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    18 février 2020

    Relisons Jean Cocteau

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    (...)
    Dans le temps, on se voyait. On pouvait perdre la tête, oublier ses promesses, risquer l’impossible, convaincre ceux qu’on adorait en les embrassant, en s’accrochant à eux. Un regard pouvait changer tout. Mais avec cet appareil, ce qui est fini est fini… Sois tranquille. On ne se suicide pas deux fois… Je ne saurais pas acheter un revolver… Tu ne me vois pas achetant un revolver… Où trouverais-je la force de combiner un mensonge, mon pauvre adoré ?… Aucune… J’aurais dû avoir du courage. Il y a des circonstances où le mensonge est utile. Toi, si tu me mentais pour rendre la séparation moins pénible… Je ne dis pas que tu mentes. Je dis : Si tu mentais et que je le sache. Si, par exemple, tu n’étais pas chez toi, et que tu me dises… Non, non, mon chéri ! Écoute… Je te crois… Si, tu prends une voix méchante. Je disais simplement que, si tu me trompais par bonté d’âme et que je m’en aperçoive, je n’en aurais que plus de tendresse pour toi… Allô ! … allô…
    (...)

    Jean Cocteau, La voix humaine (1929)
    Ed. Stock

    27 avril 2017

    Du bonheur de lire

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    "Si mes parents m’avaient permis, quand je lisais un livre, d’aller visiter la région qu’il décrivait, j’aurais cru faire un pas inestimable dans la conquête de la vérité. Car si on a la sensation d’être toujours entouré de son âme, ce n’est pas comme d’une prison immobile : plutôt on est comme emporté avec elle dans un perpétuel élan pour la dépasser, pour atteindre à l’extérieur, avec une sorte de découragement, entendant toujours autour de soi cette sonorité identique qui n’est pas écho du dehors, mais retentissement d’une vibration interne. (…).
    Enfin, en continuant à suivre du dedans au dehors les états simultanément juxtaposés dans ma conscience, et avant d’arriver jusqu’à l’horizon réel qui les enveloppait, je trouve des plaisirs d’un autre genre, celui d’être bien assis, de sentir la bonne odeur de l’air, de ne pas être dérangé par une visite : et, quand une heure sonnait au clocher de Saint-Hilaire, de voir tomber morceau par morceau ce qui de l’après-midi était déjà consommé, jusqu’à ce que j’entendisse le dernier coup qui me permettait de faire le total et après lequel le long silence qui le suivait semblait faire commencer, dans le ciel bleu, toute la partie qui m’était encore concédée pour lire jusqu’au bon dîner qu’apprêtait Françoise et qui me réconforterait des fatigues prises, pendant la lecture du livre, à la suite de son héros. Et à chaque heure il me semblait que c’étaient quelques instants seulement auparavant que la précédente avait sonné ; la plus récente venait s’inscrire tout près de l’autre dans le ciel et je ne pouvais croire que soixante minutes eussent tenu dans ce petit arc bleu qui était compris entre leurs deux marques d’or. Quelquefois même cette heure prématurée sonnait deux coups de plus que la dernière ; il y en avait donc une que je n’avais pas entendue, quelque chose qui avait eu lieu n’avait pas eu lieu pour moi ; l’intérêt de la lecture, magique comme un profond sommeil, avait donné le change à mes oreilles hallucinées et effacé la cloche d’or sur la surface azurée du silence. Beaux après-midi du dimanche sous le marronnier du jardin de Combray, soigneusement vidés par moi des incidents médiocres de mon existence personnelle que j’y avais remplacés par une vie d’aventures et d’aspirations étranges au sein d’un pays arrosé d’eaux vives, vous m’évoquez encore cette vie quand je pense à vous et vous la contenez en effet pour l’avoir peu à peu contournée et enclose — tandis que je progressais dans ma lecture et que tombait la chaleur du jour — dans le cristal successif, lentement changeant et traversé de feuillages, de vos heures silencieuses, sonores, odorantes et limpides."
    Marcel Proust - Du côté de chez Swann 
    Combray - II, pp. 122-123

    23 mars 2013

    Un peu de tout, avec un chat dedans

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    Pas trop le temps de bloguer en ce moment, ni tellement de quoi raconter. Je bosse comme un titan, rentre chez moi le soir lessivé avec la tête en bouillie et un besoin vital de calme et de silence. N'ayant plus de télévision, c'est à peine si j'allume la radio. Rien. Zéro décibel. Normalement j'en ai pour six mois. Je me demande déjà si je vais tenir le coup. Ca craint un peu... 

    Vendredi soir en sortant du boulot je suis allé prendre l'apéro avec des amis. On a un peu tout mélangé : des vins rouges, des cocktails, des tapas, du tabac... Me suis réveillé ce matin avec la bouche lyophilisée et une gueule de bois monstrueuse. C'est pas beau de vieillir.
     Et preuve que je devais empester l'alcool : le chat n'a pas daigné dormir à côté de moi cette nuit là.

    Heureusement, dans une semaine le week-end compte trois jours. Ça tombe très bien, je vais en profiter pour faire une cure de sommeil.

    Lundi dernier j'ai finalement récupéré Gaudi qui était en villégiature prolongée chez celle que j'ai auto proclamé sa marraine. Une vraie tata gâteau celle-là. Et Gaudi était comme une princesse : chouchoutée, gâtée, dorlotée... Pendant mon absence j'avais demandé à mes parents de la faire opérer (le chat, pas la marraine) par leur vétérinaire. Je ne sais pas si c'est ça ou les bons soins de sa marraine, mais disons qu'elle a pris un sacré embonpoint ! En réalité je ne sais pas si elle a véritablement grossi car lorsque je la papouille je n'ai pas l'impression de papouiller un sac de gras double. Peut-être l'opération et ses nécessaires perturbations hormonales a-t-elle eu des répercutions sur le squelette de la bête (s'il y a des vétérinaires ou des experts en chat-minou parmi vous) ?

    Avant de la récupérer définitivement j'étais d'abord aller la voir dans son royaume transitoire. Elle m'avait tiré une de ces gueules ! Wow j'avais jamais vu ça.... Un regard de mépris mêlé de rancune rance qui disait grosso modo : " Mais va te faire foutre, pauvre type". Et elle avait passé le reste de la soirée sous le lit à m'ignorer royalement. 

    A la seconde visite, lundi soir donc, mademoiselle s'est montré plus coopérative et n'a pas fui. Elle est restée et a même joué un peu. Et depuis qu'elle est revenue à l'appart, elle a très (très !) vite repris ses habitudes : celles des ronrons le soir au coucher, celle de sa litière (ce chat est d'une propreté exemplaire !) et tout un tas d'autre petite choses qui font que Gaudi est un chat exceptionnel. Et ça fait du bien de la retrouver le soir en rentrant, à faire des roulades sur le tapis dans l'entrée pour que je lui gratouille le ventre. Un peu de réconfort après mes rudes journées.

    A propos de tout autre chose, j'ai depuis deux semaines le plaisir de retrouver une très jolie plume, celle de Erik sur son blog L'arbre à chat. J'aime toujours autant sa manière d'écrire, simple, souple, aérée. Allez lire notamment son dernier billet qui m'a tout simplement transporté de fenêtre en fenêtre. 

    Toujours sur les blogs, deux billets (ici et ici) de Patrick Antoine m'ont beaucoup marqué tant ils décrivent des univers auxquels je me confronte presque quotidiennement et qui n'en finissent plus de me donner la nausée. Lorsque vous sauvez que je suis un fervent partisan de la méritocratie, vous comprendrez pourquoi en allant lire chez lui.

    Ho, et puis, vous avez déjà lu Les Chroniques de Princesse Pouffiasse ? Non ? Vous devriez !

    Et puis allez fouiller un peu dans toute la blogroll, ce ne sont que des blogs que je lis - avec plus ou moins de régularité - et que j'aime vraiment.

    Alors bonne lecture et à bientôt. Le chat me réclame.

    17 juin 2010

    Quai d'Orsay - Chroniques diplomatiques

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    Arthur est un peu stressé ce matin là. Il a rendez-vous en haut lieu. En très haut lieu. Je dirais même un rendez-vous au sommet. Dans quelques minutes il va rencontrer Alexandre Taillard de Vorms, le Ministre des affaires étrangères. C'est un rendez-vous important vous comprenez, qui risque de changer sa vie. Ça c'est sûr, et Arthur n'imagine pas à quel point ni de quelle manière.
    Pénétrant dans le boudoir comme un ouragan dans un clapier, le tempétueux Taillard de Vorms propose à Arthur de l'intégrer dans sa garde rapprochée. Sa mission ? Les "langages", autrement dit la rédaction de ses discours. Arthur ne le sait pas encore mais il vient sans le vouloir d'être happé dans la quatrième dimension, celle des cabinets ministériels, des secrets d'alcôve, des coups-de-putage, des réseaux d'influence, en un mot : de la diplomatie, à la sauce Taillard de Vorms. Autant vous le dire tout de suite : Arthur n'est pas au bout de ses peines !

    Basée sur la véritable histoire du scénariste, Abel Lanzac, qui fut conseiller de Dominique de Villepin (car c'est bien de lui dont il s'agit dans cette bande dessinée) Quai d'Orsay est un véritable petit bijou. Le lecteur est plongé au cœur d'une gigantesque machine dont personne ne semble véritablement comprendre le fonctionnement hormis le Taillard de Vorms lui même, un peu comme si l'on pénétrait à l'intérieur du château de Franz Kafka. La politique internationale y prend une dimension étourdissante articulée non pas autour de mécanismes simples mais structurée par de vagues concepts abstraits intellectuellement séduisants quoique vide de sens, loin, très loin des préoccupations des petites gens, concepts à la portée des seuls grands de ce monde, et encore... Arthur va ainsi découvrir les joies de l'humiliation, les discours devant l'ONU, du diplomatiquement correct, les nuits de travail interminables à écrire et réécrire un discours dont les exigences varient d'une heure à l'autre sans crier gare, les sautes d'humeur d'un homme impatient que rien ne semble pouvoir arrêter si ce n'est un stabiloboss usé, les coups bas entre conseillers... " Quand tu fais un coup de pute à quelqu'un, c'est pas que tu lui veux du mal. C'est comme une caresse. Ici c'est comme ça qu'on fait l'amour "  lui confiera un collègue.

    Le personnage de Taillard de Vorms est vraiment spectaculaire, charismatique, qui semble constamment planer à des kilomètres au dessus de la masse plébéienne. Il faut accorder une mention spéciale au rendu des mouvements du Ministre, d'une rare amplitude, qui en font un véritable courant d'air, au point que chacune de ses entrées est ponctuée par un violent claquement de porte "VLON". Le travail sur  la restitution de sa diction est en outre très soigné : je me suis amusé à lire le texte en ayant la voix de Villepin en tête et je puis vous assurer que je m'y suis cru, ça marche du tonnerre ! Le choix des mots, les intonations, les phrases sibyllines, tout y est ! Un véritable régal.

    Contrebalançant ce personnage étourdissant, vient la figure du flegmatique Maupas, toujours calme et presque serein même lorsque tout est au plus mal et qu'une crise internationale menace la paix mondiale. Un personnage dont apprend finalement assez peu de choses, presque avare de ses mots, mais dont on comprend qu'il est en quelque sorte l'âme du lieu, celui qui connait les ficelles du métier et tire du bout des doigts des cordelettes invisibles grâce auxquelles le fragile équilibre du monde est préservé.
    Je ne vous passerai pas tous les personnages en revue, il y en a un certain nombre et sont tous plutôt bien travaillés.


    Au final Quai d'Orsay est un ensemble riche, très vivant, à l'humour subtilement décalé  (j'ai franchement bien ri à de nombreuses reprises) et servi par un trait incisif relativement souple qui donne au dessin vivacité et panache. Bref, une réussite !
    La première page indique "Tome 1", ce qui signifie qu'il y aura sûrement un tome 2. Vue la vitesse à laquelle j'ai dévoré les 96 pages, je ne vous cache pas que j'ai hâte d'en lire la suite !

    Quai d'Orsay - Chroniques diplomatiques
    par Blain et Lanzac
    Edité par Dargaud

    2 décembre 2009

    Prostatinator

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    S'il y a une chose que j'aime bien à la salle de sport, hormis mater les gros balèzes le sport en lui même, c'est de feuilleter les magazines dédiés à la forme et au fitness qui trainent dans un vieux placard. Outre des articles de fond à la rigueur scientifiquement aussi éprouvée qu'un épisode de NCIS, ce qui en fait  au demeurant un excellent divertissement, on y trouve quelques perles assez croustillantes.

    En témoigne ce petit article publicitaire vu dans le testotéronné magazine Muscle & Fitness (page 30) de novembre 2008...




     Moi ce que j'en dis...  smileys Anges

    5 juillet 2009

    Caniche

    2 commentairess

    " Comme chacun sait, les caniches sont des genres de chiens frisés détenus par des retraités poujadistes, des dames très seules qui font un report d'affection ou des concierges d'immeuble tapis dans leurs loges obscures. Ils peuvent être noirs ou abricot. Les abricots sont plus teigneux que les noirs, qui sentent moins bon. Tous les caniches aboient hargneusement à la moindre occasion mais spécialement quand il ne se passe rien. Ils suivent leur maître en trottinant sur leurs quatre pattes figées sans bouger le reste de leur petit tronc de saucisse. Surtout ils ont de petits yeux noirs et fielleux, enfoncés dans des orbites insignifiantes. Les caniches sont laids et bêtes, soumis et vantards. Ce sont les caniches. "

    Muriel Barbery, L'élégance du hérisson, Gallimard, p.44


    2 juillet 2009

    Onan le Barbare

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    En prélude à un billet auquel je cogite depuis assez longtemps mais pour lequel quelques vérifications techniques sur le terrain me contraignent à repousser la publication - mais aussi parce que j'ai un peu la flemme d'écrire en ces jours où la chaleur écrasante harasse mes neurones déjà défaillants - je sacrifierai la bien séance de la fraîcheur sur l’autel de la paresse intellectuelle et de l’éco-bloggage pour vous proposer un billet réchauffé, sorti de mon ancien chez moi, et inspiré par la lecture d’un ouvrage de premier choix dont j’avais alors fait l’acquisition place du Salin. Il s’agit de Onan le Barbare, daté du 24 septembre 2008.


    Onan le Barbare


    Mais, mais, mais…il y a une faute d’orthographe !!

    Hééé non, bande de petites mangoustes écervelées... le billet de ce jour n’aura pas pour sujet les aventures héroïques d’un colosse body-buildé se trimballant cul nu dans une nature hostile, combattant des hordes des trolls et pourfendant la tronche à qui lui chercherait des noises d’un peu trop près. Rien de cela.

    Le point de départ sera bel et bien celui de Onan, personnage biblique, second fils de Juda, frère de Er, ayant pris pour épouse Tamar, la femme de Er, à la mort de celui-ci, Er n’ayant pas eu de descendance. En effet, selon l’ancienne loi des Egyptiens et des Phéniciens, leurs voisins, cette pratique s’appelait « susciter des enfants à son frère ». Le premier-né du second mariage porterait le nom du défunt.

    Il me serait d’ores et déjà facile de glisser subrepticement – en guise de boutade – que c’est dans ces événements historiques que se situe la mémoire lointaine d’expressions aujourd’hui populaires, déformées par l’usage « Avoir l’Er d’un con » et « Nique Tamar », mais la hauteur stratosphérique à laquelle je destine mon récit et dont je m’efforce de maintenir le niveau, m’interdit de tomber dans de telles bassesses indignes de mon lectorat, qui m’en voudrait certainement et non sans raison ! C’est bon de rire parfois…

    Reprenons le fil de notre discours si vous le voulez bien.

    Onan, donc, marié à sa belle-sœur, refuse de donner un fils à sa désormais épouse. En effet, il haïssait la mémoire de son frère et pour ne point concevoir d’enfant qui portât le nom de Er, préférait « laisser sa semence se perdre dans la terre », enfreignant ainsi la loi du Lévirat. Quelle outrecuidance !

    Vous l’aurez donc compris, ce billet empruntera des voies un peu inhabituelles sur ce blog puisque je n’ai à ce jour encore jamais abordé de thématique purement séquessuelle. L’envie me trottait en tête depuis quelques temps déjà et l’occasion m’est donnée par la découverte vendredi dernier chez un bouquiniste Place du Salin, d’un opuscule de premier choix dont je vais vous narrer tantôt quelques extraits. Car, quoique je n’aie pas encore achevé ce sommet de la littérature médicale, je suis en mesure de vous assener quelques grandes vérités premières, de celles que la Science hausse au rang de Loi Universelle.

    Couchez les enfants et éloignez les âmes sensibles de l’écran, ce qui va suivre est destiné à un public adulte et averti : nous allons parler de masturbation ! Si !



    Non, ne rougissez pas, ne soyez pas gênés… ce n’est pas sale ni malsain, et tout être humain normalement constitué âgé de plus de 14 ans y a déjà consacré de longues minutes. Y compris toi qui me lit, rougissant devant ton clavier, au milieu de tes collègues de bureau, espérant que personne n’ait l’idée de lire par-dessus ton épaule.

    Avant d’aller plus loin, je dois me dois d’adresser un vif remerciement à Méchant Chimiste qui – non ! – ne m’a pas initié à l’onanisme je vous rassure, mais dont les soirées passées chez lui alors qu’il était encore un Toulousain de la rue de la Fonderie, furent l’occasion de découvertes littéraires insoupçonnables dont je ne percevais jusqu’alors pas l’intérêt.

    Vendredi dernier donc, je flânais entre midi et deux sur la place du Salin où s’installent toutes les semaines des bouquinistes venus de je ne sais où, mais dont la camelote attire toujours le chaland.

    J’errais donc d’étal en étal, l’œil à l’affût de vieux ouvrages dont la caractéristique première était en l’occurrence une belle reliure en cuir rehaussée si possible de quelques caractères gravés en lettres d’or. Ne cherchant rien de précis, mais espérant secrètement débusquer fortuitement l’ouvrage d’un éminent juriste connu des seuls initiés, je parcourais du regard une pile de bouquins dont les intitulés ne m’évoquaient rien de terriblement excitant. Lorsque soudain mon attention se porta sur un petit format en assez bon état au titre doucement évocateur : « Les désordres sexuels » par un obscur Dr R. Schauer, traduit de l’allemand par le très fameux ( ??) D. Decourtemanche.

    Vu l’âge du bidule, l’époque encore très cul-cul-la-praline à laquelle il fut écrit, et le caractère tout à fait embryonnaire de ce que nous appelons aujourd’hui la médecine, je me doutais que je détenais là un potentiel d’excitation zigomaticale tout à fait exceptionnel… J’emportais donc avec moi cet ouvrage après m’être acquitté de mon dû auprès d’une accorte demoiselle qui me rendit la monnaie le sourire aux lèvres. Et je ne suis pas totalement déçu.

    Franchement, se palucher un bon coup, en matant si possible un bon porno, voilà de quoi réjouir le plus grisâtre des guichetier de l’ANPE ! Sous la douche, au bureau, en plein air… seul ou à plusieurs (2, 3, 4… et beaucoup plus si le cœur vous en dit…) je ne vous donnerai pas de liste exhaustive. Mais l’art et la manière des plaisirs solitaires est un univers extraordinaire qui ne connaît aucune limite, si ce n’est celle de l’imagination et du dégoût, pour ne parler que des plaisirs virils…

    Pourtant, pourtant…

    Pourtant, si Onan est resté dans l’histoire c’est parce que le Très Haut préférât l’occire plutôt que de le laisser répandre sa semence en terre, dévoyant ainsi de sa finalité reproductrice la paire de couilles assortie d'une bite plus ou moins drue dont les fils d'Adam sont normalement pourvus.


    Hé oui, le tripatouillage nouillesque, c’est mal, c’est vilain, c’est pas bô !! Bouh ! Et la religion de s’emparer de ces faits pour condamner avec une véhémence cupide tout astiquage non reproductif, rejoint bientôt par les lumières obscurantistes de moralistes abscons dont les propos inconsidérés et totalement hypocrites ont terrorisé des générations de jeunes garçons ressentant en leur bas ventre les appels interdits de sirènes langoureuses...

    Heureusement, dans tout ce fracas de sornettes éhontées, des voix surent s’élever au dessus des autres et ramener les foules à la raison, guidés par une Sagesse forgée à la force du poignet sur l’enclume de la Science Moderne, à l’aune d’observations méticuleuses, sans pour autant que ne suppure ça et là quelques relents de conservatisme mal digéré. Le Dr Schauer fait partie de ces grandes âmes. Gloire lui soit rendue !

    Dans son traité de sexologie (édité dans le courant des années 1930, je n’ai pas de date précise), notre grand savant se pose en homme de son temps et propose de restaurer un fragment de dignité masculine fissurée à l’éclatement, chez ceux de ses congénères rabaissés au rang d’intouchable, souffrant de « désordres » infâmants appréhendés dans des chapitres aux intitulés doucement évocateurs : « onanisme et névrose » ou encore « les névroses sexuelles », avant que ne soit abordé le très délicat sujet de « l’éjaculation précoce ». Tout un programme !

    Si je résume d’un trait de plus le premier tiers de l’ouvrage (c’est à ce stade que j’en suis, je n’ai pas encore achevé la lecture intégrale de l’opus), le message est on ne peut plus clair. Enfin, pas tant que cela…
    Laissons la parole à l’artiste qui dans un premier temps met son génie au service de considérations philosophiques de premier ordre :


    « Dans bien des cas, l’onanisme s’accompagne d’un sentiment analogue à celui de l’éjaculation précoce : l’impression de s’être livré à un gaspillage inutile, sans conquérir ni satisfaire une compagne de l’autre sexe ».


    J’arrête momentanément la citation pour faire remarquer à notre cher ami que l’altérité sexuelle n’est plus une condition sine qua non des plaisirs du sexe... autres temps autres mœurs...
    Mais reprenons :


    « C’est en même temps une déception : on sent que « ce n’est pas la vraie façon ». C’est le sentiment décourageant d’être exclu du monde des jouissances véritables, auquel s’ajoute une rage de ne rien pouvoir faire, qui peut aller jusqu’au désespoir. »


    On pressent déjà l’erreur de raisonnement de notre cher Dr Schauer qui confond reproduction et plaisirs, comme si seul l’acte copulatoire ayant pour finalité une fécondation pouvait procurer le « vrai » plaisir, le seul digne d'intérêt. J'en viens à croire qu'il ne savait pas s'y prendre le pauvre homme ! Enfin... [soupir]

    Descendons de quelques lignes, l’esprit de Rousseau n’est pas loin (enfin… vous allez comprendre) :


    « La seconde racine interne des angoisses de l’onanisme est plus profonde ».


    Il n’y a je crois aucun jeu de mot ni allusion graveleuse dans ce passage… le terme « profonde » ne devant pas à mon sens être interprété comme une dénonciation à mot couvert de l’utilisation d’accessoires oblongs à introduction annale.


    « Chez tout individu animal, l’accouplement est suivi d’une fatigue et d’une détente momentanée de toutes les forces. Chez les insectes, une prompte mort accompagne le plus souvent l’acte sexuel ; la continence peut prolonger la vie de l’insecte jusqu’au printemps suivant. L’agave mexicaine fleurit après sept ans d’existence, donne des fruits et meurt. (…) Il y a eu prolongement de la vie individuelle aux dépens de l’espèce. L’espèce est l’ennemi de l’individu. Pour beaucoup d’êtres inférieurs, l’accouplement est la mort ».


    Voilà ce qui nous pendait au nez alors que nous nous balancions d’un pied sur l’autre à l’ère où nous n’étions que primates et que notre cerveau reptilien conserve en mémoire, relique inutile d’un passé lointain. S’astiquer la nouille ferait donc remonter en nous cette angoisse animale de la mort, source de culpabilisation et de dépression chez le branleur invétéré. Replacé dans le contexte de ce grand tout qu’est le Monde et de ce grand rien qu’est la mort, l’homme serait mis face à sa propre finitude…
    Alors, oui c'est joli, ça parle d'insectes, de pays lointains et de fleurs exotiques, mais mon dieu… C’est extraordinaire ce qu’on peut raconter comme conneries au nom de la Science !

    Ne tirons toutefois pas trop vite à boulet rouge sur le Dr R. Schauer qui s’empresse de rectifier le tir :


    « Il en est autrement chez l’homme. L’usage régulier et même parfois excessif de la puissance sexuelle ne raccourcit pas la vie, comme le croyait encore Schopenhauer. »


    Haaaaaaaaa !!! Nous y voilà !
    Branlez vous en paix mes frères, vous ne risquez rien pour votre santé ! Non ça ne rend pas sourd, ni aveugle, ça ne fait pas pousser les poils sur les gencives (il peut s’en trouver à cet endroit mais pour de toutes autres raisons que je n’évoquerai pas ici) ni tomber les dents.
    On serait presque rassurés devant cette vérité assénée avec un aplomb de sénateur.

    Pourtant, gardons nous de nous réjouir trop vite, car le Vénérable Dr Schauer nous réserve un superbe coup du lapin intellectuel :


    « Cependant, on a beau répandre la vérité à ce sujet, les hommes ont beau se raisonner, ils ne peuvent résister, quand ils se livrent à des éjaculations inutiles, à l’impression qu’ils gaspillent de la force. (…) L’inutilité dont nous prenons conscience, le gaspillage que nous pressentons, nous rapprochent du vrai sens de la vie et nos font éprouver sa désolante immensité. »


    Quel splendide retour en arrière… ! La bonne vieille morale n’est donc pas enterrée qui nous rend honteux de nous faire du bien.
    Attendez de connaître la suite pour enfin percevoir tout le talent de ce médecin à la noix :


    « Nous reconnaissons, ou plutôt nous vivons dans les éjaculations de l’onanisme l’essentiel de la vie : nous voyons qu’elle n’est que l’illusion suprême, en même temps que nous éprouvons le tourment infernal de la peur de la mort. La production du germe détachée de tout lien avec l’éternité de l’espèce, le sentiment de la terrible finitude de l’individu nous conduisent aux profondeurs et à la véritable origine de la peur, qui est la peur de la mort ».


    Et hop, une volte face absolument admirable ! Ainsi, après nous avoir expliqué que l’homme n’a pas de raison d’avoir peur de se branler parce que sur le plan médical l’activité est sans risque (à condition de rester soft quant aux joujoux qui accessoirisent ces petits moments de bonheur : l’utilisation d’une scie circulaire ou d’une perceuse à percussion peut avoir des conséquences indésirables voire regrettables), que l’homme ne meurt pas après avoir joui, ce qui peut lui donner l’occasion de recommencer autant de fois que son métabolisme le lui permet, voici que notre formidable Dr Schauer nous fait trembler en nous mettant face à une angoisse existentielle à laquelle personne de normalement constitué n’a jamais pensé et qui pour le coup nous fait flipper pour de bon.

    Car, je te pose la question, à toi lecteur de sexe masculin qui me lis à l’instant guettant alentours le passage d’un collègue curieux de savoir ce que tu fais sur ce blog : as-tu déjà pensé à l’immensité du cosmos alors que tu t’astiquais le manche ? Hein ? Sérieusement ?

    Répond en toute quiétude…
    La réponse est à n’en pas douter un NON rauque et vibrant, et tu aurais raison.

    Vous l’aurez compris, cette littérature de pacotille, écrite pourtant sur le ton le plus sérieux qui soit, me fait doucement rire de par la mauvaise foi sous-jacente qui l’imprègne et l’approximation fantasmagorique des arguments utilisés à l’appui d’une démonstration téléologique bancale.

    Rendons justice à Onan et honnissons en chœur ces Barbares qui vandalisent nos esprits au rang desquels je place désormais le Dr Schauer, pour le meilleur et pour le rire !

    Illustrations :