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    12 août 2009

    Vacances - Episode 6 : Hasta luego Seville !

    2 commentairess
    Toutes les choses ont une fin, même les meilleures. C'en est ainsi fini de cette somptueuse semaine sevillane, du ciel d'azur que de rares nuages viennent parsemer d'un voile diaphane alors que décline l'astre du jour, des rues baignées de lumière et de chaleur qui enivre tout autant qu'elle écrase de ses rayons brûlants l'inconscient qui ose braver les heures où la ville s'endort dans l'épaisseur sèche de l'air. C'en est fini également des fragrances de jasmin lorsque tombe la nuit sur les jardins de l'Alcazar, de cette douceur de vivre moirée d'insouciance qui n'appartient qu'aux jours heureux des vacances, loin des soucis, loin du travail, loin de tout...

    De retour à la maison au milieu de la nuit, après un voyage teinté de nostalgie, je retrouvai chérinou qui m'attendait, dormant à poings fermés, allongé de tout son long sous la couette, dans le silence de la nuit. Après m'être attendri quelques instants à l'observer dans le souple balancement de son souffle, je le rejoignais dans son sommeil.

    Qu'on est bien chez soi...
    aussi !

    5 août 2009

    Vacances - Episode 5 : Spécialité culinaire injustement méconnue : "Las Yemas de la muerte" ..

    1 commentaires

    La gastronomie espagnole est riche d'une belle diversité qui honore chacune de ses régions, bien au-delà de l'inoxydable paëlla et du non moins traditionnel gazpacho qu'il faut toutefois avoir dégusté au moins une fois dans sa vie préparés par des mains expertes doublées d'un esprit gourmand : poissons frits, viandes grillées, salades de pois-chiches, calamares in tinta et autres salades de poulpe... l'amphytrion de passage au pays de Cervantes n'aura que l'embarras du choix des armes sans grand risque de déception. Ou presque.

    Car si les mets salés font généralement l'unanimité des palais exigeants, le travail des desserts et spécialités sucrées, malgré certainement une bonne dose d'efforts, ne sont pas toujours à la hauteur des espérances que l'on place en eux, et ceci tant de façon générale (il y a des exceptions, j'en ai déjà expérimenté) que de manière plus particulière s'agissant des "spécialités" locales.

    Au rang de ces dernières je voudrais aujourd'hui vous présenter une spécialité non pas sévillane mais de
    Avila (Castille-et-Leon), fabriquée un peu partout sur le territoire notamment et en particulier par des monastères - dont l'un se situe quelques rues de notre appartement - que l'on trouve disséminés un peu partout sur le territoire : les Yemas.

    Yema en espagnol désigne le jaune d'oeuf, qui constitue - avec le sucre - la matière première de cette spécialité. Les yemas se présentent sous la forme d'une boule jaune orangé, de la taille d'une grosse noix soigneusement emballée dans un carré de fin papier blanc, certie d'une fine couche de sucre fondant qui croque légèrement sous la dent, avant que ne se dévoile un coeur moelleux et onctueux, puissamment sucré, parfois relevé d'une pointe de citron.

    Spécialité ou vaste farce, je ne sais pas exactement en réalité... Car sous ses dehors apparemment inoffensifs, cette petite boule de jaune d'oeuf que l'on tente de faire ressembler à un véritable jaune d'oeuf, cache en réalité une arme de destruction massive pour les artères. Selon l'OMS, un kilogramme de yemas devrait suffire à nourrir le Sahel pendant une semaine...

    Le secret ? Le sucre !! Car il ne faut pas s'y tromper : la présence de jaune d'oeuf dans la recette n'est qu'un artefact destiné permettre au sucre de tenir en place. Vous ne me croyez pas ? Lisez donc la recette :

    Yemas du couvent de San Leandro
    Temps de préparation : 15 minutes
    Temps de cuisson : 10 minutes
    Temps de repos : 12 heures

    6 jaunes d'œufs
    1 blanc d'œuf
    625 g de sucre

    - Dans une casserole, mettez 500 g de sucre et 15 cl d'eau. Portez sur feu doux jusqu'à ce que le sucre soit dissout et que le liquide devienne sirupeux, sans colorer.
    - Dans une jatte, battez longuement les jaunes et le blanc d'œufs jusqu'à ce que la préparation mousse et double de volume. Versez le sirop dans un saladier que vous mettrez dans un bain marie frémissant. Incorporez délicatement, en tout petit filet les oeufs battus. Fouettez au fur et à mesure, jusqu'à ce que tous les oeufs soient incorporés au sirop.
    - Versez la préparation dans un plat rectangulaire et laissez refroidir. Formez ensuite, avec les mains, des boulettes auxquelles vous donnerez la forme de pyramide. Trempez ces "yemas" dans un sirop au petit boulé, fait avec le reste de sucre et 5 cl d'eau. Égouttez et déposez sur une plaque farinée. Laissez sécher 12 heures.
    Pour information, sachez qu'un jaune d'oeuf pèse en moyenne 53g et un blanc 35g. Dès lors, si l'on fait un rapide ratio : 6 x 53 (poids des jaunes) + 31 (poids du blanc) = 349 g (poids total d'oeuf) pour un poids de sucre de 625 g ... Soit environ à peine moins que le double de sucre pour un poids d'oeuf donné. Une broutille en somme ! Vous aurez aussi noté l'extraordinaire variété des ingrédients qui entrent dans la composition des yemas : des océans de sucre, un fleuve de matière grasse (les jaunes d'oeuf) et un ruisseau de protéines (le blanc).

    Mais parlons un peu du goût : est-ce qu'au moins c'est bon ?
    Hé bien les avis de notre petite communauté sont partagés. Laurent trouve ça "dégueulasse" (sic) et refuse jusqu'à la simple la vue d'un yemas. Nadia pense qu'elles viennent tout simplement de l'enfer pour engloutir le monde sous des litres de glucose diabolique... Stéphane et moi-même, qui sommes les derniers à avoir expérimenté la chose, n'avons trouvé ces petites gâteries ni franchement mauvaises, ni qu'elles aient un goût particulier de reviens-y... De texture semi-fondante semi-pâteuse, le sucre annihile toute la saveur du jaune dont seule reste la couleur. J'avoue qu'une grande tasse de café noir est bienvenue pour faire passer la bouchée !

    Si le coeur vous en dit, il est possible d'acheter des yemas un peu partout mais les meilleures sont - paraît-il - encore celles confectionnées artisanalement par les bonnes soeurs qui gardent jalousement derrière la lourde porte de leur couvent, les secrets ancestraux de leur trésor. D'ailleurs la quête des yemas peut parfois prendre des atours plutôt drôles. Ainsi dans l'un des couvents de Séville, il suffit de se pointer à l'accueil et de demander la quantité de yemas que l'on veut en Euros. Posez la somme correspondante sur la base du guichet rotatif en bois qui pivote alors, laissant place à votre commande. Les soeurs, cloîtrées, ne sont pas en contact direct avec le visiteur qui peut toutefois les entendre rire au loin, sûrement amusées du bon tour qu'elles viennent de jouer au pigeon qui repart sa barquette de yemas sous le bras, lui convaincu d'avoir acquis la quintessence du raffinement, elles encore étonnées que l'on vienne seulement encore leur en acheter, en dépit de tous leurs efforts pour terrasser nos papilles...

    3 août 2009

    Vacances - Episode 4 : Enigme Sévillane

    5 commentairess
    En se promenant dans Séville, outre de très beaux spécimens d'architecture arabo-andalouse, on peut croiser au gré de ses pérégrinations à travers les rues sinueuses, des "objets" bizaroïdes aussi moches qu'intriguants, isolés ou en groupe de deux ou trois, ressemblant à... heu... ben... jugez en par vous même :



    A votre avis, qu'est-ce que c'est que ce bidule ?
    1. Un transpondeur thermonucléaire à gyroscope débrayable
    2. Un prototype de téléporteur grand public
    3. Une borne wi-fi ultrapuissante qui permet des échanges de fichiers de 1 Go / seconde
    4. Une centrale nucléaire miniature pour l'éclairage public
    5. Un nouveau modèle de distributeur bancaire automatique anti-effraction en titane blindé qui peut résister à une explosion nucléaire
    6. Une poubelle - doté d'un blindage pouvant résister à une dépression de 800 Terra-atm avec générateur d'antimatière synchronisé pour un recyclage maximal
    Je vous laisse 5 minutes pour réfléchir...


    En fait, rien de tout celà, ou presque...
    Sous ses dehors de machine infernale, ce gros tas de ferraille cache en réalité une vulgaire poubelle. La démonstration en images :


    1/ Ouvrez la trappe, enfournez la cargaison dont vous désirez vous défaire sans plus de délais


    2/ Actionnez la manette située sur le coté gauche du bidule, et hop !

    Pourquoi faire simple lorsque l'on peut faire compliqué ? ... et laid ? Car en effet, vous serez sûrement d'accord avec moi pour admettre que la puissante laideur du bidule n'a pas effrayé une seconde la municipalité qui a décidé d'implanter un peu partout ces poubelles aussi high-tech que le décapsuleur de ma grand-mère.

    Parfois il y a des coups de pied au cul qui se perdent...

    1 août 2009

    Vacances - Episode 3 : épopée Sevillane

    2 commentairess
    Et hop, changement total de décor en quelques heures. Après avoir quitté Lourdes sitôt terminé mon dernier cours de solfège - et avoir été ovationné par mes élèves en pleurs d'admiration devant un professeur aussi doué et talentueux - me voici quelques 1500 kilomètres plus loin pour une semaine entière propulsé au coeur de l'une des plus belles villes d'Espagne en compagnie non pas de mon chéri qui erre en France de mariage en beuverie désoeuvré comme Pénélope attendant son Ulysse (gniiiiiiiiiiiiii), mais de mes acolytes de tous les combats, Laurent, Stéphane et Nadia. Finies les bondieuseries, exit les moutons et les verts pâturages, Y viva Espana !

    Enfin, viva espana... je suis indulgent pour le voyage qui nous a conduit de l'aéroport de Girona depuis lequel nous avons embarqué jusqu'aux portes de nos vacances. Si les compagnies lowcost présentent l'intérêt non négligeable de leurs prix particulièrement attractifs, la qualité du service à bord reste en revanche plusieurs crans en dessous. La faute n'incombe pas totalement au prestataire mais il faut reconnaître que notre vol prit parfois des allures à la limite du supportable. 

    Tout d'abord je tiens à déverser un torrent de fiel haineux des plus amers contre les mioches qui hurlent à la mort sans discontinuer, depuis l'embarquement jusqu'au débarquement. Je ne sais qui est le plus blamable dans l'histoire : le chiard hurlant à la mort comme si on l'amputait d'un bras à vif, ou le parent inconscient qui ne l'étouffe pas dans sa liquette afin de le calmer définitivement. Non mais franchement heureusement que les hublots sont solidement ancrés dans la carlingue sinon j'en connais qui auraient fait un baptême de l'air fulgurant !

    Autre particularité de ce vol qui justifie à lui seul un cri foudroyant de mécontentement : le chef de cabine hurlant comme une poissonnière dans son interphone - en anglais mais parlé avec un accent espagnol très prononcé - à tout bout de champ même lorsqu'il ne se passait rien, juste pour nous dire qu'il fait beau ou qu'il a mis un slip de couleur... Et encore, si ce n'était que ça ...  Alors que j'essayais de trouver un semblant de sommeil sur mon fauteuil trop étroit pour y longer la paire d'échasses qui me sert de jambes, et trop raide pour que mon dos puisse s'y appuyer confortablement, j'eus la surprise de voir notre chef de cabine se transformer en Pierre Bellemare du ciel pour nous proposer d'acquérir parfums, montres de luxes et autres objets tous aussi improbables les uns que les autres, concluant sa harangue par un slogan médiocre : "Avec AirBidule, achetez différemment"... Dans quelques années, si cela continue à ce rythme, j'imagine fort bien ce genre de discussion : 
    "Tiens chéri, y'a plus de lait dans le frigo. Prend un vol pour Berlin et ramène un pack de 6..."
    ou encore :
    - Mais alors... ? t'étais où toute la matinée ?
    - Ben rappelle-toi chérinou, j'ai pris un aller-retour Toulouse-Milan : fallait que j'achète un grille-pain pour le mariage des Leblanc..."
    Nan mais j'vous juge, du grand n'importe quoi. Même le RER aux heures de pointe n'est pas si bordélique !! 

    Enfin, bref, quelques heures de médiocrité en contrepartie d'une semaine de détente et de bien être, finalement, ce n'est pas si grave. Nous voici bel et bien à Seville dans un bel et cossu appartement climatisé loué pour une bouchée et demi de pain, idéalement situé en plein centre ville.

    Lorsque adolescent j'étudiais l'espagnol au collège puis au lycée, j'eus la chance de compter à trois reprise parmi mes professeurs Madame P. que nous surnommions parfois "le nain" ou plus péjorativement "le nabot" en raison de sa petite taille. Les enfants sont cruels... Néanmoins - mutatis mutandis pour l'esprit - la taille ne fait heureusement pas tout et Madame P. nous a transmis un savoir solide ainsi que sa passion pour l'Espagne, notamment et en particulier pour l'Andalousie dont nous avions droit chaque année à une ou plusieurs séances diapos, la salle de classe se trouvant alors enveloppée d'un étrange clair-obscur orangé provoqué par les épais rideaux occultants chargés de poussière, rangés de part et d'autre des fenêtres comme deux gardes suisses rabougris.

    Les jardins de l'Alcazar, la Giralda, les orangers chargés de fruits, le ciel d'azur gorgé de soleil, l'architecture des rues où se dessine sur les façades des maisons le syncrétisme esthétique des cultures occidentale et orientale... Autant d'images féériques qui alimentèrent longtemps mes rêves d'orient et de palais merveilleux, de chevaux au clair de lune et d'épopées fantastiques à travers les décors extraordinaires de cette région aux confins de mondes qui furent un temps en osmose, et qui aujourd'hui se regardent d'un oeil méfiant. Tant de trésors qui s'offrent désormais à moi...