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    15 mars 2019

    La photo du mois : La poésie cachée dans notre quotidien

    8 commentairess
    Bonjour à tous, nous sommes le 15 mars et c'est l'heure de notre troisième rendez-vous avec La photo du mois.

    Chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées en même temps sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

    Le thème de ce mois, "La poésie cachée dans notre quotidien" a été choisi par Jakline qui nous donne les indications suivantes :
    Une lumière, un paysage, un regard, ….chacun de nous a SON idée de poésie, son ressenti. Une photo va peut-être nous révéler aux autres !
    Ceux qui me lisent savent à quel point je suis sensible à la poésie des petites choses du quotidien. Ma photo de ce mois fait évidemment écho à l'un d'eux. Un spectacle dont je ne me lassse pas et auquel j'avais, il y a longtemps déjà, consacré un billet : celui des premières lueurs du jour depuis la fenêtre de mon salon.

    (...)
    Mais voici que le ciel constellé d'étoiles blanchit peu à peu tandis que sous lui s'éveille l'astre du jour dans sa pâleur diaphane, transperçant d'abord avec mollesse l'écharpe de brume enveloppant l'horizon. Le voici, il est là le soleil rougeoyant, ce coloriste prodigieux qui, dans un éclat insoutenable, éclabousse soudain l'univers de pourpre, de violine et de magenta. Sous les coups de ses pinceaux les ténèbres se replient. Dans une lutte sans merci l'obscurité se débat en un tumulte extraordinaire dissimulé par la sublimité étourdissante la scène. Les ombres foudroyées s'évanouissent, se dissolvent, englouties par un irrésistible déluge de lumière. Progressivement le paysage se dévoile, la vie reprend son cours.
    (...)
    La poésie du quotidien continue sur les autres blogs participants :

    3 mars 2016

    La morsure du soleil

    6 commentairess
    "Pas si vite ! Tu vas tomber !" invectiva ma mère alors que je dévalais le talus à grandes enjambées. De ma panière de linge frais tenue à bout de bras s'échappait une manche de t-shirt blanc qui semblait vouloir prendre son envol. C'est que j'aimais cela moi, courir  comme un fou et me laisser porter par la pente enherbée qui bordait notre maison, mes grandes jambes s'articulant alors selon un processus automatique qui faisait en sorte qu'elles trouvaient toutes seules leur parfait point d'équilibre.

    Courir comme un dératé et m’arrêter tout au bord du vide, comme pour conjurer la peur. Et tout en bas, par delà la forêt de ronciers et d’acacias aux épines acérés, au loin, il y avait cet océan gris de béton et de flammes d'où émergeaient de temps à autres des bruits inquiétants nous rappelant incessamment que nous étions en guerre.

    Nous habitions alors dans un coin de campagne un peu reculé, à l'abri, sur les hauteurs du Nord, loin des zones de combat. Juchée à flanc de colline, protégée de la vue par une frondaison de châtaigniers sauvages, la bâtisse offrait une vue imprenable sur la vallée et la ville. La ville, et ce qu'il en restait...

    C'est mon père qui avait repéré ce vieux corps de ferme à colombages partiellement effondré qui nous servait de maison depuis maintenant deux ans. Sur sa façade blanche courrait une énorme glycine dont les hampes opulentes n'allaient plus tarder à éclore en grappes de fleurs délicieusement sucrées. La toiture de tuiles rouges avait dû subir maintes réparations de fortune mais opérait son office de nous protéger de la pluie et du vent particulièrement mauvais lorsqu'il venait de l'Est. C'était là, notre chez-nous.

    Ici, loin des raffineries et des puantes usines à viande hors sol placées sous haute surveillance, les milices ne venaient pas et nous avions pour ainsi dire échappé à l'essentiel des bombardements. Une fois, un obus était venu s'écraser sous nos yeux, tuant le chien et une vieille jument estropiée qui paissait là depuis plusieurs mois au milieu d'une ruine dans laquelle elle avait trouvé refuge. Nos fenêtres avaient évidemment explosé sous le coup de la déflagration mais nous en étions sortis indemnes. 

    Chargée de sa panière elle aussi remplie de linge propre, ma mère me rejoignit sur le rebord de talus où je m'étais arrêté quelques secondes plus tôt. Inspirant et expirant bruyamment sous le coup de l'effort, elle se mit à regarder avec moi ce spectacle effroyable de ruines et de fumerolles noirâtres. C'était cela, notre quotidien depuis que la guerre avait commencé alors que je n'avais pas trois ans. Silencieuse, elle observait au loin, les yeux fixés sur l'horizon, les mâchoires crispées, vaguement inquiète, comme à son habitude.

    Elle m'avait raconté, plusieurs fois, la guerre, les armes, les explosions, les cris et l'odeur du sang. Le bruit des machines et le vrombissement des drones. Les cris et les hurlements. La brûlure des balles et la peur de mourir. Et autant de rêves noirs qui hantaient ses nuits blanches.

    Mon père parlait peu en général et de la guerre en particulier, comme pour nous protéger. Il partait souvent dans la nuit pour revenir au petit matin et s'effondrer en pleurs sur la terrasse de la maison. Parfois ses sanglots me réveillaient. Alors je sortais de mon lit et allais le rejoindre dans la pénombre sur le seuil de la porte. "Papa, qu'est ce qu'il y a ?" - Rien me répondait-il invariablement en me prenant dans ses bras, mes joues essuyant les larmes qui perlaient sur les siennes. Rien". Je savais qu'il mentait mais je faisais semblant de le croire. Et lui faisait semblant de croire que je ne me doutais de rien.

    Ces derniers temps les échappées nocturnes de mon père s'étaient intensifiées et il rentrait souvent passé midi dans un état lamentable d'épuisement. Il portait toujours une arme et, depuis peu, d'un genre que je n'avais encore jamais vu. "Ne touche pas à ça !" avait-il sèchement tonné la première fois que j'avais voulu la prendre dans mes mains. 

    Le vent doux caressant mon visage portait à mes narines des odeurs âcres et métalliques. De loin en loin, l'on percevait de faibles détonations se répondant en échos. Là-bas, quelque part, on se battait. À mes pieds les herbes folles s'agitaient mollement et me fouettaient les mollets. Tout était d'apparence si calme...

    Soudain une ombre noire fendit le ciel qu'elle traversa en un éclair et fit vibrer l'air d'un coup sec, agitant le feuillage des arbres d'un bruissement squelettique. Puis vint un sifflement, long, puissant, croissant, perçant à travers les nuages. Quelque chose était en train de tomber. Lentement. Lourdement.

    Le temps suspendu à cette chute interminable semblait tout entier happé par cet objet dont nous devinions la présence mais que le soleil déjà haut dérobait à notre vue. Ma mère eut un mouvement de recul et me prit par le bras. Elle avait l'air terrorisée, scrutant en vain le ciel, auscultant la ville dont les ruines décharnées ne trahissaient pourtant rien d'autre d'anormal qu'un inhabituel et brutal silence. Je pensais à mon père qui n'était pas encore rentré et au chat que je n'avais pas revu depuis la veille... J'ignorais à cet instant que je ne les reverrais jamais.

    Un flash aveugle foudroya le ciel. Puis un disque lumineux d'une intensité prodigieuse apparut au dessus de l'horizon avant de l'engloutir complètement, comme un soleil géant. Fasciné, je ne pouvais plus décrocher mon regard de ce spectacle ahurissant qui dépassait tout ce que j'avais pu voir et imaginer jusque là. Le soleil dont j'aimais à me repaître était à présent là, devant  moi, boursouflé, dévorant tout sur son passage. Je pouvais presque le toucher. Dans un instant je pourrai le prendre dans mes bras.

    L'air se faisait de plus en plus chaud. À mes pieds l'herbe naguère encore verte commençait à se recroqueviller.

    "Viens ! hurlait ma mère derrière moi, Viens !"

    Mes jambes pourtant si promptes à réagir, refusèrent d'obéir. Lâchant mon panier de linge, il tomba au sol et se consuma instantanément. Je fermai les paupières. Il était déjà trop tard.

    J'étais ivre.
    Ivre de la morsure du soleil.

    29 décembre 2014

    Un peu de soleil

    11 commentairess
    Un peu de soleil sur le parquet
    Trois rayons de lumière qui jouent sur la couverture
    Un peu de douceur
    Dans cet entre-deux
    Accalmie de lendemain de fêtes
    Effervescence de fin d'année

    Un peu de calme
    De solitude
    Un coin de ciel bleu à travers la fenêtre
    Ciel de glace
    Les cheminées
    S'évaporent en panaches blancs
    Que dissipent le vent

    Un peu de soleil derrière la vitre
    Chaleur animale
    Douceur intérieure

    Un peu de musique
    Bercement ïambique
    Harmonies douces-amères
    Accord de sol mineur
    Sur soleil majeur

    Un peu de soleil.




    15 août 2011

    La Photo du Mois : Soleil

    35 commentairess
    Bonjour tout le monde ! Nous sommes le 15 Août, c'est donc le jour de La photo du mois !

    Chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné. Toutes les photos sont publiées sur les blogues respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

    Ce mois-ci le thème choisi est : " Soleil ".

    L'idée de la photo m'est venue assez rapidement. Ce mot m'évoque en effet de lointains souvenirs d'une chanson de Dalida qu'avec mes cousines nous écoutions gamins en boucle sur le tourne disque de ma grand mère, chanson qui fut notre tube de l'été pendant de nombreuses années et qui s'intitule sobrement Soleil. Vous la connaissez certainement cette ode à l'astre du jour qui la nuit venue cède la place aux "soleils électriques" dont il est question dans la chanson.

    Suivant cette idée, je vous présente un soleil électrique, un soleil moderne, artifice génial par lequel l'homme a aboli la nuit, source de ses peurs ancestrales. Si le soleil véritable est irremplaçable, nous sommes envahis de ces soleils électriques qu'ils soient halogènes, néons ou basse consommation. On n'y prête même plus attention tellement ils sont devenus banals dans notre quotidien. Pourrions-nous seulement nous en passer ?


    « Une odeur remplaça toutes les autres et persista. Cela sentait le mur de vieilles pierres ensoleillé, où poussent la giroflée et l’œillet du poète. (...)
    Et d'un seul coup, comme une pierre, le noir tomba. Le poste, les lumières du plafond, tout, à la fois, s'éteignit.
    - Zut, mon disjoncteur a sauté, c'est bien le moment ! jura Legrand.
    Il se leva. Il se dirigeait à tâtons, se cognait contre les meubles.
    - Tais toi ! dit François. Écoute...
    Il y avait quelque chose d'anormal dans l'air. Il semblait que la lumière avait emporté, en disparaissant, tout le monde extérieur. François et son hôte se sentaient comme isolés au sommet de quelque montagne, dans l'immense silence vide du ciel.
    - La rue..., souffla François.
    Il parvint à la fenêtre, tira les rideau, ouvrit la croisée, se pencha, bientôt rejoint par Legrand. L'obscurité noyait la ville. Et tout le bruit était mort.
    (...)
    La panique, peu à peu, gagnait tout le monde. Hommes, femmes se mirent à courir dans tous les sens, et chacun murmurait ou criait sans espoir de réponse la question posée quelques instants plus tôt par Legrand :
    - Que se passe-t-il ? Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce qui nous arrive ?
    Les esprits ne pouvaient par comprendre encore, ni même imaginer quel bouleversant changement venait de se produire au sein de la nature, et formulaient en eux-mêmes une réponse rassurante, la seule qui leur semblât logique :
    - De toute façon, ça ne peut pas durer. Tout va recommencer comme avant, dans quelques instants, tout de suite...

    Mais les instants passaient, et la lumière ne revenait pas.»

    [ R. Barjavel, Ravage - La chute des villes ]


    Préparez la crème solaire et allez donc bronzer au soleil des autres participants à la photo du mois : 100driiine, A&G, Alice, Anne, Astrid, Babou, blogoth67, CalamityScrap, Carnets d'Images, Caro, Caroline, Cathy Brocard, Celiano, Cécy, Céline, Céline in Paris, Cherrybee, Chouchou, CindyChou, Clara, Claude, Cynthia, Damien, Dicey, Doremi, Doréus, Dorydee, Dr. CaSo, E, Eff'Zee'Bee, Emma, Ennairam, Fabienne, florianL, François, Frankonorsk, Frédéric, Genki, Gilsoub, Gizeh, Grignette, hibiscus, Ines meralda, Isabelle, Jo Ann, Krn, La Madame, La Parigina, L'azimutée, Laure, Le Loutron Glouton, Les Caribous-bou-bou, M, magda627, Mandy, Manola, Marie, MarionMaureen, M'dame Jo, mel, Nathalie, Nicopompus&SeriesEater, Niwatori, Noelia, Nolwenn, Olivier, Onee-Chan, Où trouver à Montréal ?, Paris by Mag!, Pavot de Lune, 4 petits suisses dans un bol de riz, SébastienStephane08, The Breathless Quills, The Parisienne, Thib, Titem, Un jour-Montreal, Urbamedia, Véronique, Virginie et Viviane.


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