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  • 23 février 2018

    Mon premier Gâteau à la Broche

    14 commentaires
    Parmi les choses étranges qui attirent inévitablement le regard, le gâteau à la broche se pose évidemment là. Je me souviens que tout petit déjà j'étais intrigué par la forme de ce gâteau et je crois que ce n'est qu'assez tardivement que j'en ai mangé pour la première fois. Et autant vous le dire tout de suite, pour ceux qui l'ignoraient encore : j'adore ça ! 

    Selon ce que j'ai pu lire ici ou là sur le net, l'origine du gâteau à la broche est très discutée : une tradition l'attribue au maître pâtissier du roi de Prusse qui l'aurait créé dans les années 1790 à Salzwedel. L’histoire et la légende veulent que ce soient des soldats de Napoléon, de retour de campagne en Europe du Nord, qui auraient ramené sur leurs terres recettes et gâteaux.

    En effet, on retrouve ce type de gâteau un peu partout en Europe. Ainsi en Allemagne, il est appelé baumkuchen - « gâteau arbre », traditionnellement préparé pendant les soirées d'hiver dans les pays de montagnes. C'est un gâteau festif qui sert à saluer les grands événements de la vie : mariages, baptêmes.

    Le gâteau à la broche est aussi connu dans de nombreux pays d'Europe sous différentes formes. Le Trayne Roste est une variété anglaise du Moyen Âge confectionné notamment à partir de figues, dattes et d'épices embrochées et qui sont enrobées de pâte à gâteau cuite à la cheminée. On le rencontre aussi en Hongrie (kürtőskalács), en Suède (spettekaka - littéralement "gâteau à la broche" en suédois), en Pologne (sękacz), en Lituanie (šakotis) ou encore sous une variante dont il ne conserve que le principe de cuisson en République tchèque (trdelník).

    En France, le gâteau à la broche est présent dans le Massif central et dans les Pyrénées. La tradition du gâteau à la broche est particulièrement répandue dans l'Aveyron et dans les Hautes-Pyrénées où siège la Confrérie du Gâteau à la Broche, sise à Arreau et qui organise chaque année, en juillet, une fête du gâteau à la broche. 

    Cela faisait très longtemps que j'avais envie d'apprendre à en faire, par simple plaisir et curiosité scientifique. Par le hasard des discussions et des rencontres, c'est grâce à l'ami @TarVal (à qui j'emprunte une bonne partie des photos qui illustrent ce billet et qui avait live-twitté les opérations) c'est désormais chose faite.

    Me voici donc début janvier dernier, au fin fond des Pyrénées, à quelques kilomètres de Arreau, pour réaliser mon premier gâteau à la broche. Hé bien autant vous dire que, même si ce n'est pas très compliqué, ce n'est pas non-plus du gâteau ! 

    Allez, viendez, j'vous montre.

    Recette du Gâteau à la Broche


    Pour environ 4Kg de pâte (oui, 4 Kg parce que vu le travail que c'est, quand on y est, on en fait !) :
    • 24 œufs
    • 1 Kg de sucre
    • 1 Kg de farine
    • 1 Kg de beurre
    • Du rhum (beaucoup)
    • De la patience (pas mal : comptez une à deux heures par gâteau).
    Il vous faudra également un moule spécial en l'occurrence un cône de bois monté sur une broche mobile, ainsi qu'un foyer qui fera cuire votre gâteau. Oui, ça se mérite un gâteau à la broche !

    La première étape consiste à préparer la pâte.

    1/ Tout d'abord, séparez les blancs des jaunes d’œufs, blanchissez les 24 jaunes avec le sucre, montez les blancs et faites fondre le beurre.


    2/ Ensuite, ajoutez la farine dans le mélange oeufs/sucre. Et un peu (beaucoup) de rhum pour le parfum (un tiers de litre est un minimum pour commencer). L’esprit de Maïté est avec nous.


    3/ Une fois la pâte devenue homogène, ajoutez le beurre fondu par parties et incorporez à la masse. Bon, nous on a fait ça à la main, à l'ancienne (sauf les œufs, qui ont été fouettés et levés avec un batteur électrique). Mais avec un robot mélangeur cela doit être un peu plus facile, si tant est que le bol supporte les 4 Kg de préparation...


    4/ Enfin, incorporez les blancs d’œufs en neige en soulevant bien avec une cuillère en bois pour ajouter de l'air (vous avez remarqué qu'il n'y a pas de levure dans cette recette).


    Et bien sûr on goûte à la fin, pour être sûr qu'il ne faille pas rajouter un peu de rhum. Hein ? Si si, on  en rajoute, et pas qu'un peu... Vas-y, lève bien le coude.

    Voilà, notre pâte est à présent prête, il faut désormais s'attaquer à la phase deux.

    La seconde étape consiste en la cuisson du gâteau à proprement parler, et c'est là que les choses commencent à se gâter...

    Préparer un gâteau à la broche nécessite un minimum d'équipement que ni vous ni moi n'avons spontanément à domicile, à savoir : une cheminée suffisamment haute ou un foyer vertical doté d'un porte broche, ainsi que le fameux cône de bois monté sur axe, spécialement destiné à la fabrication dudit gâteau. 


    Pour commencer, on chemise le cône de papier sulfurisé puis on le place devant le foyer pour le faire chauffer afin que la première couche de pâte adhère.

    On met également un peu de pâte dans la lèchefrite pour la détendre, qu'elle soit fluide lorsqu'on la versera sur la broche, et pour récupérer les eslcapous qui couleront inévitablement. C'est en effet uniquement de la pâte préalablement tiédie au lèchefrite que l'on versera sur la broche.


    Tout en tournant ni trop vite ni trop lentement, on verse de la pâte pour former la première couche.

    La préparation du gâteau à la broche consiste en effet à alterner les phases de cuisson, qui se font entièrement à l’œil et au jugé, et les phases où l'on coule la pâte pour recouvrir la couche précédente de pâte crue, en couche assez épaisse pour que le gâteau grandisse mais pas trop non plus pour que la cuisson puisse se faire de manière homogène. 


    Comme la chaleur est très intense, la pâte cuit presque instantanément puis prend une belle couleur plus ou moins uniforme.

    Ça sent super bon le gâteau et le cochon rôti aussi, car la main à quelques centimètres du foyer en prend pour son grade... Mais tourner coût que coûte, petit scarabée, tu dois. Quelques secondes d'inattention et ton gâteau tout cramé sera !


    Couche après couche, tourné lentement devant les flammes, le gâteau prend forme.

    Pour assurer une cuisson relativement uniforme et surtout éviter que la base ne reste crue et que le gâteau ne s'effondre lamentablement une fois dressé, il faut constamment jouer avec la distance du foyer, rapprocher une extrémité, éloigner l'autre, tout en tournant continuellement et en laissant la pâte prendre entre deux couches. 

    Si une couche n'est pas assez cuite, le gâteau risque d'exploser sous son propre poids (les deux gros que nous avons réalisés ce jour là pesaient environ 1,5Kg chacun, si ma mémoire est bonne).
     

    Normalement, à partir de la 7e ou 8e couche, on tourne la broche plus vite pour que, par gravité, se forment des stalactites qui habituellement hérissent le gâteau à la broche de nos contrées. Bon, là c'était mon tout premier, j'avais un peu de mal car ce n'est pas aussi facile qu'il n'y paraît !

    Une fois le gâteau parvenu à une taille conséquente, soit environ une bonne dizaine de couches, on le sort délicatement du foyer puis on le place à refroidir avant de le démouler.


    Pour le démoulage, avec un couteau on dégage la base que l'on taille de manière à obtenir un plan à peu près horizontal, ainsi que le sommet pour permettre au gâteau de glisser le long du cône, sans le casser !

    Puis on le fait glisser lentement, avec moult précautions, et on le dispose dans un plat. 
    Tadaaaaaaaaaaaaam !


    Et voilà le travail ! Celui-ci c'est le second, réalisé dans la foulée du premier. Certes il n'est pas aussi pimpant que ceux tout "branchus" que l'on voit dans les magasins et sur les marchés, mais c'est moi qui l'ait fait et, pour le coup, tout seul comme un grand. Autant vous dire que j'étais fier comme Artaban !

    Alors, oui, préparer un gâteau à la broche, c'est long. Oui, cela demande une attention constante et un investissement personnel un peu plus coriace que la préparation d'un simple quatre-quart ou d'un cheese-cake. Mais le plaisir de préparer ce gâteau n'est semblable à aucun autre.

    Et puis, c'est tellement bon, le gâteau à la broche !

    Encore un grand merci à @TarVal (son blog ici
    pour cette belle expérience qui m'a permis de joliment commencer l'année.

    19 février 2018

    Un anniversaire, un voyage, des souvenirs et un peu de Nietzsche

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    Dans quatre mois tout pile j'aurai changé de dizaine pour atteinte la quarantaine. Diantre, que le temps passe. Et dire que je me souviens encore très bien de la soirée de mes trente, comme si c'était hier. J'en avais d'ailleurs fait un billet que je viens de relire avec une certaine forme de vertige. 

    Ecrire régulièrement depuis tout ce temps donne une profondeur inédite à l'expérience du blog. Se relire, se remémorer, remettre les choses dans leur contexte... Jamais je ne me serais douté de la richesse - et des coups de blues, que peut apporter un journal personnel.

    Changement de dizaine donc, qu'il me faut organiser avec une grande fête, le temps d'un week-end. J'ai déjà une petite idée de ce qu'il sera : simple et convivial. Avec des amis, évidemment. Par bonheur, le mois de juin est propice à de belles journées, ce qui ne devrait pas rendre les choses trop compliquées. Voilà en tout cas un projet auquel il faut que je commence à m'atteler.

    J'en ai déjà parlé ici mais cela fait un moment que je n'ai pas fait de grand voyage et je crois que cette année sera l'occasion de marquer le coup. Là encore j'ai plusieurs idées qu'il me faut concrétiser. Pourquoi ne pas aller en Asie, en direction de l'Indonésie, ou du Cambodge pour aller découvrir de mes propres yeux Ankgor Vat ? Ou bien peut-être reprendre la direction de l'Amérique du Sud pour faire le tour de l'Uruguay que j'avais eu l'occasion d'effleurer lorsque j'habitais Buenos Aires

    En écrivant ces mots, je me rends compte de quelle chance incroyable j'ai bénéficié en y vivant six mois. Là encore, la relecture de ces billets me procure un léger vertige, comme si ce n'était pas ma vie. Et pourtant...

    Prendre les choses en mains, me projeter, j'y vois le signe que tout va plutôt bien en ce moment, que mon esprit est libre pour se préoccuper d'autres choses que le travail dans lequel je réussis enfin à trouver une forme de satisfaction. Il était temps.

    Vivre intensément, comme je l'écrivais en septembre dernier. Vivre pleinement, et mettre chaque opportunité à profit pour faire de nouvelles choses, rencontrer de nouvelles personnes et revoir celles qui nous sont chères. Oser vivre ses folies également, et les assumer même si elles nous coûtent (ceci est un message subliminal à un lecteur) parce qu'au final elles nous grandissent en nous apprenant sur nous-même, au-delà de toute espérance. 

    Pour conclure ce billet ma foi complètement décousu mais qui a le mérite d'exister, je suis tombé la semaine dernière sur une citation de tonton Nietzsche qui m'a beaucoup interpellé, énormément plu et qui résume à elle seule une grande part de ma pensée en ce domaine :
    "L'expérience, ce n'est pas ce qui arrive à un homme, c'est ce qu'un homme fait avec ce qui lui arrive
     Je vous laisse y réfléchir.

     


    15 février 2018

    La photo du mois : Constraste(s)

    14 commentaires
    Nous sommes déjà le 15 Août et c'est l'heure de notre rendez-vous mensuel avec la photo du mois.

    Je vous rappelle le principe du jeu : chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

    Le thème de ce mois de février a été choisi par Philisine Cave qui nous propose de plancher sur Contraste(s).

    Ses indications étaient les suivantes :
    "On peut interpréter le mot sur la forme (son sens photographique : propriété intrinsèque d'une image qui quantifie la différence de luminosité entre ses parties claires et sombres) ou sur le fond (deux éléments de l'image pourraient symboliser une opposition : la présence de l'un fait ressortir celle de l'autre) ou bien sur les deux ou bien sur tout autre chose (le mot Contraste autorise plein de métaphores). Voilà, voilà ! A vous de jouer!"
    Bon, je ne sais pas si ma photo est exactement dans le thème... et ce dernier mois fut plutôt bien  rempli, ne me laissant que peu de temps pour réfléchir à ce joli sujet.

    Mais plutôt que de noyer le poisson en sortant une nouvelle photo de Le Chat en train de contraster dare-dare sur le canapé (il contraste aussi bien qu'il non-gyroscopise, c'est dire !) je vous propose cette photo-ci, prise un soir que la pluie faisait si bien luire les rues.


    10 février 2018

    Dans les bois

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    Tennis lacés, écouteurs rivés aux oreilles, Julie était prête. La Twingo garée en bordure de route le long d'une haie sauvage, et quoique encore engourdie par une courte nuit de sommeil, elle s’élança en trottinant sur le petit chemin de terre bordé de vignes sur lequel elle avait ses habitudes.

    Un petit vent frais faisait chanter les arbres, dissipant du même coup, par mèches vaporeuses, le fin duvet de brouillard cotonneux qui flottait encore devant un horizon à peine rougeoyant. Dans le silence de l'aurore frémissante, un groupe de canards, haut dans le ciel, marquait l'azur immaculé d'un v caractéristique. Encore une ravissante journée d'octobre pleine de lumière qui s'annonçait. Un temps idéal pour aller courir avant une longue journée de travail.

    Respirant à pleins poumons, l'effort commençant à faire chauffer chacun de ses muscles, Julie ressentait avec bonheur l'air glacé pénétrer ses narines, parcourir ses sinus en un flux puissant, puis descendre le long de sa tachée envahir ses poumons et gonfler chacune de ses alvéoles, avant de ressortir, en deux secousses profondes, expulsé par la bouche. Elle aimait vraiment cette sensation, presque douloureuse au début et pourtant tellement apaisante.

    Un, deux, inspire.
    Trois, quatre, expire.

    Un, deux, inspire.
    Trois, quatre, expire.

    Elle n'avait jamais réussi à expirer sur trois foulées, comme le lui avaient pourtant appris ses professeurs d'éducation physique au collège. Son rythme à elle c'était deux et deux. Et ça lui allait très bien. C'était ainsi qu'elle courait et qu'elle avalait les kilomètres, à petite foulée.

    Après avoir serpenté un moment au milieu des vignes, le chemin s'enfonçait progressivement dans la forêt. Une belle forêt de grands arbres dont les bras s'étiraient vers le ciel et dont la chevelure dorée se répandait alors en tapis moelleux le long de la piste. Aussitôt l'air se fit plus capiteux et la respiration un peu plus difficile. Calant sont pas sur le rythme de la musique, Julie avançait sans relâche. Elle connaissait le trajet par cœur. Environ une heure pour en faire le tour. Après le bois, une prairie où paissaient souvent des vaches, ensuite au croisement il fallait prendre à droite et filer tout droit à travers un verger de pommiers, puis retour au point de départ à travers les vignes en passant devant le vieil if. Mais avant cela, il fallait affronter une petite montée à travers les charmes et les châtaigniers dont les bogues à moitié éventrées jonchaient le sol.

    Un, deux, inspire.
    Trois, quatre, expire.

    Dans sa poitrine, son cœur se contractait avec vigueur. L'air frais ne l'incommodait plus du tout. A chaque foulée impulsée avec énergie, ses pieds s'ancraient fermement dans le sol. Désormais son organisme tournait à plein régime. Quelle formidable machine que le corps humain. Au loin, un gros écureuil roux jouait à cache-cache en sautant de branche en branche, presque invisible dans la frondaison orangée. Pas le temps de traîner, il fallait rester concentrée sur son souffle et ne pas écouter le corps qui souffre.

    Un, deux inspire...

    Brusquement, avant même qu'elle n'ait pu réaliser ce qui lui arrivait, Julie se retrouva étendue de tout son long dans les feuilles, face contre terre. Étourdie par cette chute, un peu désorientée, Julie resta allongée quelques secondes avant de comprendre ce qu'il venait de lui arriver. La vache, quelle gamelle ! songea-t-elle... Prenant appui sur ses mains, elle redressa lentement le buste puis se mit sur ses genoux. Une douleur sourde au poignet droit la faisait souffrir. Sûrement une petite foulure. Son sweat gris clair était déchiré au niveau du coude d'où perlait un peu de sang. Rien de grave. Le morne croassement d'un corbeau esseulé rompit la quiétude des bois bercés par le chuchotement des feuilles roussies. Retrouvant progressivement un semblant de contenance, Julie se rendit compte qu'elle avait perdu son iPod dans sa chute. Merde, l'iPod !

    Cherchant à tâtons autour d'elle, une grosse branche affleurait du manteau de feuilles. Voilà ce avait dû la faire trébucher. Grattant sommairement avec les ongles pour la mettre à jour, c'est un tout autre genre d'écorce qui apparut sous la fine couche de terre humide : un sweater gris clair flanqué d'un liseré rose. Julie fut prise d'un puissant mouvement de recul. Ce qu'elle avait d'abord pris pour une branche n'en était pas une, mais un membre. Quelqu'un était en enfoui là-dessous, elle en était persuadée. Montant du bas de ses épaules vers sa nuque, un vertige puissant la fit chanceler. Mais en dépit de cet effroi et de son irrépressible envie de partir à toutes jambes, et pour une raison qu'elle ne parvenait à pas à comprendre elle même, Julie ne pouvait s'en tenir à cette première constatation superficielle. S'il y avait un corps sous ces feuilles, elle devait en avoir le cœur absolument net avant de prévenir des secours.

    Happée par le désir de savoir, elle ne maîtrisait plus rien, ivre d'une sorte de folie incontrôlable qui coordonnait ses gestes sans qu'elle en eut conscience. Désormais à quatre pattes sur le bord de la piste, Julie dégageait et extirpait à pleines mains cette masse inerte enfouie sous l'humus gras, fourmillant d'insectes fuyant sous la lumière. C'était bien un être humain dont, rapidement, tout le bras et une partie du buste furent exhumés. Il ne fallut guère plus de temps pour que, bientôt, à peine dissimulé sous les feuilles, émergea un visage inanimé. Julie s'arrêta un instant, tremblante, le souffle coupé, en proie à une panique inénarrable. Elle avait reconnu instantanément cette paire de boucles d'oreilles quelle avait eu l'habitude de porter, et ces cheveux châtains, longs et fins, quelle avait l'habitude de coiffer chaque soir. Son cœur allait exploser dans sa poitrine.

    Rompant la quiétude feutrée du jour naissant, un hurlement inhumain transperça la forêt de part en part. Car le corps inanimé que Julie voyait étendu devant elle, c'était le sien.

    7 février 2018

    Vieillir

    5 commentaires
    J'ai peur de vieillir. Sentir son corps qui ne répond plus aussi bien qu'avant, ses capacités intellectuelles peu à peu s'émousser. Avoir les articulations qui flanchent, un peu d'arthrose. Ne plus être capable de se débrouiller seul, pour se préparer à manger, se laver, s'habiller, rester digne...

    Je ne parle pas d'une faiblesse de l'esprit ni de ce qu'être jeune soit une attitude volontaire, qu'il suffise de porter des vêtements à la mode et de lire Gala en sirotant une menthe à l'eau pour bénéficier d'un effet jouvence Non. Je parle d'un vieillissement métabolique, lent, irrépressible, qui fait que l'on meurt tous un jour.

    Avoir vu mes deux grand-mères diminuer sous mes yeux d'années en années, alitées suite à un accident vasculaire cérébral qui leur aura fait perdre leur mobilité, a laissé des traces, des images, des souvenirs. 

    Finirai-je ainsi ? 

    A leur avantage, elles avaient autour d'elles une famille aimante, dévouée, qui se relayait pour les assister. Elles sont mortes chez elles, au milieu des leurs. Elles n'ont pas eu à subir un mouroir à peine salubre ou une maison de retraite impersonnelle dont on sait le manque chronique de moyens, encore récemment dénoncé à coups de manifestations. Comme je les comprends. Comme je partage leur désarroi de ne pas être en mesure de fournir aux personnes âgées le minimum de temps et d'humanité dont elles ont pourtant besoin.

    Moi qui n'aurai vraisemblablement pas d'enfants pour s'occuper de moi lorsque mes os seront trop vieux, qui le fera ? Dans quelles conditions ? Serai-je l'un de ces vieux fous édenté, au visage buriné par les ans, à qui l'on donnera la becquée ?

    De même, voir mes parents prendre de l'âge ne me réjouit guère. Mon père qui, bien que toujours actif, adopte progressivement un rythme de petit père tranquille. Ma mère qui, chroniquement s'inquiète de tout (car selon sa petite logique Shadock à elle, il vaut mieux s'inquiéter et qu'il ne se passe rien, plutôt que de ne pas s'inquiéter et qu'il se passe quelque chose !) se convainc qu'elle est déjà une petite vieille alors qu'elle n'a pas encore deux fois trente-trois printemps...

    "On ne peut s'empêcher de vieillir mais on peut s'empêcher de devenir vieux", aurait écrit Henri Matisse.

    Le temps passe. Et nous avec.

    Vienne la nuit sonne l'heure
    Les jours s'en vont je demeure

    4 février 2018

    Moëlleux

    1 commentaire
    Si je devais donner un qualificatif à mon weekend, moëlleux serait certainement le plus approprié.

    Un weekend à la montagne, dans le confort rustique d'une veille maison de pierres aux murs inégaux.

    Deux jours en bonne compagnie, remplis de douceur, de rires et du bien-être vaporeux d'un après-midi passé à prendre soin de soi, entre la chaleur enveloppante d'un hamam réconfortant et du bain à remous vivifiant.

    Une parenthèse toute en noursitude, au milieu des sapins déguisés de blanc, faite de tendresse partagée, de bétites complices et de crêpes savourées le soir au coin du feu.

    Un weekend moëlleux et reposant, où tout est simple et qui fait beaucoup, beaucoup de bien.