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    26 décembre 2012

    D'Est en Ouest

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    (Suite de mon récit patagone)

    Après avoir fait le tour de la magnifique péninsule Valdés, nous prenons la route vers l'Ouest pour un nouveau périple en direction de Esquel, aux pieds de la cordillère des Andes.

    Plutôt que de prendre la route classique qui longe le fleuve Chubut qui donne son nom à la province où nous nous trouvons, nous emprunterons une piste située quelques kilomètres plus au Sud. Lorsque je parle de piste, je veux dire une véritable piste façon Paris Dakkar, sans goudron, ni signalisation (relisez l'article 2 du Code Abrégé de la Route), seulement de la terre battue, des pierres et beaucoup de poussière, au milieu de nulle part.

    Rapidement nous abandonnons la civilisation et pénétrons dans les terres arrides. A chaque kilomètre, le désert se fait plus présent. Et quand je dis qu'il n'y a rien, c'est vraiment parce qu'il n'y a rien, pendant des centaines de kilomètres.


    En fait, il n'y a presque rien... Car au beau milieu de ce nulle-part surchauffé par le soleil, nous avons fait une jolie rencontre : un tatou, qui nous a traversé presque sous le nez. Hop ni une ni deux on s'arrête pour aller faire coucou à la drôle de bête.

    Je crois qu'aucun d'entre nous n'en avait jamais vu. Il a fallu faire assez vite pour le photographier car, sachez-le, le tatou est assez peu coopératif photographiquement parlant !

    En fin d'après-midi, après 8 heures de route, nous approchons de la pré-cordillère. Le paysage change, laissant apparaître un peu plus de relief, et (à peine) un peu plus de végétation, ou du moins une végétation qui semble plus haute.

    Certains passages sont véritablement extraordinaires, notamment lorsque l'on longe ce genre d'affleurement. Vous remarquerez toujours la piste, qui a empoussiéré le 4x4 et ses passagers tout le long du chemin. Je crois que, de toute la journée, nous avons dû croiser 5 ou 6 véhicules... (sans compter le tatou et quelques vigognes guanacos).

    Et puis soudain de dresse devant nous une chose incroyable, mi-cathédrale, mi-temple hindou, sculptée par la main invisible du temps.

    On s'arrête, fascinés par ce que nous voyons, par ce qui semble être ici d'immenses piliers parfaitement alignés soutenant un vaste édifice dont l'entrée reste secrètement gardée, prouesse de la Nature oscillant entre brutalité minérale et extraordinaire foisonnement de détails.

    Je repense au Palais Idéal du facteur Cheval dans la Drôme que j'avais visité il y a quelques temps. Oui, je crois que Cheval aurait beaucoup aimé cette cathédrale spontanée.


    Peu à peu la pré-cordillère s'installe et rythme l'horizon. Ça grimpe, on prend de la hauteur, les cours d'eau font leur apparition et les vastes étendues de terre reverdissent progressivement. Mais toujours aucune trace de civilisation.



    Nous arriverons à Esquel vers 10 heures du soir, dans la nuit noire, crevés par un voyage lent et mouvementé, secoués que nous sommes par les remous de la piste. Mais auparavant, clou du spectacle avant la tombée de rideau au terme de cette longue journée : admirer, par dessus les montagnes, une éclipse partielle de soleil, visible seulement de cette partie-ci du monde.


    Fabuleux !

    16 août 2010

    Le Palais Idéal du facteur Cheval

    16 commentairess
    Il y a déjà quinze jours, je préparais distraitement mon voyage en terres d'Evian. En regardant le journal télévisé de treize heures sur TF1 (même pas honte... ) surgit une question existentielle : mais où diable se situe le Palais Idéal du facteur Cheval ? Un petit tour sur Google et la réponse tombe, comme une invitation : à Hauterives, à quelques petits kilomètres de Valence, dans la Drôme. Autrement dit pile poil sur mon trajet ! Depuis le temps que je rêve de voir ce monument hors du commun, l'occasion était trop belle pour la laisser passer. L'histoire du Palais Idéal c'est un peu l'histoire d'un homme perdu dans ses rêves. "Où le songe devient la réalité" est-il gravé sur le fronton d'une entrée coté Ouest. Un travail de titan, oeuvre folle, labeur d'une vie dans laquelle se mêlent fantasmes oniriques et douleurs d'un homme sur lequel le destin semble s'être acharné. Voilà qui est décidé : je ferai halte à Hauterives.

    Après avoir pris la route et quelques centaines de kilomètres plus loin, me voici à Hauterives en milieu d'après midi. Je me gare sur la petite place au centre du village, parmi d'autres badauds, et me laisse guider par le flot de passants allant et venant, se groupant en essaims autour des boutiques souvenirs qui n'ont pas manqué de fleurir un peu partout. Je m'acquitte des droits d'entrée et pénètre dans la cour. Devant moi se dresse  désormais le monumental édifice, ses façades tortueuses, ses reliefs noueux qui lui donnent ici des airs de cascade pétrifiée, là des aspects de palais oriental, là l'allure lointaine des grottes de Petra. Sensation très étrange de voir enfin de mes propres yeux les entrelacements gracieux quasi organiques enfantés par l'esprit d'un seul homme et dont je me délectais naguère sur papier glacé, d'en percevoir les volumes, d'en appréhender la matière, de toucher, sentir, entendre.


    Je me promène posément, flâne, admire une gravure par ici  - "La vie sans but est une chimère" est-il écrit en cercle sur un plafond - me prends à rêvasser par là devant un animal jaillissant de la roche, aime à me perdre dans le "labyrinthe" et ses fascinantes parois recouvertes de sculptures telles des lianes de lierres figées dans la pierre. La lumière est superbe et je prends des dizaines de photos. L'émerveillement est de chaque instants. Tout est profusion, abondance, débordement, folie créatrice, à la limite de la démence.


    Me vient en tête un air du "Trio en la mineur" de Ravel dont j'aurais aimé que l'air fut imprégné à cet instant :

    Oui, cette musique sied parfaitement au lieu. Ce thème presque étrange énoncé au piano, légèrement acidulé, presque hésitant, sur des harmonies un peu étranges ; puis, avec l'entrée du violon, le thème se délie, se déploie, devient généreux, s'humanise au son du violoncelle avant que la fougue, la passion, la douleur n'emportent tout dans leur élan contenu par une puissante introspection. A l'image du Palais. Cette oeuvre  de Ravel date de 1914, soit deux ans après que Cheval a terminé son Palais Idéal. Je n'avais pas fait le rapprochement chronologique sur le moment. Mais après coup je trouve que la concordance est finalement plus que bien heureuse.


    Soyons réalistes, écouter le Trio de Ravel en parcourant le Palais Idéal n'est resté qu'un voeux pieu : au lieu de cela, j'ai droit aux glapissement stridents de gamins survoltés que les parents laissent cavalcader librement dans un joyeux mais insupportable chahut. Tristesse... L'endroit mérite mieux que cela. Tant de beautés et d'étrangetés chimériques s'apprécient au calme d'une contemplation dénuée d'aspérités extérieures. Malgré tout je passe un agréablement moment, dans un endroit placé hors du temps, et voulu comme tel par son auteur.

    Un coup d'oeil à la montre m'extirpe de ma rêverie : il est dix-huit heures. Regagnant ma voiture, guilleret  et la tête pleine d'images, je sais que je reviendrai sûrement en ce lieu. Un jour où je pourrai tenir d'unique compagnie aux pierres esseulées, sous la quiétude d'un ciel d'hiver, parmi le froid et les feuilles mortes.

    En attendant, il me reste encore un peu de route pour rejoindre les bords du Lac Léman où m'attendent Olivier et les moutons.