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    10 juillet 2017

    Visages Villages

    3 commentairess
    L'idée de départ était bonne : partir à la rencontre des gens et leur proposer de participer à une œuvre collective, de créer du beau ensemble, d'être partie prenante d'une œuvre dont ils seraient tout autant l'objet que les acteurs, mettre tout cela en images et en effectuer des collages géants offerts au regard de tous. 

    Oui, faire s'entrechoquer la vision du petit rat des villes (JR) avec celle la petite souris des champs (Agnes Varda) partait d'une très bonne idée qui aurait pu donner un résultat réjouissant et vivifiant, tonique et coloré. 

    Mais comme souvent, une bonne idée ne suffit pas pour faire un bon film, ce que Visages Villages démontre, hélas, à ses dépens. Malgré sa durée très raisonnable, je me suis vite ennuyé, par manque de rythme et par manque d'intérêt.

    La toute première chose qui dérange fortement provient de la diction  très scolaire des deux protagonistes. Ainsi JR qui donne l'impression de lire son prompteur avec application, sans comprendre le sens des phrases prononcées, selon une intonation complètement hors cadre et particulièrement dérangeante pour un film plutôt descriptif. Ce n'est qu'un détail mais il est suffisamment important pour m'avoir un peu bloqué et fait régulièrement décrocher : on n'y croit pas. Et cela commence mal.

    Hormis ce défaut de forme, Visages Villages pèche surtout par un manque cruel de fond. Parce que malgré quelques jolies saynètes, le film effleure à peine la surface des choses pour au final ne rien raconter qui ne prenne aux tripes.

    Alors que la ligne conductrice du film est la rencontre, force est de constater que des rencontres, certes on nous en propose un certain nombre mais tout cela reste éperdument artificiel, comme si au fond il y avait là un prétexte et non pas une fin.

    Je demeure en effet songeur sur le regard porté par JR et Varda sur le monde qui les entoure. "Ah ! je t'ai bien compris, sauvage voyageur, Et ton dernier regard m’est allé jusqu'au cœur !" écrivait Alfred de Vigny dans La Mort du loup. Or, si la seconde voit flou, du premier nous ne croiserons jamais directement le regard, continuellement masqué par ses lunettes noires, nous privant ainsi d'une rencontre essentielle au film : celle du public avec celui qui lui parle...

    De tous ces gens croisés au long de la petite heure trente que dure le film, nous n'apprendrons au final pas grand-chose. De la dernière habitante du coron, nous ne retiendrons tout juste que le prénom. Son âge ? Sa vie ? Ses enfant ? Ses espoirs ? Ses rêves ? Rien... hormis le fait qu'elle est la dernière habitante de la rue et qu'il est probable "qu'ils" rasent sa maison. L'art est politique, nous dit-on à plusieurs reprises. On aurait alors aimé un brin plus d'engagement. 

    Et c'est là le défaut, certainement majeur, de Visages Villages. Pour formuler exactement ma critique, qui fonde ma déception, Visages Villages n'est pas un film de Agnes Varda et JR à  propos de collages de photos géantes réalisées avec gens des quatre coins de la France, mais un film SUR Agnes Varda et JR qui partent faire des collages avec des gens. C'est cela qui m'a dérangé. Le centrage sur les gens n'est à mon avis que très accessoire, ou alors largement insuffisant. A peine est-il une caution morale...

    Par ailleurs, je goûte assez peu la mascarade consistant à faire croire que tout ce qui se passe sous nos yeux serait joyeusement spontané, alors que l'arrivée du camion photographique dans les différents patelins a été préparée en amont par des équipes techniques, ne serait-ce que pour obtenir les autorisations administratives d'utiliser l'espace public (ou pas...), ou encore pour le jour J mobiliser la population... Et c'est probablement là qu'avait lieu la rencontre, la première, celle par laquelle tout se noue. Mais de cela, nous ne verrons rien. Dommage, c'était je crois, un aspect important du sujet.

    Il y a tout de même de jolis moments, avec les dockers du Havre, notamment. D'autres petites scènes sont belles comme le sont des vidéos Instagram mais sentent le rapiéçage mal ficelé car trop scénarisées et par conséquent complètement artificielles. Certaines sont un peu plus gênantes, dont cette courte séquence où une quidam s'étant prêté au jeu, avoue près coup face caméra, avec force embarras, toute sa gêne d'avoir été exposée par six mètres de haut à la vue de milliers de touristes tout un été entier, et d'avoir vu son image répandue des millions de fois à travers les voies infinies des réseaux sociaux. Le malaise est réel.

    Malaise encore lorsque les deux compères se font enquêteurs et mettent à jour cette conspiration terrible de l'écornement des chèvres pour éviter qu'elles ne se blessent en se battant. Voyez un peu le scandale : les cornes des biquettes seraient sacrifiées sur l'autel du grand capitalisme. Non, sincèrement, laissez le journalisme d'investigation à ceux dont c'est le métier, par pitié. Heureusement il existe des opposants à l'asservissement chevrier, qui font "comme avant", dans l'authentique, sans trayeuse automatique mais avec des mouches et un atelier de fabrication du fromage qui m'a un peu fait tiquer au niveau respect des normes sanitaires. Un moment je me suis cru dans Autobio de Cédric Pédrosa et que j'avais chroniqué en 2008. Caution morale, encore une fois...

    Même s'il offre de jolis moments, donnant plus à voir qu'à regarder, Visages Villages, hymne à la boboïtude, demeure au final profondément creux, comme le sont les conversations de soir de fête où tout le monde est ami avec tout le monde et où l'on se fait la bise en riant très fort, une coupe de champagne à la main.  

    Dommage.