Je vais finir par me croire irrémédiablement fâché avec Cupidon. L'autre soir je me suis retrouvé chez un mec rencontré sur le net. Pas le genre de gars vers lequel je serais allé spontanément ; un très beau garçon tout de même. Grand, les traits doux, de mon âge, bien bâti. A vrai dire c'est lui qui a fait le premier pas. Un premier message, puis un second, une amorce originale qui nous a amené à papoter un peu. Nos solitudes se sont croisées et quelques heures plus tard voici que je me retrouve assis à ses côtés, installés dans son vaste canapé de cuir brun.
Nous avions été très clairs dés le départ. Je le suis toujours sur mes attentes. L'un comme l'autre ne cherchions pas à tout prix le grand amour, lui en particulier sortant d'une relation houleuse dont il voulait se remettre, mais laissions la porte ouverte à une l'éventualité d'une romance. Un plan cul en somme. Et plus si affinité. C'est ma philosophie du moment depuis quelques temps déjà : garder l'oeil ouvert et laisser l'amour venir à moi plutôt que m'épuiser à lui courir vainement après. Cela vaut ce que cela vaut.
La discussion s'est engagée spontanément, librement, sans que nous eûmes besoin de nous forcer, mis mutuellement et immédiatement en confiance. D'ailleurs les doutes s'étaient volatilisés dès les premières secondes où nous nous sommes vus, alors qu'il m'attendait à la sortie du métro. Visiblement le feeling était réciproque. Nous avons beaucoup bavardé, longuement, agréablement, de tout, sans trop de retenue. On s'est raconté nos vies, nos envies, nos amours perdues, nos désillusions, notre quotidien, certains souvenirs. On a même ri. Progressivement nous nous sommes rapprochés, lentement, laissant nos mains puis nos corps s'exprimer de plus en plus librement, jusqu'à ce que les mots deviennent superflus. J'ai ressenti une jolie complicité, chacun comprenant les attentes de l'autre, avec beaucoup de douceur, guidés par le discours de nos regards. Je crois que l'un comme l'autre avons pris un pied fantastique (rassurez-vous, j'ai tout à fait conscience du caractère hautement prétentieux de cette dernière affirmation). Les sangs gorgés d'endorphines, nous remettant de nos émotions, nous avons à nouveau discuté, de choses et d'autres, toujours dans la même simplicité. Nous aurions certainement pu continuer ainsi jusqu'aux premières lueurs du jour s'il ne m'avait fallu me lever tôt le lendemain matin.
Tandis qu'il récupérait le chat qui s'évadait dans les escaliers, j'ai hésité à l'embrasser une dernière fois. Je ne l'ai pas fait. Par peur de paraître lourd et ridicule. Mes sentiments m'effraient parfois... J'en avais pourtant bien envie.
Arrivé chez moi, je lui envoie un texto le remerciant pour ce moment très agréable. Je lui dis à bientôt. Il me répond sur le même ton et dans les même termes. Cette nuit là je dormirai d'un profond sommeil.
Hier je lui ai envoyé un nouveau texto pour prendre de ses nouvelles. Je pensais à lui, à cette soirée formidable, au plaisir que j'avais eu à le serrer contre moi. Pas de réponse. Aujourd'hui je découvre qu'il a supprimé son profil sur le site où nous nous sommes rencontrés. Et toujours pas de réponse à mon message. L'évidence est là qui me brûle les yeux. J'ai compris et ne m'acharnerai pas.
Je sais combien cette situation ridicule peut me faire paraître pathétique et entends d'ici les sarcasmes - justifiés - jaillissant de toutes parts : "Ha bé oui, de toutes façons tu l'as dit toi même, vous vous êtes clairement dit que vous ne cherchiez rien de spécial, ni l'un ni l'autre, banane !". Certes, je ne nie pas. Je suis un couillon. C'est exactement ce que nous nous sommes dit. Pourtant...
Et pourtant, aussi con que cela puisse paraître, je me suis posé beaucoup de questions au sujet de ce charmant garçon. Non non, quoique je sois un authentique coeur d'artichaut (barricadé derrière une épaisse mais néanmoins fragile carapace) je ne suis pas déjà tombé amoureux. Non, il m'en faut un peu plus pour ça. Un tout petit peu plus. Peut être pas tant que ça finalement. Mais j'avoue que cette très belle rencontre avait rouvert en moi le champ des possibles, cette porte longtemps restée fermée, qui s'est à nouveau entrouverte, trainant dans son sillage un cortège de potentialités, comme autant de positions à examiner sur un échiquier géant dont je serai le Roi. J'aurais bien aimé le connaître davantage et voir si cette rencontre d'un soir - aussi agréable fut-elle - pouvait déboucher sur quelque chose d'un peu plus abouti, ne serait-ce qu'une amitié. Car je suis persuadé que nous aurions beaucoup à échanger. Il faut croire que les Parques en avaient décidé autrement.
Au final c'est un sentiment mitigé qui m'imprègne. D'un coté une forme d'espoir . Oui, des garçons bien, équilibrés dans leur tête, qui me plaisent et à qui je puisse plaire, ça existe. La preuve, j'en ai rencontré un. C'est donc qu'il doit y en avoir d'autres. Mais d'un autre coté, c'est une sorte de découragement : tout est à reprendre à zéro... Des comme lui je n'en ai pas croisé souvent. Ho ça non. Et sans même laisser une chance à quoi que ce soit, Cupidon m'adresse une formidable et retentissant "merde", net et sans appel.
C'est parfois con la vie...
