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    Affichage des articles dont le libellé est enfance. Afficher tous les articles

    15 mars 2021

    La photo du mois : Les jeux d'enfants

    6 commentairess

    Diantre, nous sommes déjà le 15 mars, jour du rendez-vous mensuel avec La photo du mois !

    Ce mois-ci Josette nous proposait de plancher sur le sujet : Les jeux d'enfants. Nous avions pour ce-faire les indications suivantes : 

    « Seul ou avec d’autres, l’enfant qui joue s’amuse mais aussi, il apprend ! C’est du sérieux ! » Vous avez pu l’observer ... sans doute, en cueillir les instants en les photographiant...

    Alors, non, je n'ai pas d'enfants et ne photographie pas les enfants des autres lorsqu'ils jouent. De nos jours c'est un coup à vous conduire tout droit en garde à vue. Et c'est une expérience que je n'ai pas tellement envie de vivre. Je me suis donc contenté d'interpréter, assez sagement le sujet.

    J'ai voulu ma photo sombre et un peu inquiétante, comme dans un film d'épouvante. Si seulement j'avais eu un ballon rouge à attacher dans ce décors...


    La photo du mois continue chez les autres participants : Akaieric, Amartia, Betty, Blogoth67, Christophe, Danièle.B, El Padawan, Escribouillages, Frédéric, Gilsoub, Gine, J'habite à Waterford, Jakline, Josette, Julia, La Tribu de Chacha, Lau* des montagnes, Laurent Nicolas, Lavandine, Le souffleur de mots, Lilousoleil, magda627, Marie-Paule, Philisine Cave, Pilisi, Renepaulhenry, Shandara, Sous mon arbre, Tambour Major, Xoliv'.

    19 octobre 2020

    Inktober avec un clavier #19 Etourdi

    0 commentaires

    Étourdi ! Voilà un épithète qui m'a souvent été attribué quand j'étais gamin. J'étais étourdi. Du moins c'est que l'on disait de moi. 
     
    Des erreurs d'étourderie, j'en faisais presque à tous les coups. Une interro, quatre exercices à faire, j'oubliais le troisième. Une question facile sur laquelle je savais tout, j'oubliais l'essentiel. Mais quel étourdi ! M'a-t-on souvent asséné. Et je ne compte plus le nombre de fois où le seul commentaire en marge de mes copies était "Des erreurs d'étourderie..." avec ces trois petits points de suspension lourds du poids de tout leur jugement.

    Rétrospectivement pourtant, je crois que l'étourderie n'avait pas grand chose à voir là dedans, ou à tout le moins une part marginale. Certes il m'arrivait de faire des erreurs bêtes de pure inattention. Mais je crois que pour l'essentiel ces oublis provenaient et proviennent encore,  car j'y suis encore sujet, à un surcroît de concentration ou d'une incompréhension. Cela peut paraître paradoxal de prime abord mais je crois pourtant que c'est assez simple. 

    Commençons par la seconde. Dans certaines matières j'ai mis très longtemps à comprendre ce que l'on attendait de moi. Notamment, j'ai mis très longtemps à comprendre qu'il fallait souvent commencer par poser les définitions. Ben oui, quel intérêt ? Tout le monde sait - et le prof par dessus tout -  ce qu'est un triangle rectangle ou, dans un autre registre, la photosynthèse. A quoi bon perdre du temps à l'expliquer ? C'est é.v.i.d.e.n.t alors on passe aux vrais problèmes. J'ai compris, plus tard, l'intérêt de rappeler les évidences.

    Surcroît de concentration ensuite. Là aussi c'est assez simple à comprendre : qui trop embrasse mal étreint. A trop se focaliser sur la perfection de certaines choses, on en oublie d'autres pourtant essentielles, parce qu'on a trop le nez dans le guidon. Du coup, à trop peaufiner le schéma de l'exo 1 on zappe la dernière question (qui valait huit points). Ou on oublie par étourderie une étape importante d'une recette que le premier péquin aurait vue en lisant par dessus mon épaule. Et ce ne sont là que quelques exemples.

    Je crois que je me suis beaucoup amélioré sur ce point avec le temps et que j'ai beaucoup gagné en rigueur. Il m'arrive encore d'être un peu étourdi. Par exemple en repartant d'une pièce sans avoir récupéré ce que j'étais venu y chercher. Et, certes, hier j'ai oublié de poster le billet sur le thème du jour. Une étourderie me direz-vous. Pas du tout. D'une j'étais certain de l'avoir programmé. De deux, j'étais trop occupé à poupouiller les chats-minous. Vous voyez : nulle étourderie !

    15 septembre 2019

    La photo du mois : Objet(s) de votre enfance

    4 commentairess
    Bonjour à tous, nous sommes le 15 septembre et c'est l'heure de notre neuvième rendez-vous avec La photo du mois.

    Chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées en même temps sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

    Ce mois-ci, nous devions traiter le thème Objet(s) de votre enfance, choisi par Blogoth67 qui nous donnait les indications suivantes :

    Vous avez certainement au fond d’un tiroir, dans un placard, un objet (jouet, doudou, livre, médaille…) lié à votre enfance. Remontez vite le temps et merci de nous le faire découvrir!
    Je conserve, que ce soit chez moi ou chez mes parents, de nombreux objets liés à mon enfance. J'ai hésité entre plusieurs, dont un très joli robot bleu avec lequel j'ai beaucoup joué étant gamin et que ma mère, en dépit ses régulières frénésies de rangement par le vide, ne s'est résolue à jeter parcequ'elle sait que j'y tenais beaucoup.

    Mais l'objet que je partage avec vous aujourd'hui est très spécial : une petite tortue en plastique en train de marcher, portant sur son dos deux petits souris dont l'une tient dans la main un drapeau.

    J'avais évoqué cette petite tortue dans ce billet, lui aussi un peu spécial d'avril 2010 :

    Lorsque j'étais gamin c'était mon jouet préféré : une toute petite tortue en plastique portant sur son dos une petite souris grise. De la taille d'une grosse noix, ma grand mère s'amusait à me faire croire qu'elle pouvait la faire disparaître. Et moi je courrais, émerveillé par ce tour de passe-passe dont les adultes riaient. Moi je n'y voyais que du feu et me demandais par quel prodige cette tortue en plastique parvenait à se volatiliser, uniquement entre les mains de ma grand mère. Entre les miennes, l'exercice devenait nettement plus coriace. En fait je n'y suis jamais parvenu.

    Cette petite tortue en plastique existe toujours. Nous l'avons tout naturellement retrouvée rangée dans ses affaires le jour de son départ, voici neuf ans. Désormais elle tient compagnie aux livres de la bibliothèque familiale. Allez savoir pourquoi, ma grand-mère ne s'en est jamais séparée, même lorsque, après avoir vendu ses meubles, elle s'en est venue vivre avec nous. Peut-être parce qu'elle lui rappelait, en dépit de sa peinture un peu écaillée et de son allure approximative, les tendres rires de notre enfance. Celles-là dont la simple évocation redonne le même sourire que celui qui passe sur mon visage au moment où j'écris ces quelques lignes.



     Et vous, quel(s) objet(s) de votre enfance avez-vous conservé(s) ou aimeriez-vous retrouver ?

    15 janvier 2019

    La photo du mois : Drôle(s) de machine(s)

    10 commentairess
    Hop, nous sommes le 15 janvier et c'est l'heure de notre premier rendez-vous avec La photo du mois.

    Chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

    Ce mois-ci, nous planchons sur le thème Drôle(s) de machine(s) qui a été choisi par Amartia.

    Je ne suis pas allé chercher ma photo très loin puisque ma drôle de machine est placée en évidence sur une bibliothèque de ma chambre, un souvenir d'enfance avec lequel j'ai énormément joué et auquel je trouve toujours une très fière allure.

    Toute de bleu et d'argent, deux bras à peine articulés munis de pinces en forme de clé de douze, trois gros boutons de couleur sur le haut de la tête le faisaient avancer, produire une sorte de son de sirène d'ambulance, et le dernier pour l'arrêter...


    Alors, non, ma drôle de machine à moi n'est pas connectée, elle ne parle pas, elle ne fait rien d'extraordinaire. Mais quand j'étais gosse elle me faisait rêver et j'ai pu jouer avec un nombre d'heures incalculables.

    N'est elle pas formidable, ma drôle de machine ?

    23 août 2016

    Les colonies de vacances et l'odeur des estives après la pluie

    7 commentairess
    Alors que j'avais pris le clavier pour rédiger un billet sur mes seules, uniques et détestables colonies de vacances en 1989, voilà-t-y pas qu'après avoir couché seulement trois lignes, c'est le vide plat... Rien qui ne sorte de valable, pas une idée, ni même l'once d'une envie quelconque d'écrire quoi que ce soit.

    Je l'avais pourtant un peu réfléchi ce billet. J'avais des images, des bruits, mille détails qui nourrissent ce souvenir. Je me souviens vaguement de la couleur ivoire sale des bâtiments années 60 disposés tout en longueur à flanc d'une côte qu'il fallait gravir à pied et qui nous essoufflait lorsque nous regagnions la base le soir venu. De l'infirmerie où toute la colo séjourna tour à tour pour cause de varicelle ayant contaminé les plus jeunes jusqu'aux plus grands. Des réfectoires et de ses lits juxtaposés sous lesquels nous cachions nos provisions de bonbons. Des camarades globalement pas super sympas voire carrément arrogants pour certains...

    Et surtout il y avait le supplice des douches collectives le soir. Je m'arrangeais toujours pour passer le dernier afin de ne pas m'exposer à la vue de tous, paniqué et en proie à un puissant sentiment de malaise que provoquait alors la laideur de ma nudité déjà boulotte face à la sveltesse insouciante de mes coreligionnaires. Je parvenais tant bien que mal à limiter les dégâts jusqu'à ce soir dramatique où le moniteur en eut marre de me voir passer le dernier et me forçat à passer dans les tous premiers. Contraint, je me soumettais alors à l'autorité noyée d'incompréhension aveugle de ce jeune adulte et vécus l'un de mes premiers réels malaises, mêlé de honte. Un drame... Je lui en ai voulu terriblement. Il s'appelait David.

    Je me souviens aussi d'une échange avec mon frère, lui aussi de la partie, qui me demandait lors d'une récréation entre midi et deux : "tu t'amuses toi ?". Ce à quoi je répondis "non et toi ?". Et lui de me répondre par hochement horizontal de la tête assorti d'une grimace triste signifiant "moi non plus". On se faisait chier comme des rats morts. Un véritable fiasco...

    Il y avait bien des activités pour nous distraire et nous occuper. L'une d'elles était un atelier de théâtre dont le but était la production d'un petit spectacle donné en fin de colo dans les villages voisins. 1989, bicentenaire de la Révolution Française. Ça c'était vraiment, vraiment, chouette mais pas assez pour racheter le reste.

    Bien évidemment, lorsque l'année suivante la question de nous réinscrire en colo pour l'été fut posée, mon frère et moi opposâmes un refus catégorique et définitif. Il n'y eu jamais d'autre fois.

    De même, jamais je n'étais retourné sur ces lieux depuis 1989, alors pourtant que ma route vers ma villégiature habituelle dans le Luchonnais passe à quelques kilomètres de là seulement. Aussi, c'est un peu par hasard que la semaine dernière, me promenant du côté de Saint Bertrand de Comminges et profitant des routes de campagne pour découvrir l'arrière pays, je tombais nez à nez avec un panneau indiquant, à quelques enjambées de là, l'entrée du village de la colonie maudite.

    La vitre baissée et roulant au pas, je revis alors au loin les bâtiments invariablement couleur ivoire, disposés tout en longueur à flanc de côte et reconnus, au sortir du village, la route de montagne parée de saponaires de mes souvenirs. C'est alors que je reconnus cette odeur végétale et tourbée à la fois, si particulière et caractéristique des estives après la pluie. Et je compris que la mélancolie produite par cette odeur me venait de son association inconsciente avec cet endroit.

    C'était en 1989, je venais d'avoir 11 ans, et je rentrais en classe de sixième en septembre suivant.

    21 septembre 2015

    Marcher sous les étoiles

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    Un jour je demanderai à mes parents la raison et l'occasion pour laquelle on m'avait offert alors que je commençais tout juste à lire, ce livre sur les secret de l'univers. Un beau livre à la couverture de carton épais, gris, avec une photographie de Saturne et ses anneaux. Toujours est-il que ce jour-là est née une véritable fascination pour les choses célestes et, avec elle, tout le questionnement existentiel qui peut l'accompagner : d'où venons-nous, où allons-nous ? Sommes-nous seuls dans l'univers ? Je parcourais avec une soif de connaissance sans limite ces pages de papier glacé où il était question d'étoiles en formation, de supernovae, de galaxies aux couleurs incroyables, d'amas gazeux, de trous noirs insondables et de tout un tas d'autre choses qui, à vrai dire, me dépassaient un peu du haut de mes petites années.

    Un peu plus tard, pour alimenter cette curiosité totale de tout qui me caractérisait déjà alors, je me vis offrir, probablement à l'occasion d'un Noël, un très beau livre rouge sobrement intitulé "L'Univers", écrit par  Laurent Broomhead, qui était à l'époque un vulgarisateur scientifique extraordinaire, du moins dans mes souvenirs.

    Ce gros livre rouge, j'ai du le lire et le relire un bon millier de fois et pendant des années. Il n'y était plus seulement question de corps célestes, des planètes, de leurs caractéristiques, de quasars et autres pulsars, mais aussi de notions telles que le temps, la vitesse et l'espace, d'espace-temps, de dimensions, de la forme de l'univers et de bien d'autres choses encore qui furent, et demeurent encore aujourd'hui, des champs d'intérêts dont je ne suis toujours pas lassé.

    C'est à la même époque que, naturellement, j'ai commencé à lever mon nez vers les étoiles et à observer les cieux nocturnes. Par chez-nous, la campagne étant alors encore un havre de paix et les nuits parfaitement noires chose commune, cela ne suscitait guère de difficulté. Il suffisait de se mettre sur la terrasse une fois le soleil couché et d'ouvrir les yeux pour que le spectacle ne commence. Au bout d'un certain temps, j'avais acquis une petite connaissance qui me permettait de nommer un joli nombre de constellations : la Grande ourse, la Petite ourse, Cassiopée, Orion, le Cygne, Vénus... 

    Je me souviens aussi de cette sensation absolument fantastique lorsque, un soir, je me rendis compte que l'on pouvait parfaitement observer à l’œil nu cette chose si extraordinaire qui n'est autre que la Voie Lactée, notre propre galaxie, dont la traînée blanche si caractéristique macule le ciel. Si lointaine et pourtant si proche... Ma fascination était sans limite.

    Une chose qui me sidérait alors, et qui d'une certaine manière me sidère encore, c'est de concevoir que ce que je voyais dans le ciel n'était pas tant les étoiles en elles-mêmes, mais la lumière qu'elles avaient envoyée à travers des milliards et des milliards de kilomètres de distance, plusieurs milliards d'années auparavant, et que ce que je voyais n'était qu'une image de quelque chose qui peut-être n'existait plus, et que la lumière de cet instant ultime ne m'arrivera jamais, faute pour moi d'être là le moment venu... 

    S'il est un de mes rêves d'enfants qui n'a jamais été réalisé, c'est bien celui de posséder une longue-vue ou un petit télescope pour regarder tout cela de plus près, de pouvoir notamment scruter la face de la lune ou de mieux voir la forme de ce gros point brillant bas dans le ciel et que je savais être Jupiter. Adolescent je me souviens avoir franchi le seuil d'un magasin spécialisé pour me renseigner sur les prix et modèles de ces appareils qui s'étaient depuis fortement modernisés.

    Cette passion ne m'a jamais quitté. Passion est certes un peu excessif mais je reste, en tout état de cause, captivé par toutes ces questions-là, pour certaines aux confins de la science, et qui me procurent ce vertige si spécial, lorsque j'y pense, de toutes ces choses pour lesquelles nous n'avons qu'une compréhension minime et qui sont pourtant bel et bien là, sous nos yeux et dont nous sommes partie intégrante.

    Aujourd'hui je n'ai toujours pas de télescope et je n'ai toujours pas observé Jupiter à travers une longue-vue. Mais c'est le même frisson de grandiose qui me parcourt tout entier des pieds jusqu'à la tête lorsque, au bénéfice d'une belle nuit au ciel clair comme celle encore de samedi dernier, je me promène le nez au vent, les yeux plongés dans les étoiles.

    18 juillet 2015

    Gros

    21 commentairess
    À mon grand regret, je n'ai jamais été ni mince ni svelte. J'ai même été obèse, période de ma vie dont je porte et porterai à jamais les stigmates, tant corporels que mentaux. L'écrire me fait froid dans le dos mais lorsque je revois les photos d'époque, nier l'évidence relèverait de la mauvaise foi la plus absolue.

    Il faut dire que j'ai hérité d'un morphotype familial peu accommodant avec les canons de la beauté actuelle, au grand désespoir de ma balance. Ma grand-mère était l'archétype de la mama italienne, grande, forte et carrée. Son frère aîné avec lequel je me trouve une certaine ressemblance mesurait plus de deux mètres et dépassait largement le quintal ce qui, somme toute, était bien normal. De même mes parents sont grands et mes oncles côté maternel auraient tous pu être piliers de rugby. On ne lutte pas contre la génétique. Tout au plus essaie-t-on de se l'approprier et de dompter cette identité que l'on ne maîtrise pas.

    Gros, donc, je lutte depuis de longues années contre cette diable de biologie qui pousse mon corps à l'embonpoint au premier écart. Plus jeune j'en ai beaucoup souffert. Gros. Gourmand. Et homo refoulé qui plus est... Je ne vous raconte pas le carnage alimentaire et les bonds que faisait parfois ma balance au gré de mes sautes d'humeur, de mes contrariétés, de cet océan d'inassouvissement dont je mettrai assez longtemps à me dépêtrer. 

    Gros, et nul en sport. Ça va de pair... Mes années au collège puis au lycée furent ponctuées de ces séances d'humiliation pluri-hebdomadaires. D'abord le passage aux vestiaires, le déshabillage et l'exhibition des bourrelets disgracieux, alors que les autres affichaient des corps sains, menus voire athlétiques pour ceux qui pratiquaient une activité physique. Je me souviens d'un certain Pascal qui faisait du judo et qui, un peu plus âgé et particulièrement bien fait de sa personne, suscitait en moi lorsqu'il se retrouvait en caleçon, les premiers émois dont je ne comprenais alors pas trop la nature...

    Puis venait l'humiliation de l'incapacité à réaliser les exercices proprement, selon les canons dictés par le professeur, sous la risée de mes camarades de classe. Trop lourd pour sauter, trop gros pour ne pas m'essouffler, pas assez ceci, trop cela... Les cours d'EPS étaient le plus souvent une torture mentale absolue.

    Une fois pourtant j'avais trouvé une forme d'épanouissement avec une prof probablement un peu plus intelligente que la moyenne et qui avait accepté qu'au lieu du foot, je joue au handball avec les filles, sport que j'aimais beaucoup à l'époque et dans lequel j'avais quelques maigres aptitudes. Je l'ai beaucoup aimée cette prof-là qui avait su comprendre et faire en sorte que son élève prenne du plaisir dans une activité physique collective et dans laquelle il pourrait s'investir un tant soit peu, pour son bien à lui. Ce fut la seule fois...

    Mon entrée à l'université et mon premier appartement en solo devaient marquer un point important dans l'évolution ce de marasme. Habitué aux bons petits plats que maman préparait pour mon père qui travaillait comme un forcené et avait donc besoin d'une alimentation riche, je me trouvais désormais seul et partiellement maître de mon régime alimentaire. Et le bilan fut spectaculaire : trente kilos perdus en un peu plus de deux ans. Une métamorphose... Je n'étais toujours pas mince, ma carrure s'y oppose formellement, mais je n'étais plus obèse, ce qui constituait une avancée prodigieuse. Et je crois que c'est aussi à partir de ce moment-là, fort de cette nouvelle apparence plus en harmonie avec moi-même, que se mit en place le long et lent processus de remise en question qui devait me permettre, plusieurs années plus tard, de m'admettre comme gay et de commencer enfin à vivre un peu plus librement ces choses-là.

    Ma rencontre avec le sport vint un peu plus tard, en troisième année, sur le campus de la fac. D'abord au rythme d'une fois par semaine puis bientôt deux. De la muscu. J'y ai pris goût et je n'ai jamais arrêté depuis. C'en est même devenu un besoin au point que je ressens aujourd'hui un manque lorsqu'une semaine se passe sans que je ne sois allé transpirer ne serait-ce qu'une petite heure. Je peux dire que je suis sportif, maintenant, moi le gros nul en sport d'antan. Quelle ironie !

    Aujourd'hui je ne suis toujours ni svelte, ni mince. Je suis en quelque sorte le Sisyphe de mon propre corps... Physiquement très charpenté au point que l'on me demande régulièrement si je joue au rugby (non, je ne joue pas au rugby) je reste "enrobé" selon un doux euphémisme, malgré des efforts continus pour ramener cette masse à de plus justes proportions, bien que le poids progressif des années n'y soit guère favorable. Aussi je reste très critique vis à vis de moi-même et j'ai bien du mal à me trouver séduisant. Non pas que je me trouve moche, ce serait à nouveau de la mauvaise foi, mais j'ai bien du mal à accepter - risquerais-je tolérer ? - l'image ingrate de ce physique qui est pourtant le mien et que me renvoie le miroir chaque matin au sortir de la douche...

    23 février 2015

    La peur du noir

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    Lorsque j'étais petit, j'avais, comme beaucoup de bambins, une peur irraisonnée du noir. Je me souviens particulièrement de cette terreur totale d'avoir à traverser le vaste couloir pour regagner ma chambre le soir, et d'avoir à croiser en passant, l'immense cage d'escalier béante que mon imagination déjà fertile transformait à loisir en un repère de quelques créature infernales tapies dans le creux des marches et dont les immenses mains crochues me saisiraient au passage pour m'emmener avec elle dans les profondeurs obscures du néant. 

    Longtemps, très longtemps j'ai ressenti l'étrange sensation de pouvoir à tout moment être absorbé par l'épaisse noirceur que je savais me regarder du bas des escaliers et dont je pouvais pratiquement éprouver la présence malveillante. Ce n'est donc qu'en courant et le corps transit de frissons que je traversais d'un seul trait l'espace me séparant de ma chambre dont je ne refermais qu'aux deux tiers la porte.

    Mais aussi horripilante fut-elle, traverser le couloir n'était pas, pour mon frère et moi, la source de notre plus grande terreur...

    Celle-ci survenait généralement le soir au détour d'une injonction a priori totalement anodine de ma mère, qui, occupée aux fourneaux, nous demandait : 
    "Les enfants, vous pouvez aller me chercher une botte d'oignons au frigo ?"
    A cette simple question, notre sang se figeait instantanément face à la terrible épreuve que nous devions surmonter : il nous fallait aller au frigo....

    Le frigo désignait, chez mes parents, un gros bâtiment partiellement désaffecté, anciennement à usage de chambre froide agricole voué au stockage des fruits d'été, et dans lequel mes parents entreposaient alors les récoltes d'oignon et d'ail de l'été du jardin familial.

    Située à une petite centaine de mètres de la maison, la bâtisse se voyait de loin. Massive, cubique, elle avait l'air d'avoir été là depuis toujours. De profil, sa toiture asymétrique à deux pans ajoutait encore à la dissonance étrange de cet inquiétant bâtiment à l'imposante stature anguleuse. Loin de se fondre dans le paysage, il s'imposait à lui, le dominait, l'écrasait, le soumettait et l'asservissait à sa sévérité. Et le soir tombant ne faisait que décupler l'allure inquiétante de cette ombre immobile, confinant alors au monstrueux.

    Dénuée de tout élément décoratif qui pouvait en égayer l'épaisse allure stalinienne, trois vastes fenêtres percées très haut sur ses façades observaient fixement l'extérieur, sans que l'on ne puisse en rien deviner l'aspect intérieur de l'énorme chose grisâtre. Çà et là, le vieux crépi uniformément gercé, comme un vieux vêtement usé qui se fend, laissait apparaître à travers ses plaies béantes les strates rouges de la brique et du mortier. Parfois on croyait même l'entendre respirer...

    Après avoir gravi les trois marches d'un petit escalier en béton, l'on pénétrait à l'intérieur par l'unique porte de bois écaillé à la peinture défraîchie de couleur indéfinie. Malgré leur âge indéterminable, les gonds ne grinçaient pas et la porte s'ouvrait avec une infinie souplesse sur un immense volume culminant à près de huit mètres de haut, sans la moindre difficulté. Une invitation à entrer...

    Don't be scared Danny boy.... Do you want a balon ? 
    Do they flote ?
    Hoooo yes, they flote...!


    Un bric-à-brac sans queue ni tête témoignait encore en filigrane du passé des lieux. Ici une vieille calibreuse circulaire à fruits bardée de ressorts et de poulies, là des caisses empilées jusqu'au plafond, des vases ébréchés abandonnés sur un vieux fourneau à bois... ici une vieille table poudrée de poussière et ses chaises cassées disposées de la même façon que si de mystérieux convives s’apprêtaient à s'y asseoir. A travers les hautes vitres tapissées toiles d'araignées, les arbres projetaient leurs gesticulantes ombres noires.
     
    Tout cet attirail carnavalesque formait un paysage grotesque tout aussi fantastique que merveilleux pour les enfants que nous étions. Aussi étrange que cela puisse paraître, le frigo n'était pas systématiquement l'objet de la terreur pétrifiante que mon frère et moi redoutions plus que tout. Il nous arrivait même d'y jouer à cache-cache avec nos cousins et cousines, dans un brouhaha de rires d'enfants quasi paradoxal. Peut-être une manière inconsciente d'en mieux exorciser la crainte, et je me demande parfois si ce ne sont d'ailleurs pas nos vifs éclats de joie qui éloignaient au moins temporairement les forces malfaisantes du lieu, faute de les en pouvoir définitivement chasser.

    Car une fois les rires fanés et les enfants partis, le lugubre régnait à nouveau.
     
    Que l'on y entrât de jour ou de nuit, l'intérieur du frigo fourmillait continuellement de mille grincements, murmures et bruissements venus de partout et de nulle part, bois qui craque, sifflement du vent à travers un carreau brisé, entrecoupés d'inquiétants silences. Et quand soufflait le terrible vent d'autan qui faisait ployer les arbres, le toit de tôles vibrait en de sourds battements métalliques qui suscitaient un état d'effroi le plus total, comme si le diable s'était assis lui-même à califourchon sur le faîte, et s'était mis frapper la charpente de toute ses forces.

    Et au fond, tout au fond, il y avait la porte... La porte de la chambre froide.

    Haute de trois mètres, barrée d'un complexe mécanisme d'épais leviers et contre-leviers, lourde, épaissement calfeutrée, j'espérais toujours qu'elle fut fermée cette porte. J'espérais surtout de n'avoir jamais à l'ouvrir ni d'entendre, à chaque fois que j'eus à la manipuler, ce râlement sourd et étouffé que l'on eut cru sorti du gosier d'un géant.

    Entrer et voir la porte du fond ouverte faisait surgir en moi la peur décuplée que je pouvais ressentir lorsque je passais à côté des escaliers en traversant le couloir. Car derrière cette porte, dormaient les ténèbres les plus épaisses qu'il se puisse concevoir. Un espace hors du temps, hors de tout, humide, mal éclairé, froid, noir, glacial.

    Oui, cet endroit fut la cause de mille cauchemars. Plus d'une fois il m'est arrivé la nuit de me réveiller en sursaut après avoir rêvé que je me faisais engloutir par cette porte béante puis que, poussée par quelque esprit espiègle dont je devinais que le lieu était totalement hanté, elle se refermait à jamais sur moi, et que je me retrouvais alors livré aux tourments de je ne sais quels esprits facétieux...

    Aujourd'hui encore ce lieu continue de réveiller en moi des frayeurs irraisonnées. Si je n'ai plus autant peur qu'avant d'y aller chercher une botte d'oignons, je ne puis oublier ces souvenirs d'enfance aussitôt ravivés par les grincements et les ombres qui habitent toujours l'endroit dans lequel je ne me rends jamais sans emporter une lampe de poche. Juste au cas où...
      

    5 octobre 2014

    Vole, vole, vole la feuille

    4 commentairess

    Vole, vole, vole la feuille  au vent... 
    Cette ritournelle m'est instinctivement revenue en tête alors que je me promenais en l'autre jour en admirant dea feuilles mortes soufflées par le vent.
    Les vacances sont finies,
    Les bleuets fanés,
    L'hirondelle est repartie,
    Au revoir l'été.
    Oui, au revoir l'été pour cet année. L'automne est bel et bien là. Impossible de se tromper. Les splendides couleurs cuivrées dont se parent les arbres au Québec en ce moment sont là pour en témoigner. L'arrière saison ici est vraiment splendide. Les arbres peu à peu s'embrasent. Et les écureuils qui gambadent encore un peu partout, sont plus grasouillets que jamais !

    Les bleuets - du Québec ! - sont effectivement fanés. Mais l'on en trouve toute l'année produits sous serres et importés des voisins étasuniens. Tiens, il me faudra refaire un pouding aux bleuets !
    Vole, vole, vole la feuille,
    Vole, vole la feuille au vent.
    Cette chanson, nous la chantions à l'école primaire, lorsque j'étais en CP, ou quelque chose comme ça. C'est drôle comme certains souvenirs sont tenaces. On la chantait le soir, avant la fin de l'école, dans notre petite salle de classe, aidés par un tourne-disque gris et organge.

    Je me rappelle exactement de la voix un peu nasillarde du monsieur, puis du choeur d'enfants qui reprenait avec lui le refrain sur le disque. J'ignore en revanche qui en est l'auteur et qui l'avait enregistré. 
    Les nuages sont venus,
    Le vent a soufflé
    Et sur l'arbre presque nu,
    La pluie a pleuré.
    En septembre, les journées sont belles, ensoleillées, globalement très agréables. Le soir, le ciel se dore au soleil couchant, jouant avec l'écume des nuages. Les arbres ne sont pas encore nus. Ils le seront dans quelques semaines, avec l'arrivée des premiers coups de gel.

    La pluie, elle est là aujourd'hui. Je n'ai jamais vraiment aimé les temps de pluie, à de rares exceptions. La pluie et le gris du ciel qui va avec elle, suppose le renfort moral du chocolat chaud, d'odeurs épicées et d'une couverture douillette. La pluie renferme sur soi et invite à l'introspection.

    Au contraire la neige, qui ne mouille pas et sublime la nature morte, est une invitation à l'aventure.
    Vole, vole, vole la feuille,
    Vole, vole la feuille au vent.

    Elle est entêtante cette chanson. Je ne me rappelais plus exactement de toutes les paroles, alors je les ai cherchées sur internet. J'ai atterri sur un forum de maîtresses d'écoles qui cherchaient aussi ce texte et sa musique pour l'enseigner à leurs élèves de CP. Elle est donc toujours apprise. Je me demandent si certains d'entre vous la connaissent...
    À six heures l'horizon,
    Est déjà tout noir,
    Qu'il fait bon à la maison,
    À rêver le soir
    À six heures l'horizon n'est pas encore tout noir. La nuit ne tombe pas pour le moment avant sept heures. Mais en décembre le soir commence à quatre. Cela m'avait un peu choqué lors de mon premier passage ici l'an passé. L'hiver est tellement opressant que l'arrivée de beaux jours est une libération. Mais l'hiver est tellement beau...
    Vole, vole, vole la feuille,
    Vole, vole la feuille au vent.

    Oui, c'était la chanson de l'automne. Dehors cela sentait la pluie sur les trottoirs et la feuille de maronnier. Emmitouflés dans notre manteau, nous bravions le froid du soir. Une chanson triste, très mélancolique. 
    Et Noël s'en reviendra, 
    Dans l'hiver tout blanc
    Et le gui refleurira 
    Au premier de l'an.
    Noël... dans un peu plus de deux mois. Pour le moment ici, c'est l'effusion de Halloween qui approche. Citrouilles monstrueuses, squelettes et autre colifichets maléfiques envahissent vitrines et rayonnages. L'hiver sera là bien assez vite pour déjà y songer. Profitons de l'automne tant que nous le pouvons. 
    Vole, vole, vole la feuille,
    Vole, vole la feuille au vent.

    18 juin 2013

    A l'ombre du magnolia en fleurs

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    Lorsque mon frère et moi-même étions gamins, l'un de nos terrains de jeux préférés était sans conteste les placards de cuisine de ma grand-mère. Un buffet tout ce qu'il y a de plus quelconque en réalité, vu par un adulte, mais qui constituait un terrain d'exploration fascinant pour les petits aventuriers que nous étions alors. Notre caverne d'Ali Baba.

    Je m'en souviens comme d'une chose immense, de couleur blanche avec des poignées métalliques anguleuses. Les quatre portes du  bas s'ouvraient sur un véritable bric-à-brac d'objets dont nous ignorions le nom tout autant que la fonction et parmi lesquels nous furetions dans un joyeux tintamarre métallique de casseroles que nous prenions garde de faire s'entrechoquer dans la plus grande discrétion...

    La partie supérieure nous était un peu plus inaccessible sans le recours à une chaise. Au centre, une redoutable porte basculante abritait nappes, serviettes et torchons de couleurs. Je n'ai aucun souvenir de ce qui pouvait se tapir derrière la porte de droite. En revanche, ma mémoire est intacte s'agissant du placard de gauche : le placard à pharmacie. Ma grand-mère n'aimait pas que nous y mettions le nez et pourtant c'était là l'un des spectacles les plus fascinants qu'il m'ait été donné de voir. Sous nos yeux, des étages entiers de boites de pilules, de bouteilles flacons et fioles en verres de toutes sortes et formes contenant des potions extraordinaires.

    Parmi toutes ces potions, il y en a une qu'utilisait souvent ma grand-mère : un bocal transparent contenant une fleur de magnolia conservée dans de l'alcool à 90. Cela sentait vraiment très fort. Elle s'en servait contre les contusions pour la bobologie du quotidien. Un coup de marteau sur le pouce, un léger mal de tête, un peu de fièvre ? Pas de soucis : il suffisait d'imbiber un mouchoir de quelques gouttes de cet onguent puis de l'appliquer sur la zone endolorie pour que tout rentre dans l'ordre. Une potion magique dont ma grand-mère détenait seule le secret...  

    C'est sûrement pour cela qu'aujourd'hui encore ma grand-mère paternelle reste associée à la fleur du magnolia. Cette fleur étrange, si belle, perchée dans les hauteurs afin certainement de mieux préserver ses innombrables mystères. Parfois ma grand-mère en coupait une pour la disposer dans une coupelle d'eau dans la cuisine. C'était alors toute la maison qui se trouvait embaumée par cette odeur fraîche, citronnée, puissante et fragile comme un fil de soie, douce et entêtante à la fois, insaisissable, mais reconnaissable entre toutes.

    Ce même arbre du jardin qui, lorsque sa parure toujours verte s'était ornée de blanc, embaumait l'air de sa fragrance si particulière les soirs d'été, la rosée tombante vaporisant dans l'air les parfums de la campagne assommée de soleil. Ces soirées passées autour d'une grande table, jusque tard dans la nuit, à refaire le monde à la lueur d'une lampe électrique accrochée sous le toit de la maison et qui en éclairait la cour, soutenue par quelques bougies dont la flamme vacillante conférait à l'instant une ambiance de bienveillante éternité.

    Il est toujours là, cet arbre, fidèle au poste. Mais depuis quelques années maintenant, plus personne ne vient s'abriter sous sa ramure le temps d'une sieste. Les feuilles tombées au sol ne crépitent plus sous le pas des enfants d'antan dont les rires clairs s'éparpillaient dans l'air en tourbillonnant. Pourtant chaque été, dans le secret de cette alcôve de verdure aujourd'hui délaissée, se déploient inlassablement les exhalaisons nacrées du magnolia qui, jadis, ont ponctué mon enfance de souvenirs merveilleux.

    Et à chaque fois qu'au gré de mon chemin je croise ce parfum si particulier, aussitôt rejaillissent en ma mémoire ces tendres images d'enfance, d'après-midi dans l'herbe et de farniente lascif sur le grand plaid bleu de ma grand-mère, à l'ombre du magnolia en fleurs. 

    15 février 2013

    La Photo du Mois : "Bleu"

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    Bonjour bonjour, nous sommes le 15 Février 2013, il est midi tapante, c'est le moment de notre rendez-vous habituel avec "La photo du mois".

    Accessoirement ceci est mon 666ème billet ! (hu hu hu)

    Chaque 15 du mois, un groupe de blogueurs publie à midi heure de Paris, une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Pour cette deuxième édition de l'année,Hibiscus  nous propose Bleu.

    Du bleu, en Argentine, il y en a partout, à commencer par le drapeau national qui est composé aux deux-tiers d'un bleu-ciel si caractéristique. Il ya aussi tout un tas de maisons colorées dans le très fameux quartier de La Boca, dont une qui aurait particulièrement bien cadré avec le thème et dont j'avais déjà publié la photo sur mon Tumblr. C'est d'ailleurs cette photo que j'avais tout d'abord choisie comme photo du mois.

    Mais en faisant du tri dans mes fichiers, je suis tombé sur une photo tout aussi récente, prise il y a trois semaines dans le jardin botanique de Buenos Aires et dont j'ai préféré l'originalité : une jolie libellule aux yeux bleus, posée sur un bouton de nénuphar.

    J'aime beaucoup les libellules, et cela depuis ma tendre enfance. Pensez-vous : un insecte qui ne pique pas, qui ne mord pas et qui en plus est joli ne peut qu'attirer la sympathie d'un bambin. Lorsque j'étais gamin, il y en avait de toutes les couleurs qui jouaient au bord du canal chez mes parents. A tel point qu'une promenade sans avoir vu de libellule était une promenade tronquée de l'une de ses attractions les plus merveilleuses : le bal gracieux des libellules parmi les folles avoines.

    Alors, où que je sois, voir une libellule virevolter me donne immédiatement le sourire car elle réveille en moi cette part d'enfance, jamais très lointaine, qui sait s'émerveiller pour un petit rien...

    La vie en bleu continue chez les autres participants à La Photo du Mois :
    100driiine, A bowl of oranges, A&G, Agrippine, A'icha, Akaieric, Akromax, Alban, Alexinparis, Alice Wonderland, Angélique, Anne, Anne Laure T, Annick, Arwen, Ava, Batilou, Bestofava, Blogoth67, Calamonique, Caprices de filles, Cara, Carnets d'images, Caro, Caro from London , Carole In Australia, Caterine, Cath la Cigale, Cekoline, Céliano, Céline in Paris, Cessna, oui !, Champagne, Chat bleu, Cherrybee, Chloé, Chris et Nanou, Christeav, Cindy Chou, Coco, Cocosophie, Cook9addict, Cricriyom from Paris, Cynthia, Dame Skarlette, David et Mélanie, DelphineF, Djoul, Dorydee, Dr. CaSo, E, El Padawan, Eloclemence, Elodie, Emma, Eurydice, Fanfan Raccoon, Fesse fouille, Filamots, flechebleu, Flo, François le Niçois, Frédéric, Galinette, Gilsoub, Gizeh, Guillaume, Happy Us, Hibiscus, Homeos-tasie, impolitique, Isaquarel, J'adore j'adhère, Josiane, Julie, Juriste-in-the-city , Karrijini, Kob, Krn, Kyoko, La Fille de l'Air, La Flaneuse, La Messine, La Parigina, La voyageuse comtoise, LaGodiche, Lau* des montagnes, Laure, Laurent Nicolas, Lauriane, Lavandine, Le Mag à lire, Les bonheurs d'Anne & Alex, Les petits supplices !, Les voyages de Lucy, Les voyages de Seth et Lise, Leviacarmina, LisaDeParis, Lo, Louiki, Louisianne, Lucile et Rod, Lyonelk, magda627, Mamysoren, Marmotte, Mclw, Mimipetitesouris, Mistinguett, Nadezda, Nataru, Nicky, Nie, Nora, Olivier, Ori, Pat Québec, Photo Tuto, Pilisi, Renepaulhenry, scarolles-and-co , Sébastien, Sephiraph, Sinuaisons, Skipi, Solveig, Sophie Rififi, Stephane08, Testinaute, Thalie, The Mouse, The Parisienne, Tuxana, Un jour une rencontre, Une niçoise, Violette, Viviane, Wolverine, Xavier Mohr, Xoliv', Zaza.

    23 juin 2012

    Où il est question d'un plant de tomate sauvage...

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    Dans l'un des bacs à fleurs de mon balcon, parmi la misère qui profite des beaux jours pour s'étaler en abondance, et le cep de vigne dont les sarments enlacent la treille dans une étreinte fusionnelle, a poussé un plant de tomate. Comme ça, spontanément, sans que je ne lui eusse rien demandé, par l'une de ces fantaisies cocasses dont Dame Nature a le secret.

    Est-il le fait d'un oiseau ? Ou d'une graine par moi jetée avec des miettes de pain à destination de quelques urbains passereaux ? Donnera-t-il de petites tomates cerises qui éclatent en bouche ou gros de fruits rouges à la chair ferme que l'on a plaisir à mordre agrémentés une pincée de sel et d'un filet d'huile d'olive ?

    C'est chouette les tomates. Elles annoncent l'été et les beaux jours, les barbe-queue sur la pelouse et le rosé frais à l'ombre des platanes. Jamais à bout de ressources, qu'elles soient crues en salades, avec un peu de basilic frais, ou concassées et revenues avec un peu d'ail et d'oignon pour accommoder des pâtes... Plus tard, lorsque sonne le glas de la belle saison, que la froideur d'octobre noircit les feuilles des marronniers et leur préserve un teint d'émeraude, elles deviennent confiture dans la bassine, merveille dans les pots, délices pour l'hiver...   

    Et dire qu'il y a quelques années de cela, lorsque j'étais gamin, je n'aimais pas les tomates. Pas tellement à cause de leur goût, mais plutôt à cause de ce qu'elles représentaient alors pour moi : la corvée de l'arrosage...
    Car, voyez-vous, lorsque l'on a entre dix et quinze ans et que papa et maman Tambour Major ont un (grand) jardin, l'un des moyens d'occuper le fiston pendant les longues journées de ses grandes vacances est de l'expédier arroser les tomates. Avec un arrosoir en plastique qui fuit, qui pèse des tonnes lorsqu'il est plein d'eau, qui cogne les chevilles, et qu'il faut remplir systématiquement après chaque pied dans la grande auge en ciment située à l'entrée du jardin.

    Papa et maman Tambour Major adorent les tomates. Vraiment. Du coup, ils en plantaient des kilomètres linéaires ; l'arrosage rituel durait une éternité et demi. J'étais le Sisyphe des lieux... Chaque jour ou presque, je savais que m'attendait le long calvaire de l'arrosage des tomates. Si  possible tôt le matin, juste après le petit déjeuner, lorsque l'on a plutôt envie de jouer à la console ou de disséquer des mouches. Ou pire encore, en fin d'après midi, juste pendant que les meilleurs dessins animés passaient à la télé... Oui, les tomates m'ont valu une enfance difficile.

    Mais voyez-vous je ne suis guère rancunier et la gourmandise l'emporte sur les affres estivaux de mon adolescence. Car, malgré toute la hargne je que pourrai légitimement lui vouer, j'ai laissé pousser le plant sauvage de mon balcon.

    Non pas tellement pour les quelques tomates qu'il produira peut-être, j'aurai certainement beaucoup plus vite fait d'aller remplir mon frigo en allant faire le plein sur le marché des boulevards. Mais finalement, la force de l'âge aidant, j'aime bien les plants de tomate, leur port, le graphisme de leur feuillage dentelé, et l'odeur incroyable qui se dégage à la cueillette. A peine le pédoncule brisé, se propage une odeur verte, un peu acide, puissante, de chlorophylle et de je ne sais quoi d'autre. Une odeur tout aussi entêtante qu'elle est fugace car, sitôt le fruit séparé de l'arbrisseau, n'est-elle déjà plus qu'un souvenir dont on peine à se remémorer l'exact parfum.

    Alors on revient le lendemain en espérant que le miracle se reproduise à nouveau.
    Et le prodige recommence...

    3 janvier 2012

    Le bonhomme qui avait des bras lui sortant de la tête

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    Si de mes années d'enfance je n'ai gardé qu'un très petit nombre d'amis, j'en conserve en revanche une quantité de souvenirs assez précis. Peu sont franchement malheureux, un certain nombre en sont joyeux, la grande majorité est en demi-teinte, quelques uns ont une saveur aigre-douce. Parmi toute cette masse d'images, de sons et de couleurs, il y a Jérôme. Sûrement aidé par les vieilles photos de classe que mes parents conservent dans un gros album rangé dans le salon, je me souviens parfaitement de celui qui fut, quelques brèves années, l'un de mes camarades de classe.

    Tout cela remonte au début des années 80, alors que j'étais en moyenne ou grande section, en tout cas avant d'entrer au CP. Hors des rares instants où il était relativement calme, personne ne comprenait vraiment Jérôme. Il était différent. Jérôme ne suscitait guère de compassion tant tout était étrange chez lui, à commencer par son comportement. D'un tempérament plutôt caractériel, il suffisait d'un rien pour que coups de pieds et de poings pleuvent en volée sur quiconque osait le contrarier, ce qui arrivait en réalité très fréquemment. Je me rappelle parfaitement m'être battu plusieurs fois avec lui, et notamment de cette fois où, après qu'il m'a arraché une poignée de cheveux, sa technique de combat favorite, je lui avais assené un retentissant coup de pied dans les couilles. Gentil mais lunatique, agité et bagarreur, il était une victime idéale tant le provoquer et le pousser à la faute étaient choses faciles. Cela étant il y parvenait très bien tout seul et  il ne se passait pas un jour sans qu'il se fit gronder par la maitresse de classe. Victime facile et coupable désigné, il prenait souvent les punitions à la place des autres. L'enfance est parfois cruelle.

    Parmi les étrangetés qui ne manquaient pas d'alimenter nos clabauderies enfantines, il y avait cette méchante dame qui venait le chercher tous les soirs à la sortie de l'école et qu'il s'obstinait à appeler non pas "maman" mais "tatie", alors même qu'elle n'était pas sa tante. Ce n'est que bien des années plus tard que je compris qui était cette "tatie" si peu aimante et si peu maternelle, levant une partie du voile sur l'histoire de Jérôme.  "Tatie", c'est ainsi que les enfants confiés à l'Aide Sociale à l'Enfance appellent leur tutrice.

    Un autre souvenir est particulièrement vivace dont j'aurais pu ne pas me rappeler. Je l'avais d'ailleurs totalement oublié. Il m'est revenu sans crier gare alors que je lisais un article sur les différentes phases de l'enfance. Au milieu se trouvait une série de croquis tirés de cas concrets. L'un d'eux représentant en particulier un bonhomme avec les bras lui sortant de la tête. Ce dessin me fit l'effet étrange d'un coup de canon qui me replongeât aussitôt vingt-cinq ans en arrière.

    Nous devions, ce jour là, chacun dessiner un bonhomme. Toute la classe armée de ses crayons de couleurs avait donc dessiné son bonhomme avec une tête, un corps, des bras et des jambes. Certains avaient ajouté un grand "V" figurant un oiseau en train de voler, d'autres un soleil, une fleur, une maison. Toute la classe, ou presque. Le malheureux Jérôme avait en effet commis la forfaiture de représenter son personnage sous la forme, un peu trop stylisée pour l'institutrice, d'une patate dotée de quatre membres. Ayant affiché nos œuvres au mur afin de les commenter, la maitresse avait vivement sermonné le pauvre diable et son mauvais dessin sur lequel s'abattait, à cet instant, la désapprobation la plus générale. Ben oui, c'était vraiment n'importe quoi ce dessin tout de même !
    Ce qui me glaça les sangs aussi brutalement qu'un coup de blizzard, fut de comprendre que le "mauvais" dessin de Jérôme l'insoumis était en réalité, non pas la manifestation d'une quelconque indiscipline ou paresse, mais celle objective d'un retard mental certain. Rétrospectivement, j'en ai voulu à l'institutrice pour sa méchanceté gratuite à l'égard d'une faute qui n'en était pas une. A vrai dire, en redécouvrant la réalité de l'instant, j'ai eu mal pour lui.

    Depuis que des pièces du puzzle se sont rassemblées d'elles-mêmes, j'ignore réellement pourquoi, mais je me demande parfois ce qu'il a pu devenir, s'il est enfin heureux, s'il est marié, s'il a des enfants, un boulot, une vie "normale". Ou s'il est devenu totalement cinglé, reclus dans un établissement spécialisé dans lequel il passe ses journées à se taper la tête contre les murs et à crier en silence un désespoir que personne n'entend.

    Je n'ai aucune idée précise de quand Jérôme a quitté notre petite école de village. Je ne sais même pas si je m'en étais alors rendu compte, peut être en raison d'un écart de niveau croissant entre sa classe et la mienne. Toujours est-il que, un beau jour, il n'était plus là. Dans la cour de récré, l'ombre des marronniers n'abritait plus ni ses pleurs ni nos castagnes, mais raisonnaient les rires de gamins insouciants.