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    18 décembre 2017

    Abécédaire amoureux de Toulouse

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    A comme Abattoirs. Lieu de mort devenu lieu de vie depuis sa réhabilitation très réussie en musée d'art contemporain. Il y fait bon flâner le dimanche avant d'aller danser le tango sur les toutes proches berges de la Garonne.

    B comme Brique, matériau dont sont faites les demeures d'ici et qui donne à la ville sa couleur si caractéristique de bonbonnière.

    C comme Canal. Ou plus exactement comme Canaux car Toulouse en compte trois : celui du Midi qui rejoint Sète. Celui latéral à la Garonne qui serpente vers Bordeaux. De leur union nait le Canal des Deux Mers... Enfin le Canal de Brienne par lequel les bateaux contournent l'effondrement du lit de la Garonne au Basacle.

    D comme Daurade. Nulle référence au poisson, il s'agit d'une église bâtie sur un ancien temple romain dédié à Minerve. Faisant face â la Garonne, elle abrite, avec Notre Dame du Taur, l'une des vierges noires de la ville.

    E comme Exupère, saint local né à Arreau, dans les pyrénées et qui vécut entre le IVe et le Ve siècle. Troisième évèque de Toulouse, on lui doit l'achèvement de la première basilique Saint Sernin. Une belle église sise aux portes du faubourg Saint Michel, à deux pas du très beau Jardin Royal où flânaient encore naguère demoiselles à marier et galants de bonne famille, lui est dédiée.

    F comme Foie gras. L'un des mets emblématiques du Sud Ouest. Foin de pain brioché, ici on le savoure sur du bon pain au levain à la mie ferme, accompagné d'un vin de Sauternes ou d'un liquoreux dont Gaillac, toute proche, produit des merveilles. Et même si les terres de Bayonne se font lointaines, le piment d'Espelette lui est un fier compagnon.

    G comme Garonne, le fleuve tumultueux qui traverse la ville dont cette dernière eut, jadis, à subir la fureur de ses inondations. Dame discrète et élégante, elle est une figure imposée sans laquelle Toulouse se serait plus Toulouse.

    H comme Hôpitaux. Celui de la Grave, dont le célèbre dôme de cuivre qui se reflète si bien sur l'onde calme de la Garonne, m'a vu naître lorsqu'il était encore une maternité. Celui de l'Hôtel Saint Jacques, lui aussi situé rive gauche et qui abrite notamment un musée de la médecine. Purpan et ses urgences funestement connues. Rangueil, perché sur les côteaux. Marchand, enfin, qui aurait certainement plu à Montesquieu.

    I comme Isaure. Clémence Isaure, figure semi-légendaire de Toulouse, fondatrice des Jeux Floreaux. qui inspira et inspire encore l'âme des artistes  :
    « Toulouse ! ville antique où fleurissent encore
    Pour les poètes, vos fleurs d’or, Clémence Isaure » 

    [Charles Cros - Vision du grand canal des deux mers, 1888]
    J comme Jacobins, la splendide église gothique au fameux palmier sous la ramure duquel repose la chasse de Saint Thomas d'Aquin. Son cloître, qui invite au farniente lascif, voit chaque automne courir les doigts des plus grands pianistes du monde.

    K comme Kunc, famille de musiciens injustement tombée dans l'oubli. Aymé, fils de Aloÿs, fut prix de Rome en 1902 devant Maurice Ravel et créera en 1927 à l'orchestre la Tétralogie et Parsifal de Wagner. Il fut trente années durant le directeur redouté du Conservatoire de Toulouse.

    L comme Lumière. Ville basse et toute bariolée de briques roses, Toulouse possède cette caractéristique luminosité joyeuse qui la rend si agréable à vivre. Les couchers de soleil y sont, en toute saison, absolument spectaculaires.

    M comme Montagnes. Les Pyrénées en l'ocurrence, splendide chaîne de montagne, horizon naturel des Toulousains, qui se dessine comme une muraille par temps clair. Terrain d'élection de mes randonnées estivales, elles abritent mille joyaux de la nature. Ville fleuron de l'aéronautique, c'est à de toutes autres montagnes que Mermoz et Guillaumet, héros de l'aéropostale, se sont heurtés.

    N comme Nougaro, qui du quartier des Minimes aux rues de New York, a semé ses mots au rythme de gants de boxe.

    O comme  Orgues, dont Toulouse, de par la richesse exceptionnelle de son patrimoine, est l'une des capitales. Le rugissement des tuyaux se mêle parfois à celui de l'Orchestre National du Capitole qui, sous la baguette de son sémillant chef, essaime la culture sur tous les continents.

    P comme Places. Celle du Capitole la plus célèbre de la ville, son opéra, ses cafés, ses badauds. La place Saint Georges, celle du pilori, qui vit jadis agoniser Jean Calas et tant d'autres. La place Wilson dont la rotondité s'élance vers la gare Matabiau et le canal du Midi. La place Saint Pierre, haut lieu des soirées étudiantes...

    Q comme Quais, ceux de la Garonne bien entendu. Les blanchisseuses et pêcheurs de sable d'antan ont cédé la place aux promeneurs qui ont bien raison de profiter de ces ramblas à fleur d'eau et le long desquelles il est si agréable de venir prendre le soleil tout en admirant un riche patrimoine dont Toulouse peut s'ennorgueillir.

    R comme Rues, celles étroites et sinueuses qu'il faut avoir arpenté pour s’imprégner de l'ambiance de la ville. Dédale hors du temps, elle plongent le promeneur dans de lointains souvenirs du XIVe siècle, offrant au regard ici une fenêtre à meneau renaissance donnant vue sur un plafond à caissons, là une porte cochère entrebâillée dissimulant incognito l'entrée d'un bel hôtel particulier, là encore un chat moqueur faisant sa toilette du haut de son deuxième étage tandis que tintinnabule la cloche d'un salon de thé feutré où il fait bon prendre son temps à l'occasion d'un brunch dominical...

    S comme Saint Sernin, somptueuse basilique du XIème siècle, joyau de l'art roman, cette fleur de corail que le soleil arrose. Ô Toulouse !

    T comme Tou'Win, une chouette équipe avec laquelle j'ai appris bien plus qu'à jouer au rugby.

    U comme Universités, trois au total, qui attirent des étudiants du monde entier, érigeant Toulouse au deuxième rang des villes universitaires de France.

    V comme Violette, fleur emblème. Discrète, au parfum d'antan, elle s'exportait jadis aux quatre coins du monde. Je t'aime, mais c'est un secret, nous glisse-t-elle au creux de l'oreille...

    W comme Wallon, Ernest de son prénom. Professeur de droit mais surtout premier président du Stade toulousain, club de rugby à XV fondé en 1907. Le stade fief des Rouge et Noir - dix neuf fois champions de France et quadruple champion d'Europe - porte son nom depuis 1921.

    X comme Xavier, l'un des fromagers de la place Victor Hugo, ce ventre de Toulouse où il fait bon aller faire son marché et croquer sur le coin d'un zinc accueillant, quelques huîtres arrosées d'un petit vin blanc.

    Y comme Yeux, qu'il faut avoir à l'affût pour découvrir les mille richesses architecturales et ornementales dont la ville est constellée, entre cariatides cachées, cours secrètes et points de vue surprenants.

    Z comme Zénith, la plus grande salle de spectacles de la ville où se pressent fans et idoles. Toulouse est une fête !

    7 décembre 2011

    La morue, le prince et les calamars

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    Dimanche dernier il faisait assez beau et j'étais de bonne humeur. Aussi avais-je décidé de m'adonner à un petit bain de foule revigorant et d'aller faire un petit tour en ville, histoire notamment de jeter un coup d’œil au marché de Noël tout fraîchement installé place du Capitole, sans but précis. Hop hop hop, un café, une douche, un gratou gratou au chat qui me regardait d'un air encore plus intrigué que d'habitude et me voici le nez au vent.  Je me baladais sur l'avenue, le cœur ouvert à l'inconnu. J'avais presque envie de dire bonjour à n'importe qui. C'est vous dire à quel point j'étais bien luné.

    Arrivé à destination, je m'engage dans les allées de chalets éphémères, assailli par des odeurs liquoreuses de vin chaud épicé. Un constant s'impose : le marché de Noël ne présente guère d'intérêt particulier, si ce n'est d'y trouver là plus cher ce que l'on peut acheter à moindre prix dans les boutiques avoisinantes, la foule et les mômes qui braillent en plus. Malgré tout, c'est assez sympathique, les gens sont de bonne humeur, et ce jour là un groupe de trois beaux garçons dignes de figurer dans un casting de Hight Octane se sont évertués à croiser mon chemin à de nombreuses reprises. On ne va pas se plaindre non plus.
    Ma balade se poursuit quelques rues plus loin dans ce temple de l'hédonisme qu'est le marché Victor Hugo où j'ai mes habitudes. Un peu de pain par ici, un peu de café par là, je flâne, tout simplement. 

    Alors que j'étais sur le point de me décider à rentrer à la maison, je m'attarde quelques secondes dans le secteur poissonnerie, et en particulier sur un étal de calamars qui retiennent mon attention. Car j'adore les calamars, à toutes les sauces, et en particulier lorsqu'il sont cuisinés avec leur encre, comme en Espagne. Avec un petit riz blanc, c'est de la pure damnation. Sauf que, bien souvent, les calamars sont pré-nettoyés de sorte que point de poche d'encre dans leur ventre blanc il n'y a... D'où l'importance de connaître sa marchandise. Parfois, lorsque le poissonnier est sympa, il vous propose même de vous en procurer si vous la lui commandez. Dans ma tête déjà, des visions d'orgies calamaresques, des saveurs d'enfance, ma madeleine à tentacules. Face à moi une imposante poissonnière réglait son compte à coups de hachoir à quelque chose qui avait dû être un poisson.

    Après m'être excusé de la déranger en plein activité créatrice, je lui demande d'une voie enjouée si ses calamars contiennent toujours leur encre. La belle lève le nez, puis, prenant sa plus belle voix de poissonnière - environ 4,6 sur l'échelle de Richter - me répond avec une vulgarité surnaturelle :
    - "Mééééééééé commmmmmeent voulez vous que je le saaaaaache ?".
    J'esquisse un  sourire dont moi-même je perçois l’ambiguïté, quelque part entre "fous toi de ma gueule", "mais kesskédit ?" et "c'est quoi cette grognasse ?".
    S'engage alors une brève discussion surréaliste.
    - Ben, c'est vous la professionnelle, lui répondis-je, conscient de tout ce que "professionnelle" peut sous-entendre. Les encornés ont une poche d'encre en principe et... (elle me coupe)
     - Maaaaaaais monsieur (voix de poissonnière, 4,6 sur l'échelle de Richter, vulgarité extrême, toussa toussa), je suis pas devin moi... comment voulez-vous que je sache si le calamar il a encore son encre ? S'il a eu peur, et qu'il l'a crachée...
    - Ce n'est pas le sens de ma question, objectais-je à la gorgone qui manifestement feignait ne pas comprendre.
    A partir de ce moment je n'écoute même plus ce qu'elle me dit tellement elle m'agace, d'autant qu'elle sait parfaitement le sens de ma question : encre ou pas encre ? Vidés ou pas vidés ? Oui ? Ou non ? Je n'ai jamais compris comment on pouvait être commerçant et avoir un sens du relationnel aussi catastrophique avec les clients qui souvent ne demandent rien d'autre qu'un soupçon de motivation supplémentaire pour passer à la caisse.  Ça me dépasse...

    Alors que la morue qui me fait face vomit un nouveau flot de borborygmes à la vue de ces pauvres calamars innocents, un phénomène étrange prend possession de moi. Un déclic que je ne saurais décrire. Soudain mes sourcils se froncent, mon regard dépité se fige sur le sien, droit dans les yeux, puis les mots sortent d'eux mêmes qui la coupent net dans son élan :
    - Vous êtes désagréable... Très désagréable.
    Je me suis surpris moi-même. Mais certainement pas autant que ma poissonnière visiblement estomaquée que l'on puisse lui répondre ainsi. A tel point qu'elle n'a rien pu rétorquer, sinon un visage ahuri qui faisait peine à voir. Intérieurement je jubilais.
    Tournant les talons, le train de mon mépris roulant sur les rails de mon indifférence, drapé dans la superbe de ce triomphal fait d'armes, je m'en suis allé comme un prince, abandonnant la morue à ses basses œuvres, et les calamars à leur triste sort.


    13 novembre 2011

    Plaisirs simples

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    Aujourd'hui c'est dimanche et j'avais envie de souffler un peu, de m'aérer, de prendre un peu de temps pour moi. Car même lorsque l'horloge se fait menaçante, rien n'est plus urgent que de ralentir un peu le pas. Juste un peu. Alors après m'être levé, pas trop tôt ni très tard, je m'en suis allé transpirer un peu à la salle de sport. Faire le vide dans ma tête, pour penser plus sereinement et libérer mon corps de cette énergie dont il ne sait que faire.

    En ressortant tout frais un peu avant midi, je n'avais qu'une envie : me faire du bien. Aussi, avant de prendre le chemin du retour, je décidais de faire une courte halte au marché Victor Hugo, un lieu de vie unique, antre d'Épicure. J'aime cet endroit ,simple et sophistiqué à la fois, où se croisent la mémé du coin, bobos du quartier et touristes de tous horizons.

    J'ai d'abord craqué pour cette moitié d'un énorme pain à la mie ferme et moelleuse, parée d'une croûte épaisse aux parfums de noisettes torréfiées. Un peu plus loin la gentille vendeuse emballait trois beaux morceau de fromage faits à point. D'abord du Pecorino au poivrre, puis de la tomme de brebis, enfin le dernier quartier de Salers pourvu d'une croûte généreuse proportionnelle à son grand âge. J'ajoutais un morceau de beurre salé frais pour parfaire mon panier et imaginais déjà mon festin du midi.

    Sur le chemin du retour je repensais à ce billet de FalconHill dans lequel il vidait son sac et répondait à un autre billet dans lequel il avait un peu été pris à parti. Ce billet, et avant lui quelques autres, m'a interpellé sur ma façon de bloguer. En particulier FalconHill contestait l'étiquette de "blogueur de droite" en ce qu'elle est profondément réductrice et ne représente pas ce qu'est son blog. "Je blogue comme j’en ai envie, écrivait-il. J’ai envie de faire du "bucolique" et de poster une image de l’automne, je fais du bucolique et je poste une image de l’automne. J'ai envie d'exprimer ce que personnellement, j'ai sur le cœur, ben je l'écris et je le fais." Je souscris intégralement à ces propos.

    Moi même, je me revendique comme pédéblogueur, ainsi qu'en atteste le petit écusson figurant à la fin de la blogroll. Et pourtant, plus le temps passe et plus je me pose la question de son bienfondé. Car mon blog n'est pas que cela, et je crois qu'il s'en faut de beaucoup. C'est du moins mon sentiment. Il m'arrive de parler d'homosexualité, ou de faire quelques allusions plus ou moins directes, mais je n'ai pas l'impression que mon blog tourne uniquement autour de cela, du fait même que je ne crois pas que ma personne puisse se réduire à ma seule orientation sexuelle.

    De retour à la maison, après un petit café chez Stef et Pierre en plein dilemme existentiel à propos du plafonnier du salon, me voici attablé devant mes trois morceaux de fromage et ma motte de beurre fermier. Une bouteille d'un excellent Gewurztraminer 2005 Grand Cru d'Alsace, de chez Hartmann (je vous recommande, c'est mon fournisseur officiel) me tenait par ailleurs en excellente compagnie. Entre deux pitreries, le chat, par l'odeur alléché, vint renifler mes doigts toutes moustaches dehors mais les arômes un peu trop rustiques lui ont fait préférer retourner ronfler sur ce morceau de soleil alangui sur le tapis.

    C'est si simple la vie parfois...

    En prologue au même billet, FalconHill écrivait que "Bloguer est une activité magnifique, enrichissante. Source de plaisir, souvent. Source de rencontres sympathiques (...)".

    Écrire ici est pour moi un moment privilégié qui me procure  intrinsèquement une certaine joie. Quoique j'écrive. Oui, bloguer doit rester un plaisir.

    Un plaisir simple.
    Comme un bon morceau de fromage, avec du bon pain.