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    8 mai 2017

    Un quinquennat pour rien ?

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    Soulagement. Le pronostic n'était certes pas très risqué malgré l'incertitude des reports de voix et l'importance du vote blanc que je persiste à croire irresponsable, mais c'est désormais chose faite : Emmanuel Macron sera notre président de la République jusqu'en 2022.

    Avec un score de 66,10% des voix il renvoie Marine le Pen à la niche de l'opposition d'où elle pourra grogner à loisir, ce dont elle ne se privera pas, entre deux rendez-vous chez les juges qui l'attendent pour prendre le thé. Du même coup c'est Nicolas Dupont-Aignan et son ralliement aussi nauséabond qu'opportuniste qui est jeté dans la géhenne d'où on espère pouvoir l'entendre grincer des dents chaque jour du prochain mandat. 

    La victoire sur l'obscurantisme du F-Haine, dont le débat de l'entre deux tours a montré le véritable visage, sans pour autant affecter les intentions de vote des convaincus, n'est pourtant pas éclatante.

    Emmanuel Macron ne recueille en effet "que" 66% des voix là où Chirac en 2002 en avait récolté 82%. Par un nécessaire jeu de pleins et de déliés, il faut bien voir que le F-Haine en recueille près de 34% ce qui constitue un score sans précédent pour ce parti. La défaite leur est belle, très belle... Et cela est terrifiant d'admettre qu'un tiers des Français a voté pour ces idées.

    Ainsi, non seulement le parti reconduit ses voix du premier tour, mais il en gagne de nouvelles. Une partie en vient sans trop de doutes de Dupont-Aignan, mais pas seulement. Le fameux "plafond de verre" que l'on brandit comme une fatalité pour ce parti, se fait chaque fois plus haut. Il est dont totalement fou, comme j'ai pu le lire hier soir ici ou là, de se moquer et d'écrire que Marine et ses idéologies toxiques ne gouverneront jamais la France. Je crois, au contraire, que le danger est plus grand que jamais.

    Emmanuel Macron a donc cinq ans pour réformer le pays, lui redonner un souffle un peu trop court depuis maintenant trop longtemps et, peut-être surtout, lui redonner de l'espoir en lui permettant de croire en lui et en ses forces vives. Un mandat n'y suffira évidemment pas. Il y faudra du temps, beaucoup de temps. Pour reprendre la question qui lui était posée par un auditeur à la radio il y a quelques jours, la responsabilité qu'il porte désormais sur ses épaules est immense : de sa réussite ou de son échec à entreprendre et mener à bien les réformes promises dépendra la vivacité de ses opposants en général et du F-Haine en particulier. La bête immonde n'est pas morte... Terrée dans sa grotte, elle prépare, n'en doutons pas, sa riposte. 

    Car le second acte de cette présidentielle sera maintenant les législatives. Fort de son tissu local qui n'a jamais été aussi fort qu'à présent, le F-Haine risque de faire à nouveau des scores particulièrement élevés. Et quoique absents du second tour, les grands partis traditionnels jouissent eux-aussi d'un tissu local solide qui leur assurera un certain résultat. 

    Quid d'Emmanuel Macron ? Réussira-t-il a rassembler et à dégager une majorité qui lui permettra de mener à bien les réformes promises et pour certaines attendues ? Le risque est grand de le voir pris au piège d'un blocage systématique de part et d'autre, gauche comme droite, qui embourberait toute initiative législative et réduirait de facto son mandat à cinq années d'inaction contrainte. Un quinquennat pour rien ?

    Une telle situation serait évidemment terrible car, outre le temps irrémédiablement perdu, elle rendrait d'autant plus crédibles les attaques qui ont été portées contre lui tenant à son incapacité à diriger la France ainsi qu'à l'inanité d'avoir conduit à la tête de l'Etat un homme sans expérience. Les tenants du coup de com' et de l'homme feu de paille auraient alors l'impression d'avoir raison et les espoirs à nouveaux déçus seraient trop nombreux. Gageons sincèrement qu'il n'en sera rien.

    Dans quelques jours Emmanuel Macron revêtira donc pour cinq ans les oripeaux de la République. Souhaitons-lui que l'habit présidentiel qui sera désormais le sien, ne soit également sa tunique de Nessus.

    24 avril 2017

    Élection présidentielle : Quel enjeu pour le second tour ?

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    Ce soir j'ai un peu mal à ma France. Le weekend s'était pourtant magnifiquement déroulé avec des gens chouettes, des rires, du soleil, un fish and chips fabuleux et des souvenirs plein la tête.

    La radio coupée, la télévision éteinte, les réseaux sociaux réduits à leur strict minimum depuis vendredi soir pour ne pas être inondé une nouvelle fois d'informations, de sondages d'opinion et autres analyses d'anticipation, j'avais réussi à me tenir loin du tumulte et de l'agitation inutiles qui précèdent une élection surtout dans le contexte particulièrement nauséabond qui a été celui de ces des 15 derniers jours.

    Et je voulais que cela dure afin de m'épargner l'angoisse des dernières minutes et de la tension montante, l'imprécision des premiers résultats, d'autant que les derniers sondages mettaient quatre candidats au coude à coude. J'ai donc, tant bien que mal, évité jusque tard dans la soirée tout contact avec l'actualité politique.

    Ayant dîné en ville, j'avais, chemin faisant, eu quelques éléments de réponse à la grande interrogation du soir : qui serait au second tour ? La place du Capitole était en effet complètement bloquée aux quatre coins par des cordons de CRS qui évacuaient les lieux  tout en en interdisant l'accès. Étrange image... Jamais je n'avais vu cela. C'est finalement en rentrant chez moi à 22h30 qu'allumant ma télévision j'ai découvert le résultat.

    Le second tour verra donc s'affronter Emmanuel Macron, en tête au premier tour, et Marine Le Pen qui le talonne de peu. Adieu François Fillon qui paie le juste prix de sa turpitude. Exit la gauche traditionnelle  reléguée loin derrière. La gauche dure balaie la gauche molle qui nous a gouverné ces cinq dernières années. Les grands partis traditionnels se voient donc exclus du second tour de l'élection présidentielle. Stupeur et tremblements. Le travail de reconstruction sera considérable. Ce résultat est historique. Je ne sais s'il faut en pleurer ou s'en réjouir. 

    C'est en tout cas un véritable camouflet pour l'architecture classique de la vie politique française en même temps d'un fort message d'inquiétude dont il faudra évidemment tenir compte dans les années à venir si l'on ne veut pas que la vague bleu marine qui se fait tous les cinq ans plus ferme, ne se transforme jour en tsunami. 

    Emmanuel Macron crée une percée extraordinaire et bouleverse encore une fois le château de cartes que l'on croyait inébranlable. Un score élevé du candidat était prévisible. Était-il toutefois réellement prêt à assumer le rôle qui lui est maintenant dévolu ? Car il n'y a pas énormément de risques à affirmer dès aujourd'hui qu'il sera notre prochain président de la République...

    L'effrayant est évidemment de constater que les extrêmes s'installent fermement en France et que les idées du Front national sont bien ancrées.On le redoutait. Et pourtant les faits sont tristement là : cette élection a des relents de 2002. Voir le Front National encore une fois accéder au second tour de l'élection présidentielle fait quand même bien mal au cul. Cumulé avec les voix de Dupont-Aignan cela fait quand même pas loin de 27 % des électeurs qui ont voté au profit d'idées d'extrême droite. Cet électorat répond toujours massivement présent à l'appel, ce qui en est tout autant la force que la limite.

    Dès lors les calculs sont vite faits : le plafond de verre est là qui empêchera sans grand mal le FHaine de l'emporter. Un second tour sans grande suspense, donc...

    Mais ce soir comme en 2002, j'ai mal à ma France.

    7 décembre 2015

    Entre tristesse et colère

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    C'est empreint  d'un sentiment de tristesse mêlée de colère que je me couchais fort tard hier soir en essayant de trouver un sommeil qui ne venait pas.

    Tristesse des résultats, quoique l'on ait pu annoncer et depuis plusieurs semaines, une avancée significative de l'extrême droite dans les sondages. Les sondages, davantage annonciateurs d'une tendance que de la réalité d'un scrutin. De nombreux précédents démontrent qu'il faut rester méfiants à leur égard. Les résultats sont pourtant là, accablants.

    Tristesse parce que je croyais, en éternel optimiste que je suis, et probablement passablement naïf, que cela n'irait pas jusque là, que les électeurs se dégonfleraient sur le chemin des urnes et qu'un éclair de lucidité les ferait renoncer à ce vote toxique à bien des égards. Naïf, oui, je l'étais.

    Tristesse parce que cette soirée m'a aussitôt replongé ce dimanche 21 avril qui avait pourtant si bien commencé. Des amis, une après-midi toute en musique à chanter le Requiem de Duruflé... Et puis lorsque groupé autour de la télévision chez des amis vint l'annonce des résultat, les sourires qui s'estompent, les visages se font graves et les mines dépitées. Abasourdis, viennent les premiers commentaires, l'impensable était arrivé. Et l'histoire se répète.

    Colère de constater que depuis treize ans, rien n'a changé. Que malgré les manifestations qui s'en étaient suivies entre les deux tours, en dépit des déclarations de toute part, la bête immonde avait continué son travail mortifère. Lentement mais sûrement. Et qu'aujourd'hui l'annonce d'un désastre à venir est tonitruante.

    Colère des discours qui ont ponctué la soirée. Des manœuvres basses et lâches, de cette cuisine politicienne qui fait justement tout ce dont l'extrême droite aime à se repaître, attisant de plus fort sa vigueur grandissante.

    Colère contre les électeurs, aussi, aveugles au point de ne plus voir l'évidence, sourds au point de ne plus être capable d'entendre et de comprendre la merde qu'on leur vend. 

    Colère contre les médias, ces laveurs de cerveaux, ces faiseurs d'abrutis, qui à coup d'émissions débiles et crétinisantes destinées à "fabriquer du temps de cerveau disponible" font progressivement perdre à nos concitoyens cet outils si précieux qui s'appelle l'esprit critique... 

    Colère enfin en écoutant sur France Info  et cette étude selon laquelle le Front National serait aujourd'hui le premier parti de France chez les jeunes de 18-24 ans. Qu'est-elle devenue cette jeunesse qui scandait naguère qu'elle emmerdait le Front National ? Qu'a-t-elle fait pour que son message se soit si vite estompé ? Lui a-t-on à ce point lavé la tête pour qu'elle ai oublié ses promesses d'hier ?

    De Charybde en Scylla, entre tristesse et colère, et un sommeil qui ne venait pas. Autant dire, mais cela n'étonnera personne, que ce matin, j'avais un peu, et comme probablement beaucoup de monde, la gueule de bois.