L'oeuvre poétique d'Arthur Rimbaud tient dans l'inconscient collectif de nos contemporains une place toute particulière au milieu des Verlaine, Hugo et autre Baudelaire. Nous avons tous plus ou moins ânnoné alors que nous étions gamins, quelques vers de ces auteurs sans forcémment en comprendre parfaitement le sens. Aussi, poussé par une saine curiosité, je me procurais voici quelques mois déjà, les Poésies de Arthur Rimbaud et de quelques autres afin de combler un vide non seulement dans les rayonnages de ma bibliothèque, mais surtout dans mes connaissances, très maigres en la matière.
Si j'ai lu avec un plaisir sans faille l'ami Victor Hugo, je vous avoue que l'effet d'un Arthur Rimbaud n'est pas tout à fait le même. Enfant terrible et rebelle - sauvageon, voire racaille sur les bords aurait-on dit aujourd'hui - la poésie de Rimbaud ne caresse pas dans le sens du poil. Où alors avec un peigne asséré de lames de rasoir ! L'angulosité du texte se dispute avec l'amertume du propos, mais toujours avec une fluidité et un naturel qui forcent l'admiration.
Pourtant hier soir, au détour d'un alexandrin, je tombais nez à nez avec un sonnet ouvrant l'Album Zutique, particulièrement délectable et qui m'a fait songer au subtil gag que Ronsard a dissimulé dans le sonnet dont j'ai choisi les premiers vers pour titre de ce billet.
L'IDOLE
Sonnet du Trou du Cul
Obscur et froncé comme un œillet violet
Il respire, humblement tapi parmi la mousse
Humide encor d'amour qui suit la fuite douce
Des Fesses blanches jusqu'au cœur de son ourlet.
Des filaments pareils à des larmes de lait
Ont pleuré, sous le vent cruel qui les repousse,
A travers de petits caillots de marne rousse
Pour s'aller perdre où la pente les appelait.
Mon Rêve s'aboucha souvent à sa ventouse;
Mon âme, du coït matériel jalouse,
En fit son larmier fauve et son nid de sanglots.
C'est l'olive pâmée, et la flûte câline,
C'est le tube où descend la céleste praline:
Chanaan féminin dans les moiteurs enclos !
Certes il n'est pas de l'entière main de Rimbaud, son compère Paul Verlaine en étant le co-auteur. Néanmoins, je m'étonne que ce chef-d'oeuvre ne soit pas enseigné en classe...