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    29 mars 2015

    Doña Matilda

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    Personne à Cadaquez n'ignorait le nom de Doña Matilda. Vieille femme aride toujours vêtue de cette même noire robe longue de toile épaisse que portent les paysannes, la tête couronnée d'une gigantesque mantille impeccable, finement brodée, rehaussée de perles fines, les gens du pueblo viejo ne parlaient d'elle qu'avec cet infini respect que l'on accorde aux personnes de haut rang. Mati, comme on aimait à l'appeler entre nous, était une figure locale plus importante encore que le Curé dont les sermons ouvertement franquistes malgré la fin de la dictature, attiraient pourtant une foule considérable chaque dimanche.

    On ne lui connaissait aucune famille, ni frère, ni sœur, ni père ou mère. Dotée d'une fortune dont on ignore encore aujourd'hui l'origine, elle avait grandi dans un couvent de Mataró avant de venir s'installer ici, à Cadaquez.  Certains en effet, et selon la légende locale, voyaient en elle la fille adultérine d'un haut dignitaire de Segovia. D'autres la disaient fille de roi, descendante directe d'Isabelle la Catholique. Probablement rien de tout cela n'était vrai et, au fond, qu'importe. 

    Elle ne sortait que rarement de chez elle, toujours accompagnée de son âne, une méchante bête grise aux oreilles démesurées qui prenait un malin plaisir sadique à mordre les mollets des passants qu'elle croisait en chemin. Il n'y avait bien que Doña Matilda pour l'approcher... les autres enfants du village, que je cotoyais chaque été et pour les fêtes de Pâques, le craignaient comme le diable.

    D'ailleurs, à l'instar de Doña Matilda, tout un tas d'histoires plus folles les unes que les autres courraient entre les enfants du pueblo viejo à propos de cet âne. Selon la version qui recueillait l'assentiment des plus anciens, l'animal serait le fruit d'une malédiction jetée jadis par Doña Matilda à l'ancien archevêque de Zaragoza. L'homme d'église, dont la famille était originaire de Figueras, aurait en effet courtisé d'un peu trop près la jeune fille à la chevelure d'ébène tout juste sortie de l'enceinte aux murs de chaux où les religieuses l'avaient éduquée avec toute la rigueur de leur règle. Mati, que l'on prétendait un peu sorcière, lui aurait jeté un sors pour se venger et transformé l'émissaire épiscopal en bête de somme. Selon une autre version, tout aussi improbable, c'est de cet âne que Mati tenait sa fortune, la bête recelant en ses entrailles un trésor fabuleux...

    Toujours est-il que ces légendes concourraient à faire de Doña Matilda un personnage mystérieux tout aussi respecté que craint et à qui l'on n'adressait la parole qu'avec une profonde révérence.

    La vieille femme habitait une immense demeure juchée sur les contreforts maritimes, un peu en dehors de la ville, en bord de falaise, au bout d'un chemin de pierres calcaires aiguës bordé d'ifs centenaires. La Tienda Mati comme on l'appelait ici. On ne s'y rendait que sur son invitation : "Hé ! tu viendras boire un jus d'orange dimanche !" m'avait-elle lancé un jour que, reconnaissant au loin la mantille perlée, je l'avais croisée à califourchon sur son âne.

    "Il te faut y aller !" m'avait sermonné mon père. Une invitation de Mati ne se refusait pas. Et rares étaient ceux qui bénéficiaient d'un tel privilège...

    C'est ainsi que le dimanche suivant je me rendis à pied chez Doña Matilda, accoutré pour cette occasion spéciale de mes plus beaux vêtements, hélas bien trop chauds pour la torpeur déjà estivale de ce mois de juin, annonciatrice d'un été caniculaire.

    Longeant la falaise à travers la garrigue j'apercevais au loin la silhouette noire des ifs dessinant le sinueux chemin menant à la Tienda Mati vers lequel je m'avançais le cœur battant, les pierres brunes s'entrechoquant sous mes pas. De part et d'autre du sentier s'étendaient des orangers parsemés de petites fleurs odorantes à la fragrance divine qu'un petit vent marin fort agréable portait à mes narines.

    Les volets mi-clos, la porte entrouverte, un bougainvillée empourprant la façade de pierres grises, l'on entrait dans la maison assommée de soleil par une vaste cour carrée bercée par le susurrement cristallin d'une petite fontaine parée d'azulejos bleus et blancs. Je sonnai la cloche d'un petit coup sec. "Entre entre !" m'invita de l'intérieur une voix rêche et chevrotante. 

    Aussitôt franchi le seuil de la porte, régnait une fraîcheur apaisante baignée d'une semi-obscurité qui contrastaient fortement avec la chaleur extérieure, à tel point qu'il fallut à mes yeux quelques instants pour s'adapter.

    Assise dans un haut fauteuil finement sculpté, dans l'embrasure d'une petite fenêtre à travers laquelle perçait un rai de lumière vive, Doña Matilda m'attendait dans la vaste pièce unique. Je ne sais comment décrire l'impression grandiose que j'eus en la voyant. Majestueuse dans sa simplicité, les yeux fermés, comme de coutume toute de noir vêtue, la tête appuyée sur sa main gauche, perdue dans ses pensées, sa main droite tremblotante égrenait un chapelet en bois clair. On eut dit une reine...

    Sur la table, une corbeille d'osier emplie d'oranges, et un verre de nectar frais qui venait d'être pressé. Sans déplisser les yeux elle redressa un peu la tête parée de blanc et, de sa main droite, me désigna le verre. 

    "Bois donc ! Tu dois avoir soif..."

    Sans me faire prier je m'approchai de la haute table et saisis le récipient que, des deux mains je portai à mes lèvres. D'une traite, je bus à grandes gorgées bruyantes ce jus savoureux que je sentis ressourcer chacune des parties de mon corps. Reposant le verre à présent vide, je poussai un grand "Haaaaa !" de contentement. 

    C'est alors qu'ouvrant les yeux, elle se mit à rire d'un rire de petite fille. Puis, son visage sévère plissé par le temps s'illuminant soudain comme je ne l'avais jamais vu auparavant, son rire se fit torrent. Oui, elle riait à gorge déployée, comme probablement elle n'avait pas ri depuis longtemps...

    Et porté par la joie soudaine et insolite de l'instant, je me mis à rire avec elle.

    7 juin 2012

    Un week-end à Bilbao

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    Pour les Toulousains, aller en Espagne est l'enfance de l'art. Quelques petites heures d'autoroute suffisent à franchir les Pyrénées, quelques petites heures sur le chemin des vacances. Si Barcelone l'extravagante est, à juste titre, une destination privilégiée, je préfère le côté sauvage et encore relativement confidentiel du Pays Basque, San Sebastian, Bilbao et leurs environs.
     
    Au début des années 1990, après avoir connu un âge d'or exceptionnel après la mort de Franco, Bilbao était sur le point de devenir un sinistre cloaque industriel agonisant dans les eaux saumâtres d'un Nervion croupissant. Un véritable désastre urbain. J'en ai de rares mais peu reluisants souvenirs de ma lointaine enfance et n'y suis pas revenu pendant des années. Aussi, quelle ne fut pas ma surprise, à l’orée des années 2000, de découvrir une ville métamorphosée. Une totale résurrection qui a dû se payer au prix fort.

    Depuis, je retourne assez régulièrement à Bilbao. C'était encore le cas il y a quelques semaines, à l'occasion d'un long week-end passé chez des amis.

    Le beau temps n'était pas vraiment au rendez-vous. Le long du port, de la bruine, un épais brouillard qui écrase la ville, et le soleil qui n'est plus que l'ombre de lui même.


    La ville elle même ne présente rien de bien extraordinaire. Bilbao est une belle métropole, dynamique, dans laquelle on se sent bien. Elle possède ce je-ne-sais-quoi, un brin de charme, qui la rend très agréable même sous la grisaille.


     L'architecture en est assez hétéroclite, qui alterne des bâtiments des années 1970, d'autres de style plus victorien en raison d'une influence anglaise dont je n'ai pas bien compris l'origine, et des constructions ultra modernes globalement très réussies.


    Il n'y a pas de monument particulièrement notable, hormis peut-être la statue du Sacré Coeur, érigée par Franco. C'est à peine étonnant qu'un petit bonhomme colérique et teigneux ait fait construire un phallus géant. Certainement faut-il y voir une façon de compenser un léger complexe anatomique ?


    Parmi les constructions contemporaines figure bien évidemment le Musée du Guggenheim, figure emblématique de Bilbao. J'aime beaucoup ce Musée. Dédié à l'art contemporain, il est une oeuvre d'art à lui tout seul. Depuis la rive opposée, on peut l'observer à loisir se refléter sur l'onde tranquille du Nervion.

     
    Le Guggenheim est un de mes passages obligés à Bilbao. Depuis son ouverture, je crois qu'il ne s'est pas passé une fois sans que je n'aille y passer au moins une petite heure.

    S'il y avait une seule chose à garder de ce musée, ce serait certainement la galerie qui abrite les œuvres monumentales de Richard Serra.

    Déambuler lentement, se perdre, se laisser apprivoiser par les gigantesques parois métalliques de ces tores et ellipses qui distordent l'espace, est une expérience à la limite de la sensorialité. Le simple fait d'avancer de quelques pas à l'intérieur de ces œuvres me plonge immédiatement dans un état un peu second, à l'écart du temps et de l'espace. Se laisser faire, et perdre pied.


    C'est assez étrange en réalité. J'en suis venu à la conclusion que nous ne sommes plus habitués à des espaces courbes. Nous ne supportons plus, ou difficilement, que notre horizon soit perturbé par une ligne qui casse le point de mire. L'espace courbe est "tendu". Cela pourrait même devenir oppressant si le lieu n'était pas habituellement baigné d'un calme un rien mystique. Souvent d'ailleurs j'abandonne subrepticement mes compagnons de voyage à l'entrée du musée pour m'offrir ce plaisir quelque peu solitaire.

    Comme d'autres lieux, qui se prêtent à une contemplation quasi-méditative celui-ci devient particulièrement insupportable en présence de marmaille glapissante et agitée qui court dans tous les sens. Heureusement, ce jour là, il se trouvait un couple de parents exemplaires qui tenait sa progéniture d'une main de maître.

    La seule chose qui manquât réellement fut le soleil. Et un peu de liberté aussi pour aller flâner de mon côté et courir dans les jupons des garçons sensibles dont le charme ibérique est sans égal...

    Malgré tout, ce fut un joli week-end, reposant, à l'ombre des parapluies.

    Et l'essentiel était bel et bien là.

    21 octobre 2010

    Madrid

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    Me revoilou ! Ce week-end à vivoter au rythme de la ville et à baver sur les espagnols  fut formidable ! Oui, ce n'est pas tellement un secret : les grands bruns au regard d'ébène, lorsqu'ils ne sont pas trop gros ou trop maigres - c'est à dire parfois - incarnent à mes yeux cette sorte de perfection formelle capable de me faire perdre tous mes moyens. Ayant logé en plein coeur de Chuica, je peux vous assurer que j'ai pu en admirer un certain nombre smileys Forum. En revanche le fait d'avoir été en famille m'a conduit à un peu brider mes (h)ardeurs. Qu'à cela ne tienne, ce n'était pas le principal but de mon voyage. Alors point de visite au pas de charge. Nous avons simplement vécu comme de simples citadins, pour prendre le pouls de la ville, quitte à laisser certaines choses de coté. Car après tout ce n'est pas très grave étant donné que j'ai tout loisir d'y revenir à ma guise.

    Une chose est sûre : Madrid est une très belle ville, vivante autant le jour que la nuit (une pâtisserie ouverte à 1heure du matin et bondée de monde, vous y croyez vous ?), agréable, accueillante et plutôt tolérante : je n'ai jamais vu autant de (bô) mecs se balader main dans la main, même dans le Marais !
    En plus, une fois mon vocabulaire dérouillé, j'ai retrouvé mes marques en un clin d'oeil, l'absence de barrière linguistique et une certaine pratique de l'Espagne en général me permettant de me sentir totalement chez moi. Et ça, j'avoue que c'est un confort que je goûte tout particulièrement.

    Plutôt que de longs discours et comme je n'avais pas envie de pondre un billet fastidieux pour raconter mon week-end  Madrilène, je vous ai concocté une petite vidéo plutôt tonique avec plein de jolies photos dedans : des façades, des graffitis, des tapas, la statue de Garia Lorca, des endroits sympas, des bars over-trendy, des clams qui font la course, un parc, de l'eau, de l'alcool, des jolies choses, des machins et des bidules, un peu de soleil et beaucoup de bonne humeur.

    ¡ Que aproveche !


    Musique : Delafé Y Las Flores Azules - Rio Por No Llorar

    23 septembre 2009

    Paracuellos - Carlos Gimenez

    3 commentairess
    Je ne sais plus exactement quelles furent les circonstances de ma première rencontre avec l'oeuvre de Carlos Gimenez, mais il me semble bien que ce fut dans un manuel d'espagnol de première ou terminale. L'histoire d'un garçon d'une dizaine d'années dont le pied est mutilé par une énorme et douloureuse ampoule et à qui l'infirmière du pensionnat donne une médaille miraculeuse en lieu et place de tout remède : "prie là tous les soirs et le bon Dieu te guérira peut être". Et son salut ne vint pas du haut du ciel mais du bout de l'aiguille dont était munie la babiole, grâce à laquelle il put percer la cloque purulente et soulager ses souffrances. Le lendemain l'infirmière, qui avait refusé de prodiguer tout autre soin qu'une lotion à base d'iode, de s'émerveiller des bienfaits de la foi. Une histoire pas très drôle, subtilement douce-amère... Je venais sans le savoir de faire connaissance avec une des nombreuses historiettes de Paracuellos et son talentueux auteur, Carlos Gimenez, que j'allais retrouver peu de temps après dans quelques numéros de Fluide Glacial.

    De passage à Seville cet été, j'avais donc ramené dans mes valises l'intégrale de Paracuellos - en édition originale espagnole, la grande classe - parue il y a peu en un copieux volume unique intitulé sobrement "Todo Paracuellos".

    Paracuellos nous replonge en plein coeur de l'Espagne de Franco, vue par les yeux de mômes encore en pleine enfance, placés par leurs parents dans des sortes de pensionnats d'Etat, à la solde de l'idéal nationaliste ambiant, d'une religion toute puissante et d'éducateurs à l'humanité toute relative. Et pourtant, il faut s'y faire : personne ne viendra les sortir de là... Orphelins pour les uns, recueillis par un oncle ou une tante qui les a abandonné dans ces foyers sociaux, ou mal-né dans une famille trop nombreuse pour une bourse trop maigre qu'un père fatigué ne réussit plus à nourrir, il faut faire contre mauvaise fortune bonne figure et trouver des raisons d'espérer. Aussi des relations d'amitié se nouent, la solidarité est érigée en valeur fondamentale, l'entraide, se serrer les coudes, face à des adultes devenus fous. Pour ne pas sombrer dans la folie ou la violence, certains trouvent refuge dans la bande dessinée qui semble être la seule ouverture vers un ailleurs plus agréable, porte ouverte à l'imaginaire, au rêve... On lit (pas des romans : ils sont formellement interdits !) des BD, on en dessine, on se prend au jeu d'être acteur, conteur... Assez souvent ça castagne sec, mais l'on rigole aussi pour ne pas pleurer d'avantage.

    Profondément inspirée par l'enfance de l'auteur, Paracuellos n'est pas une simple bande dessinée partiellement autobiographique. Dans une interview que j'ai lue je ne sais plus trop où, Carlos Gimenez confie en effet que si tout ce qu'il raconte dans Paracuellos ne lui est pas arrivé personnellement, tout en revanche est authentique... Et il y a de quoi frémir !Au rang des personnages, nombreux,  voici Pablo le gentil, Zorilla la peste brutale, Botas le bagarreur, les insupportables frères Piranas, Cagapoco surnommé ainsi à cause de sa constipation chronique qui lui vaudra bien des déconvenues, Antonio (peut-être une allusion directe à José-Antonio Primo de Rivera,  ?) le phalange corrompu et violent, arborant fièrement sur son ceinturon de métal le symbole de son allégeance au Caudillo de Espana "por la gracia de Dios", les institutrices aigres et méchantes, convaincues par des théories pédagogiques sorties d'un autre temps, humiliantes et avilissantes, les curés et les nonnes féroces, dont le cruel Padre Rodriguez.
    Rien n'est épargné à ces pauvres gamins : les privations de nourriture, la sieste en plein soleil l'été toute l'après midi pour favoriser la digestion, les heures de flexions imposées à ceux qui s'amusent dans les rangs, les kilomètres de baffes, coups de savates, sans parler des chatiments corporels d'une cruauté abominable parfois à la limite de la barbarie (je vous laisse découvrir par vous même quel châtiment inommable germe dans l'esprit démoniaque de la directrice pour soigner les pisse-au-lit), les interminables prières du Rosaire dont chaque journée est parsemée, et les tant attendues visites dominicales par les parents, du moins pour ceux qui ont la chance d'en avoir...

    Quoique régulièrement assez drôle, ne vous attendez pas à éclater de rire à chaque page, il s'en faut parfois de beaucoup. L'humour de Gimenez est souvent grinçant, mettant le lecteur mal à l'aise face à des situations de détresse que l'on a peine à croire réelles. La première partie est même particulièrement dure lorsque l'on réalise qu'il n'y a là aucune fantaisie, sinon la relation de faits réels. Et l'on comprend mieux pourquoi aujourd'hui une frange de la population espagnole née à cette époque cherche à tout prix à renier la religion par les griffes de laquelle tant de brimades leur ont été infligées. Je vous invite à aller faire un tour sur le site d'Arte qui y consacre un petit reportage, ainsi que sur celui du Nouvel Obs dans lequel j'avais lu les premières informations à ce sujet.

    Tout le talent de Carlos Gimenez, véritable héros national outre-Pyrénées, est de parvenir à nous retranscrire cette atmosphère pesante ponctuée de rires et de larmes, de chants religieux et  d'hymnes patriotiques, sur une toile de fond d'enfance insouciante qui, devenue adulte, fera table rase de cette Espagne dont elle ne veut plus, dont elle ne peut plus, pas si lointaine de nous, et dont la génération de nos parents et grands parents porte encore les stigmates. L'humour, politesse du désespoir... mais aussi "l'enfant de nos haines" affirmait Jacques Prevert. Paracuellos en est certainement une des plus brillantes illustrations.

    12 août 2009

    Vacances - Episode 6 : Hasta luego Seville !

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    Toutes les choses ont une fin, même les meilleures. C'en est ainsi fini de cette somptueuse semaine sevillane, du ciel d'azur que de rares nuages viennent parsemer d'un voile diaphane alors que décline l'astre du jour, des rues baignées de lumière et de chaleur qui enivre tout autant qu'elle écrase de ses rayons brûlants l'inconscient qui ose braver les heures où la ville s'endort dans l'épaisseur sèche de l'air. C'en est fini également des fragrances de jasmin lorsque tombe la nuit sur les jardins de l'Alcazar, de cette douceur de vivre moirée d'insouciance qui n'appartient qu'aux jours heureux des vacances, loin des soucis, loin du travail, loin de tout...

    De retour à la maison au milieu de la nuit, après un voyage teinté de nostalgie, je retrouvai chérinou qui m'attendait, dormant à poings fermés, allongé de tout son long sous la couette, dans le silence de la nuit. Après m'être attendri quelques instants à l'observer dans le souple balancement de son souffle, je le rejoignais dans son sommeil.

    Qu'on est bien chez soi...
    aussi !

    5 août 2009

    Vacances - Episode 5 : Spécialité culinaire injustement méconnue : "Las Yemas de la muerte" ..

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    La gastronomie espagnole est riche d'une belle diversité qui honore chacune de ses régions, bien au-delà de l'inoxydable paëlla et du non moins traditionnel gazpacho qu'il faut toutefois avoir dégusté au moins une fois dans sa vie préparés par des mains expertes doublées d'un esprit gourmand : poissons frits, viandes grillées, salades de pois-chiches, calamares in tinta et autres salades de poulpe... l'amphytrion de passage au pays de Cervantes n'aura que l'embarras du choix des armes sans grand risque de déception. Ou presque.

    Car si les mets salés font généralement l'unanimité des palais exigeants, le travail des desserts et spécialités sucrées, malgré certainement une bonne dose d'efforts, ne sont pas toujours à la hauteur des espérances que l'on place en eux, et ceci tant de façon générale (il y a des exceptions, j'en ai déjà expérimenté) que de manière plus particulière s'agissant des "spécialités" locales.

    Au rang de ces dernières je voudrais aujourd'hui vous présenter une spécialité non pas sévillane mais de
    Avila (Castille-et-Leon), fabriquée un peu partout sur le territoire notamment et en particulier par des monastères - dont l'un se situe quelques rues de notre appartement - que l'on trouve disséminés un peu partout sur le territoire : les Yemas.

    Yema en espagnol désigne le jaune d'oeuf, qui constitue - avec le sucre - la matière première de cette spécialité. Les yemas se présentent sous la forme d'une boule jaune orangé, de la taille d'une grosse noix soigneusement emballée dans un carré de fin papier blanc, certie d'une fine couche de sucre fondant qui croque légèrement sous la dent, avant que ne se dévoile un coeur moelleux et onctueux, puissamment sucré, parfois relevé d'une pointe de citron.

    Spécialité ou vaste farce, je ne sais pas exactement en réalité... Car sous ses dehors apparemment inoffensifs, cette petite boule de jaune d'oeuf que l'on tente de faire ressembler à un véritable jaune d'oeuf, cache en réalité une arme de destruction massive pour les artères. Selon l'OMS, un kilogramme de yemas devrait suffire à nourrir le Sahel pendant une semaine...

    Le secret ? Le sucre !! Car il ne faut pas s'y tromper : la présence de jaune d'oeuf dans la recette n'est qu'un artefact destiné permettre au sucre de tenir en place. Vous ne me croyez pas ? Lisez donc la recette :

    Yemas du couvent de San Leandro
    Temps de préparation : 15 minutes
    Temps de cuisson : 10 minutes
    Temps de repos : 12 heures

    6 jaunes d'œufs
    1 blanc d'œuf
    625 g de sucre

    - Dans une casserole, mettez 500 g de sucre et 15 cl d'eau. Portez sur feu doux jusqu'à ce que le sucre soit dissout et que le liquide devienne sirupeux, sans colorer.
    - Dans une jatte, battez longuement les jaunes et le blanc d'œufs jusqu'à ce que la préparation mousse et double de volume. Versez le sirop dans un saladier que vous mettrez dans un bain marie frémissant. Incorporez délicatement, en tout petit filet les oeufs battus. Fouettez au fur et à mesure, jusqu'à ce que tous les oeufs soient incorporés au sirop.
    - Versez la préparation dans un plat rectangulaire et laissez refroidir. Formez ensuite, avec les mains, des boulettes auxquelles vous donnerez la forme de pyramide. Trempez ces "yemas" dans un sirop au petit boulé, fait avec le reste de sucre et 5 cl d'eau. Égouttez et déposez sur une plaque farinée. Laissez sécher 12 heures.
    Pour information, sachez qu'un jaune d'oeuf pèse en moyenne 53g et un blanc 35g. Dès lors, si l'on fait un rapide ratio : 6 x 53 (poids des jaunes) + 31 (poids du blanc) = 349 g (poids total d'oeuf) pour un poids de sucre de 625 g ... Soit environ à peine moins que le double de sucre pour un poids d'oeuf donné. Une broutille en somme ! Vous aurez aussi noté l'extraordinaire variété des ingrédients qui entrent dans la composition des yemas : des océans de sucre, un fleuve de matière grasse (les jaunes d'oeuf) et un ruisseau de protéines (le blanc).

    Mais parlons un peu du goût : est-ce qu'au moins c'est bon ?
    Hé bien les avis de notre petite communauté sont partagés. Laurent trouve ça "dégueulasse" (sic) et refuse jusqu'à la simple la vue d'un yemas. Nadia pense qu'elles viennent tout simplement de l'enfer pour engloutir le monde sous des litres de glucose diabolique... Stéphane et moi-même, qui sommes les derniers à avoir expérimenté la chose, n'avons trouvé ces petites gâteries ni franchement mauvaises, ni qu'elles aient un goût particulier de reviens-y... De texture semi-fondante semi-pâteuse, le sucre annihile toute la saveur du jaune dont seule reste la couleur. J'avoue qu'une grande tasse de café noir est bienvenue pour faire passer la bouchée !

    Si le coeur vous en dit, il est possible d'acheter des yemas un peu partout mais les meilleures sont - paraît-il - encore celles confectionnées artisanalement par les bonnes soeurs qui gardent jalousement derrière la lourde porte de leur couvent, les secrets ancestraux de leur trésor. D'ailleurs la quête des yemas peut parfois prendre des atours plutôt drôles. Ainsi dans l'un des couvents de Séville, il suffit de se pointer à l'accueil et de demander la quantité de yemas que l'on veut en Euros. Posez la somme correspondante sur la base du guichet rotatif en bois qui pivote alors, laissant place à votre commande. Les soeurs, cloîtrées, ne sont pas en contact direct avec le visiteur qui peut toutefois les entendre rire au loin, sûrement amusées du bon tour qu'elles viennent de jouer au pigeon qui repart sa barquette de yemas sous le bras, lui convaincu d'avoir acquis la quintessence du raffinement, elles encore étonnées que l'on vienne seulement encore leur en acheter, en dépit de tous leurs efforts pour terrasser nos papilles...

    3 août 2009

    Vacances - Episode 4 : Enigme Sévillane

    5 commentairess
    En se promenant dans Séville, outre de très beaux spécimens d'architecture arabo-andalouse, on peut croiser au gré de ses pérégrinations à travers les rues sinueuses, des "objets" bizaroïdes aussi moches qu'intriguants, isolés ou en groupe de deux ou trois, ressemblant à... heu... ben... jugez en par vous même :



    A votre avis, qu'est-ce que c'est que ce bidule ?
    1. Un transpondeur thermonucléaire à gyroscope débrayable
    2. Un prototype de téléporteur grand public
    3. Une borne wi-fi ultrapuissante qui permet des échanges de fichiers de 1 Go / seconde
    4. Une centrale nucléaire miniature pour l'éclairage public
    5. Un nouveau modèle de distributeur bancaire automatique anti-effraction en titane blindé qui peut résister à une explosion nucléaire
    6. Une poubelle - doté d'un blindage pouvant résister à une dépression de 800 Terra-atm avec générateur d'antimatière synchronisé pour un recyclage maximal
    Je vous laisse 5 minutes pour réfléchir...


    En fait, rien de tout celà, ou presque...
    Sous ses dehors de machine infernale, ce gros tas de ferraille cache en réalité une vulgaire poubelle. La démonstration en images :


    1/ Ouvrez la trappe, enfournez la cargaison dont vous désirez vous défaire sans plus de délais


    2/ Actionnez la manette située sur le coté gauche du bidule, et hop !

    Pourquoi faire simple lorsque l'on peut faire compliqué ? ... et laid ? Car en effet, vous serez sûrement d'accord avec moi pour admettre que la puissante laideur du bidule n'a pas effrayé une seconde la municipalité qui a décidé d'implanter un peu partout ces poubelles aussi high-tech que le décapsuleur de ma grand-mère.

    Parfois il y a des coups de pied au cul qui se perdent...

    1 août 2009

    Vacances - Episode 3 : épopée Sevillane

    2 commentairess
    Et hop, changement total de décor en quelques heures. Après avoir quitté Lourdes sitôt terminé mon dernier cours de solfège - et avoir été ovationné par mes élèves en pleurs d'admiration devant un professeur aussi doué et talentueux - me voici quelques 1500 kilomètres plus loin pour une semaine entière propulsé au coeur de l'une des plus belles villes d'Espagne en compagnie non pas de mon chéri qui erre en France de mariage en beuverie désoeuvré comme Pénélope attendant son Ulysse (gniiiiiiiiiiiiii), mais de mes acolytes de tous les combats, Laurent, Stéphane et Nadia. Finies les bondieuseries, exit les moutons et les verts pâturages, Y viva Espana !

    Enfin, viva espana... je suis indulgent pour le voyage qui nous a conduit de l'aéroport de Girona depuis lequel nous avons embarqué jusqu'aux portes de nos vacances. Si les compagnies lowcost présentent l'intérêt non négligeable de leurs prix particulièrement attractifs, la qualité du service à bord reste en revanche plusieurs crans en dessous. La faute n'incombe pas totalement au prestataire mais il faut reconnaître que notre vol prit parfois des allures à la limite du supportable. 

    Tout d'abord je tiens à déverser un torrent de fiel haineux des plus amers contre les mioches qui hurlent à la mort sans discontinuer, depuis l'embarquement jusqu'au débarquement. Je ne sais qui est le plus blamable dans l'histoire : le chiard hurlant à la mort comme si on l'amputait d'un bras à vif, ou le parent inconscient qui ne l'étouffe pas dans sa liquette afin de le calmer définitivement. Non mais franchement heureusement que les hublots sont solidement ancrés dans la carlingue sinon j'en connais qui auraient fait un baptême de l'air fulgurant !

    Autre particularité de ce vol qui justifie à lui seul un cri foudroyant de mécontentement : le chef de cabine hurlant comme une poissonnière dans son interphone - en anglais mais parlé avec un accent espagnol très prononcé - à tout bout de champ même lorsqu'il ne se passait rien, juste pour nous dire qu'il fait beau ou qu'il a mis un slip de couleur... Et encore, si ce n'était que ça ...  Alors que j'essayais de trouver un semblant de sommeil sur mon fauteuil trop étroit pour y longer la paire d'échasses qui me sert de jambes, et trop raide pour que mon dos puisse s'y appuyer confortablement, j'eus la surprise de voir notre chef de cabine se transformer en Pierre Bellemare du ciel pour nous proposer d'acquérir parfums, montres de luxes et autres objets tous aussi improbables les uns que les autres, concluant sa harangue par un slogan médiocre : "Avec AirBidule, achetez différemment"... Dans quelques années, si cela continue à ce rythme, j'imagine fort bien ce genre de discussion : 
    "Tiens chéri, y'a plus de lait dans le frigo. Prend un vol pour Berlin et ramène un pack de 6..."
    ou encore :
    - Mais alors... ? t'étais où toute la matinée ?
    - Ben rappelle-toi chérinou, j'ai pris un aller-retour Toulouse-Milan : fallait que j'achète un grille-pain pour le mariage des Leblanc..."
    Nan mais j'vous juge, du grand n'importe quoi. Même le RER aux heures de pointe n'est pas si bordélique !! 

    Enfin, bref, quelques heures de médiocrité en contrepartie d'une semaine de détente et de bien être, finalement, ce n'est pas si grave. Nous voici bel et bien à Seville dans un bel et cossu appartement climatisé loué pour une bouchée et demi de pain, idéalement situé en plein centre ville.

    Lorsque adolescent j'étudiais l'espagnol au collège puis au lycée, j'eus la chance de compter à trois reprise parmi mes professeurs Madame P. que nous surnommions parfois "le nain" ou plus péjorativement "le nabot" en raison de sa petite taille. Les enfants sont cruels... Néanmoins - mutatis mutandis pour l'esprit - la taille ne fait heureusement pas tout et Madame P. nous a transmis un savoir solide ainsi que sa passion pour l'Espagne, notamment et en particulier pour l'Andalousie dont nous avions droit chaque année à une ou plusieurs séances diapos, la salle de classe se trouvant alors enveloppée d'un étrange clair-obscur orangé provoqué par les épais rideaux occultants chargés de poussière, rangés de part et d'autre des fenêtres comme deux gardes suisses rabougris.

    Les jardins de l'Alcazar, la Giralda, les orangers chargés de fruits, le ciel d'azur gorgé de soleil, l'architecture des rues où se dessine sur les façades des maisons le syncrétisme esthétique des cultures occidentale et orientale... Autant d'images féériques qui alimentèrent longtemps mes rêves d'orient et de palais merveilleux, de chevaux au clair de lune et d'épopées fantastiques à travers les décors extraordinaires de cette région aux confins de mondes qui furent un temps en osmose, et qui aujourd'hui se regardent d'un oeil méfiant. Tant de trésors qui s'offrent désormais à moi...