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    9 avril 2019

    Manger ses émotions

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    En gros émotif que je suis, j'ai toujours mangé mes émotions. Quand la nourriture devient une source de réconfort sur laquelle on reporte ses angoisses et ses contrariétés. Chaque bouchée est un morceau de plaisir immédiat qui évacue instantanément un tout petit peu de l'océan de stress qui nous habite. Un carré de chocolat et les tracas s'estompent. Mangez toute la tablette et la vie redevient presque rose.

    Outre que le simple fait de manger est un plaisir simple de la vie, se venger sur la bouffe pour y trouver du réconfort est un grand classique des personnes stressées ou émotives. Et je ne crois pas faire une révélation fracassante en écrivant ceci. Se venger sur la nourriture n'est pas une pensée du type "je suis contrarié donc je vais me soulager en mangeant un truc". Non, c'est quelque chose qui vient du corps. Tout votre organisme vous hurle de lui donner quelque chose de précis : du gras, du mou, du sucre... Vous devez manger. Vous ne pouvez pas lutter. 

    Pour ma part, mon dévolu se porte sur à peu près tout... Du fromage s'il y en a. Une énorme morceau de gruyère, du vieux comté, de la bûche de chèvre, du roquefort...  N'importe lequel, surtout s'il est gras. Oui, le gras est une source importante de plaisir pour le cerveau dont c'est l'essentiel de la composition. Manger un camembert entier, morceau par morceau, ne me fait pas peur. Ayant appris à gérer ces fringales qui n'en sont pas, je sais d'expérience à peu près choisir les aliments qui me procureront une satisfaction immédiate sans totalement ruiner ma ligne : yaourts, viande froide, protéines en tous genres sont donc mes premières victimes.

    Une autre source importante de réconfort provient du sucre. Manger une part de gâteau, ou tout le gâteau comme ce fut le cas de ce dimanche, se goinfrer de pâtisseries (qui n'a jamais éprouvé cette volupté incroyable au confin du sensuel en mordant à pleines dents dans une part de gâteau au chocolat, par exemple ?) ou manger le pot de nutella directement à la cuillère sont des grands classiques du genre. Pour ma part, les envies de sucre apparaissent en particulier dans les moments d'intense fatigue. Dans ces cas-là, ce n'est même plus une envie mais un besoin. Presque une pulsion de survie. Il me faut du sucre. Cela vire à l'obsession. Il m'est impossible de me concentrer tant que je n'ai pas eu mon shot de sucre. Je limite la casse avec les fruits, pommes et bananes notamment, que je possède en permanence à portée de main.

    Ajoutez à la fatigue une once de stress, et le combo sucre + gras vous explosera à la tronche. Dans mon cas le chocolat - noir - est un partenaire de choix. Difficile de m'en tenir à quelques carrés, c'est toute la tablette qui y passe.

    Comme si cela ne suffisait pas, a ces besoins de sucre et de gras s'ajoute parfois un besoin d'alcool. C'est assez vicieux. Je crois qu'on a tous expérimenté cela : on rentre le soir complètement crevé, la journée a été pénible et on se sert un verre d'alcool pour se détendre. Parfois on commence à lâcher prise à partir du deuxième verre. Alors on s'en ressert un troisième pour être certain de bien se relaxer. Au quatrième, toute la pression s'en est allée.

    Parfois cela va beaucoup plus loin, comme je le relatais dans ce billet qui aura bientôt cinq ans :
    "Cela commence par ce petit verre de vin du vendredi soir, une fois en passant, qui t'aide à déconnecter. Une bonne bouteille, pas de la piquette à trois Euros. Tu bois par plaisir. Dans un premier temps. Par nécessité, ensuite. Quelques gorgées, quelques verres et tes idées se délient enfin. Ton cerveau s'apaise. Tu lâches prise. Cela te fait du bien. Non, tu n'as pas de problème avec l'alcool. C'est seulement une passade, dis-tu. Les semaines passent, les bouteilles vides s'entassent. Jusqu'à deux par weekend, à toi tout seul..."
    Relire ce paragraphe écrit à un moment où cela n'allait pas du tout m'a fait froid dans le dos. J'ai beaucoup appris de mon burn-out.

    Ces dernières semaines, harassé par un agenda beaucoup trop soutenu,  mon corps m'a énormément parlé. Heureusement je pratique une activité sportive assez régulière, ce qui me permet de limiter la casse sur la balance. J'ai toutefois fait attention, autant que possible, en limitant le gras et le sucre. L'alcool, en revanche, c'était beaucoup plus difficile. Antidépresseur puissant - sur le moment - quelques jolies bouteilles m'ont permis de tenir le coup, tout en sachant que ce n'est pas une solution viable. Je détecte désormais très vite que quelque chose ne va pas lorsque ma consommation d'alcool augmente et que le besoin s'en fait sentir plus d'une fois par semaine. Car là encore je ne parle pas de boire un verre ou deux entre amis. Mais de boire parce que votre corps vous le demande et de ne pas pouvoir résister à cet appel.


    Sur le moment je m'inquiète toujours un peu, notamment parce que je fais attention à mon poids. Je sais que lorsque je mange et bois - beaucoup - plus que de coutume, c'est parce que quelque chose ne va pas. Souvent mon corps me parle avant que mon cerveau ait verbalisé le problème. Je sais que c'est un précurseur et qu'il me faut être vigilent et analyser mon train de vie afin de détecter ce qui ne va pas et le résoudre. Aussi s'ai appris à déculpabiliser de tout cela. A ne pas trop m'inquiéter tout en étant lucide que quelque chose ne va pas dans mon quotidien car j'ai conscience que le problème est purement conjoncturel et que les choses rentreront dans l'ordre par elles-mêmes dès que la phase de stress se sera dissipée. Jusqu'à présent cela a toujours été le cas. 
     
    Ainsi, depuis dix jours, mon emploi du temps s'est sérieusement calmé. J'arrive à sortir du bureau avant vingt heures, pensez donc ! Je cours un peu moins partout et je suis moins sous pression. Automatiquement, ma consommation d'alcool et de bouffe ont substantiellement diminué, sans que je ne fasse rien. Le besoin corporel a disparu, c'est tout.

    Manger - et boire, ses émotions... Je me suis construit comme cela et je ne sais pas si je pourrai changer ou modifier ce comportement. Je sais qu'il existe, j'en connais la cause et les symptômes. Plusieurs amis m'ont conseillé la méditation ou le yoga, voire l'auto-hypnose.  Pour le moment je n'ai rien testé de tout cela. Mais je crois que ce serait une bonne idée d'essayer.

    Au moins pour voir.

    25 avril 2016

    Brûlé

    16 commentairess
    On croit toujours que certaines choses n'arrivent qu'aux autres, que l'on est et sera plus forts. Que certains maux ne sont qu'un effet de mode, une tendance hype pour cadres dynamiques connectés entre Berlin, Los Angeles et New-York. On se croit intouchable, en bonne petite fourmi laborieuse. Et c'est bien là le piège. 

    Cela commence par ce petit verre de vin du vendredi soir, une fois en passant, qui t'aide à déconnecter. Une bonne bouteille, pas de la piquette à trois Euros. Tu bois par plaisir. Dans un premier temps. Par nécessité, ensuite. Quelques gorgées, quelques verres et tes idées se délient enfin. Ton cerveau s'apaise. Tu lâches prise. Cela te fait du bien. Non, tu n'as pas de problème avec l'alcool. C'est seulement une passade, dis-tu. Les semaines passent, les bouteilles vides s'entassent. Jusqu'à deux par weekend, à toi tout seul...

    A ces quelques verres bienfaiteurs s'ajoutent les bières que tu t'enfiles pendant la semaine. Une, le jeudi soir. Parfois deux avec celle du mercredi. Rarement plus de trois, le même soir. D'occasionnelles, elles deviennent quotidiennes. Au moins tu dors, et tu oublies cette boule au ventre qui peu à peu a pris racine en toi et qui ne te quitte pas. Elle est là depuis si longtemps que tu ne sais même plus à quel moment elle est apparue pour la première fois. Elle fait partie de toi. Elle ronge tes jours comme la vermine ronge le bois qui tombe en poussière. Tes nuits sont ponctuées de réveils en sursaut, de rêves tourmentés et de lampe allumée à quatre heure du matin en quête d'un sommeil qui s'en est allé.

    Oui, tu aurais besoin de vacances. Probablement. Mais tu n'en n'as pas le temps ni la possibilité. Ton bureau qui croule sous les dossiers, tous plus urgents les uns que les autres, et ton patron qui te presse, te l'interdisent. 

    Il y aura ce matin étrange où, réveillé aux aurores, tu te forceras à avaler ta tartine en refrénant une nausée violente et soudaine. Ce sera la première. Elle aussi tu feindras de n'y rien voir d'alarmant même si tu n'as jamais été dégoûté à ce point par de la nourriture. Evidemment tu te poseras des questions. Mais la boule au ventre est là pour te rappeler la montagne écrasante de travail qui n'attend que toi. 

    Pourtant tu résisteras. Tu endureras encore longtemps ces nuits horribles, ces rêves atroces, cet estomac noué, cette envie de vomir dès le réveil et cette sensation de courbatures lancinantes dans les jambes. Car tu n'es pas de ceux qui s'avouent vaincus à la première épreuve. T'es un dur, un vrai, un bosseur. Pas une mauviette qui s'adonne à de puériles jérémiades parce que tu travailles trop. T'es au-dessus de ça. Tu fonces tête baissée, droit dans l'arène mortifère que tu feins de ne pas voir.  

    Il en faudra des seaux d'eau pour enfin réussir à faire déborder le vase. Tu en auras entendu des personnes bienveillantes et conscientes de la réalité de la situation, dans un contexte professionnel particulièrement dégueulasse, pour que tu ailles enfin voir ton médecin et te mettre en arrêt maladie. Putain oui...!

    Sur le coup tu n'as pas bien réalisé ce que ces deux mots anglais apposés en bas de la feuille d'arrêt signifiaient vraiment, ni mesuré la conséquence et les enjeux de la médication. Depuis une semaine tu passes le plus clair de ton temps à dormir. Tu te sens vide, épuisé, anéanti, passablement à fleur de peau.

    Tout à l'heure ton boss a appelé sur ton téléphone portable. Il s'inquiète. Non pas pour toi, mais pour le boulot qui s'accumule sur ton bureau, encore et toujours. Tu es Sisyphe, voici ton rocher ! Evidemment tu n'as pas répondu et aussitôt effacé le message laissé sur le répondeur sans même avoir pris la peine de l'écouter. Sa voix, elle aussi, te file la nausée. Mais le simple fait d'avoir lu son nom s'afficher sur l'écran t'a replongé dans ce tourbillon de stress, d'angoisse et de nausée. Une agression. Oui, tu as vécu cela comme une agression. 

    Ce soir, alors que tu n'as pratiquement rien fait de la journée hormis deux petites heures de marche au grand air, tu te sens complètement épuisé et tu te retiens de pleurer pour rien. Tu es vide. Exténué. Brûlé.

    On croit toujours que ça n'arrive qu'aux autres.