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  • 15 juin 2019

    La photo du mois : Le village

    6 commentaires
    Bonjour à tous, nous sommes le 15 juin et c'est l'heure de notre sixième rendez-vous avec La photo du mois.

    Chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées en même temps sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

    Le thème de ce mois Le village, a été choisi par Marie-Paule qui nous donnait les indications suivantes : 
    "celui que chacun de nous aime particulièrement, le village natal, celui où l'on vit, celui des origines familiales, celui où l'on passe ses vacances..."
    Ma photo a été prise il y a une semaine, lors d'un trajet en direction de Castelnaudary, dans l'Aude, où je me rendais pour célébrer le mariage d'une amie. L'Aude, ce département magnifique fait de pierres, de vignes, de collines et de vent...

    Alors que ma voiture arpentait une route sinueuse longeant en surplomb la vaste plaine du Lauragais, également appelé la petite toscane française, se déployait sous mes yeux le spectacle extraordinaire d'un paysage d'une rare beauté. Quand soudain, au détour d'un virage, un groupe de toitures rouges enrubannées autour de la figure austère d'un clocher carré attirait mon attention. J'arrêtai ma course le long d'un champ pour profiter davantage de l'instant et je sortis mon appareil photo.
     
    Cliquez pour agrandir l'image
    Dans le murmure des champs de blés verdoyants bercés par une brise légère et sous un magnifique ciel tout d'azur, ce petit village dont j'ignore le nom, avait ce doux parfum de temps suspendu et d'éternité bienheureuse. Comme une réminiscence d'un âge d'or dont nous avons perdu les secrets.

    Et moi je fonds à tous les coups...

    La photo du mois continue sur les autres blogs participants : Akaieric, Alexinparis, Amartia, Angélique, Betty, Blogoth67, Brindille, Cara, Christophe, Cocazzz, Cynthia, Céline in Paris, Danièle.B, DelphineF, El Padawan, Escribouillages, Eurydice, FerdyPainD'épice, Frédéric, Gilsoub, Gine, Giselle 43, J'habite à Waterford, Jakline, Josette, Josiane, Julia, Krn, La Tribu de Chacha, Lau* des montagnes, Laulinea, Laurent Nicolas, Lavandine, Lilousoleil, magda627, Mamysoren, Marie-Paule, Mirovinben, Morgane Byloos Photography, Nanouk, Philisine Cave, Pilisi, Pink Turtle, Renepaulhenry, Sous mon arbre, Travelparenthesis, Who cares?, Xoliv', écri'turbulente.

    3 juin 2019

    - II - Eveil

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     (Précédemment : -I- Pluie)

    Le lendemain matin Paul se réveilla avec un mal de crâne extraordinaire digne de ses plus belles gueules de bois. Une migraine assez formidable alors qu’il n’avait pas bu la moindre goutte d’alcool une fois rentré chez lui. Un coup de batte de baseball sur la tête ne l’aurait pas moins fait souffrir. La vache, il était vraiment sonné. 

    D’abord assis sur le rebord du lit, les méninges au bord de l’explosion, il écarquilla péniblement les yeux. Une journée grisâtre se dessinait en pointillés sous un ciel visqueux à travers les interstices du volet roulant de sa chambre. « Putain de sale temps de merde ». Il pleuvait toujours… Paul se leva péniblement puis se rendit silencieusement à la cuisine, en trainant les pieds et en s’appuyant de temps à autre aux murs pour compenser un léger vertige. Cerise sur le gâteau, cette chanson entendue à la radio la veille au soir n’avait eu de cesse de tourner en boucle dans sa tête...

    « My name is Luka. I live on the second floor.
    I live upstairs from you. Yes, I bet you’ve seen me before… »

    De toute urgence il lui fallait du café en dose massive pour affronter les prochaines heures et mettre la machine grippée en route. Un café doux, pas trop brûlant. Un café réconfortant, comme une caresse. Un café de matin difficile. Et une bonne douche bien chaude ensuite.

    Ouvrant tout d’abord le placard au-dessus de l’évier de la cuisine, il prit un comprimé d’aspirine qu’il avala avec un grand verre d’eau fraîche, non sans l’avoir machinalement cassé en deux avec sa langue contre son palais. C’est un truc qu’il faisait étant gosse, sans raison particulière, et qui lui était resté. La stupidité de ce petit geste le fit sourire intérieurement. Il aimait ces vestiges d’enfance, ces petits riens qui, une fois devenus adultes, trahissent l’enfant qui sommeille en chacun de nous. Sous sa barbe un peu folle, ses pommettes saillirent un tout petit peu tandis qu’un large sourire vint illuminer son visage d’ours mal réveillé.

    Paul observait au dehors le gris des toits qui se confondait avec celui du ciel. Une pluie féroce se projetait violemment sur les vitres avec la vigueur d’un animal qui chercherait à les briser pour rentrer, puis se laissait ruisseler mollement le long de la fenêtre comme une larme de rage sur une joue. « Quel temps de chiotte »…

    My name is Luka.

    Posée sur l’îlot central délimitant la cuisine et le salon, la cafetière émit une série de gargouillis caractéristiques annonçant que le breuvage couleur d’ébène était fin-prêt. Malgré les effets de mode, Paul n’avait jamais réussi à s’en séparer ni à succomber aux modèles à capsules jetables. Non pas qu’il était réfractaire au progrès mais il n’en voyait pas l’intérêt. La possibilité de choisir lui-même son café au brûleur du coin et de broyer sa mouture fraîche le contentaient pleinement. Il aimait vraiment l’odeur veloutée du café moulu qui tapisse les narines de ses fragrances capiteuses. Une odeur puissante, virile et fragile à la fois qui l’emportait loin, comme un voyage intérieur de quelques secondes qui pouvaient parfois lui paraître un champ d’éternité.

    Paul s’en servit un énorme mug, l’allongea d’un nuage de lait, porta la tasse à ses lèvres et, lentement, en but une grande gorgée. Instantanément le liquide chaud remplit son organisme de cette sensation unique de réconfort quasi-maternel. Mais aussitôt Paul fut pris d’un haut le cœur terrible. Il bondit vers l’évier. Du sucre. Il fallait du sucre. Paul en mit un, puis deux. Goûta, et en rajouta un troisième. Voilà qui était bien mieux. Et sans même s’en rendre compte, il noya un quatrième morceau de sucre au fond du mug, oubliant du même coup qu’il ne sucrait jamais son café.

    I live on the second floor.

    Non loin, posé sur la table basse du salon, son vieux téléphone portable se convulsait et crépitait de multiples notifications avec une frénésie quasi-hystérique, faisant vibrer le plateau de verre d’un tintement désagréable. Paul s’en saisit et alluma d’un même geste la télévision puis s’assit dans le canapé où le chat avait laissé une marque arrondie au creux de son oreiller favori. L’empreinte, nimbée de poils blancs, était d’ailleurs encore toute chaude. Cent quarante-huit messages, mails et autres notifications Facebook. Bordel, mais ils ont quoi les gens ce matin ? pensa-t-il.

    Trop assommé par sa migraine lancinante et fatigué à la seule idée de leur nombre, il ne prit pas le temps d’examiner plus en détail cette logorrhée d’informations – il en avait soupé des statuts à la con de ses potes – et préféra regarder la télévision. A en croire le logo rouge et bleu incrusté sur toute la largeur de l'écran, il s'agissait d'un flash spécial.

    I live upstairs from you.

    Ce qu’il vit et entendit lui glaça le sang. Il n’en croyait pas ses yeux. Et pourtant il savait que ce n’était pas un canular. Paul avait beau changer de chaîne, toutes diffusaient les mêmes images ahurissantes : aux portes de la ville, des kilomètres de voitures arrêtées en plein milieu de la route, et des gens par centaines les yeux rivés vers le ciel. Vaguement incrédule, il monta le son. Selon le journaliste qui commentait en voix off, la cause de cette agitation était apparue dans la nuit, le long de l’autoroute de l'Est que Paul parcourait la veille au soir.

    Yes, I bet you’ve seen me before

    Parmi quelques vaches détrempées par la pluie toujours battante, toute la cohorte de journalistes qui avait accourru toutes caméras dehors, était fermement tenue à l’écart par un solide cordon de sécurité. « Ils sont là ! » répondait terrifié un homme vêtu d’un survêtement bleu à qui l’on avait tendu un micro « ils sont là ! ».

    Sous un ciel d’hiver intensément gris, la vision était tout autant insolite qu’effroyable. D'une blancheur parfaite, la chose semblait s'être paisiblement posée sur le sol. Sa surface était apparemment dénuée de toute aspérité.  On avait beau lever les yeux au ciel, il était impossible d'en apercevoir le sommet qui semblait s'élever bien au dessus des nuages. Plantée au beau milieu d'un écrin de montagnes éternelles, ses proportions absolument titanesques la rendaient visible à des kilomètres à la ronde. Monstrueusement silencieux. Immobile.  

    C’était là.

    Personne à cet instant n’avait la moindre idée de ce que c’était. Et personne à cet instant précis n’aurait pu imaginer qu'il eut mieux valu ne jamais le savoir. Mais tout le monde se souviendrait à jamais de ce lundi d'octobre, comme l'on se souvient des jours maudits qui infléchissent irrémédiablement le cours de l'Histoire.

    My name is Luka.

    Et pendant ce temps, la petite voix dans la tête de Paul se faisait de plus en plus insistante…

    My name is Luka.

    31 mai 2019

    La pièce manquante du puzzle - Suite et fin

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    C'est assez étrange d'écrire une suite à un billet du mois de mars 2014 qui n'avait pas forcément vocation à en connaître une. A vrai dire, je l'avais plus ou moins oublié, lui et son contenu. 

    Pourtant une conversation à table d'il y a quelques petite semaines à fait brutalement rejaillir son existence, comme une grosse bulle d'air au milieu d'un lac, provoquant au moment où elle éclate une onde de remous qui se propage sur toute la surface.

    Voici cinq ans donc, j'expliquais ici même - dans un billet que j'avais alors intitulé La pièce manquante du puzzle - que j'ignorais absolument tout de la manière dont mes parents s'étaient rencontrés il y a plus de quarante ans.
    L'anniversaire de mon père au début du mois de mai fut l'occasion d'une révélation à laquelle je ne m'attendais absolument pas et qui devait lever toutes mes interrogations.

    Nous sommes donc à table, un dimanche de mai, avec mes parents et quelques autres personnes. L'humeur est joviale, il fait beau temps et c'est l'anniversaire de mon papa. La jolie nappe et de la belle vaisselle ornent la table autour de laquelle nous sommes réunis en toute simplicité. Au début du repas, nous savourons quelques hors d’œuvres que ma mère a préparés et notamment, me semble-t-il, un petit foie gras. Oui, dans le Sud-Ouest, le foie gras c'est toute l'année. Les verres tintent joyeusement. La conversation se fait plaisamment.  

    Et puis tout d'un coup, je ne sais plus exactement à quel propos, mais je crois qu'il y était question d'un verre de Porto, mon père lâche à ma mère, avec ce regard plein de malice caractéristique de ces fois où il est particulièrement fier de lui :
    "Comme la première fois qu'on s'est rencontrés...!"
    Je crois bien être resté bloqué sur cette phrase quelques secondes. Aujourd'hui encore j'ai du mal à admettre que ce soit mon père qui l'ait prononcée. Car d'une part mon père est un ours qui ne parle que rarement de lui. Que d'autre part il ne s'épanche jamais sur ses états d'âme. Et que surtout le sujet de la rencontre parentale est un sujet inédit dans la famille Tambour Major ! 

    Cette petite phrase, tombée du ciel comme une marguerite sur une plage de sable blanc, fut suivie d'un petit échange de souvenirs, chacun racontant son bout de l'histoire. Nous sommes au début des années 1970, pendant le service militaire que mon père effectuait dans l'Est de la France, région d'où est originaire ma mère et où elle vivait alors encore. Déjà ours mais néanmoins sociable, il avait sympathisé avec tout un tas de gens dont un cheminot du coin qui se trouvait être en même temps le mari d'une amie d'enfance de ma mère. Et un beau jour, par l'un de ces hasards dont le Destin a le secret, voilà-t-y pas que les deux se retrouvent invités à dîner en même temps, mon père par le mari, ma mère par sa copine. Et boum : le coup de foudre...

    Malgré sa brièveté, ce fut un instant très agréable à regarder et à écouter. Ils étaient entre eux et plus rien de ce qu'il se passait autour d'eux ne semblait avoir de l'importance. Un de ces petits moments précieux que l'on garde dans le tiroir de ses souvenir, comme un trésor, et que l'on couche sur son blog pour mieux s'en rappeler dans quelques années, lorsque la mémoire de l'instant se fera moins précise.

    Je dois dire que, même si j'aurais très bien pu vivre sans ne jamais avoir rien su du fin mot de l'histoire, je suis très heureux de connaître ce petit épisode de la vie de mes parents. Parce que ce qu'il raconte est joli.

    Et qu'il fut surtout l'occasion de voir, quarante quatre ans après, que ces deux-là s'aiment encore comme au premier jour.

    27 mai 2019

    Manger du tofu ? T'es pas fou ?

    3 commentaires
    Parmi les choses pas forcément super sympas à manger, quelque part entre la confiture de méduse et la ciure de bois, il y a le tofu... En effet, je n'ai jamais été convaincu par ce machin à base de soja qui, bien souvent procure la même satisfaction que de mâchouiller une éponge humide.

    Mais quelle idée de manger du tofu, me direz-vous ? Oui, en effet, quelle idée... 

    Hormis une fois dans un restaurant végétarien (oui, j'ai parfois ce genre de perversion) où j'avais pu apprécier ce que l'on m'indiquait alors être du tofu soyeux, et mème que j'avais trouvé cela plutôt bon, le tofu fait partie de mes grandes déceptions culinaires.

    Pourtant je tiens à essayer autant que possible à varier mon alimentation et les sources de protéines. C'est pourquoi j'alterne oeufs, viandes rouges et blanches, poissons et les protéines végétales notamment grâce aux légumineuses : pois chiches, lentilles et haricots en grains de toutes variétés. Et comme je suis un peu maso sur les bords, depuis quelques temps, j'essaie d'incorporer le tofu, avec très peu de succès il est vrai.

    Car le tofu, c'est pas três bon. 
    C'est du moins ce que je croyais jusqu'à ce soir... 

    Pour la faire courte, j'avais dans mon figo un bloc de tofu d'entrée de gamme de 200g depuis une semaine et qu'il me fallait manger avant de devoir le jeter. Et je ne tressaillais pas particulièrement de joie à l'idée d'en faire mon repas du soir...

    J'avais aussi des pleurotes achetés samedi (j'aime passionnément les pleurotes), un peu de crème fraîche entière (la base) et un fond de vieux curry en poudre dans mon placard. 

    Et soudain... l'illumination ! 

    L'opération fut la suivante (attention cette recette est d'une technicité effarante) : 

    1. Faire dorer les pleurote entiers (400g environ) à feu vif dans une grande poêle, 

    2. Ajouter le tofu (200g) coupé en gros morceaux, 

    3. Noyer sous environ 10 cl de crème liquide, ajouter une petite demi-cuillerée à café de curry, du sel et du poivre du moulin, 

    4. Touiller pour que tout s'imprègne de sauce, couvrir, baisser le feu à moyen pendant une dizaine de minutes et laisser mijoter un tout petit peu. Et... c'est tout !

    Hé ben croyez-moi sur paroles : je me suis régalé. 

    En fait je crois que c'est un truc à creuser avec ce machin-là : il faut lui apporter du goût avec des épices mais aussi en lui faisant cracher son eau laquelle est remplacée par autre chose d'un peu plus savoureux. Et là, ça commence à devenir intéressant.

    Alors, non, le viandard que je suis n'ira pas jusqu'à dire que cela vaut une bonne côte de boeuf. Mais c'était suffisamment bon pour que je renouvelle l'opération prochainement.

    15 mai 2019

    La photo du mois : Le merveilleux

    12 commentaires
    Bonjour à tous, nous sommes le 15 mai et c'est l'heure de notre cinquième rendez-vous avec La photo du mois.

    Chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées en même temps sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

    Le thème de ce mois Le merveilleux (mirabilia) dans votre vie, a été choisi par Betty qui nous donnait les indications suivantes :
    Ce qui vous émerveille, vous surprend, vous étonne...
    J'ai franchement galéré pour le thème de ce mois-ci car chaque édition de la photo du mois est l'occasion de  vous partager, à travers une photo, un morceau de ce que j'aime, de ce qui me plait, me surprend et m'émerveille. Le défi étant, qui plus est, de n'utiliser qu'une photo inédite, les choses se compliquent sérieusement.

    Heureusement, un concert lundi soir à l'auditorium Saint-Pierre-des-Cuisines de Toulouse, est tombé à point nommé et m'a donné l'occasion d'illustrer le sujet du mois. 

    Une photo prise juste avant que le concert ne commence. Parce que l'on ne prend pas de photo pendant un concert : on écoute. Au programme du soir : le Quatuor pour la fin du temps, d'Olivier Messiaen, œuvre composée en 1940 pendant sa détention au Stalag VIII-A, à Görlitz.

    Ce fut un concert merveilleux pour une œuvre d'une intense poésie dont les harmonies m'accompagnaient encore alors que je rentrais à pied chez moi pour profiter de la douceur de la nuit tombante.

    De manière plus générale, la musique vivante (par opposition au disque) a quelque chose de merveilleux. La vibration et l'intensité des sons, l'énergie que dégagent les interprètes, tout cela procède d'une alchimie fabuleuse à nulle autre pareille. La beauté du lieu, une ancienne église - haut lieu de l'histoire de Toulouse - devenue fonderie à canon après la Révolution, n'est en outre pas totalement indifférente à ma magie de l'instant. 

    Et ce soir-là, l'interminable silence final qui vint succéder à la voix du violon s'évanouissant dans le plus extrême aigu, plongea d'un fragment d'éternité cette émotion toute spéciale qui emplissait la salle et dont longtemps, je crois, je me souviendrai.

    9 mai 2019

    My ass is vegan

    15 commentaires
    Aujourd'hui je vais parler d'un groupe de personnes que l'on moque habituellement - avec plus ou moins de délicatesse - dans la communauté Gay car elles ne pratiquent pas la sodomie. On les désigne parfois sous l'anglicisme "side". Les "side", ces gens bizarres à la sexualité appauvrie... Je ris très très fort.

    En effet, il ne faut généralement pas plus de trois phrases lorsque l'on surfe sur un site de rencontres dédié aux garçons qui aiment les garçons, pour que n'apparaisse cette question qui provoque aussitôt chez moi ce roulement oculaire témoin mon épuisement mental : "t'es actif ou passif ?"... 

    Croyez-moi, cette question a le don de m'exaspérer au dernier degré. Pour poser les choses très clairement, je ne suis pas passif et rarement actif. Plutôt side, donc. Hannnnn bouh le vilain side...  D'ailleurs rien que le nom "side" est détestable. "Side", comme s'il s'agissait d'une sexualité â la marge, alors qu'il n'en est rien.

    Car à en croire les déclarations des uns et des autres, la sodomie chez les Gays serait la condition sine qua non de toute relation sexuelle digne de ce nom, le Saint Graal de la jouissance, le Valhalla de l'extase, l'Hiroshima de l'ogasme, comme s'il était aussi naturel de pénétrer un rectum que de pénetrer un vagin. Hé bien hé bien... ça dépend ! Et même parfois, pas du tout. 

    Hé oui, je t'arrête tout de suite toi qui ne jure de la qualité d'une relation sexuelle que par la possibilité de chevaucher ou d'être chevauché et prête l'oreille à ce qui suit. Et toi, petit side qui te sens meurtri dans ta chair parce que tu n'éprouves aucun plaisir à te faire décalaminer le pot en cadence ou parce que tu débandes direct quand un mec te dis "Prends-moi", lis ce qui suit : je l'ai aussi écrit pour toi.

    En effet, comme je l'écrivais ici-même en 2009 ce n'est pas parce que l'on préfère les garçons que l'idée de se prendre un gros calibre dans le fion nous fait tous trembler de désir. Loin s'en faut. Et en ce qui me concerne, absolument pas.

    En décembre dernier, Têtu publiait un article sur le sujet, intitulé "Pourquoi certains gays ne pratiquent pas la sodomie (et pourquoi ce n’est pas grave)". Peur d'avoir mal, problèmes d'hygiène, crainte d'être atteints dans leur virilité, absence de plaisir... Les raisons de ne pas pratiquer la sodomie sont multiples et peuvent se recouper. Sur le même sujet, cet article de 2013 paru dans le Huffington Post est encore plus intéressant.

    Si certaines personnes y prennent un pied intersidéral, d'autres au contraire voient dans la sodomie soit un supplice insurmontable tant la douleur est vive, soit un rituel accessoire parfaitement dispensable. Pour d'autres enfin, la sodomie active ne revêt aucun intérêt du tout, tant l'absence de plaisir est prégnante. Je puis en parler librement, je fais partie des premiers et des derniers.

    Une enquête "Recrudescence des prises de risque et des MST parmi les gays" notamment consacrée à la sexualité Bi et Gay,  menée en 2000 par l'Institut de Veille Sanitaire en partenariat avec l’Agence Nationale de Recherches sur le SIDA, la Direction Générale de la Santé et avec la contribution de vingt revues et trois sites Internet, est particulièrement instructive sur le sujet : la sodomie n'est pas la pratique d'une écrasante majorité. Les statistiques qui ressortent des 4.753 témoignages recueillis, permettent de corroborer cet état de fait

    Coupons donc cours à l'idée fausse selon laquelle la sodomie serait un passage obligatoire de la sexualité Gay et Bi. Comme le dit Têtu dans son article, non seulement ce n'est pas grave mais j'ajouterai surtout que c'est faire preuve d'un manque vertigineux d'imagination que de réduire le plaisir charnel à la seule sodomie !

    Ainsi, aux termes de cette enquête, environ 17,5% des personnes interrogées ont déclaré "toujours" pénétrer leur partenaire régulier, 33% "souvent", 25,5% "rarement" et 24% "jamais". Réciproquement, les statistiques miroir concernant la sodomie passive sont équivalentes : 18% des personnes interrogées ont déclaré se faire "systématiquement" pénétrer, 33% "souvent", 25% "rarement" et 24% "jamais".

    Donc un quart des sondés ne pratique jamais la sodomie et un autre quart la pratique rarement. Par conséquent inutile de vous mortifier parce que vous ne prenez pas votre pied avec la sodomie : vous n'êtes ni des êtres étranges ni une minorité, bien au contraire, vous êtes parfaitement normaux !

    Dans un premier temps, je reviendrai brièvement sur la question de la douleur obstacle. Je suis toujours surpris d'entendre ou de lire que la sodomie serait quelque chose de parfaitement spontané chez les Gays, comme la copulation l'est chez les couples hétéros. C'est oublier bien vite un détail important : au contraire de la vulve qui est spontanément adaptée à recevoir une verge, un anus - qu'il soit masculin ou féminin, n'est absolument pas doté des mêmes prédispositions morphologique et biologiques. Et cela fait une sacrée différence.

    Il ne faut pas s'y tromper : quoique cette zone de l'anatomie soit saturée de terminaisons nerveuses notamment érogènes, s'enfiler un gros calibre par la porte de sortie n'est pas nécessairement sans contrainte. D'une part, de puissants muscles font en principe obstruction à ce que tout ce qui se trouve prisonnier à l'intérieur ne s'en échappe fortuitement. D'autre part et réciproquement, ces mêmes muscles forment une barrière naturelle à tout ce qui voudrait y entrer par effraction. Enfin, et contrairement à une vulve, l'anus n'est doté d'aucun mécanisme de lubrification qui pourrait faciliter les opérations. Par conséquent, si l'habitude, l'habileté du partenaire et la confiance acquise par l'expérience peuvent permettre au petit oiseau de se longer confortablement dans son nid et de faire frétiller chacune des cellules de son hôte, emporté par des tourbillons de plaisir, il n'y faut pas voir une généralité. 

    C'est d'ailleurs un point qui revient régulièrement chez ceux qui ne pratiquent pas la sodomie passive en raison de la douleur : non, il n'y a aucune raison de se forcer à subir quelque chose de douloureux au motif que l'on va (hypothétique) finir par aimer cela. Quand on a mal, généralement, on ne consent pas, à moins d'être maso. Pourquoi appliquer à la sexualité ce que l'on ne tolèrerait pas dans un autre contexte ? Restez donc les doigts coincés dans une porte pendant cinq minutes et voyons si au bout du compte vous y trouvez du plaisir !

    On ne rappellera jamais assez la règle numéro un applicable en toute circonstance et quelles que soient vos pratiques : Vous avez mal et vous ne vous sentez pas bien ? Arrêtez et dites non. Point. Rien ne vous interdit d'essayer à nouveau plus tard. Mais la règle est et restera toujours la même : le sexe doit avant tout rester du plaisir partagé. S'il ne l'est pas, c'est que l'un des deux se fait enculer ne joue pas le jeu.

    Je passerai brièvement sur les actifs "par conviction", ceux qui ne sont pas passifs - alors qu'éventuellement ils le pourraient - uniquement parce que, dans leur petite conception de la masculinité virile figée quelque part entre le Néolithique et le Moyen Âge, celui qui se fait prendre endosse le rôle de la femme et que non, vraiment, c'est pas possible. Soyons très clairs : ce raisonnement de phallocrate dégénéré témoigne d'un degré de bêtise rétrograde sur lequel je ne m'étendrai pas davantage. Pour le surplus, je renverrai simplement au point n°6 de ce précédent billet.

    S'agissant ensuite du plaisir en tant qu'actif, hé bien tout est très relatif. Contrairement à une idée reçue, tout le monde n'est pas excité à l'idée de "prendre" quelqu'un. Hé non, cela n'est pas une évidence pour tout le monde. Beaucoup trop de gars pensent encore que montrer leur rondelle provoquera ipso facto un tourbillon ascensionnel de libido chez le partenaire. Grave erreur. Pour ma part c'est l'encéphalogramme plat. De plus, tous les garçons n'éprouvent pas non plus de plaisir particulier lorsqu'ils se retrouvent dans cette position. C'est également mon cas... La situation peut même s'avérer extrêmement gênante car, faute d'excitation, c'est bien souvent la débandade assurée. 

    Là encore, sauf à vous ériger en chevalier blanc du plaisir doublé d'un sens profond de l'abnégation, rien ne vous oblige à faire quelque chose qui ne vous procure aucune excitation ni aucune satisfaction. Vous ne vous sentez pas bien ? Arrêtez et changez. L'autre ne veut pas et insiste ? Virez-le...

    Mais alors, que reste-t-il en dehors de la sodomie ? 

    Tout le reste, bordel de merde. Tout le reste !  Non, je ne parle pas que de la branlette et la fellation. S'approprier le corps de l'autre afin de lui prodiguer du plaisir peut passer par mille autres choses que de lui enfoncer un pénis en érection dans le fondement. La sodomie, si elle est chez certaines personnes l'alpha et l'oméga du plaisir, elle est au contraire chez 50% des Bi et des Gay une pratique soit totalement secondaire soit inexistante. Est-ce pour autant que ces gens-là ne savent pas s'envoyer en l'air ? Le croire est d'une naïveté coupable.

    Ayez à l'esprit que la surface d'un corps masculin est en moyenne de 1,90 mètres carrés. Vous voudriez vous contenter de seulement quelques pour-cents ? Sérieusement... Vous aimez la domination, you like it rough ? Croyez-moi il y a mille autres manières d'être violent, dominant, humilié ou rough que de taper dans un postérieur avachi. Partez vraiment à la découverte du corps qui s'abandonne à vous... Soyez créatifs. N'oubliez pas le pouvoir terriblement puissant des mots, du ton de la voix et du jeu de regards ou encore toute la déclinaison des trips fétichistes en passant par le pup-play.  Vous préférez le "soft" (ce qui ne veut rien dire...) vous aimez la tendresse et les câlins ? alors laissez-vous complètement aller, lâchez prise, p.r.o.f.i.t.e.z. et prenez votre pied !

    Pour conclure je dirai seulement que quelque soit la manière dont vous vous éclatez au lit (ou ailleurs), arrêtez de comparer, de vous comparer. Prenez ce qui vous convient et posez vous une seule question : est-ce que le plaisir que j'éprouve me satisfait ? 

    Et admettez que votre sexualité n'est ni universelle, ni supérieure et encore moins inférieure à une autre. 

    3 mai 2019

    - I - Pluie

    2 commentaires
    C'était vraiment un gros sale temps de merde. Depuis plusieurs heures une pluie battante rendait la vision impossible au-delà de quelques mètres. Les essuie-glaces balayaient frénétiquement le pare-brise noyé sous un torrent d’eau. Abrité dans sa Golf surchauffée, Paul pestait contre ce déluge d’apocalypse. Le marquage au sol devenu illisible l'obligeait à redoubler de vigilance. La route noire, engloutie par la flotte, luisait comme un miroir sous la lumière oblique des phares et se confondait au loin avec la nuit. Heureusement qu’en cette veille de rentrée scolaire, les vacanciers étaient déjà rentrés chez eux. Et les rares voitures encore errantes sur l'autoroute quasi déserte roulaient bien en-deçà de la vitesse maximale.

    Cette route, Paul l'avait parcourue des dizaines de fois pour se rendre au chalet de montagne familial, celui-là même où il s’était abrité le temps d'un weekend, loin de l'agitation de la ville et loin de son travail. Il pouvait spontanément anticiper chaque virage, chaque courbe en tête d’épingle, déjouer les zones à cent-dix et celles à quatre-vingt-dix. A deux reprises il s'était fait flasher par cette saloperie de radar planqué dans un virage, juste à la sortie d’une zone boisée en contrebas d’une côte, là où il est bien difficile de maintenir la vitesse annoncée plus haut par un panneau cerclé de rouge. Il avait bien retenu la leçon.

    Surtout, il connaissait par cœur les paysages féériques qu’il savait défiler au dehors et quand lever les yeux pour apercevoir les plus beaux sommets. Il connaissait les heures où la lumière est la plus belle et les mois qui offrent les plus beaux couchers de soleil. Là, c’était le Mont d’Orval dont la cime dentelée semblait vouloir mordre le ciel. Quelques kilomètres plus loin, dès le sortir du village suivant bâti en surplomb de la vallée, surgissait le paysage grandiose et les courbes élégantes des vallons de Beaupré. Là-bas, tout au fond, près d’une cascade que l’on pouvait voir depuis la route par temps clair, un sentier difficile grimpait vers l’Ivray et la Rocque du Lys.

    Mais ce soir, sur l’asphalte complètement détrempé, l’eau jaillissait en trombes de part et d’autre de la voiture en formant un brouillard impénétrable. Inlassablement la pluie martelait le capot de coups réguliers, obligeant à monter le son de la radio assez fort pour être distinctement audible. Depuis un moment déjà, les hautparleurs crachotaient un magma de grésillements incompréhensibles. Paul s’apprêtait à la couper lorsque soudain, tel un rayon de soleil perçant après l’orage, une mélodie familière inondât l’habitacle. Un vieux standard des années 80 qu’il écoutait en boucle lorsqu’il était gamin et qu’il reconnut aussitôt :

    « My name is Luka. I live on the second floor.
    I live upstairs from you. Yes, I bet you’ve seen me before…
    »

    Tout en chantonnant au milieu de ce chaos nocturne, Paul repensait à son weekend passé beaucoup trop vite. Il était content de lui et de ces deux jours bien remplis. Il avait enfin réussi à vider la cave qui était, jusqu'alors, envahie de vieilleries poussiéreuses dont personne n'avait réussi à se débarrasser depuis des décennies, alors qu'il suffisait un peu de courage et une bonne paire de gants pour tout mettre à la benne : chaises vermoulues, cartons d’assiettes hideuses en faïence grise, des tonnes de vieux papiers ayant appartenu aux anciens proprios décédés depuis plus de trente ans, l’ancien cumulus que personne n’avait pris la peine de remonter lorsqu’il avait fallu le changer il y a une dizaine d’années, des stocks de vieux journaux, et des kilomètres de toiles d’araignées.

    Non pas que cette cave puisse servir à grand-chose car il n’en avait pas de réelle utilité, mais au moins il pourrait désormais y stocker du bois qu’il aurait plaisir à contempler brûler dans la cheminée lors des belles soirées d'hiver à venir. Surtout, même s’il n’osait pas se l’avouer totalement, voir la vieille cave enfin rangée et propre avait tout pour satisfaire son esprit passablement psychorigide. Et du vin. Oui, il pourrait essayer d’y faire vieillir du vin. Ça, c’était une bonne idée. Les caves enterrées en terre battue sont idéales pour cela. Oh oui, c’était une super idée. L’hygrométrie devait être parfaite et la température assez stable au fur et à mesure des saisons.

    « If you hear something late at night, some kind of trouble some kind of fight
    Just don't ask me what it was, just don't ask me what it was
    »

    Quelque chose vint soudain tirer Paul de sa brève rêverie. Au loin sur sa gauche, une forme inhabituelle qu’il eut du mal à distinguer avait perturbé son regard. Dans l’obscurité, une ombre claire au milieu de nulle part s’élançait très haut dans le ciel. Il avait beau se tordre le cou dans tous les sens, Paul ne parvint pas à voir parfaitement ce dont il s’agissait. C’était blanc et anormalement lumineux en cette rase campagne. Vertical et de forme plutôt cylindrique, l’objet semblait très lointain et pourtant très proche à la fois. Cela ressemblait à une sorte d'énorme cheminée qu’il n’avait jamais remarquée auparavant. Un peu comme celles des centrales nucléaires mais sans le panache de fumée blanche qui s'épanouissait habituellement au-dessus. Évidemment, au milieu des montagnes cela ne pouvait pas être une centrale nucléaire. Une tour alors ? Non, ce n’était pas cela non plus. Franchement, implanter une tour de cette hauteur ici, quelle idée absurde.  Et puis une telle tour ne pousse pas en un weekend. Non c’était impossible. Une éolienne ? D’une dimension vraiment gigantesque dans ce cas. Et puis il en verrait les pales… Non, cela n’était pas non plus une éolienne.

    Mais alors quoi ?

    La nuit, la vitesse et les gouttes qui s’écrasaient avec fracas sur les vitres l'empêchaient de voir exactement ce que c'était. Sans compter que la faible hauteur du toit de sa voiture raccourcissait sérieusement son champ de vision. Pourtant, au loin, dissimulé dans les méandres d’une nuit sans lune et sans étoiles, le rideau de pluie qui s’abattait sur la vieille Golf en accentuant encore l’épaisseur, il y avait bel et bien quelque chose de gigantesque fiché dans le sol. Quelque part, au loin, sur sa gauche.

    C’était là-bas.
    Et ça n’y était pas deux jours auparavant.

    Complètement absorbé par ses observations et la chanson de son enfance, Paul ne s’était même pas rendu compte qu’il ne regardait plus la route. La Golf zigzaguait au beau milieu des trois voies et se rapprochait dangereusement du terreplein central en direction duquel elle fonçait droit devant. « Bordel de merde ! ». D’un brusque coup de volant Paul se rabattit sur la droite au nez d’un camion qui le remercia d’un coup de klaxon doublé d’appels de phares musclés.

    « My name is Luka. I live on the second floor.
    I live upstairs from you. Yes, I bet you’ve seen me before…
    »

    Ses grosses mains devenues moites enserraient le volant avec force. Un vif courant électrique lui parcourut la colonne vertébrale puis se propagea en frisson intense le long de son corps. Paul put sentir distinctement chacun des poils de ses avant-bras se hérisser puissamment l’un après l’autre avant qu’un inexplicable sentiment de dégoût mêlé d’une vague nausée ne l’envahisse, jusqu’à le submerger totalement.

    Filant à toute allure et s’éloignant de la chose qui s’évanouit derrière un boqueteau de sapins, la petite voiture qui perforait les ténèbres poursuivit son chemin sur l’autoroute. Et la lueur rouge de ses feux arrière disparut à son tour, happée par le néant.

    A suivre...

    1 mai 2019

    Premier Mai

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    Voici le premier mai. Une virgule, comme une grande respiration bienfaitrice au milieu de la semaine. Ne rien faire et arrêter pendant quelques heures la folle course du temps.

    J'ai toujours aimé le mois de mai. Ce mois qui annonce le retour des beaux jours et sait rendre si doux les après-midi de sieste dans l'herbe à l'ombre d'un grand arbre, ou de randonnée en montagne dont les sentes sinueuses résonnent du tintement des clarines.

    Cinquième mois de l'année, il est chargé de promesses d'un été que l'on espère radieusement solaire. L'été... Une saison riche en souvenirs olfactifs, en émotions terriennes. Mais l'été venu porte déjà en germe, dans son silence noyé de lumière, les stigmates chamarrés du flétrissement de l'automne, inexorable cycle des saisons. Avant que tout ne recommence...

    Oui, plus que le retour du printemps, ce sont les prémices de l'été qui constituent ma saison préférée. Plus encore que le Floréal républicain, encore trop frileux à mon goût, le Prairial, nettement plus affirmé. Car de la blancheur diaphane de l'aube rayonnante jusqu'aux derniers rougeoiements vespéraux, la nature enfin réveillée exulte, se répand en fleurs, en odeurs sucrées, en chants d'oiseaux. "La terre bienheureuse s’ouvre et s’épanouit ; Tout aime, tout jouit", pour citer Théophile Gautier.

    Au dehors, sur le balcon éclaboussé du soleil matinal, les chats-minous se rêvent grands prédateurs en pourchassant une mouche folle parmi les plantes. Un petit vent frais fait lentement danser le rideau et transporte, à travers le salon, les arômes nacrés du citronnier chargé de fleurs.

    Qu'il est doux ce premier mai...

    25 avril 2019

    Et in pulverem reverteris

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    Effroi, stupeur et tremblements... comment décrire l'inexprimable avec de simples mots  ? Longtemps je me souviendrai de ces images absolument insoutenables de la cathédrale Notre Dame de Paris en proie au feu. Et plus longtemps encore je garderai en tête la photo de cet ami, directement frappé par le drame, photographié à son insu sur le parvis, en train d'assister au désastre, le visage littéralement pétrifié  d'effroi. 

    Cet incident a provoqué bien plus que la perte de quelques poutres et de quelques pierres. C'est un morceau de la mémoire de notre pays qui s'est trouvé directement atteint. Car Notre Dame est plus qu'une simple cathédrale. Par-delà les considérations matérielles, elle est et demeure une figure de Paris, un emblème de la France, célébré depuis des siècles par les peintres et les poètes.
    […] il est, à coup sûr, peu de plus belles pages architecturales que cette façade où, successivement et à la fois, les trois portails creusés en ogive, le cordon brodé et dentelé des vingt-huit niches royales, l'immense rosace centrale flanquée de ses deux fenêtres latérales comme le prêtre du diacre et du sous-diacre, la haute et frêle galerie d'arcades à trèfle qui porte une lourde plate-forme sur ses fines colonnettes, enfin les deux noires et massives tours avec leurs auvents d'ardoise, parties harmonieuses d'un tout magnifique, superposées en cinq étages gigantesques, se développent à l'œil, en foule et sans trouble, avec leurs innombrables détails de statuaire, de sculpture, et de ciselure, ralliés puissamment à la tranquille grandeur de l'ensemble ; vaste symphonie en pierre, pour ainsi dire ; œuvre colossale d'un homme et d'un peuple, tout ensemble une et complexe comme les Iliades et les romanceros dont elle est sœur ; produit prodigieux de la cotisation de toutes les forces d'une époque, où sur chaque pierre on voit saillir en cent façons la fantaisie de l'ouvrier disciplinée par le génie de l'artiste ; sorte de création humaine, en un mot, puissante et féconde comme la création divine dont elle semble avoir dérobé le double caractère : variété, éternité.
    Et ce que nous disons ici de la façade, il faut le dire de l'église entière ; et ce que nous disons de l'église cathédrale de Paris, il faut le dire de toutes les églises de la chrétienté au Moyen Âge. Tout se tient dans cet art venu de lui-même, logique et bien proportionné. Mesurer l'orteil du pied, c'est mesurer le géant.

    Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, Paris, 1831, Livre III, chapitre 1.
    Les tintinnabulements de ses cloches ont accompagné les Français dans les heures sombres du pays autant que lors d'événements joyeux : premiers états généraux de Philippe de Bel en 1302, mariages de Marie Stuart en 1558 et de la "Reine Margot" en 1572, victoires de Louis XIV - qui est parrain du Bourdon Emmanuel, couronnement de Napoléon Bonaparte en 1804, fin de la Première Guerre mondiale en 1918, Libération de Paris en 1945... Ses voûtes ont accompagné dans leur dernière demeure maintes figures de premier plan : le Général de Gaulle, Georges Pompidou, François Mitterrand...

    Plus proche de nous encore, c'est à Notre Dame notamment qu'une foule nombreuse, croyante ou non, vint en recherche d'un peu d'apaisement et de beauté suite aux attentats du 15 novembre 2015. Ce soir-là, la séculaire Maîtrise de Notre Dame toute de bleu vêtue offrait une célébration magnifique - dont je félicitais le soir-même, ému aux larmes, l'un des principaux acteurs. Au cours de cette même célébration résonnait une Marseillaise absolument triomphale dont les voûtes aujourd'hui éventrées garderont à jamais la mémoire.

    Elle est encore debout, c'est la seule chose qui compte, et elle tiendra bon j'en suis sûr. Maintenant il faut construire l'avenir" m'écrivait-on du chevet de la vieille Dame au lendemain du drame. Dix jours après, l'émotion de l'instant s'est estompée malgré les plaies encore vives et des stigmates irréversibles. 

    Reconstruire, envers et contre les débats nauséabonds qui ont aussitôt germé ici et là, à tous les propos : théories complotistes invraisemblables, râleurs de tous poils qui s'exaspèrent des dons ostentatoirement effectués par les grosses fortunes de ce monde. Et toi, Ô invétéré râleur, qu'as-tu donné à la cause que tu défends ?

    Sans compter les polémiques sur ce que sera la Notre-Dame du futur : nouveau pastiche façon Violet le Duc ? création contemporaine intégrant les matériaux de notre époque, participant ainsi au mille-feuille architectural dont tout monument est composé ? nouvelle flèche en verre, toiture végétalisée...? Reconstruire, sans trop se hâter. Il est bon en toute chose de savoir attendre. Nos basses querelles et la précipitation - gesticulation - politique sont peu de choses face à l'éternité sereine qu'incarnait jusqu'alors le médiéval monument. 

    Au fond, c'est notre propre finitude que nous rappelle inconsciemment l'incendie de Notre Dame, ravagée en quelques heures, a la différence des drames écologiques que nous vivons depuis des décennies avec une négligence coupable.

    La déforestation, la pollution des mers, l'extinction des espèces, la montée inexorable du niveau de la mer et le réchauffement climatique dont nous ne viendrons jamais au bout en l'état actuel des choses, tout cela s'inscrit, par un parallèle que je n'avais pas vu venir et en symétrie inverse, dans un temps très long. Nous n'en avons pas vu le début. Nous n'en apercevons pas la fin. Tout le contraire de l'incendie fulgurant qui a décimé Notre Dame en quelques heures.

    En atteignant l'inatteignable et en détruisant sous nos yeux ce que la mémoire des siècles avait placé hors du temps, et dans un temps qui s'inscrit dans le temps des Hommes, c'est, par la violence inouïe des flammes doublée du désemparant sentiment d'impuissance de nos moyens pour lutter contre ce drame, notre condition mortelle qui se rappelle brutalement à nous.

    Memento, homo, quia pulvis es, 
    et in pulverem reverteris.

    15 avril 2019

    La photo du mois : En avril ne te découvre pas d'un fil

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    Bonjour à tous, nous sommes le 15 avril et c'est l'heure de notre quatrième rendez-vous avec La photo du mois.

    Chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées en même temps sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

    Le thème de ce mois, "En avril ne te découvre pas d'un fil" a été choisi par Lilousoleil  qui nous donne les indications suivantes :
    "En avril ne te découvre pas d'un fil. Mais si vous découvriez le vôtre ! fil rouge, fil de la vie, vie de l'eau..."
    J'avais beaucoup d'idées pour la photo de ce mois-ci mais faute de temps, je n'ai pu en réaliser aucune. Et c'est très frustrant. Du coup j'ai dû recourir à mes archives pour trouver celle qui correspondrait au thème de ce mois. Et j'ai trouvé !
    Contrairement aux apparences, ma photo n'a pas été prise en avril mais en plein mois de juillet aux alentours du lac d'Espingo. Le temps était très brumeux et un fin voile diaphane recouvrait toute la végétation.

    Blottie sous une grosse fleur comme nous l'étions alors dans nos parkas, cette petite araignée semble attendre le retour du soleil pour continuer à tisser, fil après fil, sa toile délicate.


    10 avril 2019

    We exist

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    Depuis que l'image a été publiée aujourd'hui, le petit garçon qui aime marcher sous les étoiles en a plein les yeux, des étoiles.

    Elle a fait le tour du monde et aura probablement été vue des milliards de fois. L'inaccessible est désormais rendu visible. L'objet céleste le plus mystérieux et le plus fantasmé de l'univers donne enfin à se faire voir. 

    Et je suis fasciné.



    « Si nous découvrons une théorie complète, elle devrait un jour être compréhensible
    dans ses grandes lignes par tout le monde, et non par une poignée de scientifiques. 
    Alors, nous tous, philosophes, scientifiqueset même gens de la rue,
    serons capables de prendre partà la discussion sur la question de savoir 
    pourquoi l'Univers et nous existons.
    Si nous trouvons la réponse à cette question,ce sera le triomphe ultime de la raison humaine
    – à ce moment, nous connaîtrons la pensée de Dieu. »

    Stephen Hawking


    9 avril 2019

    Manger ses émotions

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    En gros émotif que je suis, j'ai toujours mangé mes émotions. Quand la nourriture devient une source de réconfort sur laquelle on reporte ses angoisses et ses contrariétés. Chaque bouchée est un morceau de plaisir immédiat qui évacue instantanément un tout petit peu de l'océan de stress qui nous habite. Un carré de chocolat et les tracas s'estompent. Mangez toute la tablette et la vie redevient presque rose.

    Outre que le simple fait de manger est un plaisir simple de la vie, se venger sur la bouffe pour y trouver du réconfort est un grand classique des personnes stressées ou émotives. Et je ne crois pas faire une révélation fracassante en écrivant ceci. Se venger sur la nourriture n'est pas une pensée du type "je suis contrarié donc je vais me soulager en mangeant un truc". Non, c'est quelque chose qui vient du corps. Tout votre organisme vous hurle de lui donner quelque chose de précis : du gras, du mou, du sucre... Vous devez manger. Vous ne pouvez pas lutter. 

    Pour ma part, mon dévolu se porte sur à peu près tout... Du fromage s'il y en a. Une énorme morceau de gruyère, du vieux comté, de la bûche de chèvre, du roquefort...  N'importe lequel, surtout s'il est gras. Oui, le gras est une source importante de plaisir pour le cerveau dont c'est l'essentiel de la composition. Manger un camembert entier, morceau par morceau, ne me fait pas peur. Ayant appris à gérer ces fringales qui n'en sont pas, je sais d'expérience à peu près choisir les aliments qui me procureront une satisfaction immédiate sans totalement ruiner ma ligne : yaourts, viande froide, protéines en tous genres sont donc mes premières victimes.

    Une autre source importante de réconfort provient du sucre. Manger une part de gâteau, ou tout le gâteau comme ce fut le cas de ce dimanche, se goinfrer de pâtisseries (qui n'a jamais éprouvé cette volupté incroyable au confin du sensuel en mordant à pleines dents dans une part de gâteau au chocolat, par exemple ?) ou manger le pot de nutella directement à la cuillère sont des grands classiques du genre. Pour ma part, les envies de sucre apparaissent en particulier dans les moments d'intense fatigue. Dans ces cas-là, ce n'est même plus une envie mais un besoin. Presque une pulsion de survie. Il me faut du sucre. Cela vire à l'obsession. Il m'est impossible de me concentrer tant que je n'ai pas eu mon shot de sucre. Je limite la casse avec les fruits, pommes et bananes notamment, que je possède en permanence à portée de main.

    Ajoutez à la fatigue une once de stress, et le combo sucre + gras vous explosera à la tronche. Dans mon cas le chocolat - noir - est un partenaire de choix. Difficile de m'en tenir à quelques carrés, c'est toute la tablette qui y passe.

    Comme si cela ne suffisait pas, a ces besoins de sucre et de gras s'ajoute parfois un besoin d'alcool. C'est assez vicieux. Je crois qu'on a tous expérimenté cela : on rentre le soir complètement crevé, la journée a été pénible et on se sert un verre d'alcool pour se détendre. Parfois on commence à lâcher prise à partir du deuxième verre. Alors on s'en ressert un troisième pour être certain de bien se relaxer. Au quatrième, toute la pression s'en est allée.

    Parfois cela va beaucoup plus loin, comme je le relatais dans ce billet qui aura bientôt cinq ans :
    "Cela commence par ce petit verre de vin du vendredi soir, une fois en passant, qui t'aide à déconnecter. Une bonne bouteille, pas de la piquette à trois Euros. Tu bois par plaisir. Dans un premier temps. Par nécessité, ensuite. Quelques gorgées, quelques verres et tes idées se délient enfin. Ton cerveau s'apaise. Tu lâches prise. Cela te fait du bien. Non, tu n'as pas de problème avec l'alcool. C'est seulement une passade, dis-tu. Les semaines passent, les bouteilles vides s'entassent. Jusqu'à deux par weekend, à toi tout seul..."
    Relire ce paragraphe écrit à un moment où cela n'allait pas du tout m'a fait froid dans le dos. J'ai beaucoup appris de mon burn-out.

    Ces dernières semaines, harassé par un agenda beaucoup trop soutenu,  mon corps m'a énormément parlé. Heureusement je pratique une activité sportive assez régulière, ce qui me permet de limiter la casse sur la balance. J'ai toutefois fait attention, autant que possible, en limitant le gras et le sucre. L'alcool, en revanche, c'était beaucoup plus difficile. Antidépresseur puissant - sur le moment - quelques jolies bouteilles m'ont permis de tenir le coup, tout en sachant que ce n'est pas une solution viable. Je détecte désormais très vite que quelque chose ne va pas lorsque ma consommation d'alcool augmente et que le besoin s'en fait sentir plus d'une fois par semaine. Car là encore je ne parle pas de boire un verre ou deux entre amis. Mais de boire parce que votre corps vous le demande et de ne pas pouvoir résister à cet appel.


    Sur le moment je m'inquiète toujours un peu, notamment parce que je fais attention à mon poids. Je sais que lorsque je mange et bois - beaucoup - plus que de coutume, c'est parce que quelque chose ne va pas. Souvent mon corps me parle avant que mon cerveau ait verbalisé le problème. Je sais que c'est un précurseur et qu'il me faut être vigilent et analyser mon train de vie afin de détecter ce qui ne va pas et le résoudre. Aussi s'ai appris à déculpabiliser de tout cela. A ne pas trop m'inquiéter tout en étant lucide que quelque chose ne va pas dans mon quotidien car j'ai conscience que le problème est purement conjoncturel et que les choses rentreront dans l'ordre par elles-mêmes dès que la phase de stress se sera dissipée. Jusqu'à présent cela a toujours été le cas. 
     
    Ainsi, depuis dix jours, mon emploi du temps s'est sérieusement calmé. J'arrive à sortir du bureau avant vingt heures, pensez donc ! Je cours un peu moins partout et je suis moins sous pression. Automatiquement, ma consommation d'alcool et de bouffe ont substantiellement diminué, sans que je ne fasse rien. Le besoin corporel a disparu, c'est tout.

    Manger - et boire, ses émotions... Je me suis construit comme cela et je ne sais pas si je pourrai changer ou modifier ce comportement. Je sais qu'il existe, j'en connais la cause et les symptômes. Plusieurs amis m'ont conseillé la méditation ou le yoga, voire l'auto-hypnose.  Pour le moment je n'ai rien testé de tout cela. Mais je crois que ce serait une bonne idée d'essayer.

    Au moins pour voir.

    6 avril 2019

    Souffler

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    Prendre un peu de temps pour soi
    Oublier le réveil
    Se jouer de l'heure, se jouer du temps
    Profiter du chat qui ronronne comme un bienheureux
    Et ne se lever que lorsque le corps nous signifie qu'il a assez dormi

    Traîner
    Aujourd'hui rien ne presse

    Braver la fraîcheur, mettre un pied sur la terrasse
    Le petit citronnier est rempli de boutons
    Dans la treille, les bourgeons sont aux aguêts
    Promesses d'un printemps tout en fleurs
    Gratouiller le chat fait qui des roulades
    Entre les pieds de la table de jardin

    Avoir enfin du temps pour soi
    Travailler un tout petit peu moins
    Refaire des projets
    Concrétiser des envies
    Écrire, besoin de voyager
    Se projeter, rêver
    Créer des perspectives nouvelles
    Souffler enfin

    Souffler

    30 mars 2019

    Je ne vous imaginais que très brun !

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    Il y a quinze jours, la publication d'une photo sur Twitter donnait lieu à un petit échange avec un lecteur :
    "C'est la photo ou il y a du poil blond ? Je ne vous imaginais que très brun !
    - Je ne me suis jamais caché d'être blond (aux yeux bleus).
    - Han ! Mon univers s'écroule. Et je pensais ça depuis que je lisais votre blog
    ."
    Pour situer le contexte, en sortant de chez le barbier d'où je venais de me faire élaguer les poils du menton, il me prit cette petite folie discrète de faire un égoportrait. Comme je ne me montre que très très peu sur les réseaux sociaux, et en tout cas jamais à visage totalement découvert, je le tronquai astucieusement afin de ne faire apparaître qu'une partie seulement de mon visage. Puis je le postai sur Twitter afin de montrer le triomphe luisant d'une barbe bien entretenue. 

    La remarque de ce lecteur m'a tout d'abord fait sourire. Même si je ne me montre pas - je n'ai en effet jamais affiché la totalité de mon visage ni ma réelle identité, protégeant en cela mon anonymat qui est le garant de ma liberté - il m'est toutefois déjà arrivé de lâcher ici et là quelques bribes d'informations tels que ma blondeur, le bleu de mes yeux, et ma stature plutôt imposante. 

    Ces quelques éléments épars sont-ils pour autant suffisant à créer un portrait de moi ? Malgré la dizaine d'années qui me sépare de mon tout premier billet et le petit millier de publications répandues ici, quelle image est-il possible de construire de celui qui tient le clavier ? 

    À la grande époque des blogs c'était d'ailleurs l'un des aspects particulièrement intéressant de l'exercice. Lire, apprécier, commenter, discuter, houspiller sans véritablement savoir qui se cache entre les mots. Parfois venait le jour où l'on décidait de se rencontrer à deux ou à plusieurs, afin d'échanger autour d'une bière, d'un café ou d'un repas, et de refaire le monde en discutant comme si l'on se connaissait de toujours, ce qui en réalité était un peu le cas. Car, que l'on joue un rôle ou non, on blogue toujours tel que l'on est. 

    C'était et cela demeure toujours tout à la fois amusant et terriblement fascinant de découvrir enfin le visage, la voix et tous les petits gestes et attitudes de celui ou celle que l'on apprécie de lire. Si j'ai rencontré beaucoup des blogueurs que je suis habituellement, j'en compte un certain nombre dont je n'ai aucune idée de ce à quoi ils ressemblent, ni même l'ébauche d'un prénom à leur attribuer.

    Pour ma part, il y a deux choses que j'aime examiner chez l'autre. D’abord, le timbre de la voix. Ayant l'oreille musicale, j'y suis assez sensible. Chacun a sa petite voix intérieure lorsque nous lisons. Lorsqu'un personnage parle, nous lui attribuons un timbre, un rythme, un accent... Souvent cette construction est bien éloignée de la réalité et l'une de mes premières questions est de vérifier si la voix colle à la personne. Je sais, c'est idiot, mais je le fais à chaque fois.

    Une autre chose que je regarde toujours, ce sont les mains. La forme des doigts, s'ils sont fins, épais ou longs, la forme des ongles, leur courbure, s'ils sont longs, courts ou rongés, la forme des cuticules, le velouté de la peau, si les veines sont saillantes... Au-delà des gestes, je trouve que les mains expriment beaucoup de choses sur la manière d'être des gens.

    L'avènement de l'instantanéité avec Facebook puis Twitter, peu à peu rattrapés par ce fabuleux vecteur d'images qu'est Instagram - et le phénomène des putaclics aidant - on lit et on écrit beaucoup moins de blogs et l'on a aussi perdu ce goût de la découverte. Souvent, on sait tout de ce à quoi ressemble celui qui se tient de l'autre côté de l'écran. 

    D'ailleurs, c'est tout aussi souvent la seule marchandise qu'ils ont à vendre : ceux qui en disent le plus en ont d'ordinaire le moins à raconter...

    26 mars 2019

    É.p.u.i.s.é.

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    A bien y réfléchir, je crois que cela fait plusieurs semaines que, lorsque l'on me pose la question "Comment vas-tu ?" ma réponse est invariablement : "Épuisé". 

    É.p.u.i.s.é.

    Derrière cette litote galante se cache non pas petit coup de mou passager consécutif à une rude journée ni à une semaine compliquée, ce serait trop facile, mais bel et bien une bonne grosse fatigue de fond. Un véritable épuisement tant intellectuel que physique qui ne cesse de durer depuis plus de six mois.

    En discutant hier matin avec une connaissance qui, elle aussi, travaille très dur et pour à peu près les mêmes raisons que moi, j'ai fait un petit calcul du nombre de jours de repos - weekend compris - que je me suis réellement accordé depuis mon retour de vacances fin août dernier. J'enchaîne les semaines de soixante à soixante-dix heures, je bosse presque tous les weekends, je n'ai pas pris de congés à Noël ni en février faute de temps... Au final, je ne crois même pas arriver à l'équivalent de trois semaines de repos en sept mois. Il va vraiment falloir que je revoie mes engagements professionnels à la baisse l'année prochaine.

    Épuisé, donc. Je lutte chaque jour contre une fatigue grandissante et je crois que si je ne suis pas encore cloué au lit avec une fièvre de cheval, c'est uniquement à cause du stress que je m'inflige pour réussir à surmonter la montagne de boulot qui s'amoncèle devant moi. J'en ai eu la preuve voici un petit mois alors que je profitais d'un samedi et d'un dimanche consécutifs sans avoir besoin de travailler pour me reposer : dès le samedi après-midi, ma gorge s'est mis à me faire mal, mon nez à gratter, des courbatures sont apparues et, avec elles, tout un tas de divers symptômes grippaux. Je reprenais le chemin du bureau lundi matin la goutte au nez. Comme par enchantement, dès le lundi après-midi tout était rentré dans l'ordre...

    Depuis un mois, je me gave de probiotiques pour tenir le coup, je bouffe un peu n'importe quoi et  ma consommation d'alcool a très sensiblement augmenté ces dernières semaines. Je sais qu'il faut y voir des signaux alarmants et que mon corps me hurle de m'arrêter au plus vite. Tout ça n'est pas très brillant. Mais, paradoxalement, je redoute le moment où je vais vraiment m'arrêter pour prendre du repos car je m'attends à un sévère retour de bâton.

    Voilà voilà voilà... 
     
    Heureusement, certaines obligations professionnelles touchent à leur terme, ce qui va me libérer pas mal de temps dans la semaine pour pouvoir faire autre chose, et notamment me reposer le weekend, en ne rien faisant, ou en prenant soin de plantations sur mes balcons, entre deux pitreries des chats-minous qui, eux, se portent comme des charmes. Et avec le retour des beaux jours se profile le retour des randonnées en montagne qui m'ont tant manquées ces derniers mois.

    En revanche, mes véritables vacances ne sont pas pour tout de suite. A la fin du mois d'août prochain ou peut-être début septembre, il faut d'ailleurs que je m'en préoccupe. Mais d'ici-là je compte bien m'aménager des pauses bienfaitrices, un weekend à Paris avec mes parents et une semaine à Garorock comme l'année passée, histoire de retrouver des visages amis. Peut-être retourner à Lisbonne que j'avais tant aimée ?

    Allez, encore quelques jours à tenir.

    15 mars 2019

    La photo du mois : La poésie cachée dans notre quotidien

    8 commentaires
    Bonjour à tous, nous sommes le 15 mars et c'est l'heure de notre troisième rendez-vous avec La photo du mois.

    Chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées en même temps sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

    Le thème de ce mois, "La poésie cachée dans notre quotidien" a été choisi par Jakline qui nous donne les indications suivantes :
    Une lumière, un paysage, un regard, ….chacun de nous a SON idée de poésie, son ressenti. Une photo va peut-être nous révéler aux autres !
    Ceux qui me lisent savent à quel point je suis sensible à la poésie des petites choses du quotidien. Ma photo de ce mois fait évidemment écho à l'un d'eux. Un spectacle dont je ne me lassse pas et auquel j'avais, il y a longtemps déjà, consacré un billet : celui des premières lueurs du jour depuis la fenêtre de mon salon.

    (...)
    Mais voici que le ciel constellé d'étoiles blanchit peu à peu tandis que sous lui s'éveille l'astre du jour dans sa pâleur diaphane, transperçant d'abord avec mollesse l'écharpe de brume enveloppant l'horizon. Le voici, il est là le soleil rougeoyant, ce coloriste prodigieux qui, dans un éclat insoutenable, éclabousse soudain l'univers de pourpre, de violine et de magenta. Sous les coups de ses pinceaux les ténèbres se replient. Dans une lutte sans merci l'obscurité se débat en un tumulte extraordinaire dissimulé par la sublimité étourdissante la scène. Les ombres foudroyées s'évanouissent, se dissolvent, englouties par un irrésistible déluge de lumière. Progressivement le paysage se dévoile, la vie reprend son cours.
    (...)
    La poésie du quotidien continue sur les autres blogs participants :