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    30 janvier 2011

    Pour ou contre la musique moderne ? - A propos de 'Medea' au Théâtre du Capitole

    21 commentairess
    Vendredi soir je me trouvais au Théâtre du Capitole pour assister à une représentation de Medea sur une musique de Pascal Dusapin et une chorégraphie de Sasha Waltz. Pour vous donner quelques repères et mettre grossièrement l'oeuvre dans son contexte, Pascal Dusapin est un compositeur né à Nancy en 1955, ayant bénéficié pendant ses jeunes années de l'influence de Xenakis, aujourd'hui bien installé sur la scène musicale internationale et récipiendaire de plusieurs distinction et prix internationaux récompensant ses travaux sur la musique contemporaine. Sasha Waltz quand à elle a créé ses chorégraphies sur les planches des plus grandes scènes lyriques d'Europe et collabore régulièrement avec les figures emblématiques de la musique contemporaine.

    Medea, présentée vendredi soir au Théâtre du Capitole, est une commande effectuée par Bernard Focroulle, immense musicien (son intégrale de l'oeuvre d'orgue de Buxtehude est hautement recommandable, celle de Bach est trop cérébrale à mon goût) et directeur du Théâtre de la Monnaie à Bruxelles. Le cahier des charges indiquait que l'oeuvre devait être exécutée immédiatement après Didon & Aeneas de Purcell, au Théâtre de la Monnaie en 1992. Medea est donc une oeuvre plutôt concise (à peine plus d'une heure) faisant appel à un orchestre baroque utilisant un tempérament ancien permettant de différencier un do dièse d'un ré bémol. Sur scène une soprano coloratur récitante incarne Medea, et des danseurs.

    Je ne parlerai pas de la représentation à proprement parler car ne je suis pas certain de maîtriser les ressorts  de la musique contemporaine assez parfaitement pour me livrer à l'exercice d'une critique un tant soit peu objective. Un texte ancré dans la noirceur la plus absolue, une Médée un peu hallucinée, aux confins de la folie vengeresse, articulant chaque mot un à un, sur une musique toute en tensions et des corps qui fendent l'air, virevoltent, s'agglutinent, se disloquent. Tout cela était superbe. Si j'ai appris une chose, c'est qu'être aux premières logues - au sens littéral du terme pour le coup ! - ne permet pas de profiter pleinement du spectacle scénique. Finalement, en dépit d'un coté inattendu, parfois déroutant, j'ai passé un très agréable moment. Et pas seulement grâce à ce rhâââââ lovely très mignon petit danseur, vraisemblablement colombien, dont j'aurais volontiers fait mon quatre-heure et toutes les heures du cadran et qui a constitué à lui seul à mes yeux un spectacle dans le spectacle.
    [De taille moyenne, une épaisse chevelure de jais coordonnée à une barbe soignée taillée de près, une peau d'ambre, un grand sourire et des yeux qui pétillent... c'est tout ce qu'il faut pour me faire craquer. C'est étonnant comme mon regard est toujours magnétisé par le même genre de garçon. ]
    Au moment des saluts finaux, après que la troupe de danseurs et Caroline Stein ont reçu un flot d'applaudissements fournis amplement justifiés, alors que Pascal Dusapin montait sur scène, j'eus la surprise d'entendre fuser quelques cris et sifflets de désapprobation. Tiens tiens, ça sent doucement le scandale  et la castagne, une vague odeur de souffre, mais d'une toute autre veine que celle ayant pu irriguer la création de quelques unes des pages qui apparaissent aujourd'hui comme les plus magistrales du répertoire, mais aussi peut être beaucoup de navets. Pour ma part j'applaudissais satisfait de ma soirée, les oreilles et les yeux encore sous le charme.

    Tandis que je me dirigeais vers le métro, m'accompagnèrent sans le savoir deux personnes qui visiblement venaient d'assister au même spectacle que moi, avec nettement moins de conviction. Déjà dans ma loge en  début de représentation, deux petites mamies avaient furtivement échangé un "C'est spécial" qui en disait long sur leur incrédulité. Cette fois-ci dans la rue, les langues étaient autrement plus déliées. Le jeune homme se lamentait auprès de sa compagne des stridulations dissonantes des cordes, des accords étranges joués par l'orgue, des mélismes décharnés de Médée. Bref, nous n'avions visiblement pas passé la même soirée et, tandis qu'elle paraissait plus conciliante, lui semblait vilipender la musique contemporaine dans sa généralité, mimant au passage le grincement des archets couinants.

    Ho c'est sûr on n'avait pas affaire au coussin des harmonies confortables d'un Poulenc et le langage musical a tout de même bien évolué depuis Prokofiev. Et même si je suis de longue date attiré par la musique contemporaine, j'admets qu'il arrive régulièrement que ça frotte, que ça pique et gratte parfois très fort au point de souhaiter que le supplice se termine au plus vite. J'ai notamment souvenir d'un concert, une création de Requiem, dans le cadre d'un fameux festival dans le Comminges, qui fut un calvaire. Demandez son avis à Méchant Chimiste pour voir... J'ai un autre souvenir de création dans une insigne basilique Toulousaine, encore un Requiem - a croire que les harmonies contemporaines ne trouvent pas grâce à mes oreilles face à ce monument d'art sacré - qui fut aussi un morceau de bravoure non seulement pour les interprètes, mais aussi - et surtout - pour l'auditoire qui, une fois le dernier accord posé, a promptement fui les lieux sans demander son reste.

    Plongé dans mes pensées et songeant au mimiques de cet auditeur déçu, me revint alors en mémoire le titre d'un ouvrage que je conserve précieusement dans ma bibliothèque : Pour ou contre la musique moderne ?


    Pour ou contre la musique moderne ? de Bernard Gavoty et Daniel Lesur  paru  en 1957, compilation d'entrevues radiophoniques de compositeurs contemporains de l'époque dont le nom de certains est aujourd'hui mondialement connu et reconnu :  Olivier Messiaen, Henri Dutilleux, Maurice Jarre, Georges Enesco, Pierre Schaeffer... parmi d'autres. Véritable plaidoyer en faveur d'une musique contemporaine alors en disgrâce de la part  d'un auditoire perdu,entre expérimentations hasardeuses et insondable cartographie mathématique de l'échelle des sons inaccessible au commun des mortels , les auteurs dressaient en un très long prologue à leur ouvrage, le constat suivant  :

                « (...) Comment faire un choix parmi tant de musiciens et d'ouvrages qui vont du meilleur au pire, du conformisme à l'outrancier et du chef-d'oeuvre à l'expérience de laboratoire ? Pour nous, auditeurs, la difficulté est de distinguer la bonne musique de la mauvaise. Sur cent concertos modernes, il n'y en a peut être qu'un seul d'excellent. Et le malheur veut, précisément,  que les quatre-vingt-dix-neuf mauvais cachent le centième, qui est bon.»
                 Le problème est de tous les temps. A toute époque, il y a eu, cote à cote, des retardataires et des précurseurs, des hommes de génie et des artiste médiocres. C'est, en principe, le rôle de la critique de distinguer et de guider les amateurs. Toutefois, le critique est tributaire de ses goûts personnels, de son instinct et de sa sensibilité. Son jugement est loin d'être absolu, si bien que deux hommes également éclairés ont très souvent des opinions diamétralement opposées sur un même ouvrage ou sur un même auteur. Le rôle de la critique est plutôt d'amorcer la discussion générale. Pour le reste, le temps fait son oeuvre. Mais, comme l'écrit si justement M. Martel, le temps lui-même n'est pas à l'abri de l'erreur. résignons-nous donc à entendre beaucoup de musique et à élire celle qui s'accorde à notre sensibilité. (...) 

                 « Les sens sont devenus fous, et c'est le résultat qu'obtiennent délibérément tous ces faiseurs de neuf qui, le jour et la nuit, s'escriment sur leur instrument à chercher des effets. Les nouvelles règles qui sont maintenant en vigueur et les nouveau modes qui en découlent rendent la musique moderne désagréable à entendre...» Quel est l'auteur de cette diatribe ? Un mélomane de 1957 ? Non point : c'est le chanoine Gian-Maria Artusi, compositeur et critique bolognais, qui accueillait par ces paroles amères la publication des Madrigaux de Monteverdi en  1600...  (...)
                 En 1802 on reprochait à Beethoven ses duretés, ses bizzareries. En 1875, on jetait à la tête de Bizet des adjectifs jugés alors insultants : wagnérien, brumeux, nordique - à propos de Carmen, si française par l'esprit, si méridionale par la lumière qui l'ensoleille ! En 1902, la répétition générale de Pelléas fut houleuse. En 1913, le Sacre du Printemps déchaînait des batailles. Mais assez rapidement, les critiques s'apaisèrent et firent place à l'admiration qui, depuis lors, ne s'est pas démentie. Tel est le sort de toute oeuvre à la fois originale et sincère : l'originalité heurte d'abord nos habitudes, mais la sincérité entraîne finalement notre adhésion. Honegger soutenait avec raison que le public est plus sensible à ce qu'on lui dit qu'à la manière dont on s'exprime. En d'autres termes, la pensée prime le vocabulaire et l'on accepte d'être surpris, à condition d'être convaincu. (...)

    Alors ? Pour ou contre la musique contemporaine ?

    27 septembre 2010

    Branlage neuronal

    16 commentairess
    En juillet dernier, lors de mon passage à Evian, nous sommes allés visiter avec Olivier l'exposition H²O - sur le thème de l'eau donc - au Palais de la Lumière. C'est ainsi que furent pompeusement rebaptisés les anciens thermes  aujourd'hui convertis en centre d'exposition. Y étaient exposées des oeuvres de la Collection Sandretto Re Rebaudengo qui, paraît-il, est "prestigieuse".

    L'exposition en elle même ne nous a pas laissé un souvenir impérissable. A vrai dire nous avons globalement été un petit peu déçus, même si certaines créations ne manquaient pas d'intérêt. En réalité, un dés éléments gênants dans cette histoire fut de bien souvent ne pas comprendre de premier abord l'angle de l'artiste. Nos trois regards convergents furent - neuf fois sur dix - incapables d'analyser les oeuvres dans le sens qu'avait voulu leur donner l'artiste, ou du moins celui que le commissaire de l'expo avait cru bon d'attribuer à l'artiste. Morceaux choisis !

    Il y eut tout d'abord cette table en verre sur laquelle étaient placés des récipients transparents remplis de liquide noir, et reliés entre eux par un réseau de tubes transparents assurant le fonctionnement de ce jeu de vases communicants. Réfléchissons ensemble quelques secondes : une exposition sur l'eau, du liquide noir qui suppure dans des bocaux et qui se répand en sous-sol... Oui, c'est évident : il s'agit d'une vision allégorique de la pollution. On met un peu de mazout par ici (quelques centaines de millions de mètres cubes) et hop  ! Miracle de la physique, aussitôt ça dégueulasse toute la planète. Bien vu ! C'est joli, ludique, triste aussi.
    Hein ? Comment ? C'est pas ça du tout ? Ha bon... mais cékoidonk alors qu'il a voulu dire l'artiste ? Vite, ouvrons le catalogue de l'exposition. Irène, Madame le Commissaire, va nous éclairer de toute sa science :
     "Tous les récipients contiennent un liquide noir qui, selon le principe des vases communicants, s'écoule osmotiquement d'un récipient à l'autre à travers une série de tubes.
    Jusque là tout va bien, on n'est pas trop cons, on a bien vu la même chose. En revanche "osmotiquement" ça calme ! Ca c'est du mot qu'il est lourd. Tellement lourd qu'il ne veut rien dire. Vérifiez vous-même dans votre dico : ce mot est encore inconnu de la langue française. Mais bon, ne nous arrêtons pas à si peu  et poursuivons la lecture des explications :
    L'oeuvre dans sa simplicité ne semble pas dangereuse, si ce n'est pour sa fragilité  ou pour la possibilité pour le spectateur de se tâcher d'encre noire.
    Ha bé non, elle est pas dangereuse l'oeuvre, sinon on ne l'exposerait pas au public. Si ? Et puis depuis quand la fragilité est-elle dangereuse ? C'est intéressant comme concept ! Ha, c'est donc de l'encre de chine le liquide noir ? Mais on s'en fout un peu non ? Ca aurait pu être de l'encre de seiche, de la peinture noire, de l'huile de friture hyper sur-saturée ou tout autre liquide noir. Pourquoi de l'encre ? Tiens, lisons la suite, on aura certainement la réponse.
    Mais c'est justement cette possibilité [de se tâcher, NdTM] qui suggère l'inévitabilité d'une "contamination", le coeur de ce travail, que l'artiste a représenté comme une réflexion sur la paranoïa culturelle de la contamination par le Sida."
    Ha oui, vu comme ça c'est beaucoup plus clair. Le Sida... mwoui... si vous voulez. Mais pourquoi limiter l'interprétation au Sida en particulier ? Sans amoindrir les dégâts que cause ce virus, la grippe n'est-elle pas contagieuse elle aussi ? La contamination doit-elle avoir une lecture univoque ?  Et le concept de "paranoïa culturelle" me laisse on-ne-peut plus perplexe. De quelle culture s'agit-il ? Pourquoi pas une paranoïa sociale  ou collective ? Voire une paranoïa tout-court ? Hein ? C'est bien joli d'utiliser des expressions choc mais encore faut-il qu'elles le soient à bon escient et qu'elles aient un sens.  Ah oui, et tant qu'on en est à la table en verre, je ne trouve aucune explication sur le pourquoi du comment de l'encre de chine.  Si c'est bien du Sida qu'il s'agit, pourquoi n'avoir pas utilisé un liquide rouge à la place ? Du sang d boeuf, du sirop de grenadine, ou du jus de tomate par exemple. Ca tâche plutôt bien ça aussi. Car le Sida se transmet bien par le sang, et pas par contact avec de l'encre de chine, non ? Tiens, Irène n'a pas de néologisme de son cru pour nous expliquer tout cela...

    Quelques pas plus loin nous voici devant un parterre ou sont disposées des dalles de linoleum découpées à la main formant un cheminement en "v". Au mur sont projetées des silhouettes, et un hautparleur diffuse des chuchotements indistincts. D'accord d'accord... Au secours, ouvrons vite le livret explicatif, Irène à la rescousse ! Accrochez-vous, c'est de la bonne :
    "L'installation est une représentation populaire. Les trois éléments qui la composent -  le fleuve, le choeur et le son -  transforment le lieu en espace sacré. Le spectateur accepte la convention du rite et idéalement étend la dimension même du choeur.
    L'universalité de la situation est simplifiée par la contemporanéité des matériaux, comme si nous réussissions à regarder le présent en réduisant le temps qu'il contient. Le brouhaha de fond des jeunes filles, visualisées par l'artiste dans le dessin mural réalisé devient le grondement du fleuve, transformant l'eau en son et le fleuve en être.
    "
    Reprenons pas à pas ce pamphlet d'ésotérisme pur qui confine au grandiose, reléguant le Manifeste du surréalisme au rang d'une mauvaise chronique people dans Closer.
    L'installation est une représentation populaire. 
    Je crois qu'il manque des mots dans cette phrase. Une représentation populaire vous avez dit ? Populaire dans quel sens ? Je pose la question parce que ce mot en a plusieurs qui ne recouvrent pas exactement la même chose. Populaire au sens de "qui appartient au peuple" au quel cas on devrait se reconnaitre dans la mise en scène ? Hum, non... pas vraiment. Le linoleum, désolé, c'est nase et moi pas plus que mes coreligionnaires ne nous sommes reconnus là dedans. Ou alors populaire au sens de "qui est accessible au peuple" ce qui n'est guère flatteur pour le peuple. Le peuple - que dis-je, la plèbe ! - serait-il à ce point indigent qu'il faille - par une simplification outrancière - se rabaisser à son tout petit niveau pour qu'il entre dans la compréhension d'une oeuvre que l'on estimera à sa portée ? Merci pour cet élan de considération qui nous ferait presque prendre des vessies pour des lanternes. Du coup l'explication commence par une phrase aussi impénétrable que l'oeuvre qu'elle est censée décortiquer pour nous. Je sais pas mais je le sens assez mal ce coup là. D'ailleurs la suite nous démontre qu'Irène était fort inspirée ce jour là.
    Les trois éléments qui la composent -  le fleuve, le choeur et le son -  transforment le lieu en espace sacré.
    Ha bon ? J'ai du manquer un paragraphe là... Attendez je relis. Bé non... j'ai rien manqué du tout. Alors là, faut qu'on m'explique un petit peu, j'ai franchement du mal à suivre. Pourtant j'y mets toute ma bonne volonté. Je ne comprends pas en quoi un fleuve (même stylisé par des morceaux de linoleum marronnasses),  un choeur (des silhouettes sur un mur) et du son mis ensemble auraient la vertu de se transsubstantier en espace sacré. Et d'ailleurs, que vient foutre le sacré ici ? Parce qu'à ce compte là, prenons l'exemple volontairement trivial des pissotières publiques : de l'eau qui coule, des gens qui pissent ensemble, et parfois quelques sifflotements joyeux qui viennent ponctuer cette belle cérémonie, tous les ingrédients sont réunis. En voilà une belle cathédrale !
    Le spectateur accepte la convention du rite et idéalement étend la dimension même du choeur.
    Ok pour la fin : en me plaçant comme spectateur, j'agrandis l'espace de l'oeuvre en m'intégrant - à l'insu de mon plein gré - dans ce choeur virtuel, et alors même que je reste silencieux. Mwoué, admettons.  C'est peut être la partie la moins capylotractée de tout le livret. Faisons preuve de magnanimité envers Irène pour cette fois. La pauvre avait dû fumer son montblanc.
    En revanche, l'affirmation selon laquelle j'accepterais la "convention du rite" me laisse totalement circonspect.  En effet, sachez tout d'abord, chère Irène, que silence ne vaut pas acceptation. Le fait de me placer en observateur ne me conduit pas de facto à me positionner en acteur d'une situation bien particulière qu'est celle du rite. D'ailleurs je note l'expression "convention du rite". Mais de quelle convention parlons-nous ma chère Irène ? Et de quel rite ? Si j'en crois mon dictionnaire, le rite dans son sens le plus large, désigne un ensemble de pratiques réglées ayant un caractère sacré ou symbolique. Quelles sont alors les règles de ce rite ? Quel en est le rituel ? Se réunir autour de confettis en linoleum pour marmonner tous ensemble des borborygmes incompréhensibles ? Mais oui mais oui... et le raton laveur il met la tablette de chichon dans  le papier hallu !

    Vous croyez avoir atteint le somment ? Que nenni. Un bon conseil : bouclez votre combinaison en néoprène, on va franchir le mur du çon.
    L'universalité de la situation est simplifiée par la contemporanéité des matériaux, comme si nous réussissions à regarder le présent en réduisant le temps qu'il contient.
    Oui, je vous avais prévenu... Ca grimpe très fort. J'ai mal à la tête. Vite un aspirine...

    Alors le linoleum en termes de matériau contemporain, on repassera ! Ensuite le caractère universel de la situation, excusez moi mais je pige pas. Je sais pas vous mais personnellement me retrouver nez à nez avec un fleuve qui parle et du linoleum éparpillé, tout en ayant conscience de réduire le volume de temps contenu dans le présent, j'avoue que ce sont des expériences encore inédites...
    En réalité, j'ai peur de comprendre tout à coup : Irène et des copines à elle se réunissent régulièrement dans un hangar agricole et là toute la nuit elles sniffent de la colle en mâchouillant des morceaux de linoleum, bercées par de la musique d'un autre monde tellement hardos que même au technival il n'en ont pas voulu. Et là, forcément, elles réussissent à "regarder le temps présent en réduisant le temps qu'il contient". Parfois elles s'amusent à démontrer le dernier théorème de Fermat en gobant des shots d'acétone et de ricoré. Une vraie junkie cette Irène...
    Le brouhaha de fond des jeunes filles, visualisées par l'artiste dans le dessin mural réalisé devient le grondement du fleuve, transformant l'eau en son et le fleuve en être."
    Voilà ce qu'il se passe quand on sniffe de la colle à linoleum : on voit des choses bizarres...  D'autres qui sniffaient du cactus hallucinogène voyaient des mouches bourdonnantes et des anneaux partout. Elle elle voit un mur qui parle et un fleuve vivant. Ben oui. Il paraît  que les plus grands artistes plongent dans la drogue, que ça stimule leur créativité. Regardez par exemple Jim Morisson, John Lennon, Kurt Cobain... dans la drogue. Regardez inversement Lara Fabian : elle ne se drogue pas !

    Au final cette expo était davantage à visiter pour son livret que pour ses oeuvres, un peu décevantes comme je l'ai déjà expliqué car le lien avec l'eau nous est apparu très lointain. Surtout pour cette pauvre Irène qui - elle - n'a pas du en boire souvent, de l'eau !