Comme beaucoup de monde j'attendais avec impatience la sortie du dernier opus signé Tim Burton. D'une part parce que j'aime beaucoup le travail de ce réalisateur pour son univers sombre et torturé tout autant que loufoque et décalé ; d'autre part parce j'avais hâte de découvrir comment l'ami Burton allait s'approprier le monde fantasmagorique de Wonderland dans lequel il m'était tout à fait concevable qu'il se sentit chez lui. Pour tout dire j'attendais beaucoup de ce film qu'un matraquage publicitaire rondement mené laissait désirer depuis quelques longs mois.
L'histoire de Alice, tout le monde la connaît dans ses grandes lignes, soit que l'on ait vu le dessin animé de Disney, ou bien la série animée diffusée à la télévision dans les années 80, ou encore - pour les plus valeureux - qu'on ait lu l'oeuvre de Lewis Carol.
Pour résumer, Alice, c'est 50 kilos d'héroïne... Cette petite fille de la bonne société Londonienne voit des lapins qui courent partout, un chat qui vole, des oeufs qui marchent sur un mur (du moins dans la version originale : l'absence de Humpty-Dumpty dans la présente fait cruellement défaut ce me semble) et des chenilles qui fument le narghilé. Je sais, on en a enfermé pour moins que cela. Mais que voulez-vous, la protection de l'enfance n'est plus ce qu'elle était ! Pour en venir au film à proprement parler, rien de révolutionnaire dans l'assiette. Alice se trouve en prise avec l'inoxydable Reine de Coeur qui, au gré de sa mauvaise humeur, fait régner la terreur sur Wonderland. Le scénario est assez linéaire, sans surprise ni réelle originalité ou une quelconque prise de risque. Disons que c'est du Disney familial destiné à plaire au plus large public. Les chtites n'enfants comme les plus grands y trouveront mille raisons de s'émerveiller - les effets spéciaux numériques sont là pour vous garantir le spectacle, d'autant que l'utilisation sympathique de la 3D apporte une profondeur visuelle discrète mais tout à fait appréciable. Si je n'ai étonnamment pas été conquis outre mesure par le Jonny Deep grimé en chapelier fou, la Reine de Coeur m'a en revanche paru parfaite dans son rôle. La Reine Blanche vaut aussi son pesant de cacahuètes, dans un registre assez différent toutefois. Tout cela fait de Alice un très bon divertissement, parfois assez drôle d'ailleurs. J'ai au demeurant passé une bonne soirée derrière mes lunettes 3D.
Voilà voilà...
Mwoui... voilà voilà... Car, vous le sentez bien, il y a un hic.
Si j'allais voir Alice ce soir ce n'est pas tant pour l'histoire en elle même - dont le ressort a été usé jusqu'à la moelle, parfois brillamment, je pense en particulier au fabuleux Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro sorti en 2006 - mais pour l'univers Tim-Burtonien dont je parlais plus haut, celui que j'avais adoré dans Edouard aux mains d'argent, Sleepy Hollow, Big Fish ou encore L'Etrange Noël de Mister Jack, et que j'avais cru reconnaître dans le génial Coraline dont il n'était pourtant pas l'auteur. Alors, certes on retrouve ses marques, l'image est parsemé de références désormais classiques, presque des figures imposées, telles que les arbres aux inquiétantes branches noueuses, on reconnait le moulin à vent dégingandé qui a fait la renommé de Disney en 1937 avec son court métrage The old mill, la folie des personnages est bien présente, mais... mais pas beaucoup plus en réalité. Je n'ai pas retrouvé dans cet Alice ce qui jusqu'alors m'avait fait aimer le cinéma de Tim Burton. Pire... j'ai eu l'impression de voir une sorte de cousin éloigné de Harry Potter, ou du Monde de Narnia ! Où sont passées la noirceur ténébreuse, la puanteur infernale, les errances délirantes de personnages emportés dans les élans d'une irrémissible folie ? Où sont les peurs refoulées de notre enfance, celles qui nous prennent au tripes et nous glacent d'effroi et auxquelles il faudra pourtant faire face ? Wonderland m'est apparu assez gentillet et bien loin, dans ses cotés obscurs, des méandres dans lesquels Burton aurait pu, avec son génie habituel, lui construire un décorum cousu main.
Peut-être également ai-je, à un tout autre niveau, été indisposé par la logorrhée d'images de synthèse qui composent à peu près l'essentiel du visuel, acteurs compris. Etrangement je m'étais déjà fait la réflexion pour Avatar sans que cela me dérange au delà du raisonnable. Mais ce coup ci fut différent. La différence entre des décors réels et des décors en images de synthèse est... que cela finit par se voir !! J'en veux pour preuve un exemple tout simple : l'animation d'une feuille de fougère. En image de synthèses c'est beau, c'est tout lisse, sans aspérités ; il n'y a pas cet infime frémissement aléatoire, cette petite ondulation disgracieuse à peine perceptible mais bien présente qui différencie un univers virtuel mathématiquement idéalisé de l'univers réel imparfait. Mais plus encore que les décors dont je peux comprendre la nécessité de recourir au tout numérique, le tripatouillage morphologique des acteurs m'a laissé perplexe et assez peu séduit. Mais peut être suis-je vieux jeu...
Au final, Alice in Wonderland à la sauce Tim Burton laisse un bilan mitigé. Si j'ai effectivement passé un agréable moment, je ne suis en revanche pas certain d'avoir aimé le film qui m'a déçu.
Dommage.
Dommage.
