• A propos
  • M'écrire
  • Facebook
  • Instagram
  • Lutte Nuptiale
  • Premières fois
  • Identités Singulières
  • Twitter
  • Affichage des articles dont le libellé est Coming-Out. Afficher tous les articles
    Affichage des articles dont le libellé est Coming-Out. Afficher tous les articles

    7 novembre 2016

    Identités singulières : Être gay et croyant - 5ème partie

    5 commentairess
    Est-il possible d'être gay et croyant en 2016 ? 

    Au rythme de un par quinzaine, vous seront présentés plusieurs témoignages guidés par un questionnaire en neuf points laissant toutefois la possibilité d'aménager les réponses librement. Autant de parcours de vie, tous différents - voire totalement contradictoires - de personnes venues d'horizons assez variés et croyantes à divers degrés. Des identités singulières.

    L'objet de cette série de billets n'est certainement pas de faire un quelconque prosélytisme - il suffira de lire pour s'en rendre compte - ni de clore un débat bien trop vaste. 

    Seulement d'essayer d'apporter des éléments de réponse à une question complexe et que je trouve passionnante.

    * * *


    Sofian


    1. Peux-tu te présenter ? Âge, profession (quelques mots pour décrire ce que tu fais), où tu habites, où tu as grandi.

    J'ai 33 ans. Je suis assistant RH dans le Retail. J'ai grandi et habite toujours en banlieue parisienne, dans une de ces villes faites de barres HLM et de groupes de garçons qui tiennent les murs.


    2. A quels moments de ta vie as-tu compris puis accepté ton homosexualité ? Quel a été ou quel est ton cheminement ?

    Je n'ai pas forcément mis de mot dessus avant un certain âge mais déjà très jeune j'aimais les garçons. Pour moi c'était naturel et je ne me posais pas de questions (d'ailleurs à cet âge, on ne connait pas tout ces mots). Je me souviens d'amoureux en maternelle par exemple.

    En grandissant, j'ai compris que j'étais différent et que ce que je pensais naturel ne l'était pas pour tout le monde. Là j'ai d'abord appris que j'étais une lavette (école primaire) avant de devenir une tapette (collège) puis une pédale (lycée).

    Je n'ai jamais souhaité en parler. Je me faisais insulter quotidiennement et j'avais peur que cela aggrave les choses. Je devais me battre souvent pour me défendre.

    Je n'ai donc partagé avec personne qui j'étais. Mais je ne prétendais pas non plus aimer les filles. J'étais terrifié que l'on me pose la question.

    Au lycée, j'ai commencé à envisager de me confier à des amis. Mais à chaque fois que je souhaitais le faire, je me disais que je ne pouvais pas avoir confiance. Alors j'ai attendu.

    Ce n'est qu'à la fac que je me suis finalement ouvert. J'ai rencontré celles qui sont, toujours depuis, mes meilleures amies, ma famille, et cela a été une libération.


    3. Es-tu out ? Auprès de ta famille ? de tes amis ?

    Je suis presque entièrement out depuis 2001.

    J'ai annoncé à ma mère un soir de novembre 2000 que j'étais amoureux des garçons. Ca n'a pas été un coming out évident à faire mais je savais que je devais d'abord lui annoncer à elle avant de penser le dire à d'autres personnes.

    Comme la discussion s'est suivie d'une année pendant laquelle elle a tenté de me ramener dans le droit chemin, je l'ai refait une année après. A ceci près que le lendemain de notre discussion j'avais mon premier rendez-vous avec un garçon.

    Peu de temps après donc, je l'ai annoncé à mes amies. C'était complètement naturel. J'avais eu l'impression d'avoir attendu de sortir avec un garçon pour enfin me dire homosexuel.

    Ensuite, je ne l'ai plus caché. Mais je ne l'ai plus annoncé non plus. Cela suivait parfaitement ce que j'en pensais. C'était naturel. Et comme un hétérosexuel ne se présente jamais en disant « salut, je suis X, j'ai 23 ans et je suis hétérosexuel ! », pour moi c'était la même chose.

    Mes frères l'ont appris parce que je ne l'ai plus caché (et donc plus vidé l'historique de l'ordinateur familial...). Et concernant mon père c'est un petit peu plus compliqué.

    Ancienne génération algérienne, religion plus pudeur sur le sujet de la sexualité, je n'ai jamais souhaité lui dire. J'ignore s'il y pense. On a cette qualité en commun d'être particulièrement naïf tous les deux et un peu tête en l'air.

    Je me suis vite engagé dans la vente et j'avoue que cela a aussi été ma chance. Je n'ai du coup jamais eu besoin de me cacher à mon travail. Et cela m'a également permis de m'épanouir. Je n'ai jamais vécu d'homophobie au travail.


    4. As-tu grandi dans une famille religieuse ? Fêtiez-vous les fêtes religieuses ? Respectais-tu et respectes-tu Ramadan ? 

    J'ai grandi dans une famille musulmane et je suis donc comme beaucoup de jeunes maghrébins devenu musulman simplement en respectant les traditions, presque par mimétisme de mes parents.

    J'ai eu deux modèles différents. Ma Mère, très occidentale prônant une religion ouverte et spirituelle, et mon Père plus respectueux des règles mais néanmoins bien plus ouvert que ce que l'on peu entendre ou voir aujourd'hui. J'ai donc très vite appris qu'il y avait plusieurs types de musulmans possibles. Et je n'avais qu'à choisir celui que je souhaitais être ; du plus rigoureux/pratiquant au plus spirituel.

    Je fais le Ramadan tous les ans. Et je ne m'imagine pas ne pas le faire. Plus, en tout cas. Pendant deux ans, il y a quelques années, j'ai mis ma religion en suspend parce que gays comme musulmans me demandaient de choisir et me disaient que je ne pouvais pas être les deux. Cela a été extrêmement dur pour moi parce que je me suis retrouvé dépossédé d'une partie de moi.


    5. Quelle importance revêt la religion dans ta vie actuelle ?

    C'est une partie de moi.

    Je suis très spirituel. Je fais partie de ceux qui ont plus la Foi en quelque chose/quelqu'un qu'en des dogmes particuliers. Je suis cependant né dans une famille musulmane et pour moi, c'est mon héritage.

    J'ai toujours vu ma religion, et mes origines, comme un héritage culturel. Et je suis fier d'avoir cette petite chose en plus. On m'a souvent reproché cette fierté. Mais c'est exactement la même fierté que je ressens dans le fait d'être homosexuel. Et si je défile une fois par an lors d'une Gay Pride, on ne peut pas m'empêcher d'être fier d'être musulman également. Ma Muslim Pride à moi.


    6. La religion a-t-elle été ou est-elle un frein à ton acceptation ? Explique pourquoi.

    Étonnamment, la Religion n'a jamais été un frein à mon acceptation. Pour moi, c'est qui je suis. Et je ne me suis jamais posé la question de savoir si je pouvais être les deux.

    J'ai grandi en laissant la place aux deux de s'épanouir et jamais aucune n'est entrée en conflit avec l'autre.

    En réalité, ce sont les gens qui chaque fois ont tenté de m'empêcher d'être les deux, en me disant que le monde était noir ou blanc et que je ne pouvais pas être gris. Que c'était contradictoire.


    7. Gay et croyant, comment concilies-tu cette contradiction apparente ? Y parviens-tu ? Quel a été ton cheminement ?

    En réalité, je ne vois pas de contradiction. C'était naturel. Je suis né ainsi. Et je suis croyant. Dieu m'a crée comme il a souhaité que je sois. Je ne vois donc pas pourquoi je devrais changer.

    Je suis les deux. Et encore plus que cela. Je ne me définis pas uniquement comme gay et/ou musulman. Je suis brun, souriant et gentil. Et pour moi ce n'est pas contradictoire d'être brun, souriant et gentil. Donc le reste non plus.


    8. Comment perçois-tu le discours et le positionnement des autorités religieuses, globalement peu favorable aux homosexuels ?

    Je pense que mon épanouissement est dû à la façon dont je vis ma religion. Les Textes sont là et ont été écrits à une époque très lointaine. Nous sommes des centaines d'années après. Et selon moi, nous devons évoluer.

    C'est l'enseignement que j'ai reçu de ma famille, dans laquelle les rôles traditionnels sont inversés. Mon Père est le maître de Maison (repas et ménage) et ma Mère celle qui régit le tout. Mon Père n'a jamais voulu que ma Mère se couvre la tête. Et il n'aurait de toute façon jamais pu lui demander.

    La Religion est au dessus de tout. Elle est là pour nous guider à faire le Bien. Je ne vois pas ce que les homos font de mal. Lorsque l'on dit que la Religion est Amour, on n'empêche pas des gens qui s'aiment de vivre.

    A vrai dire, ces dernières années, je fais surtout face à l'intolérance grandissante des gays. Qu'il s'agisse des réseaux sociaux ou même lors de conversations, je me heurte de plus en plus à l'islamophobie. Et si au départ, je voulais l'excuser parce que, oui, les religions peuvent être intolérantes, aujourd'hui, je ne l'excuse plus parce que nous devrions être davantage ouverts et tolérants. C'est comme tous ceux qui reprochent aux blacks d'être homophobes parce qu'en tant que minorité réprimée, elle ne devrait pas s'en prendre aux gays. J'ai envie de dire aux gays qu'il faut se dire qu'il s'agit du même combat. Celui de la Tolérance.

    Je connais aujourd'hui plus de musulmans ouverts que de gays tolérants. J'unfollow de plus en plus sur Twitter et j'ai fini par également dire au revoir à des personnes que j'aimais bien parce qu'elles avaient de plus en plus un discours limite.


    9. Être croyant, c'est pour toi un avantage ou un inconvénient ? En somme, que t'apporte ta religion ?

    La Religion me complète et me donne aussi ce petit côté folklorique, je dois bien l'avouer. Dans un monde de plus en plus athée, j'ai envie de croire en Quelqu'un/Quelque chose de supérieur.

    Les gens sont tellement déçus des politiciens qu'ils n'aiment plus la politique. Je vois la religion de la même manière. Les Religieux (ceux que l'on voit partout tout du moins) ne donnent pas envie de les rejoindre, de croire, parce qu'ils ont une conception tellement rigide de la croyance qu'ils rebutent les autres.

    Je reste convaincu que la Foi et la spiritualité pourraient aider beaucoup de jeunes LGBT dans les moments durs. Mais je comprends aussi pourquoi beaucoup d'entre eux les rejettent. Parce que tout simplement ils ont en face d'eux des gens qui les rejettent également.

    Je vois ma religion comme un avantage. Même s'il est de plus en plus ennuyeux d'entendre tout ce que l'on en dit aujourd'hui. Je ne la verrai jamais comme un inconvénient même si c'est dur d'être musulman aujourd'hui.

    Après des années à faire accepter ma part homosexuelle, j'ai l'impression que le moment est venu de devoir maintenant me battre pour ma part musulmane/religieuse. Et le rejet dont je parlais tout à l'heure en parlant des jeunes LGBT, je commence à le sentir mais vis à vis de mon côté musulman.

    Toujours est-il que si je suis né gay (et que je ne l'ai pas choisi), j'ai choisi d'être musulman. Et je n'abandonnerai jamais aucune de ces deux identités.

    Merci Sofian


    ***
    A relire sur Identités singulières : 

    10 octobre 2016

    Identités singulières : Être gay et croyant - 3ème partie

    6 commentairess
    Est-il possible d'être gay et croyant en 2016 ? 

    Au rythme de un par quinzaine, vous seront présentés plusieurs témoignages guidés par un questionnaire en neuf points laissant toutefois la possibilité d'aménager les réponses librement. Autant de parcours de vie, tous différents - voire totalement contradictoires - de personnes venues d'horizons assez variés et croyantes à divers degrés. Des identités singulières.

    L'objet de cette série de billets n'est certainement pas de faire un quelconque prosélytisme - il suffira de lire pour s'en rendre compte - ni de clore un débat bien trop vaste. 

    Seulement d'essayer d'apporter des éléments de réponse à une question complexe et que je trouve passionnante.

    Et s'il s'en trouve parmi les lecteurs qui seraient intéressés pour laisser à leur tour leur témoignage, n'hésitez par à me contacter par courriel : tambour.major@yahoo.fr

    * * *


    Luc


    1. Peux-tu te présenter ? Âge, profession (quelques mots pour décrire ce que tu fais), où tu habites, où tu as grandi.

    J'ai 35 ans, je travaille pour EDF dans la production d'électricité. Je vis dans le Tarn et Garonne. 


    2. A quels moments de ta vie as-tu compris puis accepté ton homosexualité ? Quel a été ou quel est ton cheminement ?

    Je me suis découvert gay à l'âge de 24 ans, je chemine toujours dans l'acceptation.

    As-tu souffert d'homophobie ? 

    Non du tout. Par ce que je n'en parlais pas autour de moi. Mes camarades n'étaient pas au courant, d'autant que je me suis découvert tard par rapport à d'autres.

    Qu'est ce qui te bloque ? Quels sont les obstacles qui pour le moment sont insurmontables ? 

    Pas grand chose me bloque à vrai dire. 

    Je ne sais pas comment expliquer. J'ai besoin de pouvoir l'assumer un peu plus et de prendre sur moi.

    Les réseaux sociaux m'y aident un peu mais ça ne fait pas tout. Je prends ça surtout au second degré : certains sont là juste pour leur ego, d'autres sont trop au premier degré, il y a un peu de tout.


    3. Es-tu out ? Auprès de ta famille ? de tes amis ?

    Je suis out auprès de quelques amis seulement. Excepté un cousin et sa femme, personne dans la famille sait que je suis gay.

    Mon orientation sexuelle ne regarde que moi. On n'en parle jamais, jamais, par pudeur. On ne parle pas de tout ce qui est de l'ordre de l'intime dans la famille.

    Que crains tu ? Le rejet, l'incompréhension ?

    Je ne crains rien du tout mais j''estime qu'ils n'ont à connaître ma sexualité 


    4. As-tu grandi dans une famille religieuse ?

    Ma famille est catholique non pratiquante.

    Mon baptême et mes communions, je les ai faits pas tradition familiale simplement et pour faire plaisir à ma grand-mère maternelle (un pilier de ma vie).

    Par contre la confirmation c'est moi qui ai demandé à la faire. parce que entre temps j'ai découvert par hasard la vie monastique qui m'a tout de suite interpellé au plus profond de moi.

    Qu'est-ce qui t'a interpellé dans la vie monastique ? C'était quand ? 

    Ce qui m'a interpellé de prime abord c'est de voir des hommes tous habillés pareils d'un vêtement ample. Il ne fallait pas me demander à l'époque si c'était des dominicains ou des cisterciens, j'était jeune. J'avais 12 ans, c'était en 1993. La simplicité qui se dégageait d'eux, leurs visages exprimaient une image de bien être. Ils rayonnaient. C'est là où j'ai pris conscience que si des hommes sont capables de consacrer leur vie à l'écart du monde à la recherche de Dieu, il y a quelque chose car ces gens là, avant de rentrer au monastère, il ont fait des études et avaient une vie.


    5. Quelle importance revêt la religion dans ta vie actuelle ? 

    La religion fait partie intégrante de ma vie c'est comme les avirons sur  un bateau, sans elle je ne peux pas faire grand chose.

    Je vais à la messe environ 3 où 4 fois par semaine, je ne fais partie d'aucun groupe de prière.

    Aller à la messe 3 ou 4 fois par semaine c'est beaucoup. Qu'est-ce que tu y cherches ? Qu'y trouves-tu ?

    La messe, c'est un moment de ressourcement pour moi. Pour donner une image : je vais m'abreuver à l'eau de la source vive.

    Et puis ce que j'aime c'est que dans ce monde qui va dans tous les sens qui ne sait pas où il va, la messe est un pilier, elle est là, elle ne bouge pas.

    Cela rejoint mon désir de vie monastique. Le temps passe, le monde ne sait pas où il va, on le voit dans les actualités, mais pour moi la messe c'est un repère, c'est fixé. Et quand je parle des avirons, des rames de bateau, c'est grâce à elle que tu tiens l'équilibre : le travail et la prière. Prier sans cesse c'est impossible, et travailler sans cesse est également impossible. "Ora et labora", la devise des moines, c'est St Benoît qui dit ça.

    Accessoirement cela me fait travailler mon latin, par la curiosité. En France il y a une grosse inculture religieuse au nom de la laïcité. Beaucoup d'expressions viennent du latin. Au quotidien, les gens ne savent pas d'où viennent les mots qu'ils emploient.  


    6. La religion a-t-elle été ou est-elle un frein à ton acceptation ? 

    Je n'ai pas de réponse à cela. Elle n'a jamais été un frein. Le frein est plus d'ordre social que religieux. 


    7. Gay et croyant, comment concilies-tu cette contradiction apparente ? Y parviens-tu ? Quel a été ton cheminement ?

    Pour ma part tout se passe bien, je prend énormément de recul.

    Dans la vie je prend les choses avec recul et discernement généralement. Je prends beaucoup de recul sur les choses, parfois un peu trop. C'est dans mon caractère.

    Je sais que tu te rends régulièrement dans une communauté monastique. Tu peux nous en parler ? 

    Là où je me rend régulièrement c'est une communauté monastique ouverte d'esprit ou ils ne rejettent pas les gays car certains des frères le sont.

    Ça s'est fait grâce à un prêtre accompagnateur spirituel que j'avais rencontré via le site du diocèse de Montauban. J'avais besoin de quelqu'un pour m'accompagner, afin de m'aider à discerner sur la vie monastique. J'avais 31 ou 32 ans, j'en ai 35. Il m'a recommandé les Fraternités Monastiques de Jérusalem. J'y suis allé 2 fois, ils sont à Paris. Le problème c'est que si la liturgie des Fraternités Monastiques de Jérusalem me plait, ce qui me dérange en revanche c'est la ville, le bruit permanent de la ville.

    Je connaissais les Cisterciens et on m'a proposé d'aller voir une communauté Bénédictine.

    J'ai eu quelques périodes de doutes mais ça me revient toujours dessus. Tu fais tout pour ne pas y penser et poum ! ça te revient en plein milieu de la figure.

    La première fois, j'y suis allé à reculons. J'ai fait confiance à mon accompagnateur qui m'avait conseillé d'y passer 3 jours seulement, pour commencer. J'y suis arrivé - c'est tout un truc, ça m'a tellement marqué ! - j'y suis arrivé un après-midi, la veille des Cendres, le jour de la Chandeleur, un mardi donc.

    Déjà, avant d'arriver, je trouvais le paysage joli car on ne voit pas l'abbaye depuis la route. Et là, en m'approchant, j'ai vu cette abbaye cachée dans la végétation. J'ai trouvé ça beau. J'ai posé mes affaires à l'hôtellerie puis je suis allé à l'église. Cette église, quand j'y suis entré, ça m'a frappé : la beauté et la simplicité. Quelque chose m'interpellait. Je me suis assis et j'y suis resté un long moment, à la regarder.

    Puis vint l'office des Vêpres. Le fait de voir ces moines tout en noir avec ces visages qui rayonnaient, ça m'a frappé. J'ai trouvé ça joli. Ils rayonnent ces gens-là. Ils sont arrivés deux par deux. Ça n'en finissait pas d'arriver. Je me suis dit "Mais ils sont combien ces gens là ?". C'était un truc de fou. T'en voyais jamais la fin. Ça ne s'arrêtait jamais !

    Et là, dès les premières notes de l'orgue pour le psaume, ça ma pris aux tripes, dès le 1er hymne. J'en avais les larmes aux yeux, des frissons partout. Je pleurais littéralement de joie. Je ne pouvais pas m'arrêter. Ce n'était pas de la tristesse mais de la joie. J'avais ressenti que la vie monastique m'attirait. J'avais ressenti un appel sans réussir à mettre de mot dessus. Mais là ça m'a interpellé... J'essayais de trouver une excuse : l'orgue, la qualité du chant, les voix...? C'est la 1ère fois de ma vie que j'ai ressenti ce que c'était une joie profonde. Je me suis dit "T'es là, t'es chez toi".

    Les jours suivants j'étais bien, même le jour des Cendres qui est plutôt aride. Même l'office de nuit...

    Je suis reparti le surlendemain, il fallait faire ma vie, mais j'étais déchiré de partir. Non pas déchiré de tristesse car je savais que j'allais revenir.

    Ce jour-là, le jour de la Chandeleur, avec les lumières, c'était aussi la Chandeleur dans mon cœur. C'est le Christ qui me parlait. Ces gens là, cet endroit-là... C'est vraiment un endroit fort fort fort. Ça ma procuré une joie "monastique". Une joie intérieure. T'es pas là à sauter partout. C'est intérieur.

    Je n'ai jamais été vraiment amoureux de quelqu'un, mais quelqu'un qui trouve sa moitié trouve à l'intérieur de lui une joie qu'il ne peut pas décrire. C'est ce que j'ai ressenti ce jour-là.

    Je suis reparti, j'en parle avec du recul maintenant, mais j'étais sous le coup de l'émotion.

    J'y suis revenu trois mois et demi plus tard, au mois de mai. Et dès que j'y suis revenu, j'ai ressenti exactement la même joie.

    Depuis, il ne se passe pas 4 ou 5 fois par jour sans que je ne pense à cette communauté, et chaque fois que j'y pense, je suis bien.


    8. Comment perçois-tu le discours et le positionnement des autorités religieuses, globalement peu favorable aux homosexuels ?

    Je laisse dire, ça me passe à 10 000  au dessus.

    La Manif pour Tous, tu as vécu ça comment ? 

    La Manif pour Tous, j'ai une copine qui l'a fait. J'ai pas compris. C'est des gens bien, qui ont accueilli des gens, qui aident des réfugiés, qui aident des gens dans la merde quoi, et qui détestent Le Pen. Et pourtant qui ont fait la Manif pour Tous... C'est pas des tradis. J'ai pas compris. C'est les premiers à faire la fête. Ils m'ont encore invité pour Pentecôte. D'une gentillesse et d'une bonté...! Ils sont serviables. Ils aiment déconner. Combien de fois ils ont aidé des sans-papier...? Mais bon, j'ai pas trop compris.

    Après, j'ai respecté leur opinion mais point-barre. Je n'ai pas discuté avec eux pour ne peux pas me prendre la tête. Ce sont des gens que je n'ai pas envie de quitter. Des gens humbles et serviables. Ça m'a fait chier un peu. Mais après je suis passé au-dessus. Je ne voulais pas gâcher tant d'années d'amitié pour ça.


    9. Être croyant, c'est pour toi un avantage ou un inconvénient ? En somme, que t'apporte ta religion ?

    Je ne sais pas dire. Par contre être croyant c'est dans mon ADN, même si j'ai eu des périodes de désert ça revient à toi. J'ai décidé de consacrer ma vie à la recherche de Dieu que je ne croiserai jamais.

    Je recule l'entrée en vie monastique peut-être par lâcheté de me retrouver dans un monde aride ou je sais que la source vive est présente et inépuisable.

    Le désert, qu'est-ce que c'est pour toi ? 

    Le désert, ce sont les moments de doute, et après le doute se dissipe. Pour moi je reviens toujours à la vie monastique. Pour moi Dieu c'est le visage de la communauté monastique.

    Une communauté monastique c'est plus qu'une famille mais quelque part on ne s'est pas choisis. Je prends un exemple tout bête: c'est comme dans la vie au travail. On choisit l'entreprise, pas le personnel qu'il y a dedans. La communauté, c'est un compagnonnage. Tu es avec des gens avec qui tu ne t'entendrais pas dans la vie quotidienne. On ne choisit pas ses frères. C'est une ascèse...

    Et oui, pour moi la religion me procure de la joie, une joie simple.
    Une joie monastique, simplement ;)


    Merci Luc.

    ***
    Identités singulières : 

    27 août 2013

    Une rencontre à Paris et le coming-out fait à ma mère

    53 commentairess
    Jeudi matin en me levant, j'avais conscience que le week-end qui s'annonçait serait déterminant. Pourtant, quelque intenses que fussent mes certitudes, je n'imaginais pas que l'arbre serait chargé d'autant de fleurs, promesses d'autant de fruits.

    Pour remettre les choses dans leur contexte, ce week-end était celui de la rencontre avec ce garçon avec qui je discute depuis deux ans. Nous avions décidé de profiter de sa venue en France pour concrétiser cette relation épistolaire. Aussi jeudi matin je prenais le train pour Paris, la boule au ventre comme un ado de quinze ans qui aurait eu son premier rendez-vous.

    Je ne me rappelle pas avoir jamais été aussi nerveux. À tel point que quelques minutes plus tôt j'avais failli exploser en larmes en voyant le métro tarder et l'heure pour mon train approcher dangereusement alors que je n'étais toujours pas monté à bord. Je ne pouvais pas rater ce train. Non, pas celui-là. L'idée m'en était plus qu'insupportable. Vous n'imaginez pas mon soulagement d'avoir pu monter quelques secondes avant que le chef de gare ne siffle le départ ! Ça y était, j'étais en route.

    Dans le train j'échangeais quelque mots avec un ami qui connait personnellement celui que je devais rencontrer et qui l'avait recueilli la veille à l'aéroport : "C'est vraiment un mec bien. Fonce"... Je ne remercierai jamais assez l'auteur de ces sept mots dont j'apprendrai quelques jours plus tard qu'il avait dit exactement la même chose à celui qui, de son côté, brûlait de me rencontrer.

    J'arrivais à Paris en panique, oscillant entre un sourire béat et une profonde envie de pleurer. Un truc totalement dingue. Chacun de mes pas vers ma destination renfonçait cette sensation d'euphorie mêlée de vertige.

    La rencontre elle même fut extraordinaire... J'ai passé cinq jours fabuleux avec un garçon absolument merveilleux, exactement tel que je me le représentais. La même joie de vivre, la même folie douce, le même sourire, et cette immense douceur dans laquelle je me suis laissé bercer jusqu'à l'ivresse... Un coup de foudre réciproque. Je crois que jamais je n'ai autant craqué pour un garçon.

    Lundi après-midi, la séparation devant le métro de Bréguet-Sabin fut horrible. Le voir fondre en larmes m'a totalement bouleversé. Hier soir j'avais envie de pleurer toutes les cinq minutes et je ne pensais qu'à lui.

    Sur le chemin du retour, installé dans mon Paris-Toulouse, me sont revenues en mémoire les paroles d'une chanson de Brigitte Fontaine, "Conne" : 
    Je suis malheureuse ! parce que je suis conne !
    Et parce que le monde est con !(...)

    Je suis passée à côté de l'amour, 
    l'amour 
    Quand il s'est présenté à moi 
    Avec sa Mercedes rose bonbon 
    Et sa poitrine nue et dorée
    Je l'ai laissé sur le bord de la route
    Et je suis montée dans une 2CV pourrie
    Où y'avait un chien qui puait 
    Conne !
    Et moi ? N'en avais-je pas marre de ma deuch pourrie et de ce chien qui pue ? N'était-il pas temps de monter dans la merco rose bonbon qui passe en ce moment même à côté de moi et de prendre le large ?

    Aussi, de retour à Toulouse, une évidence s'est imposée violemment à moi. Je ne pouvais plus me taire. Je ne pouvais plus mentir à mes parents en disant que j'allais simplement passer un week-end chez des amis alors que je suis allé rencontrer un garçon avec qui je discute depuis deux ans. Je ne pouvais plus leur mentir  en disant que j'allais simplement passer quinze jours à Montréal alors que j'ai prévu d'aller voir celui qui pourrait, dans un monde idéal - j'y reviendrai - devenir un jour leur gendre. Car, oui, nous avons déjà programmé de nous revoir tantôt au Canada en novembre.

    Le moment était venu, je m'en sentais la force. C'était là, prêt à sortir, cette boule dans la gorge qu'il me fallait vomir coûte que coûte, porté par ces sentiments très forts et par l'émotion intense procurée par cette rencontre.

    J'ai donc fait  mon coming-out à ma mère, pour commencer. Mon père viendra ensuite.

    Après le repas de midi, pendant qu'elle me parlait de choses dont je n'avais que faire, activité dans laquelle ma mère excelle, je l'ai interrompue un peu brutalement, et je lui ai dit. Je lui ai dit que ce week-end je n'étais pas qu'allé voir des amis, mais que j'étais surtout allé rencontrer pour la première fois quelqu'un avec qui je discute sur internet depuis deux ans.
    - Une fille ? 
    - Non. 
    - ................ un garçon ?
    - Oui. 
    - ..................mais tu es...? 
    - Oui...
    Elle a versé une petite larme, je l'ai pris dans mes bras. On a un peu parlé, elle m'a posé quelques questions. Sa réaction fut magnifique, malgré son émotion manifeste. Je lui ai parlé de celui que j'étais allé rencontrer, pour la rassurer un peu. Je lui ai dit à quel point c'était un garçon formidable. Je me suis surpris par ma facilité de lui parler de tout cela. Je ne me savais pas autant à l'aise. Cela m'a fait du bien.
    Elle m'a dit merci...

    Je suis encore un peu étourdi, mais voilà, la glace est brisée. Dorénavant, elle sait, et le reste de la famille suivra progressivement. Et je n'aurai bientôt plus peur de leur présenter quiconque. Je ne réalise pas encore ce que cela va changer concrètement dans ma vie, mais je crois que c'est une muraille gigantesque que je viens de faire sauter de mes fortifications. Il me manquait juste un bon détonateur ; il me l'a procuré.

    Un peu plus haut j'ai écrit que, dans un monde idéal, un monde dans lequel Montréal ne serait pas à 6000 kilomètres de Toulouse, ce garçon aurait pu être beaucoup plus qu'un ami. Il est vrai qu'il représente tout ce que j'aime chez un garçon, intellectuellement comme physiquement. Fidèle à mes travers habituels, je me suis beaucoup laissé emporter par mes émotions aujourd'hui et me suis laissé errer dans des projets potentiels totalement fous dont j'ai même fait part à certains amis intimes qui m'ont apporté un soutien qui n'a fait que confirmer toute l'affection que je leur porte.

    Mais, parallèlement, au fond de moi, résonnait la voix de cet ami qui m'avait comparé à une forteresse cathare et conseillé de lâcher prise. Lâcher prise, certes, sans perdre les pédales. La folie, ou la raison ? Les deux Monsieur le Président. Mais dans une juste mesure.

    Un peu plus tard dans la journée, ce beau garçon venu du grand nord et moi nous sommes appelés. Cela m'a fait du bien, comme à chaque fois. Je lui ai raconté mon coming-out. Je lui avais d'ailleurs annoncé le matin que j'allais le faire et il m'y avait encouragé.

    Nous avons longuement discuté, pendant plus d'une heure. Au fil de la conversation, armé d'une expérience de vie plus riche que la mienne, il s'est montré plus cartésien que moi, avec raison. Et je l'en remercie du fond du cœur. Contrairement à ce dont j'essayais encore de me convaincre ce matin, en l'état actuel des choses, lui et moi ne serons jamais des chums. Oui notre rencontre fut formidable, oui on s'apprécie énormément, oui on se porte une affection considérable, mais si beau soit le rêve, et malgré l'infinie tendresse que nous nous portons mutuellement, il faut être réalistes : la distance ne permet rien. Et nous en sommes tous les deux profondément désolés.

    C'est drôle car il y a quelques semaines, c'est lui qui craignait de se mettre dans de pareils états, et moi qui lui avait tenu le discours inverse. Décidément la fatigue n'aide pas à avoir les idées claires face à un déluge d'émotions. Putain, je me suis vraiment laissé porter à la dérive...

    Alors, que restera-t-il de tout cela ?

    Assurément beaucoup de choses. Des souvenirs merveilleux de Paris, une rencontre rare qui sera le point de départ d'une amitié magnifique. D'ailleurs vendredi je pars à nouveau le rejoindre pour le week-end à Angers, et nous avons déjà prévu de nous revoir en novembre, cette fois chez lui, à Montréal.

    Et par dessus tout, il restera à jamais ce pilier qui a su me bouleverser comme jamais et grâce auquel j'ai trouvé la force d'amorcer un nouveau grand pas dans ma vie, celui de mon coming-out à ma famille. Rien que pour cela, je lui dois une reconnaissance éternelle.

    Aujourd'hui, j'ai fait mon coming-out à ma mère.

    Aujourd'hui, j'ai fait mon coming-out à ma mère...