se leva ; but une gorgée du vin qu'on lui avait servi ; fit quelques pas en s'appuyant sur son grand bâton de bois ; compta à nouveau sur ses doigts ; traça des motifs énigmatiques du bout de sa sandale ; s'étira vigoureusement en faisant craquer ses épaules osseuses ; puis il se rassit ; ferma les yeux et se terra à nouveau dans un insondable silence qui dura des heures.

    On crut même à un moment qu'il était mort...

    Mais soudain, sortant de sa léthargie méditative, le Grand Bab El Rajoul El Mostefa rouvrit les yeux, se leva et, d'un geste de la main, fit signe au Roy d'approcher.


    - VI - Épilogue


    Conscient que des centaines de paire d'yeux, rivées sur lui, scrutaient le moindre de ses mouvement et que tout autant de paires d'oreilles étaient à l'écoute plus infime bruissement, le Roy s'avança vers le patriarche comme l'on s'avance vers son Destin, d'un pas hésitant, certain de vivre l'une des plus graves crises de son court règne.


    Un silence de marbre écrasait la cour d'honneur pleine à craquer, assommée de soleil.

    Le vieux sage, dont le visage s'était illuminé, prit alors la parole. Au même moment, Assis au premier rang, un chien errant se gratta bruyamment l'oreille droite puis éternua à deux reprises, suscitant opprobre générale. On chassa la pauvre bête d'un vigoureux coup de pied au derrière qui lui valut un dernier glapissement, soulevant une nouvelle vague d'exaspération.

    Reprenant son discours d'un filet de voix étonnamment flûté vu son âge, le Grand Bab El Rajoul El Mostefa annonça, pour toute conclusion, et à la stupéfaction générale, qu'il n'y avait pas de problème...

    Il n'y avait donc pas de problème, reprit le Roy du bout des lèvres, étourdi par la nouvelle.

    Aussitôt, le Surintendant des finances, l'Archichapelain, le Grand Chancelier, l'Échevin et le Connétable, le Grand Muezzin, le Bailli et l'Intendant, le Camériste et le Hâteur, en présence du Grand Chambellan, des grands souverains voisins venus en amis, et tout le bon peuple du royaume, furent rassurés.

    L'esprit libre et le cœur léger, tout ce petit monde s'en retourna vaquer à ses occupations

    Car il n'y avait plus de problème.

    Fin

    27 août 2018

    L'amour, les livres, les rêves - Partie 3

    3 commentaires
    Troisième et dernière partie d'une série de trois billets (1ère partie, 2ème partie) écrits de longue haleine (depuis le mois de mai dernier !) en réponse à une série de trente questions très variées  que ᕳ Krysalia ᕲ ✂️ avait proposées sur twitter et qui m'avait - une fois n'est pas coutume - tout de suite émoustillé les sens.

    * * *

    21/ Combien font 5 + 3 x 6 ?

    Cela fait 23, pourquoi ?

    22/ Quelle.s différence.s fais-tu entre les concepts d'érotisme et de pornographie ?

    A mon sens, la pornographie montre l'acte sexuel dans son entièreté, sans pudeur aucune.

    Alors que l'érotisme implique au moins une part de sensualité, un petit quelque chose qui relève davantage d'une volupté de l’œil que de la bestialité sexuelle crue. 

    Les deux ne sont heureusement pas exclusifs l'un de l'autre.

    23/ Que t'évoque la phrase "Quand on aime, on ne compte pas" ?

    De manière très bête, cela m'évoque l'épisode de l'anniversaire de Madge, la bonne, dans la série Le Cœur a ses Raisons.

    Dans cet épidose, l'on peut y entendre Criquette répliquer avec son aplomb légendaire :
    "Madge, quand on aime on ne compte pas. Et vous ne comptez pas pour nous...".
    Je me marre à tous les coups.

    24/ Bois, pierre, feu, eau ou air ? Pourquoi celui là plus qu'un autre ?

    Feu !

    Le feu de la vie,
    Le feu purificateur,
    Le feu qui réchauffe,
    Celui intérieur des passions qui nous consument...

    25/ Imaginons que tu poses pour des photos en nudité totale (on présume que l'idée te plairait tu ne serais pas forcé bien sûr). Quel décor choisirais-tu autour de toi ?  Quelle ambiance voudrais-tu pour ces images ? L'as-tu déjà fait ou est-ce un projet ?

    Non, sérieusement la (ma) nudité totale, ce n'est ni pour moi ni bon pour les autres.

    Je ne suis pas du tout à l'aise avec mon image, comme je l'avais longuement expliqué dans ce billet de juillet 2015.

    Je ne vous raconte même pas mon état de détresse s'il fallait que je pose entièrement nu pour une photo, surtout s'il faut que je le regarde ensuite.

    Certes, depuis quelques mois je me suis pris sérieusement en main, j'ai perdu une quinzaine de kilos et je me sens bien mieux dans ma peau, c'est indéniable. Mais de là à assumer mon corps et son image et pouvoir poser entièrement nu, cela fait partie des choses dont je suis encore bien incapable...

    26/ Raconte un morceau intéressant de ton rêve le plus étrange (et que tu es ok de partager bien sûr).

    Parmi les - nombreux - rêves très étranges que j'ai pu faire, il y a celui-ci que j'avais raconté ici en septembre 2014 sous le titre L'armée des ours mécaniques.

    Sans reprendre in extenso tout le billet, que je vous invite à aller lire, le rêve se passe dans la basilique St Sernin de Toulouse. Pendant la messe, un objet volant de la taille d'un téléphone portable, vient se déployer au dessus de la tête des gens. S'ouvrant en deux parties, une lumière jaune  projette une vidéo.

    Un savant fou dont on ne voit pas le visage, prend alors la parole. Sa voix est un peu hésitante. Il explique qu'il va détruire les villes de plus de 1 million d'habitants - son expression exacte est "mettons, un million" - à l'aide d'une armée d'ours polaires mécaniques. Je me dis : "Ouf, Toulouse est sauve !" Il commencera par Saint Petersbourg. S'en suit une animation très réaliste où Saint Petersbourg est rasée par des machines gigatestques de couleur noire, ayant la forme d'ours polaires anguleux marchant à quatre pattes.

    Il déclare ensuite vouloir s'en prendre aux villes de 400.000 habitants, à l'aide de foreuses géantes.

    In peto, je songe à fuir dans une ville qui a de vagues airs de Rocamadour, mais située dans un paysage du Luberon.

    Au même moment, je vois des images vidéos de foreuses géantes tombant du ciel et s'abattant sur le sol. La partie supérieure, de forme émisphérique, des machines, s'interconnecte les unes aux autres pour devenir une excavatrice géante.

    Puis le savant fou annonce qu'il va simplement détruire la terre.

    Les foreuses se mettent alors à perforer les océans qui se vident, s'engouffrant dans les cavités béantes, puis dont les eaux, chauffées par les couches terrestres inférieures, rejaillissent sous forme de geysers. Image d'océans vides, de trous béants, de villages en ruines juchés en haut de promontoires rocheux précaires, et de villageois se prenant dans les bras l'un de l'autre en attendant leur mort imminente...

    27/ LA chanson que tu aimerais être "la bande son de ta vie" ? Poste la vidéo :). (Et dis pourquoi éventuellement)

    Alors là... question difficile.

    Bon, je vais dévier un tout petit peu car il ne s'agit pas d'une chanson, mais d'un morceau de musique que j'aime particulièrement : le premier mouvement de la Sonatine pour piano de Tonton Maurice.

    Ne croyez pas à une boutade : ce matin encore, elle me trottait dans la tête pendant que j'essayais de me constituer une petite bulle de confort afin de faire abstraction de ce qu'il se passait de désagréable autour de moi.

    En voici le premier mouvement :



    Si vous n'avez pas des frissons qui vous parcourent le corps dès les premières secondes, vous ne me comprendrez jamais.

    28/ Raconte un souvenir marquant d'enfance, pas forcément intime, mais peut-être drôle, ou intéressant ?

    Lorsque nous étions gamins, l'été, toute une ribambelle de marmots débarquait chez ma grand-mère, à la ferme, pour passer les vacances. Cousins et cousines, nous passions des semaines formidables à nous jouer de tout et à nous amuser d'un rien.

    L'une des grandes attractions de la fin de journée était d'aller ramasser les œufs, pondus frais du jour. Une bataille de haute rivalité se jouait d'ailleurs quotidiennement pour savoir qui aurait l'immense honneur de porter le panier de fer blanc repliable dans lequel nous disposerions le précieux butin. 

    Une fois le tirage au sors effectué, nous nous dirigions en procession bruyante vers la volière. Là, étaient disposées des caisses en bois pour que les poules aillent y pondre. Dans cet écrin d'or, les précieux œufs s'offraient à nos mains chapardeuses, encore tout chauds. Parfois il fallait batailler avec une cocotte paresseuse encore installée et que notre seule présence ne suffisait pas à intimider. Il fallait alors nous livrer à un exploit de haut courage pour vérifier, tout d'abord, si ladite poule cachait des œufs sous ses plumes, et pour, ensuite, s'emparer du trophée. Le plus hardi d'entre nous, souvent mon frère qui n'en avait pas peur, empoignait le gallinacé par les plumes de derrière et lui soulevait délicatement la croupe tout en se tenant à l'écart, de peur de recevoir un coup de bec sur le nez.

    Une fois la récolte achevée, venait l'instant le plus important : vérifier que les œufs étaient bons. Car, voyez vous, rien n'est plus désagréable que de se trouver nez à nez en cuisine avec un œuf avarié ou, pire encore, un œuf couvé. Nous prenions donc les devanta en nous rendant en catimini derrière le hangar à tracteurs. Car nous avions trouvé une technique absolument infaillible : nous jetions un à un contre le mur du hangar les œufs pourtant obtenus au prix de mille dangers, afin, une fois éclatés, d'en constater la fraîcheur...

    De retour à la cuisine de notre grand-mère, notre cousine ainée déclarait alors, investie de toute la force de conviction dont elle pouvait se prévaloir du haut de ses dix ou douze ans, que les poules n'avaient pas pondu. Et nous retournions jouer.

    Nous ne nous doutions alors pas un instant que notre espiègle grand-mère avait parfaitement connaissance de notre petit manège, ce qu'elle se garda bien de nous dire jusqu'à ce qu'elle ne nous révèle la vérité, vingt ans plus tard, en riant aux éclats.

    29/ La dernière fois que tu as été immensément triste, c'était quand ? À cause de quoi ?

    C'était en décembre dernier. Une mauvaise nouvelle, un renoncement, amer et très violent sur le moment.

    Je m'en suis remis depuis. Je crois...

    30/ Quel est le meilleur conseil que tu aies entendu ? Est-ce que tu as fini par l'appliquer ? Avec quels résultats ?

    "La personne la plus importante dans ta vie, c'est toi", une phrase que l'on m'a dite il y a dix ans, lors d'un voyage au Mexique.

    RuPaul en donne une variante partielle que j'aime beaucoup : "If you can't love yourself, how the hell you're gonna love somebody else ?"

    Concrètement, elle implique un questionnement constant sur ses priorités, sur le sens des choses et de son rapport aux autres.

    Dans un premier temps j'ai eu une réaction de rejet. J'ai mis du temps à la comprendre cette phrase que je trouvais horriblement égoïste. Mais elle a été et demeure encore un moteur important.

    Savoir penser à soi, savoir être bien avec soi-même et ne pas s'oublier.

    Et vous ?

    15 août 2018

    La photo du mois : Trophée

    12 commentaires
    Bonjour bonjour, nous sommes le 15 août, il est midi et c'est l'heure de notre rendez-vous mensuel avec la photo du mois

    Je vous rappelle le principe du jeu : chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris. 

    Le thème de ce mois-ci nous est proposé par La Tribu de Chacha qui nous a proposé un thème en accord avec l'actualité du mois de juillet, moment où il a été choisi, puisqu'il s'agit de Trophée.

    Avant de me jeter sur mon appareil photo, j'ai d'abord ouvert un dictionnaire pour vérifier ce qu'est exactement un trophée, histoire de ne pas faire n'importe quoi (et pour voir si le chat ne me sauverait encore la mise cette fois-ci).

    Donc :

         TROPHÉE, subst. masc.
    I. 

    A. − [Dans l'Antiquité] Dépouilles (cuirasse, armes) d'un ennemi vaincu déposées sur un tronc d'arbre. (Dict. XIXIe et XXe s.).
    B. − Ensemble qui regroupe les armes d'un ennemi vaincu et les marques tangibles d'une victoire (dépouilles, prises de guerre, etc.) et qui est destiné à attester, à commémorer cette victoire.
    C.
      1. Objet attestant une victoire, un succès.
      2. Spécialement
         a) SPORTS. Récompense attribuée à un sportif (coupe, médaille, etc.) attestant une victoire dans une compétition.
         b) CHASSE. Trophée de chasse. Tête ou corps entier empaillé d'un animal abattu.
    II. − Au fig. Signe d'une victoire, d'une réussite.

    Bon, ça tombe assez mal car je n'ai pas de dépouilles d'ennemis vaincus en stock à photographier (je les ai mangées) et je n'ai pas davantage prévu de faire empailler le chat pour le moment...

    N'ayant pas non plus gagné la coupe du monde de quoi que ce soit (pas même celle de natation synchronisée dans de la gelée de mûre, c'est vous dire), je n'ai rien à vous montrer à ce niveau.

    On est mal, on est mal !

    Mais, puisque le trophée est également le signe d'une victoire, je crois avoir trouvé la photo de ce mois-ci, prise il y a tout juste trois semaines, au retour d'une magnifique randonnée de deux jours au lac d'Espingo, dans les Pyrénées.

    Hop :


    Après l'effort, le réconfort !
    Et le tour est joué.

    La photo du mois continue sur les autres blogs participants : Akaieric, Alexinparis, Betty, Blogoth67, Chiffons and Co, Christophe, Cricriyom from Paris, Céline in Paris, Danièle.B, Dr. CaSo, El Padawan, Escribouillages, FerdyPainD'épice, Frédéric, Gilsoub, Gine, Giselle 43, J'habite à Waterford, Jakline, Josette, Josiane, Julia, Krn, La Tribu de Chacha, Lau* des montagnes, Laurent Nicolas, Lavandine, Lilousoleil, magda627, Mamysoren, Mirovinben, Morgane Byloos Photography, Nanie, Nanouk, Nicky, Pat, Philisine Cave, Pilisi, Pink Turtle, Renepaulhenry, Sandrin, Sous mon arbre, Travelparenthesis, Weeteweete, Xoliv', écri'turbulente.

    13 août 2018

    L'amour, les livres, les rêves - Partie 2

    2 commentaires
    Deuxième partie d'une série de trois billets (1ère partie ici) écrite de longue haleine (depuis le mois de mai dernier !) en réponse à une série de trente questions très variées  que ᕳ Krysalia ᕲ ✂️ avait proposées sur twitter et qui m'avait - une fois n'est pas coutume - tout de suite émoustillé les sens.
     

    11/ Quel était ce ou cette prof que tu adorais ? Pour quelles raisons ?

    J'ai beaucoup aimé deux profs, deux femmes, en particulier. La première s'appelait Mademoiselle F., elle enseignait la physique et la chimie en sixième. Ce cours fut une révélation. Pour la première fois de ma vie j'avais en face de moi quelqu'un capable de répondre à mille questions, de susciter en moi une curiosité insatiable et de me donner encore plus envie d'apprendre : l'atome, les molécules, la matière... Tout l'univers s'offrait à moi et j'avais enfin les clés pour le comprendre. Je me souviens que chaque cours était l'occasion de l'inonder de questions auxquelles elle répondait avec un plaisir infini, me donnant même à lire des revues de sa bibliothèque personnelle. Je n'apprenais pas, je jouais, je m'amusais. C'était véritablement incroyable.

    Littéralement assoiffé de cette soif intarissable qui ne m'a jamais quitté, je me souviens avoir un jour trouvé chez mes grands parents, un vieux livre de physique-chime de terminale ayant appartenu à l'une de mes tantes. Il y était question de l'hydrogène, de fusion, de fission et de bombe atomique. Je ne comprenais pas grand chose à tout cela mais les schémas - très sommaires - ainsi que les illustrations en noir et blanc alimentaient et décuplaient mon imaginaire.

    C'est ainsi qu'un beau matin, après le cours, je vins trouver Mademoiselle F. et lui posais cette question, un peu inhabituelle dans la bouche d'un gamin de dix ou onze ans :
    "Madame, qu'est-ce que c'est la masse critique ?"...
    Je me rappelle également de cette prof de français que j'avais vraiment adoré, Madame F. J'ai toujours aimé les cours de français. Alors que j'étais en classe de sixième, Madame F. estimait que j'avais quelques prédispositions littéraires et m'encourageait dans mon travail, prenant régulièrement mes rédactions en guise de modèle qu'elle lisait en classe.

    Je ne sais plus exactement comment nous en sommes arrivé là mais, une fois passée les deux premiers trimestres, elle me laissait tous les quinze jours, dans son casier de la salle de des profs, un Stephen King à lire, pour mon plaisir personnel, en plus des lectures et des nombreux comptes rendus obligatoires à rendre pour ses cours. 

    Grâce à elle je découvris des classiques de la littérature d'horreur : Christine, Cimetierre, Ça et bien d'autres encore...

    12/ Quelle est cette petite chose que tu sais faire et qui n'a aucun intérêt, mais qui te fait sourire ?

    Je sais casser un œuf avec une seule main. Cela ne sert strictement à rien. Cela n'impressionne pas grand monde, sauf les gens qui ne savent pas casser correctement les œufs avec leurs deux mains.

    Aussi, je choisis toujours soigneusement mon public avant que de me livrer à ce petit tour d'habileté futile.

    13/ Raconte (avec le niveau de détails que tu veux) la prise de conscience de ton premier sentiment amoureux.

    Je serais bien en peine de le décrire tant je ne suis pas sûr du moment ni du contexte où il a eu lieu.

    En effet, longtemps enfermé dans mon placard, je me suis gardé d'éprouver le moindre sentiment pour un garçon,  alors même qu'un nombre incalculables d'indices aurait dû me faire renoncer. Mais les méandres de l'intellect et les liens vigoureux de certaines constructions sociales sont trop longs à défaire et trop coriaces pour céder du premier coup.

    Quoi qu'il en soit, je me souviens de cet épisode étrange, lorsque j'avais une vingtaine d'années. Il y avait alors, dans la paroisse que je fréquentais chez mes parents, un séminariste libanais, venu passer une année en France. C'est très étrange d'en parler ici car je crois ne jamais l'avoir fait, ni n'avoir, depuis lors, pris de temps de réanalyser les faits....

    Il s'appelait W. et venait de la ville de Jounieh. Lui et moi avons rapidement sympathisé, probablement car nous ne devions pas avoir une différence d'âge importante et parce que le Liban est un pays qui, culturellement et historiquement, m'a toujours fasciné. Toujours est-il que, lui et moi, avons noué ce qu'au départ je prenais pour de l'amitié. Et puis un beau jour je me suis rendu compte que c'était certainement plus que cela...

    Cela se passe en été. Un bel été comme Toulouse et sa région en produisent tous les ans. Encore étudiant, je passais mes vacances chez mes parents. W. et moi nous voyions alors régulièrement le soir, pour aller faire du vélo et discuter, de tout, de rien. D'abord occasionnellement puis, l'été venu, presque tous les jours. Pour moi c'était normal. J'en avais besoin et je passais en sa compagnie des moments merveilleux. Avec la force de l'expérience je prends toute la mesure de ma naïveté.

    Une certaine semaine s'est produit un événement imprévu et contrariant. Alors que j'allais toquer chez lui pour le retrouver, je trouvais porte close. Les volets étaient fermés. Personne ne vint m'ouvrir. W. n'était pas là. Je rentrais donc chez moi bredouille.

    Le lendemain se produisit exactement la même chose. Arrivant à vélo devant chez lui après souper, mes frappements à la porte demeurèrent vains. Je rentrais donc à nouveau chez mes parents, sans avoir vu mon ami, le cœur un peu serré par cette disparition dont je n'avais pas été prévenu.

    Je réitérais ma tentative le troisième jour, toujours à la même heure, avertissant préalablement mes parents de mon départ pour rejoindre W. comme à mon habitude. La réponse de ma mère aujourd'hui encore me hérisse le poil :
    "Encore ? On dirait que tu lui cours après !"
    Il me faudra des années pour admettre, malgré moi, qu'elle avait raison.

    14/ Que veut dire pour toi la couleur rose (quelle est sa symbolique, son sens métaphorique, dans ton univers personnel ?)

    Dans mon langage à moi, et par une construction sociale que tout un chacun comprendra, j'associe primairement le rose à la féminité.

    C'est aussi une couleur qui vibre énormément et que je trouve élégante associée à du noir. Elle souligne à merveille un détail sur un vêtement et donne de la fraîcheur à une tenue.

    Le rose est néanmoins une couleur que je porte assez peu. Non pas qu'elle ne me plaise pas, c'est qu'elle ne me convient pas vraiment au teint.

    15/ Même question pour la couleur jaune.

    Le jaune, c'est le soleil, la lumière. Mon premier appartement étudiant était entièrement tapissé en jaune et je crois que j'aimais cela.

    C'est une couleur tonique que je porte également très peu car elle s'associe assez mal à ma blondeur et à ma carnation claire.

    16/ Est-ce que tu pratiques des arts, et s'il y en a plusieurs, est-ce que tu en as un préféré ? Pourquoi ?

    Je pratique la musique, fidèle et envahissante compagne.

    La musique, ce moyen prodigieux de dire l'indicible, de hurler les tristesses et les fureurs les plus accablantes, d'exprimer les émotions les plus intimes, bien plus puissamment que les mots. 

    J'aurais aimé savoir dessiné et peindre. J'admire ceux qui ont un coup de crayon...
    Il paraît que je n'écris pas trop mal.

    17/ Quelle est ta plus grande fierté, celle qui te remplit de joie et remonte ton estime de toi même quand tu y songes ?

    Je n'ai pas à proprement parler de grande fierté, je ne crois pas être quelqu'un de fier, étant au contraire en permanence dans le doute et la remise en question.

    Néanmoins, la fierté que je m'accorde est celle de ce que je suis devenu, de ce que j'ai fait, de mon parcours personnel et professionnel.

    Car lorsque je me retourne et que je regarde tout ce que j'ai vécu, en Argentine, au Québec, à la Fac,  pendant mes études et ailleurs, je me dis que, oué, putain, ça je l'ai vraiment fait. Du haut de mes quarante petites années,  j'ai déjà eu une vie bien remplie et riche en expériences. Quelqu'un me le disait encore il y a quelques semaines, avec raison. Et je le remercie de m'avoir un peu ouvert les yeux.

    18/ Si tu avais le pouvoir (potion, sort, algorithme) de faire tomber une personne amoureuse de toi, le ferais-tu ? Pourquoi ?

    Non, je ne le ferai pas.

    Parce que l'amour est un oiseau bohème qui n'a jamais connu de loi. "L'amour est un oiseau rebelle que nul ne peut apprivoiser et c'est bien en vain qu'on l'appelle s'il lui convient de refuser" chante Carmen dans sa célèbre Habanera.

    Surtout, étant d'un naturel qui s'ennuie rapidement, comment ne pas s'ennuyer de quelqu'un dont on sait qu'il vous aime et vous aimera inconditionnellement, sans qu'il n'y ait jamais aucun défi de séduction à renouveler ?

    19/ Si je te parle de plaisir, quel est le premier truc auquel tu penses spontanément ? pourquoi ?

    La masturbation.

    Un plaisir simple et facile, que l'on peut partager en tout lieux, à toute heure, seul ou à plusieurs, sans aucune limitation...

    20/ (allez plus que 10 :D) As-tu une opinion au sujet des radis ?

    C'est très bon les radis. J'en consomme souvent d'ailleurs. C'est la première plante que j'ai faite pousser, avec mon grand père, lorsque j'étais tout gamin. Nous avions un immense jardin potager où mon grand-père passait la majeure partie de son temps libre. Dans ce terrain de jeu extraordinaire pour un bambin, poussaient des pieds de tomates odorants, des haricots à rame qui poussaient le long de tuteurs gigantesques - dont l'assemblage constituait, pour mon frère et moi, un tunnel fantastique à traverser - des plans de courgettes aux fleurs incroyables et mille autres merveilles sur lesquelles je n'avais de cesse de m'extasier.

    Je ne sais plus exactement comment cela s'était fait, mais il me semble, du fin fond de mes souvenirs, que j'avais dit à mon grand père que, moi aussi, je voulais un jardin pour y faire pousser des légumes et faire comme les grands. Ce dernier m'avait donc proposé de me prêter un petit carré de terre et d'y planter avec lui des radis.

    Je me souviens parfaitement en revanche de l'instant où, lui et moi, les avons semés, ces radis.

    Nous avions acheté la semence le matin même, à la coopérative. Il y avait tout un tas de variété et mon grand père, en homme de la terre avisé, choisit d'une main sûre le paquet idoine. Des radis rouges à bout blanc, communs. J'étais un peu déçu car j'avais repéré, sur le présentoir, de la semence de radis complètement rouges qui me paraissaient d'un exotisme ravissant. Mais du haut de mes six ans ou sept ans, je n'avais alors pas voix au chapitre.

    De retour à la maison, et venus au jardin dont un petit carré d'un mètre sur un mètre avait été préparé à dessein, mon grand père se saisit d'une vieille boit de conserve rouillée dans laquelle il jeta une poignée de sable avant d'y verser une partie du sachet de semence. Puis il me montra comment, d'un geste ample, je devait disséminer ce mélange sur mon lopin de terre. Nous arrosâmes ensuite avec toutes les précautions requises, munissant le lourd arrosoir de ferraille de sa pomme pour humecter délicatement la surface du sol.

    Ça y était : j'avais mon jardin... et bientôt mes premier radis.

    Et vous ?

    (La suite le lundi 27 août)