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    21 avril 2021

    Des jours comme aujourd'hui

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    Il y a des jours comme aujourd'hui qui me font me sentir totalement bête, nul, incapable de réfléchir. Un esprit vide et stérile usurpant la place d'autrui. Une baudruche. 

    Une illusion.

    Il y a des jours comme aujourd'hui où le stress me ronge les os et les sangs, jusqu'au malêtre. 

    Jusqu'à la nausée. 

    Ces jours comme aujourd'hui me montrent avec une certaine violence qu'il me faut vraiment travailler mon rapport au conflit, à l'estime de soi, et au lâcher prise.

    Sérieusement.

    Ces jours comme aujourd'hui, je me demande si je suis réellement fait pour ce que je fais dans la vie, et s'il ne faudrait pas changer, avant de crever d'un infarctus.

    Ou d'autre chose.

    Un jour comme aujourd'hui, j'ai regardé pour la première fois les noms des psychologues à portée de main. 

    Car des jours comme aujourd'hui, il y en a déjà eu beaucoup. Et je me demande si je serai longtemps capable de les supporter.

    Encore et encore.

    Et j'ai bien peur que la réponse soit non.
    Des jours comme aujourd'hui.

    24 août 2020

    Vivre pour soi

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    La vie nous donne parfois des leçons bien cruelles. A sa manière à elle. C'est à dire frontalement. Comme un trente-trois tonnes lancé à pleine vitesse qui percuterait la vitrine d'un magasin de porcelaine. Il n'existe à mon sens que deux façons de réagir : recommencer comme avant, en espérant qu'un autre camion ne subisse pas la même avarie au même endroit ; ou changer de crèmerie. Ces derniers mois m'invitent à choisir la second issue.

    J'avais assisté au même phénomène avec mes parents voici quelques années. Confrontés de plein fouet aux drames de l'existence par la disparition brutale de certains de leurs proches, la vie s'était rappelée à eux. Elle leur envoyait un signal d'alerte et les sommait de vivre à pleines dents, tant qu'ils en avaient encore l'énergie. Le résultat fut spectaculaire et je suis très heureux pour eux qu'ils aient enfin appris à vivre pour eux, même s'ils demeurent des parents-poules par excellence. Voyager, profiter de leurs amis, se faire plaisir en vivant à la hauteur de leurs moyens et arrêter de se priver au-delà du raisonnable par simple peur du qu'en dira-t-on... Vivre pour soi.

    Il faut croire que, l'âge aidant, la roue tourne et que c'est à mon tour de vivre ces premières expériences. Cette année 2020 m'a pris tour à tour deux amis. L'un en plein confinement et que nous savions condamné. L'autre il y a quelques jours, fauché net en pleine force de l'âge. Les Parques ne connaissent hélas aucune pitié. De lui ne restent désormais que des photos de canyoning en Espagne, des souvenirs épiques de soirées mémorables passées à rire, celui d'avoir chanté à tue-tête dans une église désaffectée sur les bord d'un lac en Aragon, le souvenir désormais comique d'un tsunami de poussière sorti d'un vieil aspirateur tombé malencontreusement dans les entrailles d'une machine infernale, le son inimitable de sa voix... et beaucoup d'amertume. Le jour des obsèques, dans une très belle église du Tarn remplie de ses amis éplorés, je n'ai pas pu retenir mes larmes lorsque, du haut de la tribune, la voix suave du hautbois a commencé à déclamer sa mélopée sur une partition célèbre de César Frank. Tout s'est effondré autour de moi. Une sorte de vide immense, que je n'avais jamais ressenti auparavant m'envahit soudainement. De longues minutes s'écouleront avant que je ne puisse reprendre une contenance.

    De retour chez moi, et bien que rentrant à peine de congés, je cédais à l'anéantissement et sombrais dans un profond sommeil. J'étais terrassé par une insurmontable fatigue. Je m'endormais profondément, les chats-minous venus se blottir contre moi. Le surlendemain, je coupais le téléphone, faisais mes valises et partais rejoindre des amis lyonnais venus en rejoindre d'autres en Ariège. Bosser alors qu'il n'y a aucune urgence et que rien à part ma bonne conscience ne m'y oblige ? Et puis quoi encore...  Je partis donc les rejoindre. 

    Et ce fut une excellente décision. 

    Je passais avec eux deux jours formidables à faire le plein d'ondes positives dans une forme de complicité assez unique, à l'ombre bienveillante d'une vaste maison où vit un chat dont on m'a désigné tonton. Deux jours à me jouer du temps. Deux jours à me jouer de la bienséance de la Start'up Nation qui voudrait que l'on soit de bonnes petites fourmis ouvrières laborieuses et corvéables jusqu'à l'épuisement. Deux jours formidables comme le sont chacune de mes visites, tant les maîtres des lieux sont passés experts dans l'art de recevoir leurs hôtes comme des rois. 

    Se fit alors une forme d'évidence : il me fallait vraiment penser davantage à moi, profiter de la vie et des petites facilités matérielle dont je dispose, infiniment plus que je ne le faisais jusqu'alors. Arrêter de remettre au calendes grecques ou de me refuser ces mille petites choses qui me feraient plaisir au motif que ce ne serait pas convenable (convenable à qui  ? à quoi ?).  Que l'on soit cigale ou fourmis, l'issue est, au bout du compte, toujours la même. Professionnellement, cela veut dire me délester des pénibles, lâcher du leste, dégager les toxiques à coups de bulldozer, assainir mes relations aux autres, apprendre à travailler moins que ce que je ne devrais, et prendre beaucoup - beaucoup - de recul avec certaines choses dont je ne suis pas responsable.

    Samedi, de retour à la civilisation, j'ai franchi un cap. Je me suis enfin acheté cette cafetière automatique que je désirais tant depuis des mois et des mois. Des mois et des mois que j'hésitais faussement en essayant de me convaincre que je n'en avais pas besoin. Des mois et des mois que j'attendais à me décider sans franchir le seuil du premier magasin d'électroménager. Oh, certes non, ce n'est pas un besoin fondamental. Mais putain que c'est cool de sentir l'odeur du café fraîchement moulu le matin sans avoir douze manipulations à faire ! putain que c'est agréable de boire du très bon café chez soi à toute heure de la journée sans mettre de la mouture partout dans l'évier ou à côté de la poubelle. Ça aussi, ce fut une excellente décision.

    C'est ça, aussi, vivre pour soi. Savourer les petits plaisirs du quotidien et se bouger un peu le cul pour se donner les moyens d'accéder à ceux qui sont à portée de notre main. Profiter de chaque instant, se faire plaisir en vivant à la hauteur de ses moyens et arrêter de se priver au-delà du raisonnable par simple peur du qu'en dira-t-on... 

    Vivre pour soi. Tout simplement.

    12 août 2020

    Les vacances sont toujours trop courtes

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    Oui, les vacances sont toujours bien trop courtes. A peine a-t-on le temps de commencer à respirer un peu qu'il faut déjà tout ranger dans les valises et s'en retourner sur le chemin de l'école. Rentré lundi après-midi, ma productivité de ces deux premiers jours est cataclysmiquement faible. Heureusement la période brille par un certain calme consécutive à une baisse calendaire d'activité.

    Les vacances sont souvent l'occasion de faire le vide, de se recentrer sur les choses essentielles et de mieux percevoir tout ce dont on voudrait se délester, comme autant de fardeaux inutiles que l'on s'épuise à porter alors qu'ils ne nous apportent rien. Un travail d'épure, vers davantage de simplicité ou d'efficacité. J'arrive à un âge où je n'ai plus envie de m'emmerder. Surtout, j'avais un immense besoin de prendre du recul sur tout, tant la moindre aspérité du quotidien se muait en un océan de contrariété, me touchant très personnellement et me mettant dans des état de stress absolument insoutenable. 

    La solution fut drastique : une coupure totale avec le monde professionnel par la désactivation du téléphone et des courriels pro, et une mise sur répondeur quasi permanente du téléphone personnel. Rien, absolument rien, je ne voulais rien savoir du monde extérieur. Je ne voulais rien laisser entrer dans ma petite bulle de bonheur personnel qui puisse altérer mon plaisir quotidien fait de volcans, de soleil et de randonnées en montagne. 

    Je garderai un joli souvenir de cet été 2020 passé au grand air. Quelques jours en Auvergne que je découvrais, une grosse semaine dans mes Pyrénées chéries, quelques amis. Si j'apprécie la solitude je m'interroge toutefois sur son bienfondé en vacances. Être avec d'autres personnes aide à sortir de son quotidien, à ne pas replonger dans ses petites habitudes un poil pépère. Ce n'est pas toujours facile d'être toujours sur le même rythme ni la même longueur d'ondes. Mais on ose d'avantage, on ri à plusieurs, on se change peut-être un peu plus les idées. 

    Après quinze jours de repos, je reviens relativement serein et apaisé. J'ai pu cerner un ou deux points qui m'empoisonnent réellement l'existence et dont je veux me débarrasser à tout prix. J'ai pu me conforter dans certains choix et projets tant personnels que professionnels - aspects qui sont trop étroitement imbriqués pour être parfaitement dissociables -  et que je sais désormais vouloir mener à bien. Maintenant j'espère bien pouvoir prolonger cet état aussi longtemps que possible et parvenir à cet état d'épure où ne reste que l'essentiel, ce qui compte, en limitant au maximum les sources de perturbation, quitte à faire quelques sacrifices.

    Oui, c'était bien les vacances.

    20 juillet 2020

    Constellations

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    Si je devais cartographier la constellation des personnes gravitent dans mes cercles amicaux, je placerais au cœur du système solaire les amis, les vrais, les fidèles. Quelques uns tout au plus. Les imperturbables. Les arcanes majeures. Ceux à qui l'on peut tout dire, sans crainte du jugement. Ceux qui seront toujours présents. Ceux à qui l'on peut tout demander et à qui l'on peut tout donner. Ceux à qui l'on confie nos chats et nos plantes le temps des vacances. C'est dire...

    Un peu plus loin, dans un deuxième cercle, se trouvent les potes. Les arcanes mineures. Les indispensables. Ceux que l'on a plaisir à retrouver pour forger des quantités d'anecdotes et de souvenirs. Ceux avec qui l'on boit des pintes jusqu'à pas d'heure en refaisant le monde tout en riant aux éclats. Ceux qui font que le paysage n'est jamais terne. Ceux qui donnent du relief à vie et la rendent parfois tolérable quand la grisaille du quotidien s'installe.

    En prenant encore un peu plus de distance, dans un troisième cercle, se trouveraient les connaissances avec lesquelles le lien est un peu plus lâche. Des conversations souvent plus futiles, mais le plaisir de la rencontre est rarement factice. Tels le renard et un fameux Petit Prince, il nous faudra tisser des liens et nous apprivoiser.. En avons-nous réellement envie ? Mais la superficialité d'un bon mot et le souvenir d'un trait d'esprit suffisent à notre bonheur de l'instant.  

    Encore, encore plus loin, hors de portée des rayons du soleil, je placerais les étoiles filantes. Des gens que l'on ne croisera qu'une fois, peut-être deux, et qui parfois changeront à jamais notre perception du monde. Plan cul d'un soir, anonyme croisé sur un sentier de montagne, compagnon de beuverie collective, peu importe. Les atomes seront suffisamment crochus pour que nos trajectoires respectives se trouvent à jamais modifiées. Pour le meilleur. Parfois pour le pire.

    Et puis, quelque part dans l'immensité des interstices  de ce cosmos, des corps célestes, des anges gardiens. Souvent invisibles, ils sont là, toujours à l'affut, lisant entre les lignes, décryptant l'insondable. On ne leur demande rien mais savent se manifester au moindre soubresaut de morosité ambiante. Des petits grains de sel bienfaiteurs. Des filins de sécurité dans le saut sans filet de la vie. Ils sont infiniment précieux. Et je les en remercie.

    City of stars
    Are you shining just for me ?
    City of stars
    There's so much that I can't see
    Who knows?
    Is this the start of something…


    Une vie presque ordinaire.


    17 novembre 2019

    Légitime ?

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    La question de savoir si je suis légitime en ce que je fais et celle de ma juste place, tant à titre personnel que professionnellement parlant, me travaille depuis un long moment. J'avais pu à cet égard discuter voici quelques temps déjà avec l'ami Tarvalanion qui se tourmentait alors pour les mêmes raisons. C'est lui qui d'ailleurs me parlait du "syndrome de l'imposteur" sur lequel il avait un peu travaillé et dont les contours me paraissent étrangement familiers.

    Selon Wikipédia, le syndrome de l'imposteur est une forme de doute maladif qui consiste essentiellement à nier la propriété de tout accomplissement personnel. Les personnes qui en souffrent tendent à rejeter plus ou moins systématiquement le mérite lié à leur travail et attribuent le succès de leurs entreprises à des éléments qui leur sont extérieurs comme la chance, un travail acharné, le piston ou des circonstances particulières qui leur ont été favorables et qui expliquent, indépendamment de leurs mérites propres, leur succès.

    Ces phases de doute sont heureusement très souvent anéanties et renvoyées dans leurs pénates par une toute petite prise de recul. Regarder objectivement les faits, prendre le temps de faire le bilan de ce qui a été accompli et se rendre compte qu'en réalité et objectivement, tout n'a pas été si nul, voire carrément bien. Cela aide à reprendre une juste et saine mesure des choses. 

    Au niveau professionnel, j'ai mis du temps à assumer pleinement mon métier et à commencer à croire en moi. Je me rappelle que, les premières années, je me sentais totalement étranger à ma profession et n'en parlais jamais. Par la suite, mon expérience désastreuse avec ma connasse de boss m'a mis dans un tel état de doute que j'étais à deux doigts de vouloir me réorienter et quitter ce métier. Ce billet de novembre 2016 - trois ans déjà - en est le terrible témoin. Lui claquer la porte au nez à cette folle, n'y jamais revenir et prendre mon envol fut une décision très difficile mais ce fut une bonne décision.  

    Depuis, j'ai pris confiance en moi et retrouvé un sens à ce que je fais. Pour autant, est-ce que je me sens légitime ? Répondre par une affirmative inconditionnelle m'est difficile. Mes diplômes m'en donne le droit. Mais un morceau de papier ne fait pas tout. Je dirais qu'il ouvre une porte mais ne fait rien de plus. La légitimité vient, pour moi,  peut-être essentiellement du regard de ses pairs et de l'appréciation que l'on ressent portée sur nous.  

    Hormis cela, je sais que je bosse plutôt bien, que je bosse beaucoup, probablement trop, mais je n'ai plus peur d'afficher ce que je fais. Et les gens voient en moi un professionnel compétent. C'est déjà pas mal. Travailler beaucoup, c'est d'ailleurs une des conséquences de ce sentiment d'imposture. Outre que je suis un perfectionniste dans l'âme, travailler énormément est l'une des stratégie de compensation des imposteurs. Cela rassure, mais éloigne.

    Au niveau personnel c'est un peu la même chanson. Certains de mes engagements associatifs ne portent pas les fruits que j'espérais - peut-être d'ailleurs en  attendais-je trop ? - précisément car je ne me sens pas du tout légitime. Au contraire, je me sens totalement extérieur, spectateur, inutile. Probablement y a-t-il au départ un erreur de casting de ma part en ce que mes choix n'étaient pas très judicieux. Peut-être.

    C'est d'ailleurs ce sentiment étrange d'inutilité qui me donne envie de changer, et de ne pas prolonger certaines choses dans lesquelles je ne me reconnais pas ni ne me sens investi. Je sais d'ailleurs qu'en d'autres endroits ma présence sera utile car les petites mains manquent toujours. Me sentir utile. Le travail revêt pour moi une importance symbolique qui dépasse très largement de simples enjeux économiques.

    Cette forme de désamour, la peur du jugement, explique certainement aussi beaucoup d'autres choses au niveau personnel et qu'il m'est difficile d'affronter par l'écriture avant d'y avoir réfléchi un minimum. 

    Chercher sa place et la trouver dans ce vaste monde. Alors que pour moi, tout n'est qu'un épais brouillard mêlé de hasard et de chance cimenté par un investissement personnel démesuré pour consolider le château de sable, d'autres y voient clair depuis leur tendre enfance, comme sur les cases d'un jeu de dames dont les coups seraient prédictibles.

    J'envie beaucoup ceux qui avancent sans se poser de questions.

    6 avril 2019

    Souffler

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    Prendre un peu de temps pour soi
    Oublier le réveil
    Se jouer de l'heure, se jouer du temps
    Profiter du chat qui ronronne comme un bienheureux
    Et ne se lever que lorsque le corps nous signifie qu'il a assez dormi

    Traîner
    Aujourd'hui rien ne presse

    Braver la fraîcheur, mettre un pied sur la terrasse
    Le petit citronnier est rempli de boutons
    Dans la treille, les bourgeons sont aux aguêts
    Promesses d'un printemps tout en fleurs
    Gratouiller le chat fait qui des roulades
    Entre les pieds de la table de jardin

    Avoir enfin du temps pour soi
    Travailler un tout petit peu moins
    Refaire des projets
    Concrétiser des envies
    Écrire, besoin de voyager
    Se projeter, rêver
    Créer des perspectives nouvelles
    Souffler enfin

    Souffler

    30 décembre 2018

    Vivement 2019

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    Nous y sommes. Dans quelques heures, 2018 égrainera ses dernières secondes et, avec les douze coups de minuit que scandera l'horloge demain soir, se tournera la première page encore blanche d'une année toute fraîche.

    Cette année a passé décidément très vite et je me souviens encore de l'ambiance de l'an passé à la même époque, lorsque je me préparais à fêter la Saint Sylvestre avec des amis au milieu des Alpes recouvertes de neige.

    Si je tire un rapide bilan de l'année écoulée, 2018 ne fut pas une année facile. Et pourtant, quelle année ! Riche de belles rencontres, riche de mille expériences nouvelles, de mille projets dont les prolongements se ramifient encore loin devant moi.

    Qu'il s'agisse ou non d'un tournant symbolique, en gardant en mémoire que l'on donne aux symboles d'autre valeur que celle que l'on entend leur accorder, l'année de mes quarante ans fut, je crois, un nouveau point de départ : celui où j'ai pris pleinement possession de ma vie. Celui où je me suis battu pour avancer, où j'ai grandi professionnellement, bien au-delà de ce que je pouvais imaginer l'an dernier à la même période. Une année de construction, durant laquelle je ne me suis pas ménagé, travaillant comme un forcené, me reposant peu, en m'oubliant peut-être au passage.

    Car j'ai beau me présenter comme une grosse feignasse doublée d'un procrastinateur émérite, je n'en suis pas moins un acharné du boulot, voire un bourreau de travail, avec ses vertus mais également tout ce que cela sous-tend de négatif, dont l'épuisement professionnel que je sens poindre de temps à autre. Je ne m'écoute pas assez, c'est certain.

    Travailler, travailler sans relâche. J'ai l'impression d'entendre mon grand-père ! Lui qui voyait le loisir, dont la lecture, comme une perte de temps... 

    Alors elle sera probablement là, ma résolution pour 2019 : prendre davantage de temps pour moi. Apprendre à tout arrêter, à prendre du recul et une grande inspiration d'air frais comme une grande virgule dans cette course folle dans laquelle je me bouscule à moi-même.

    Prendre le temps d'un peu de douceur, comme ce joli après-midi d'avant Noël, passé à la maison avec quelques copains, à préparer et décorer des biscuits, puis à manger des gaufres en buvant du chocolat chaud à la cannelle.

    Prendre le temps d'un peu d'évasion, comme le seront ces quelques jours de vacances (les premiers depuis août dernier) en janvier avec des amis où, pour la toute première fois, j'irai chez Mickey. Comme le seront aussi certainement ces quelques autres en mars et qu'il me faut organiser rapidement, car j'ai très envie d'aller aux Fallas de Valencia, histoire de voir de mes yeux cette fête unique en Espagne dont j'entends parler depuis mon adolescence.

    Prendre le temps de recevoir de l'amour de ceux qui m'entourent, famille, amis, proches, et de tous ceux qui sont toujours là, malgré la distance et le croisement sporadique de nos chemins respectifs. Eux-aussi, ils sont importants, ces amis sans lesquels je ne saurais vivre.

    Prendre le temps de penser à moi, de me reposer plus régulièrement, de me ménager, de prendre soin de moi et, n'en déplaise à Juliette, m'accorder quelques plaisirs superflus.

    Voici 2019 qui s'annonce, et j'ai hâte !



    Et vous ?

    19 janvier 2018

    Noël est bien fini

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    Noël et son cortège de réjouissances sont désormais derrière nous, déjà... J'ai donc défait mon sapin et rangé les décorations dans un carton qui attendra onze mois pour ressortir du cellier où il attend sagement. Je n'aime pas défaire le sapin. Cela véhicule à chaque fois un flot de nostalgie, comme si, avec lui, c'était une part d'enfance et d'insouciance qui était remisée. Défaire le sapin et revenir aux réalités des grandes personnes, aux soucis qui émaillent notre quotidien, au jeu social dans lequel chacun tient son rôle.

    J'en ai déjà parlé par le passé mais j'aime vraiment mon appartement. J'ai enfin trouvé comment dégager toute une partie du salon d'une ombre coriace. Désormais la lumière y est belle de jour, le soir et de nuit. Surtout que, depuis cette semaine, un petit citronnier orne le salon, tenant compagnie aux autres plantes vertes. Ses petites fleurs parfument délicatement un petit périmètre autour de lui, c'est exquisément agréable.

    Parfois j'aurais envie d'en changer, de déménager, pour renouveler mon environnement, pour changer de quartier, pour avoir un balcon plus grand... Cela fait mine de rien près de dix ans que j'y habite. Et pourtant malgré toutes ses petites imperfections, je l'aime beaucoup. Il me ressemble. J'en ai fait, au fil des années, mon chez-moi où je me sens terriblement bien.

    Demain je dois me rendre dans un gros magasin de bricolage acheter de nouveaux radiateurs électriques pour mon appartement et changer mes vieux grille-pain complètement obsolètes. Cela représente beaucoup d'argent mais je traîne depuis plusieurs années. Il est temps de passer à l'action et de changer tout cela, pour me sentir bien chez moi. J'irai avec un copain que j'apprécie beaucoup, un peu trop peut-être, même si je sais que je n'en dois rien attendre. C'est lui qui s'est spontanément proposé de m'accompagner. Et comme il est plutôt bricoleur avisé, ses conseils seront les bienvenus.

    Noël est bel et bien fini. Les semaines passent et ne se ressemblent pas. Peu à peu je renoue avec un certain plaisir de travailler que j'avais totalement perdu. Ces jours-ci encore, alors que je me rendais au bureau, je repensais à cette angoisse vissée au ventre qui me nouait les tripes lorsque je cheminais en direction des locaux de ma connasse de boss. Une boule qui vous envahit, vous noue la gorge, s'immisce dans vos membres et vous épuise mentalement sans que vous n'ayez rien pu faire. Une armure trop lourde à porter pour parer les coups faciles et immérités que je recevais à longueur de temps.

    Aujourd'hui, quoique les raisons ont complètement disparu, il est encore des relents qui me tenaillent de temps à autre. Cela ne dure jamais très longtemps, mais le seul fait que ces réminiscences existent me montre à quel point j'étais mal et combien certaines blessures ne sont pas encore guéries presque six mois après.

    Professionnellement les choses se mettent en place progressivement. Je suis assez content. J'aime mon nouveau lieu de travail et apprécie les gens que j'y côtoie qui me traitent en égal. Cela aussi c'est un net progrès. Preuve que cela va plutôt bien, je me suis acheté ce matin un petit bouquet de tulipes rouges pour mettre sur mon bureau. Une petite coquetterie qui fait du bien. C'est toujours ça de pris.

    Être bien dans son travail, être bien chez soi... c'est déjà pas mal.
    Noël est fini, mais la vie continue. Et c'est très bien ainsi. 

    24 septembre 2017

    Intensément

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    On the threshold of a new world. C'était le titre d'un texte d'anglais en seconde ou en première, à propos des immigrés arrivant aux portes d'Ellis Island. Au seuil d'un nouveau monde. D'une nouvelle liberté, d'un nouveau champ des possibles, des rêves, des espoirs, des envies. C'est un peu mon état depuis quelques jours. 

    Me voici en effet en train de prendre un léger virage professionnel que je n'avais pas envisagé pour tout de suite, alors même qu'un autre revirement est toujours en préparation et dont l'issue ne sera connue que dans quelques mois. Incertitudes donc et d'énormes défis qui m'attendent. 

    En tout état de cause c'en est fini mon horrible boss, c'en est terminé des trajets et des bouchons le matin. Adieu la boule au ventre qui me nouait les entrailles sans discontinuer et les angoisses injustifiables.  Oui, il était plus que temps de quitter mon boulot précédent. 
    Voici donc venu le temps d'une certaine liberté retrouvée et, avec elle, la possibilité de me réapproprier ma vie, un peu délaissée depuis presque trois ans. Avoir à nouveau l'esprit libre pour vivre ma vie pleinement, jour après jour, en profitant des moindres interstices qui nous sont offerts et auxquels on rechigne à tendre la main pour la simple raison que l'on est moralement au bout du rouleau. Ce n'est pas exactement une résolution de nouvelle année, pour de simples raisons calendaires, mais j'ai envie de vivre l'année qui vient pleinement.

    Cela passe par des choses toutes simples dont j'avais perdu l'habitude. Sortir du boulot et flâner dans les rues de Toulouse. Croiser au hasard de mes périgrinations des visages connus, discuter torchons et chiffons au coin d'une rue avec un ami, aller prendre un café avec un autre, pouvoir rentrer chez moi à pied ou en vélo.

    Chose encore improbable il y a quelques mois, je fais mes premiers pas sur un terrain de rugby, moi dont le physique laisse à penser, depuis ma tendre enfance, que je suis un pilier, alors que je ne chausse des crampons que depuis tout récemment. Poussé par des connaissances qui ont sû me convaincre de passer le cap - je n'avais alors jamais touché un ballon de rugby de ma vie ! - j'y suis allé comme par défi contre moi-même je pense, histoire de voir de quoi je serais capable.  

    Et je dois dire que les premiers entraînements sont plutôt concluants. J'aime l'esprit d'écoute et de groupe dans la stratégie comme - et surtout - dans l'effort. L'équipe est super accueillante, bienveillante, chaleureuse, dotée de joyeux lurons toujours prêts à faire la fête. Un petit brin de folie stimulant dont j'avais besoin, une réelle bouffée d'air frais. Et, à ma grande surprise, sur le terrain je prends mon pied, malgré les premiers placages et le corps qui souffre le lendemain et les jours suivants. Loin de l'effort stéréotypé que je connaissais de par ma pratique de la muscu, cela fait un bien fou de se sentir vivant de cette manière.

    Vie du corps, vie de l'esprit, j'ai déjà réservé tout un tas de billets pour des concerts tout au long de l'année et renouer avec une vie culturelle intense dont l'absence se faisait ressentir. Jamiroquai, Walkyrie de Wagner, Requiem de Duruflé, Cassenoisette, Carmen et encore d'autres choses qui vont venir se greffer dont les Nadalets en décembre et, sans l'ombre d'un doute, d'innombrables soirées avec les amis qui me sont indispensables. 

    On verra bien si je tiens le coup ou non mais en tout cas, je prends le pari de vivre pleinement la grosse année qui s'ouvre devant moi.

    Vivre intensément.

    Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
    Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.

    1 octobre 2016

    Caillou blanc

    6 commentairess
    Juste quelques lignes, quelques mots, un tout petit billet comme une pierre sur le bord du chemin.

    Pour qu'en le relisant dans quelques mois, je me souvienne de ce bonheur cotonneux dans lequel je baigne depuis ce matin, de la douceur de cette nuit passée avec ce charmant garçon qui habite à quelques rues seulement de chez moi...

    Parce que ces instants sont rares et précieux.

    Parce que cette courte nuit, quand bien même serait-elle unique, fera partie de mes très jolis souvenirs.

    Parce que je crois que nous nous sommes mutuellement plu.

    Parce que j'espère le revoir.




    23 mai 2016

    L'Effet boule de neige

    15 commentairess
    Donner ma démission et me barrer définitivement de cet endroit qui, depuis des mois, était devenu un véritable enfer, fut et sera certainement la meilleure décision que j'ai prise cette année 2016.

    Depuis maintenant un mois que j'ai mis le pied à terre pour me donner le temps de reprendre un peu du poil de la bête, bien des choses ont changé. Des petites choses, qui sont autant de signes que j'ai enfin repris ma vie en main, recouvrant ainsi des moyens intellectuels affranchis par le poids d'une contrainte de travail insupportable qui rendait impossible toute appropriation pleine et entière du présent et avait aboli toute projection dans un futur fut-il relativement proche.

    Etant d'humeur plutôt casanière - j'adore mon appartement, les objets qui s'y trouvent, l'ambiance apaisante qui y règne et la douceur de la lumière qui le beigne dès les premiers rayons du soleil jusqu'au ultimes lueurs du soir - c'est naturellement par une reprise de possession de mon chez-moi que se sont accomplies les premières étapes. Un grand ménage intégral, une grande remise en ordre de cet intérieur laissé dans un état d'abandon relatif, l'accueil de nouvelles plantes puis la commande de deux immenses photographies qu'il me faut désormais faire encadrer et qui meubleront à merveille ce grand mur désespérément vide au dessus du piano. Un coup de tête, une opportunité, un ami qui exposait et dont j'ai tout de suite apprécié le travail... Elles attendent, enroulées dans leur tube de carton. Ce n'est plus qu'une question de jours. J'ai hâte !

    A présent c'est ma chambre qui va subir quelques transformations avec l'aménagement du vaste placard peu logeable où mon linge s'entasse de manière peu ergonomique. Une commode devrait également faire son apparition et, dans la foulée, une refonte complète des murs avec de nouvelles couleurs. Probablement quelque chose d'assez mat et masculin. Je verrais bien un mur en bleu pétrole et les autres en teinte gris très clair. Avec le parquet au sol cela devrait être du plus bel effet. 

    Reprendre ma vie en main, reprendre sérieusement le sport, aussi, et continuer ce travail commencé il y a quelques semaines de retrouver une silhouette digne de ce nom. Là encore, une discussion fortuite avec un ami sur Facebook, une occasion, et hop me voici inscrit à une salle de crossfit. J'en sors à chaque fois épuisé, j'ai l'impression que je vais faire un infarctus à chaque fin de séance tellement les exercices sont intenses, mais putain que ça fait du bien, physiquement et moralement. Se sentir vivre de l'intérieur, enfin.

    Tout n'est, paraît-il, n'est qu'une question de temps et d'opportunités. Je dois admettre que ces dernières semaines en sont pour moi une démonstration patente. M'être sorti du bourbier infernal dans lequel je baignais depuis plus d'un an et le lâcher prise qui s'en est suivi fut ont eu un effet on ne peut plus bénéfique.

    Car il y a aussi ce garçon qui m'a demandé mon numéro de téléphone voici quelques semaines. Après nous être croisés de nombreuses fois et depuis de longs mois sans avoir réellement osé nous parler ouvertement, il a franchis ce pas de briser la vitre du virtuel en m'offrant cette possibilité de discuter plus librement que par le cadre contraint d'une application pour grands garçons. C'était, il faut croire, le bon moment pour lui et moi. Nous nous sommes donc vus le temps d'un extraordinaire weekend où le temps a passé avec la douceur d'une plume portée par le vent. Nous nous sommes revus et nous allons nous revoir très bientôt. La douceur de ses baisers hantent encore mes joues, l'odeur de son parfum flotte encore dans l'appartement. Son absence ce matin fut cruelle. Notre entente, toute en complicité, est fabuleuse, sur tous les tableaux... Et je crois que je l'aime déjà beaucoup.

    Tout cela et mille autres petites choses qui font que mes journées sont bien remplies, que mon avenir fourmille de mille projets tous plus palpitants les uns que les autres et que je me sens terriblement bien. "Tu revis complètement" m'a dit au téléphone une amie avec qui, hier soir, nous sommes allés prendre un verre en ville. Oui, je revis complètement comme je n'avais pas vécu depuis longtemps. 

    Et cela fait un bien fou.

    20 octobre 2014

    La madame qui se coiffait comme Marilyn Monroe

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    La scène se passe autour d'un buffet froid servi dans une salle paroissiale. Une centaine de personnes, pour la plupart retraitées, dévorent avec avidité pains sandwiches et autres salades de pomme de terre à la mayonnaise dans un joyeux brouhaha. Toisant l'assistance de son oeil de lynx, chéri me dit au creux de l'oreille : "Retourne-toi et regarde la madame blonde coiffée comme Marilyn Monroe".

    Me retournant aussi discrêtement que possible, et ne sachant pas à quoi m'attendre, j'aperçois, assise à quelques pas de moi, une dame d'un certain âge, entre 65 et 70 ans je ne saurais dire exactement, rondouillette, le double menton prohéminent, très élégamment vêtue, et permanentée comme si elle sortait de chez le coiffeur. 

    Aussitôt après l'avoir sommairement dévisagée, chéri répondit amusé à mon air interrogateur : "Cette Madame, c'est un homme... Marc a été traumatisé la première fois qu'il l'a rencontrée car elle parlait avec une voix androgyne de madame qui a fumé un paquet par jour toute sa vie. tout en lui écrabouillant la main" joignant le geste à la parole, mimant la face héberluée de Marc alors que ses phalanges étaient réduites en nanoparticules par une poigne féminine anormalement virile. Automatiquement mon regard revint sur cette grosse madame alors en train de dévorer un part de gâteau au chocolat tout en disctutant avec sa voisine.

    Cette révélaltion m'a tout d'abord gêné l'espace de quelques minutes, avant de laisser la place à un trouble qui, plusieurs jours après, ne s'atténue pas. 

    En réalité, je ne suis pas certain de savoir ce qui m'a le plus perturbé : le fait d'avoir face à moi une personne qui n'est pas ce qu'elle paraît être, une personne transexuelle dont le secret se trouve soudain éventé ? où le fait de me sentir mal du fait même de me poser ce genre de question ?

    Après y avoir bien réfléchi, je crois bien que c'est ça qui m'a le plus dérangé : d'avoir à m'interroger sur l'identité d'une personne en raison de l'image sociale qu'elle projette, c'est à dire, pour employer une expression à la mode, d'avoir à m'interroger sur l'identité d'une personne en raison de son genre.

    Car si l'on ne m'avait pas dit que cette personne était transsexuelle, non seulement je n'aurais rien remarqué, mais en outre je ne crois pas qu'il me serait venu à l'esprit de remettre en cause ce que me dictaient les apparences, lesquelles satifsaisaient sans la moindre vaguelette aux conventions du jeu social.

    Et c'est à ce point de mon cheminement que la balle m'est revenue en pleine poire d'une manière spectaculaire. 

    Nous autres, les gays, qui avons milité et militons encore pour que notre orientation sexuelle ne soit pas un critère discriminant ni discriminatoire de quelque façon que ce soit, je me trouvais dans la situation - je n'irai pas jusqu'à dire juger, mais au moins de considérer, ou plus exactement de me sentir mal à l'aise face à quelqu'un pour exactement les mêmes motifs que ce contre lesquels je me bats. Parce que oui, je fais partie de ceux qui considèrent qu'un homme ce n'est pas d'abord un pénis, ni qu'une femme puisse être réductible à un vagin, ni une personne puisse être réductible à son orientation sexuelle. Et me voilà en train de me poser mille questions et de ressentir un je-ne-sais-quoi de profondément malaisant parce que la personne en face de moi n'est pas du sexe qu'elle prétent être...

    Bam, prends toi ça dans la gueule.

    Qui plus est, la situation de malaise était accentué par l'âge de cette madame. Entre 65 et 70 ans comme je l'ai déjà dit. Si aujourd'hui les  choses se sont améliorées, je ne suis pas sûr que ce qu'a traversé cette dame pour en arriver là où elle en est maintenant, mérite un sourire sarcastique ou une messe basse moqueuse. Elle a probablement fait partie celles qui en vu des vertes et des pas mûres, qui en ont probablement chié comme personne, au-delà de l'immaginable, pour réussir à assumer ce qu'elle est, par-delà les apparences.

    Oui j'ai été troublé mais aussi ému. J'aurais bien aimé lui parler, à cette dame, pour qu'elle me raconte. Et moi je me rends compte que j'ai encore beaucoup de progrès à faire en matière de tolérance. 

    22 juillet 2014

    Aller de l'avant - Un an après

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    Il y a quelques jours, Aerials33 et Tto discutaient, entre autres choses, de la mort des blogs. Je ne vais pas refaire le débat ni même essayer de le trancher, mais une phrase m'a interpellé de cet échange, selon laquelle le déclin des blogs serait consécutif à une certaine paresse des blogueurs eux-mêmes. 

    Et je dois dire que, me concernant, c'est assez vrai. Certes ce n'est pas l'unique raison, j'en conviens, mais tenir un blog et l'alimenter suppose un certain travail (oserais-je parler d'effort ?) qu'il est bien commode de régulièrement ranger aux oubliettes car, au fond, rien ne nous oblige à bloguer, sinon - dans mon cas - le plaisir.

    En faisant du ménage sur mon blog, je suis retombé sur ce brouillon inachevé. Il remonte à juillet 2013. C'était il y a un an.
    "Je n'aime pas les lendemains de week-end. Ce boisseau d'heures épineuses à l'ambiguité malsaine qui nous partagent entre joie et nostalgie. D'un coté la réminicence moelleuse des moments passés, l'or vibrant des souvenirs amoncelés et l'espoir rayonnant des fois prochaines entourés d'êtres qui nous sont chers. De l'autre, le vide nauséeux de cet après, où les rêves s'arrêtent pour laisser place au quotidien granuleux. 


    Le week-end, une parenthèse bienfaitrice qu'il est sain de renouveler le plus tôt possible. Au fond, je sais que cela ne tient souvent pas à grand chose. Une pointe de folie sauvage qu'il nous faut renoncer à apprivoiser. Ce sont nos folies qui nous font avancer..."
    Ca me fait drôle de relire cette ébauche. Et la première chose qui m'a frappé, c'est son ton passablement mélancolique, preuve manifeste que je n'allais pas très bien.

    Je me souviens de ce mois de juillet-là. Professionellement parlant, ce n'était pas vraiment glorieux. Après avoir fui un pervers narcissique qui me traitait comme une sous-merde, je croyais avoir trouvé asile chez quelqu'un de bien. Malheureusement pour moi, nos relations se sont très rapidement dégradées. Je l'ai quitté quelques mois mois plus tard sans regrets aucun. Je suis sorti de ces deux mauvaises expériences plutôt abîmé, au point de me plonger dans d'insondables remises en question. Aujourd'hui encore, je garde certains stigmates de cette époque de grande déprime et de mal-être.

    Et puis vint cet électrochoc. Que dis-je : cet impact météorotique qui est venu tout faire exploser dans ma vie...

    Un an après, hé bien... je ne sais pas trop par quel bout commencer !
    J'ai entrepris un virage interdimensionnel dans ma vie et pour l'instant, je ne regrette rien. Tout n'est pas simple, tout n'est pas rose chaque matin. Le moral oscille souvent entre une forme d'euphorie béate et et un profond découragement doublé d'une envie sanguine de tout foutre en l'air. Mais non...

    Et puis certains jours, d'excellentes nouvelles arrivent. Des efforts sont récompensés. Les pièces d'un immenses puzzle prennent leur place et s'ajustent. Lentement mais sûrement. De jolies fondations pour des lendemains meilleurs.

    Il me reste encore du chemin à parcourir et je sais que je n'ai pas encore fini d'en découdre avec l'administration, mais je veux y croire, jusqu'au bout.

    Ce sont nos folies qui nous font avancer. 

    14 avril 2014

    Le jour où j'ai rencontré mes beaux parents

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    Que dire de plus que ce titre ? Je tourne et retourne la question dans tous les sens depuis l'autre jour sans y trouver de réponse adéquate. Tout est là : j'ai rencontré mes beaux-parents

    Peu importent les circonstances, je dirai simplement que tout s'est bien passé. Et même très bien, ayant été gratifié d'une poignée de main et d'un rare sourire de beau-papa, réputé pour son caractère naturellement bougon, particulièrement exacerbé jusqu'à l'inhospitalité en présence d'étrangers. 

    Curieusement, la perspective de faire connaissance avec la famille de mon chéri ne m'a causé aucune angoisse particulière. Lui était bien plus plus stressé que moi dans cette histoire, ce qui est un peu normal eu égard à notre tempérament respectif. J'étais au contraire profondément serein. 

    Aujourd'hui pourtant une sensation bizarre m'envahit lorsque j'y pense : c'est la première fois que je suis amené assez loin dans une relation pour connaître ma belle-famille. Oui, la première fois. Cela pourra paraître ridicule à beaucoup, car au fond quoi de plus commun ? Mais d'un autre côté, quoi de moins anodin que de présenter la personne que l'on aime à ses parents ? Mutatis mutandis je sais que je serai probablement mort de trouille le jour où ce sera à mon tour de le présenter à eux.

    Pour étrange qu'elle soit, cette sensation n'est pas désagréable, que l'on ne s'y méprenne pas. Elle me cause néanmoins un léger vertige, le genre de vertige que l'on peut éprouver lorsque, randonnant en montagne depuis quelques heures, une trouée dans les arbres permet d'apercevoir la plaine, offrant au marcheur un coup d'oeil spectaculaire sur la vallée et que s'échappe un "Wow !". Ce "Wow !" qui tout à la fois marque la beauté du paysage et témoigne de la considération du chemin parcouru depuis le départ, au pied du sentier.

    Wow,
    J'ai rencontré mes beaux-parents...

    14 janvier 2014

    Relax, nothing is under control

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    Tout est parti de ces cinq petits mots : Relax, nothing is under control.

    Longtemps j'ai cru pouvoir tout contrôler, tout maîtriser, tout appréhender, essayer de tout comprendre, tout analyser, tout anticiper, au prix d'efforts continus, épuisants, vains.
    Une soif de totalité absolue confinant à l'obsession, source de bien inutiles tourments et de frustrations abyssales.

    Rejetant les concepts divins et déterministes, et quoique n'excluant pas l'idée séduisante et rassurante des conjonctions heureuses, prendre progressivement conscience - facile me direz-vous -  que non, on ne peut pas tout contrôler de ce qui nous arrive, fut le point de départ d'un vague sentiment de frustration mêlé de vertige.

    Si je ne suis pas le maître absolu de ma propre vie, alors qui tient la bride ?

    Étrangement ce sont ces dernières semaines qui ont le plus donné de grain à moudre à mon moulin astral.

    À quelques jours d'un grand départ, vaste chamboulement dans ma petite vie, je réalise le puits d'incertitudes dans lequel je m'élance. Croire que je pars en ayant parfaitement réglé chaque détail est une grossière erreur. Beaucoup de choses devront et ne pourront se régler qu'une fois sur place, les mains dans le sirop d'érable. Dire que je contrôle quoi que ce soit serait un berceau d'illusions !

    Relax,
    Nothing is under control.

    J'aime beaucoup cette phrase. Je me le répète souvent en ce moment, face à un stress grandissant et à des nuits aux rêves quelque peu perturbés.

    Relax, se laisser totalement faire... jeter l'éponge de la volonté et subir passivement les événements ? Certes non.

    Cette question est entré en résonance avec un passage de Vertiges de Lionel Duroy que j'avais lu en diagonale il y a quelques temps :

    "Il faut faire quelque chose de ce qui nous arrive, Maria, il faut s'en emparer et en faire quelque chose, c'est cela vivre, ça se résume à cela finalement, faire quelque chose de ce qui nous arrive, sinon on reste là au bord du chemin, comme une bête apeurée, et on n'a plus d'autre choix que de crever"
    [Lionel Duroy, Vertiges]

    Des risques. Voilà, des risques. Je prends des risques. Ho, je ne m'élance pas sans filet ni filin de sécurité. Et puis j'essaie de me préparer à pouvoir surmonter les obstacles qui voudront bien surgir devant moi, et je sais qu'il y en aura, des déconvenues, des tours de passe-passe dont l'administration conserve jalousement le secret, des imprévus cataclysmiques qui me donneront envie de traverser l'atlantique à la nage et de vite venir me réfugier dans les jupons de ma mère.
    Je ne dis pas que cela arrivera, je sais seulement que la probabilité pour que tout ne sois pas simple est loin d'être nulle.

    "C'est cela vivre, ça se résume à cela finalement, faire quelque chose de ce qui nous arrive..."
    Relax.

    Il y a quelques temps, quelques années, cela m'aurait probablement découragé. Trop d'efforts, trop de compromis, trop d'insécurité quant au résultat, pas assez de maîtrise du tout...
    Ou alors j'aurais blindé mon projet pendant 2 ans jusqu'à en contrôler chaque micro-éléments avec la précision d'un horloger suisse, perdant un temps précieux et peut-être aussi toute la saveur aigre-douce de l'excitation et de l'inconnu.
    "C'est cela vivre..."
    Nothing is uder control.

    Non, on ne contrôle rien, ou pas grand chose en définitive.
    Je ne sais toujours pas si cela est rassurant ou terrifiant.

    J'apprends à vivre avec, pour commencer.
    Relax.

    9 novembre 2013

    Montagnes Russes

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    Moral en dents de scie en ce moment. Beaucoup de fatigue accumulée depuis mars et le stress de mon projet de départ pour 2014 n'aident pas à la sérénité. Il faudrait que je me repose mais je n'y parviens pas.

    Ce n'est pas tant la décision en elle-même - partir - que les conditions professionnelles sur place qui m'inquiètent. Vais-je trouver rapidement du boulot ? Vais-je obtenir les papiers nécessaires ? Les rouages administratifs vont-ils s'articuler de la meilleure manière ? Tellement de questions, tellement d'inconnues...

    Face à ce lot d'inquiétudes, je cherche des réponses sur le net, dans des forums où abondent surtout les expériences négatives et les avis désabusés trop peu positifs pour redonner le sursaut de courage dont j'ai besoin. Heureusement les amis, dont certains ont quelque vécu appréciable en ce domaine, sont là pour m'apporter un peu de réconfort.

    L'autre jour j'ai reçu un mail d'un bon ami qui résume assez bien la situation et mon ressenti. Je relis souvent lorsque, comme aujourd'hui, le moral est en berne :
    "C'est vrai que ce type de projet ne facilite pas la tranquillité d'esprit ou la sérénité, outre les nuits blanches à peser le pour et le contre et les remises en question perpétuelles. Et jusqu'au bout, on pense que l'on peut faire demi-tour... qu'on fera demi-tour. Mais il y a ce je ne sais quoi qui nous pousse à franchir le pas, malgré les innombrables hésitations. Jusqu'à ton départ, tu vivras comme sur des montagnes russes. Mais ça, je pense que tu le sais déjà. (...)

    Chaque expérience reste unique. Les circonstances, le contexte et même les motivations varient énormément suivant les individus(...). Alors bien sûr, personne ne sait de quoi demain sera fait, rien n'est jamais acquis d'avance mais non, ce n'est pas si fou, pas si fou... surtout si tu sais exactement pourquoi tu pars et/ou pourquoi tu ne restes pas.

    Tu sembles avoir une bonne étoile au-dessus de ta tête depuis quelques mois. (...)
    Courage donc, et, une nouvelle fois, plein d'ondes positives."  
    Oui, je relis souvent cet email. Il me fait beaucoup de bien et me rassure face à mes angoisses.

    Dans tous les cas, dans quelques jours je m'envole pour le rejoindre, nous retrouver, chez lui.
    J'ai plus que hâte. Je compte les jours, je compte les heures.
    Un premier aller-retour, avant le prochain aller simple...

    29 octobre 2013

    A petits pas.

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    Ça y est, mon père est au courant.
    Il sait
    Que je suis gay.
    Ma mère le lui a dit.
    Elle m'a dit qu'elle le lui avait dit.
    Je m'en doutais.
    Parce qu'imperceptiblement je l'ai trouvé changé.
    Trois fois rien. Peut-être même ne fut-ce que ma projection d'une intuition, rien de plus.
    Nous n'avons pas abordé la question.
    Mais il sait.

    Il sait aussi que je veux partir.
    Aller travailler de l'autre côté de l'océan.
    Cela ne l'a pas dérangé.
    De ce côté-ci de la famille on est habitué aux voyages et au déracinement.
    Un peu moins aux garçons qui aiment les garçons.

    Ma mère va mieux.
    "Il faudra qu'on vienne te voir !" m'a-t-elle lancé.
    J'ai souri.
    Cela m'a rendu heureux de la voir intégrer mon projet.

    Et lui m'attend.
    Nous nous attendons.
    En attendant, nous discutons énormément, tous les jours
    Et nous construisons un quotidien grâce à la magie du Net.

    Les choses avancent.
    A petits pas...

    27 août 2013

    Une rencontre à Paris et le coming-out fait à ma mère

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    Jeudi matin en me levant, j'avais conscience que le week-end qui s'annonçait serait déterminant. Pourtant, quelque intenses que fussent mes certitudes, je n'imaginais pas que l'arbre serait chargé d'autant de fleurs, promesses d'autant de fruits.

    Pour remettre les choses dans leur contexte, ce week-end était celui de la rencontre avec ce garçon avec qui je discute depuis deux ans. Nous avions décidé de profiter de sa venue en France pour concrétiser cette relation épistolaire. Aussi jeudi matin je prenais le train pour Paris, la boule au ventre comme un ado de quinze ans qui aurait eu son premier rendez-vous.

    Je ne me rappelle pas avoir jamais été aussi nerveux. À tel point que quelques minutes plus tôt j'avais failli exploser en larmes en voyant le métro tarder et l'heure pour mon train approcher dangereusement alors que je n'étais toujours pas monté à bord. Je ne pouvais pas rater ce train. Non, pas celui-là. L'idée m'en était plus qu'insupportable. Vous n'imaginez pas mon soulagement d'avoir pu monter quelques secondes avant que le chef de gare ne siffle le départ ! Ça y était, j'étais en route.

    Dans le train j'échangeais quelque mots avec un ami qui connait personnellement celui que je devais rencontrer et qui l'avait recueilli la veille à l'aéroport : "C'est vraiment un mec bien. Fonce"... Je ne remercierai jamais assez l'auteur de ces sept mots dont j'apprendrai quelques jours plus tard qu'il avait dit exactement la même chose à celui qui, de son côté, brûlait de me rencontrer.

    J'arrivais à Paris en panique, oscillant entre un sourire béat et une profonde envie de pleurer. Un truc totalement dingue. Chacun de mes pas vers ma destination renfonçait cette sensation d'euphorie mêlée de vertige.

    La rencontre elle même fut extraordinaire... J'ai passé cinq jours fabuleux avec un garçon absolument merveilleux, exactement tel que je me le représentais. La même joie de vivre, la même folie douce, le même sourire, et cette immense douceur dans laquelle je me suis laissé bercer jusqu'à l'ivresse... Un coup de foudre réciproque. Je crois que jamais je n'ai autant craqué pour un garçon.

    Lundi après-midi, la séparation devant le métro de Bréguet-Sabin fut horrible. Le voir fondre en larmes m'a totalement bouleversé. Hier soir j'avais envie de pleurer toutes les cinq minutes et je ne pensais qu'à lui.

    Sur le chemin du retour, installé dans mon Paris-Toulouse, me sont revenues en mémoire les paroles d'une chanson de Brigitte Fontaine, "Conne" : 
    Je suis malheureuse ! parce que je suis conne !
    Et parce que le monde est con !(...)

    Je suis passée à côté de l'amour, 
    l'amour 
    Quand il s'est présenté à moi 
    Avec sa Mercedes rose bonbon 
    Et sa poitrine nue et dorée
    Je l'ai laissé sur le bord de la route
    Et je suis montée dans une 2CV pourrie
    Où y'avait un chien qui puait 
    Conne !
    Et moi ? N'en avais-je pas marre de ma deuch pourrie et de ce chien qui pue ? N'était-il pas temps de monter dans la merco rose bonbon qui passe en ce moment même à côté de moi et de prendre le large ?

    Aussi, de retour à Toulouse, une évidence s'est imposée violemment à moi. Je ne pouvais plus me taire. Je ne pouvais plus mentir à mes parents en disant que j'allais simplement passer un week-end chez des amis alors que je suis allé rencontrer un garçon avec qui je discute depuis deux ans. Je ne pouvais plus leur mentir  en disant que j'allais simplement passer quinze jours à Montréal alors que j'ai prévu d'aller voir celui qui pourrait, dans un monde idéal - j'y reviendrai - devenir un jour leur gendre. Car, oui, nous avons déjà programmé de nous revoir tantôt au Canada en novembre.

    Le moment était venu, je m'en sentais la force. C'était là, prêt à sortir, cette boule dans la gorge qu'il me fallait vomir coûte que coûte, porté par ces sentiments très forts et par l'émotion intense procurée par cette rencontre.

    J'ai donc fait  mon coming-out à ma mère, pour commencer. Mon père viendra ensuite.

    Après le repas de midi, pendant qu'elle me parlait de choses dont je n'avais que faire, activité dans laquelle ma mère excelle, je l'ai interrompue un peu brutalement, et je lui ai dit. Je lui ai dit que ce week-end je n'étais pas qu'allé voir des amis, mais que j'étais surtout allé rencontrer pour la première fois quelqu'un avec qui je discute sur internet depuis deux ans.
    - Une fille ? 
    - Non. 
    - ................ un garçon ?
    - Oui. 
    - ..................mais tu es...? 
    - Oui...
    Elle a versé une petite larme, je l'ai pris dans mes bras. On a un peu parlé, elle m'a posé quelques questions. Sa réaction fut magnifique, malgré son émotion manifeste. Je lui ai parlé de celui que j'étais allé rencontrer, pour la rassurer un peu. Je lui ai dit à quel point c'était un garçon formidable. Je me suis surpris par ma facilité de lui parler de tout cela. Je ne me savais pas autant à l'aise. Cela m'a fait du bien.
    Elle m'a dit merci...

    Je suis encore un peu étourdi, mais voilà, la glace est brisée. Dorénavant, elle sait, et le reste de la famille suivra progressivement. Et je n'aurai bientôt plus peur de leur présenter quiconque. Je ne réalise pas encore ce que cela va changer concrètement dans ma vie, mais je crois que c'est une muraille gigantesque que je viens de faire sauter de mes fortifications. Il me manquait juste un bon détonateur ; il me l'a procuré.

    Un peu plus haut j'ai écrit que, dans un monde idéal, un monde dans lequel Montréal ne serait pas à 6000 kilomètres de Toulouse, ce garçon aurait pu être beaucoup plus qu'un ami. Il est vrai qu'il représente tout ce que j'aime chez un garçon, intellectuellement comme physiquement. Fidèle à mes travers habituels, je me suis beaucoup laissé emporter par mes émotions aujourd'hui et me suis laissé errer dans des projets potentiels totalement fous dont j'ai même fait part à certains amis intimes qui m'ont apporté un soutien qui n'a fait que confirmer toute l'affection que je leur porte.

    Mais, parallèlement, au fond de moi, résonnait la voix de cet ami qui m'avait comparé à une forteresse cathare et conseillé de lâcher prise. Lâcher prise, certes, sans perdre les pédales. La folie, ou la raison ? Les deux Monsieur le Président. Mais dans une juste mesure.

    Un peu plus tard dans la journée, ce beau garçon venu du grand nord et moi nous sommes appelés. Cela m'a fait du bien, comme à chaque fois. Je lui ai raconté mon coming-out. Je lui avais d'ailleurs annoncé le matin que j'allais le faire et il m'y avait encouragé.

    Nous avons longuement discuté, pendant plus d'une heure. Au fil de la conversation, armé d'une expérience de vie plus riche que la mienne, il s'est montré plus cartésien que moi, avec raison. Et je l'en remercie du fond du cœur. Contrairement à ce dont j'essayais encore de me convaincre ce matin, en l'état actuel des choses, lui et moi ne serons jamais des chums. Oui notre rencontre fut formidable, oui on s'apprécie énormément, oui on se porte une affection considérable, mais si beau soit le rêve, et malgré l'infinie tendresse que nous nous portons mutuellement, il faut être réalistes : la distance ne permet rien. Et nous en sommes tous les deux profondément désolés.

    C'est drôle car il y a quelques semaines, c'est lui qui craignait de se mettre dans de pareils états, et moi qui lui avait tenu le discours inverse. Décidément la fatigue n'aide pas à avoir les idées claires face à un déluge d'émotions. Putain, je me suis vraiment laissé porter à la dérive...

    Alors, que restera-t-il de tout cela ?

    Assurément beaucoup de choses. Des souvenirs merveilleux de Paris, une rencontre rare qui sera le point de départ d'une amitié magnifique. D'ailleurs vendredi je pars à nouveau le rejoindre pour le week-end à Angers, et nous avons déjà prévu de nous revoir en novembre, cette fois chez lui, à Montréal.

    Et par dessus tout, il restera à jamais ce pilier qui a su me bouleverser comme jamais et grâce auquel j'ai trouvé la force d'amorcer un nouveau grand pas dans ma vie, celui de mon coming-out à ma famille. Rien que pour cela, je lui dois une reconnaissance éternelle.

    Aujourd'hui, j'ai fait mon coming-out à ma mère.

    Aujourd'hui, j'ai fait mon coming-out à ma mère...


    9 août 2013

    La Forteresse Cathare

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    Tu t'es construit tellement de mécanismes de défense que tu es une forteresse cathare : ceux qui passent dans la plaine te voient, se disent : "Houla, surtout n'allons pas nous y risquer tellement c'est inaccessible" et passent leur chemin, de peur de l'affronter.

    Telles sont, dans leur transcription à peu près fidèle, les paroles d'un ami l'autre jour au téléphone. Une longue conversation qui a duré une heure, comme j'en ai peu eu depuis longtemps et qui, pourtant, fait tellement de bien. Pouvoir se livrer à cœur ouvert, en toute confiance, à une oreille que l'on sait attentive et compréhensive, sans crainte de jugement, voilà une chose qui m'est, en réalité, rare, et d'autant plus précieuse. 

    Oui, j'avais besoin de vider un peu mon sac, trop lourd à porter pour les reins d'un seul homme, si Tambour Major soit-il. Quelques personnes l'ont compris, et se sont manifestées en conséquence, chacune à sa manière. Ce sont des choses que je n'oublie pas...

    Car en effet, depuis quelques temps, quelques mois, cela ne va pas très fort. Les causes en sont nombreuses (oserais-je dire innombrables ?) et pour certaines parfaitement identifiées. Des soucis au boulot, un manque total de visibilité professionnelle à court terme doublée d'une certaine insatisfaction intellectuellement lignifiante, quelques soucis de santé, beaucoup de fatigue physique, un océan d'épuisement moral, un désert sentimental asphyxiant, voilà la coupe que je bois chaque jour jusqu'à la lie. Je m'emploie d'ailleurs ardemment à lui trouver une solution efficace et viable mais, jusqu'à présent, mon arsenal stratégique de fortifications, douves, meurtrières et autres ponts-levis me permettaient de préserver un semblant d'équilibre apparent. C'est d'ailleurs étonnant comme je parviens à tromper mon monde par cette sûreté granitique affichée qui cache en réalité un puits abyssal de doutes quasi-constants. Lorsque la voûte en plein cintre masque un château de cartes.... Au fond, l'attaque étant la meilleure stratégie de défense, tout cela est fort logique. 

    Quitter ma zone de confort et faire un peu de place à autre chose. Un peu d'imprévu, un peu de fantaisie, un soupçon d'insouciance, un zest de lâcher prise. Relâcher un peu la bride de tout, pour ne plus avancer en apnée. Vaste programme...

    Hier soir, en ayant particulièrement ras-la-cuve de ma journée, je m'en suis allé me promener en ville en sortant du boulot. Il faisait très bon et très beau. Cela m'a fait beaucoup de bien, je crois que je souriais un peu. Au détour d'une rue, par un hasard que seul le Destin - ou le plus grand des hasard - peut expliquer, j'ai croisé sur ma route deux charmants garçons de ma connaissance qui marchaient ensemble. Nous avons discuté un peu. J'ai eu beaucoup de plaisir à bavarder avec eux, et surtout à revoir plus longuement l'un des deux qui présente à mes yeux bien des charmes.

    Cela commence peut-être tout simplement par là...

    Quitter ma zone de confort donc, prendre les difficultés une par une avec un minimum de recul, et surtout baisser sérieusement les armes. Ce n'est pas simple. Mais ce n'est pas insurmontable. 

    Rome ne s'est pas faite en un jour. Tambour Major non plus...

    1 juillet 2013

    Que feras-tu pour que cela arrive ?

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    Assurément ce week-end fut un excellent week-end. Frais, vif, jovial, gouleyant à souhait,  Un grand cru même pourrais-je dire pour filer une métaphore oenologique. J'avais en effet le plaisir de retrouver deux amis de l'université et leurs trois enfants en leur nouvelle demeure bordelaise, au beau milieu du vignoble le plus prestigieux du monde, quelque part entre Pomerol, Petrus et Cheval Blanc...

    Nous avions programmé ce rendez-vous depuis trois mois, à l'occasion d'un précédent dimanche déjà passé au cœur d'un autre vignoble en terres Cathares. Car depuis leur installation là-bas, la distance ne nous permet plus de nous voir autant qu'avant. Ainsi vont les choses. Nous avons donc mis à profit le peu de temps dont nous disposions pour nous raconter nos vies, rigoler, boire de bons vins et refaire le monde à l'ombre d'un grand chêne, dans le calme de la campagne où mûrissent les prochaines vendanges.

    Eux et moi sommes très proches. Ils connaissent tout de ma vie, et je connais beaucoup de la leur. Des gens simples dans leur façon d'être, droits dans leurs bottes. Nous nous sommes connus à la fac, avons un parcours universitaire similaire, avons connu les mêmes déboires, les mêmes désillusions... Nous nous questionnons souvent sur le sens de la vie, le sens des choses. Non pas que nous soyons des inquiets de l'existence, mais que nous cherchions notre place dans ce monde. Eux commencent à trouver leurs repères et leur équilibre. Leurs hésitations passées nourrissent la mienne et l'enrichissent d'un regard avisé. Ils m'apaisent.

    Et le calme absolu de ces deux jours fut éminemment propice à la conversation, à la réflexion, aux échanges, et à une certaine prise de conscience : celle que les décisions prises sont les bonnes, que mes choix ne sont plus guidés par le hasard mais par une conscientisation précise et mature, et que la voie dans laquelle je compte marcher est celle qui me convient.

    Mon billet de premier l'an était à cet égard le point de départ d'une longue et profonde remise en question personnelle. Sûrement l'une des plus profondes que j'aie jamais osé entreprendre. Ce billet se concluait par trois citations, lues quelques jours plus tôt sur une affiche. 

    Les deux premières de ces trois phrases consistaient en des affirmations ayant pour thème le bonheur :  

    « être plus heureux c'est être plus libre »
    et :
     « Être vivants ou plutôt être capables de joie. La joie requiert plus de courage que la peine. »

    Venait ensuite ce que je crois être la clé de cette construction purement inconsciente - mais certainement pas fortuite : une question. Je ne m'étais pas rendu compte à l'époque de sa portée et de l'impact qu'elle aurait sur moi, puisque sept mois plus tard elle est encore au centre de mes pensées. Je crois même en faire ma devise :

     « La question n'est pas que va-t-il se passer ? Mais que feras-tu pour que cela arrive ? »

    Que feras-tu pour que cela arrive ? 
    Elle me hante cette terrible question. Car, quoique simple dans sa formulation, elle est multiple dans la réponse qui la sous-tend : Que feras-tu pour ce que cela arrive implique primordialement un objectif à atteindre, et ensuite les moyens à mettre en oeuvre pour l'atteindre. Le quoi, et le comment. 

    Cependant, appliquée à la recherche du bonheur, cette question est encore plus terrible car elle suppose alors de résoudre une troisième question : qu'est-ce qui te rendrait heureux ? Ou, du moins, de quelle manière pourrais-tu être satisfait de ta vie ? Que pourrais-tu changer pour être en harmonie avec toi-même. On touche à l'existentiel.

    Que feras-tu pour que cela arrive ?
    Depuis maintenant sept mois je me pose la question chaque jour.

    Que feras-tu pour que cela arrive ?
    Aujourd'hui, je sais...

    La joie requiert plus de courage que la peine




    ***
    Edit du 2 juillet : 
    Que feras-tu pour que cela arrive ?, mais surtout : Te donneras tu les moyens d'essayer...?
    Merci à un lecteur fidèle pour ses judicieuses remarques.