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    6 février 2019

    Nostalgie de la pluie

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    Relire de vieux billets à la faveur d'une recherche sur le blog. Pouvoir y retrouver la trace d'événements vécus, ma mémoire de ces onze dernières années, a quelque chose de formidable.

    Au dehors, sous un ciel blanc et vide, les doigts verts des palmiers s'agitent mollement devant la brique rouge, sous les battements de la pluie. 

    Tout en écoutant le premier album de Dido qui leur est immédiatement contemporain, retomber sur deux billets relatifs à ces semaines noires passées au chevet d'un ami. 

    Ressentir à nouveau les lumières blafardes et bleutées des néons, l'odeur caractéristique des couloirs d'hôpital, la tiédeur étrange des câbles de l'électrocardiogramme et des perfusions, le bruissement des machines.

    Ligne après ligne, revivre exactement l'instant, chaque geste, chaque bouffée de cet air chargé d'un inextricable sentiment d'impuissance.

    Neuf années se sont sont écoulées depuis...

    Sortir son portable et relire ce message d'il y a dix jours. Voir son visage radieux et son sourire espiègle. Il se marie au mois de mai prochain.

    La pluie froide de février m'est propice à la nostalgie.

    2 juin 2013

    Clavardage dominical d'un blogueur en panne d'inspiration

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    Voici treize jours que je n'ai rien publié ici. Qui, hormis mon petit ego, s'en souciera vraiment ? A qui ce silence aura-t-il fait l'effet d'un manque insoutenable ? Soyons honnêtes trois secondes : personne, à part moi, car je n'aime pas voir ce petit bout de toile s’effilocher par non-usage. Depuis six ans - déjà ! - que je blogue, j'ai toujours mis un point d'honneur à ne pas laisser dépérir ce calepin virtuel dont je demeure, ne vous en déplaise, le premier lecteur.

    Treize jours donc que je n'ai pas alimenté ce blog. Faute de temps, un peu. Faute d'envie, aussi. Faute d'inspiration, principalement. Faute de sujet suffisamment mûr, par dessus tout.

    Oui, avoir quelque chose à dire est une chose. Savoir comment l'écrire en est une autre. Et de manière générale je n'aime pas écrire à la va-vite. Au contraire, l'écriture est pour moi un moment de plaisir. Le choix des mots, la construction du récit, le balancement des idées, l'articulation du texte. J'aime ce travail qui me pousse parfois à réécrire plusieurs fois une même phrase pour la simple raison que sa sonorité ne me convient pas...

    Bref, je ne vais pas faire semblant de n'avoir rien à dire pour prétexter un billet vide. Car en réalité il ne m'est pas arrivé grand chose de particulièrement exaltant depuis le 20 mai dernier. 

    Si, tout de même, il y eut cette jolie rencontre d'un joyeux twitter lyonnais qui a la particularité de mesurer plus de un mètre cinquante sept, ce qui en soi est suffisamment rare pour mériter d'être signalé. Un soir de pluie, place du Capitole, dans l'un des beaux cafés abrités par les arcades. Quoique nous ne nous connaissions pas depuis très longtemps, le contact fut immédiat, comme à chaque fois que le monde virtuel prend chair autour d'un verre ou d'une tablée. Preuve indéniable que les échanges par réseaux sociaux ne sont pas que pure artificialité. La soirée passait en un éclair et la conversation filait encore bon train lorsque nous dûmes nous séparer entre deux averses. Il faudra que je m'organise une virée à Lyon pour revoir tout ce petit monde (sans mauvais jeu de mots).

    Quelques jours plus tard j'eu l'immense plaisir de faire la rencontre de Loup, venu de son Grand Nord en terres méridionales à la quête d'un soleil qu'il ne trouva pas. Loup, je suis son blog depuis assez longtemps, pratiquement ses premiers pas. C'est quelqu'un que j'aime lire et avec qui j'aime discuter sur twitter. Mais comme tout un chacun sait, le loup observe beaucoup plus qu'il ne se montre. Aussi, lorsque je reçus un mail  dans lequel il me demandait s'il était possible que nous nous rencontrions, ma réponse fut instantanée.
    "Tu verras, m'avait-on prévenu, il est très timide et plutôt réservé". Là encore le contact fut immédiat. En lieu et place d'un Loup apeuré, j'ai j'ai eu un immense plaisir à découvrir une véritable pipelette, drôle, fin et spirituel, exactement à l'image que je me faisais de lui à la lecture de son blog et de nos échanges sur twitter.  Encore quelqu'un que j'aurais grand plaisir à revoir, avec un peu plus de soleil peut-être. Ce fut une belle rencontre, comme beaucoup de celles que j'ai faites depuis mes débuts de blogueur.

    A propos de tout autre chose, j'ai été fortement ému par les images du mariage de Montpellier. Peut-être pour la première fois, et vivant l'événement en direct sur mon écran d'ordinateur, je me suis senti concerné, vraiment. Oui, un jour moi aussi je pourrai le dire ce "Oui" qui engagent deux personnes dans les liens du mariage. Moi aussi un jour je pourrai donner un cadre légal solide à la vie que j'aurai décidé de partager et construire avec un autre garçon que j'aimerai. Mais je n'en suis pas encore là...

    Voilà... Comme vous vous en rendez-compte, ce billet est un peu décousu. Mais rassurez-vous. Je me rends compte que le nombre de mes billets augmente sensiblement lorsque mon esprit travaille trop en raison de soucis qui me préoccupent.

    Voyez en mon silence relatif le signe que je vais plutôt bien.


    23 avril 2013

    On y est !

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    On y est... Ce jour-là est arrivé.

    Après d'âpres semaines de débats ponctuées de plusieurs manifestations, après des mois de déferlement de haine homophobe venue d'un autre temps, après que - dans le même temps - d'autres pays ont adopté le plus simplement du monde un texte ouvrant le mariage aux couples de même sexe, le projet de loi doit être adopté définitivement aujourd'hui par le Parlement, par un ultime vote de l’Assemblée.

    Dans quelques heures, ce sera chose faite.
    Ce mardi 23 avril 2013 sera une date historique.
    Ce mardi 23 avril 2013, une page se tourne, pour de bon.

    Non, cette loi ne bouleversera pas mon quotidien immédiat (il manque encore hélas un ingrédient essentiel à cela). Elle ne calmera pas non plus d'un coup de baguette magique les élans homophobes qui ont trouvé leur point culminant ces jours derniers. Et elle ne clouera pas non plus le bec à certaines personnes dont je ne citerai pas le nom et qui ont attisé le feu de la haine à s'en brûler les ailes. Mais elle changera tout pour les couples homosexuels qui pourront désormais jouir des mêmes droits que les couples hétérosexuels, et viendra consolider la situation de ceux et celles qui étaient condamnés jusqu'alors à vivre dans la précarité d'une situation à laquelle Marianne daignait tendre la main.

    Ce soir à 19h30 aura lieu un grand rassemblement Place du Capitole à Toulouse. J'en serai, bien évidemment. Je ne voudrait manquer ça pour rien au monde.

    Ce soir, partout en France, la fête sera belle et j'aurai le sourire aux lèvres. Et je serai fier de mon pays.

    Ce soir, il ne manquera qu'un garçon que j'aimerais, pour nous embrasser plus fort que jamais...
    Crédit photo : Dugudus


    25 novembre 2012

    Ce jour-là...

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    Papa, Maman,

    J'ai beaucoup hésité à vous écrire cette lettre que peut-être vous ne lirez jamais. 

    Cette lettre je l'avais d'abord écrite pour moi, parce qu'écrire est un besoin qui m'anime depuis mon enfance et que j'y éprouve du plaisir tout autant que j'y trouve un moyen d'ordonner mes idées. Je m'écoute moi-même, d'abord, pour mieux parler aux autres, ensuite. C'est une sorte de monologue interne qui ne s'arrête jamais, un fleuve d'idées, de sons, d'images merveilleuses et d'harmonies extraordinaires qu'il m'est impossible de communiquer. Alors je les exprime autrement, en me mettant au piano et en jouant pendant des heures, mes doigts courant sur l'ivoire en tentant de donner vie à cet univers que je suis le seul à connaître. Ou bien j'écris, en essayant d'instiller dans mes textes ce souffle interne qui m'habite. 

    Oui, il est parfois difficile de mettre des mots sur les choses sans les avoir préalablement pensées, mûrement intériorisées, jusqu'à ce que nous fassions corps avec elles et que nous en soyons intimement imprégnés.

    Sans doute par excès de pudeur, on ne parle pas beaucoup à la maison. Je veux dire que, si, on parle, de tout, de rien, de la tapisserie du salon, du mal à l'épaule de papa, des nouvelles de la famille en Espagne, de la dernière blague entendue à la radio. Mais on ne parle pas de nous, on ne parle pas de soi, de ces choses souvent difficiles mais pourtant essentielles. On évite certains sujets, ou alors en en parle mal, avec une maladresse vertigineuse qui produit l'effet exactement inverse du but recherché : chacun se replie un peu plus dans sa carapace et l'on reparle de la tapisserie du salon. Maman rigole un peu bêtement, et papa fait mine de changer de chaîne à la télévision pour mieux ignorer ce trouble qui nous met tous profondément mal à l'aise.
      
    Pourtant, depuis que vous êtes grands-parents, j'ai l'impression que certaines angoisses se sont dissipées, que certaines tensions inavouées se sont résolues, que certaines questions que personne n'avait osé poser ne se posent plus de la même façon. Oui, ça y est, la famille continue dans la "normalité". De l'extérieur tout parait conforme à ce que l'on attend de vous et de nous. Tout est bien dans le meilleur des mondes. Les apparences sont sauves.

    Papa, maman, je sais que vous êtes fiers de moi, du fils que je suis, de l'homme que je suis devenu, du prestige de mes études et de ma réussite professionnelle. Je sais que vous m'aimez dans des proportions dont seuls des parents sont capables, et je mesure chaque jour la chance qui est la mienne de vous avoir, pour votre soutien infaillible dans tout ce que j'entreprends et l'amour que vous me portez.

    Je sais aussi que, même si nous n'en avons jamais parlé, vous n'avez guère plus de doutes sur certains aspects de ma vie. Non, je suis pas exactement ce que vous attendiez de moi. Mais je n'y peux rien et vous n'avez rien à vous reprocher. Les choses sont ainsi et j'ai pleinement conscience que, dans certaines circonstances, cela peut s'avérer pesant, car le poids du regard social est énorme, parce qu'aux yeux de certaines personnes de votre entourage il vaut mieux avoir un fils trisomique qu'un fils homosexuel. Et je sais que cela vous attriste, pour vous, pour moi.

    Dans quelques semaines le Gouvernement de François Hollande va faire adopter une Loi qui ouvrira aux couples de même sexe la possibilité de se marier. Depuis Buenos Aires je suis avec beaucoup d'attention tout ce qu'il se dit de l'autre côté de l'Atlantique, chez nous en France. Je suis parfaitement au courant des manifestations, des torrents de fiel déversés, des absurdités des uns, de la bêtise rétrograde des autres. Je sais tout cela. Lorsque je vois certaines réactions j'ai envie de pleurer, parce que pour la première fois de ma vie je ressens un vent de haine à l'encontre de ce que je suis. C'est assez violent. Souvent j'aurais envie d´être en France et de marcher à côté de ceux qui luttent pour que, enfin, se produise ce changement historique qui le sera à plus d'un titre.

    En effet, au delà de la simple question du mariage et de l'adoption, les couples de même sexe pourront désormais vivre dans la lumière, sous la bienveillance de la République qui leur reconnaitra une pleine légitimité, à l'égal de tous les autres couples mariés. Ce jour-là vous n'aurez plus à avoir peur du qu'en dira-t-on, ni à craindre pour moi.

    Car à partir de ce jour-là, ce qu'en dira la Loi sera très simple : on s'en fout... Et le regard des autres ne pourra plus avoir cette amère saveur accusatrice. Oui, ce jour-là vous pourrez être encore plus heureux pour moi que vous ne l'êtes aujourd'hui car se lèvera le voile étouffant de cette "faute sociale" que vous n'avez pas commise et dont ni vous ni moi ne sommes responsables. Ce jour-là vous pourrez vous réjouir en songeant que, lorsque je rencontrerai le bon garçon - celui que j'aimerai, celui avec qui je partagerai l'envie de construire quelque chose et de fonder une famille - je pourrai le faire aussi librement que vous l'avez fait voici trente cinq ans, et que nous pourrons nous aimer dans le confort et l'insouciance duveteuse d'un cadre juridique solide.

    Oui, ce jour-là vous pourrez être vraiment heureux pour moi. Et ce jour-là, je serai à mon tour heureux de vous voir enfin heureux et pleinement sereins pour moi.

    Papa, maman, je vous aime.
    Votre fils...

    ***
    Ce billet est une contribution à C'est la lutte nuptiale, initiée par Orphéus.

    24 septembre 2012

    Quelques réflexions sur l'ouverture du mariage aux couples homosexuels, vu depuis l'Argentine

    16 commentairess
    L'Argentine est, dans sa configuration actuelle, un pays relativement jeune qui s'est forgé au rythme de coups d'État militaires plus ou moins sanglants. Quoique cette partie du globe fut peuplée de longue lune et si son histoire avec le vieux continent commence lors de l'arrivée des Espagnols au XVème siècle, l'idée d'une Nation Argentine n'apparaît véritablement qu'au XIXème siècle avec José San Martin, héros de la nation qui conduisit le pays et le sud du continent vers l'indépendance.

    Pays à l'histoire mouvementée fortement marquée par l'instabilité politique, Nation fraîchement constituée autour d'un sentiment d'appartenance nationale relativement neuf (ce qui n'en amoindrit pas pour autant l'intensité) l'Argentine est également un pays dont les institutions furent créées de toutes pièces, s'inspirant pour cela tant des modèles européens que de celui des États Unis. Ainsi le droit Argentin est profondément marqué par le droit Français, le Code Civil de 1804 et ses illustres commentateurs, par la Constitution des États Unis, mais également par les élements de droit Italien et les théories juridiques Allemandes que tout juriste digne de ce nom connaît ici sur le bout des doigts. Doté d'une doctrine extrêmement attentive au fonctionnement des divers systèmes juridiques de par le monde, les études de droit comparé y sont légion, de sorte que, tel un caméléon, le droit Argentin prend la forme d'une mosaïque, d'un agrégat pourrait-on même dire, de ce qu'il se fait un peu partout sur la planète, copiant et intégrant dans ses textes normatifs tout ce que bon lui semble.

    Peut-on alors dire du droit Argentin qu'il est un droit moderne ?
    Par certains aspects, il l'est assurément ; à d'autres égards il peut, au contraire, paraître étonnamment rétrograde.

    Modernité tout d'abord, car l'Argentine est l'un des rares pays du monde à avoir une femme comme chef d'État (le phénomène Peron n'y est certes pas insensible), ce qui est suffisamment rare pour que cela mérite d'être souligné. Modernité ensuite par l'ouverture, récente, du mariage à tous les couples, quelque soit leur sexualité (art. 165 et ss. CCNA). Ainsi le Code civil Argentin ne parle-t-il plus du « mari » et de « l'épouse » mais, de façon totalement neutre, des « conjoints ». De même, ni l'adoption ni les techniques d'assistance médicalisée à la procréation ne sont l'apanage des seuls couples hétérosexuels : tous les couples sans exception y ont accès et de façon absolument égale. Cela résulte des textes même du Code civil (art. 311 et ss. CCNA) soutenus par les garanties constitutionnelles de non-discrimination solidement réaffirmés par la Cour Suprême de la Nation. Les textes ne font donc plus référence au « père » ou à la « mère » (sauf cas particulier) mais, de manière générale et générique aux « parents ». Encore plus récemment, l'Argentine fut l'un des premiers pays du monde à prendre position et à légiférer sur le « genre » et à reconnaître dans ses textes qu'une personne puisse se ressentir d'un autre sexe que celui dont il ou elle a l'apparence. Loi d'avant-garde s'il en est ! Il en va de même du contrat de gestation pour autrui qui est ici est une réalité.

    Rétrograde par d'autres aspects car, de façon totalement surprenante, le droit Argentin ne prévoit pas la possibilité d'avorter. Au contraire l'avortement est totalement écarté, voire expressément refusé par le Code civil qui protège la vie dès la conception et, dèslors qu'il nait vivant, érige rétroactivement l'ambryon au rang de personne (art. 70 - 78 CCNA) 
    De même, si aujourd'hui les époux sont sur un pied d'égalité, il convient de souligner qu'avant une très récente réforme du Code civil, l'épouse était soumise au régime dotal et placée sous l'autorité de son mari. C'est ce système qui régissait le mariage en France jusqu'à la grande réforme du droit de la famille menée par Carbonnier dans les annés 1970.

    Le droit Argentin fait figure d'exemple en bien des domaines. Pour autant, la situation n'est pas aussi idyllique qu'il n'y paraît. Elle est au contraire constellée de contradictions qu'il serait long et fastidieux de relater ici (sans compter que ce serait un travail titanesque).

    Pour en revenir à mon sujet, le mariage pour tous, en Argentine les textes sont là et bien là. Des couples composés de personnes de même sexe se marient, adoptent, procréent, sans que la décadence civilisationnelle promise par les objecteurs de conscience ne soit au rendez-vous. Faut-il en déduire que tout est bien dans le meilleur des mondes ? Ce serait aller bien vite en besogne.

    Comme je l'ai rapidement exposé plus haut, l'Argentine est un pays jeune, contrairement aux pays de la vieille Europe pour lesquels le présent est le résultat d'une longue, très longue et lente évolution. Pour donner la mesure des choses, les Argentins sont fascinés de voyager en Europe et de pouvoir en un coup d'oeil contempler 4000 ans d'histoire.  N'oublions pas cela : les mentalités, l'état d'esprit et les institutions des pays Européens en géneral et de la France en particulier, se sont forgés au cours des siècles. Tout changement, toute nouvelle orientation a toujours soulevé et soulève encore un profond débat qui déchaîne les passions et exacerbe les lignes de partage entre progressistes et conservateurs. Hier c'était le droit de vote pour les femmes, puis le droit d'avorter, le PACS... Aujourd'hui c'est de l'ouverture du mariage à tous les couples dont il s'agit. 

    En Argentine les choses se sont passées en douceur, presque sans douleur. Un projet de loi a été déposé puis annoncé dans la presse et à la télevision, quelques groupes religieux se sont opposés, on a manifesté un peu, et une fois la loi votée tout s'est arrêté, d'un seul coup. Plus rien, oubliée la querelle.

    Est-ce pour autant que tout est joué ? Certainement pas.

    Car malgré les textes et la réalité des droits maintenant accessibles à tous les couples, le débat n'a pas vraiment eu lieu. Les Argentins n'ont pas compris quelle révolution était en train de se passer chez eux. Ils n'ont pas intégré ce que la loi nouvelle signifiait : que, oui, ça y est, désormais deux hommes ou deux femmes peuvent se marier ensemble ou encore que des femmes allaient pouvoir, moyennant finances, porter l'enfant d'un autre couple. Les Argentins savent mais ils n'ont pas compris. Au fond, la loi existe, mais elle ne s'est pas accompagnée de la nécessaire prise de conscience et de la nécessaire adhésion, par acceptation ou rejet, du peuple à ses institutions.
    Du coup, si le droit pour les couples de même sexe a changé, l'attitude à l'égard de l'homosexualité, elle, n'a pas véritablement changé. Être homosexuel en Argentine – je mets de côté Buenos Aires, n'est pas aussi simple que l'on veut bien le croire (j'écrirai prochainement un article à ce sujet). La société reste profondément hétéronormée et machiste.

    Alors, et c'est là où je voulais en venir après ce très long prolégomène : n'ayons pas peur du débat qui anime la France en ce moment. N'ayons pas peur des ces menaces proférées de fin du monde ni de ces visions apocalyptiques d'une société au bord d'une irréversible décadence. N'ayons pas peur de ces faux prophètes qui nous promettent le bruxisme et la géhenne.

    Au contraire, malgré tout le mal et toutes les horreurs dont ils sont capables, remercions les pour une chose : de permettre ce travail indispensable de prise de conscience de tous nos concitoyens, travail d'implication sans lequel les lois et institutions sont vaines. Oui, dans quelques mois tous les couples pourront nous marier. Et de cela, tout le peuple Français en aura pleinement conscience, que cela plaise ou non.

    27 octobre 2008

    La Grande Loi Universelle des Mariages

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    Ce week-end j'étais invité à un mariage fort réussi au pays de l'aligot, du roquefort et des tripous, comprenez l'Aveyron.

    Une histoire totalement absurde comme il n'en arrive que dans les histoires à l'eau de rose dont est farcie la littérature de gare : Carine, une jeune DRH fraichement diplômée qui, lors d'un stage en entreprise, tombe amoureuse de Guillaume, son boss... amour impossible, rencontre morganatique (la belle vient du pays des bouseux, le beau de la haute société) mais dont la morale sort victorieuse : l'amour triomphe de tous les obstacles indociles.

    Ils se marièrent donc, et auront peut-être beaucoup d'enfants, c'est tout le mal que je leur souhaite.

    Fait à souligner, je ne connaissais absolument pas le marié ni sa famille, rencontrés pour la circonstance. Aussi certains "événements" suscitèrent mon amusement et c'est muni d'un bloc-notes de fortune, que je relevais à la va-vite quelques détails piquants...

     Car, après l'avoir cogité entre deux verres de bordeaux, tout mariage répond à des canons scientifiques, une sorte de Grande Loi Universelle du Mariage, qu'une étude sociologique un peu plus poussée pourrait sûrement confirmer. Le mariage auquel j'ai assisté n'échappe pas à ce senario...

    Voici donc en exclusivité la première ébauche de cette théorie qui va bouleverser la face du monde... Peut-être l'auteur de ces lignes est-il un futur prix Nobel ?

    Lorsque l'on se rend à un mariage, il est extrêmement fréquent - ce sera la première manifestation de la Grande Loi Universelle des Mariages relatée ici - de faire du covoiturage, soit pour économiser sur la facture de carburant, soit parce que certains n'ont pas le permis, ou encore pour rendre le trajet plus convivial.

    Je devais prendre avec moi une amie de la fac, que j'avais perdue de vue depuis 2 ans et peut-être aussi mon boulet parce que mon boulet n'a pas le permis et qu'il était possible que les amis (les vrais) avec qui il devait partir ne puissent finalement pas venir au mariage en raison d'obligations professionnelles de dernière heure. Fort heureusement, ces "amis" ont pu se libérer et c'est délivré de ce fardeau inutile que je prennais la route avec ma passagère.

    Je savais que les nanas sont réputées pour être de grandes bavardes. Ils en parlent dans tous les bouquins, c'est un aspect purement consubstantiel au sexe féminin, au même degré que la curiosité ou leur passion incompréhensible pour toutes les séries façon "sous le soleil" et autres "feux de l'amour". Ma passagère était TRES bavarde... un moulin à paroles par grand vent... un flot de paroles inintérrompu pendant deux heures. Par moment, je faisais mine d'acquiescer alors que je savais même plus de quoi elle parlait ! Heureusement je suis d'une patience à peu près exemplaire et que la dernière heure de route fut l'occasion d'aborder des thèmes de fond qui m'intéressent au premier point. Un mal pour un bien dirons nous...

    Après avoir posé nos bagages à l'hôtel et nous être faits beaux (non, je déconne, je suis TOUJOURS beau, même au saut du lit le lendemain d'une soirée fortement alcoolisée... Trop dur d'être un sex-symbol, je le souhaite à personne), direction le bled paumé dans lequel va se dérouler la cérémonie religieuse.

    C'est un élément indiscutable de la Grande Loi Universelle des Mariages : les mariages ont toujours lieu quelque part entre le diable Vauvert et le trou-du-cul du monde... Se munir d'un GPS n'est pas une précaution superflue, non seulement pour s'y rendre, mais aussi et surtout pour en revenir ! Car je vous assure qu'en pleine nuit et un repas un minimum arrosé plus loin, nos repères ne sont plus les mêmes. J'ai toujours en mémoire le retour hasardeux dont j'ai été l'otage en août dernier (n'est-ce pas Anouck ? ^^).

    Bref, là encore, la cérémonie se déroulait dans un patelin portant le doux nom de Sainte Radegonde, connue pour son très fameux miracle des avoines (si si, je vous assure !! voyez donc Sainte Radegonde, sa vie, son oeuvre en cliquant ici).

    L'église est petite mais jolie, une église fortifiée dotée de murs d'un bon mètre d'épaisseur, à la rusticité toute locale, et menée de main de maître par un prêtre "un peu space" m'avait confié Carine. Car il est une autre inconnue qui participe de l'étrange équation d'une journée de mariage qui constitue une variable importante de la Grande Loi Universelle des Mariages : le curé !

    Les curés, il en est de toutes les sortes : jeunes, vieux, moches, beaux, libéraux ou intégristes, souriants ou aigris, pince sans rire ou pudibonds... toutes les combinaisons sont possibles. Lorsque j'écrivais plus haut que ma passagère à l'allée avait été plus bavarde qu'une pie passée au sérum de vérité, le manque de superlatifs se fait cruellement ressentir lorsqu'il s'agit de ce prêtre là... Je crois qu'il n'a jamais laissé plus de 1,3 seconde de silence, couvrant d'un soliloque ronflant l'heure et demi qu'à duré la messe. Incroyable... !

    Quoique bavard, notre homme n'en a pas moins dirigé l'affaire avec dignité et recueillement – certes relatif - de bon aloi, c'est au moins ça. Je ne ferai aucun commentaire sur la partie musicale qui fut irréprochablement exécutée sur un Farfisa entrée de gamme des années 80. Les initiés compatiront à mon supplice. 


    Après la messe arrive toujours, Grande Loi Universelle des Mariages oblige, le moment le plus redouté dans un mariage car sa durée peut aller de quelques dizaines de minutes à plusieurs heures : l'entracte précédant le vin d'honneur.

    Généralement on sort de l'église, on s'asperge de riz ou de confétis géants, on félicite les heureux époux, on salue les invités que l'on n'avait pas encore pris le temps de voir avant, on bavarde tant bien que mal de tout et surtout de rien, on se raconte les dernières nouvelles en faisant mine de s'intéresser, on se réchauffe au soleil contre un blizzard peu engageant et... on attend...

    Ce week-end l'attente ne fut heureusement pas démeusurée et c'est assez rapidement que nous convoyâmes en direction de la salle des fêtes du village voisin. Il faut dire qu'en Aveyron, passé 18h et la nuit tombant, les premiers hurlements des meutes de loups viennent fendre le calme des soirées d'automne et qu'on retrouve régulièrement au petit matin des carcasses encore fumantes de citadins égarés alors qu'il cherchaient un racourci que jamais ils ne trouvèrent...

    Au vin d'honneur, on croise deux catégories de personnes. Celles qui sont invitées au repas, et les autres. Si les premières discutent bruyamment en riant assez fort, les secondes au contraire se gavent de petits fours et de whisky, espérant ainsi compenser le manque à gagner qu'aurait pu constituer la suite de la soirée. Pendant ce temps, les mômes commencent à s'exciter en courant partout, échauffement préalable au grand cirque que sera le repas du soir.

    Quelques mini-pizzas plus loin, re-belotte : on quitte les lieux pour aller à une autre salle dans laquelle est servi le repas. La fête va commencer !

    Sur l'échelle de Richter des repas de mariage que j'ai pu faire depuis dix ans (mettons un point de départ totalement arbitraire), celui de ce week-end se hisse très haut dans le top 10 et rivalise sans peine avec les deux derniers de cet été, malgré leur excellence respective. Chaque plat était tout simplement exquis, finement élaboré, sans pompe inutile mais avec un soucis évident de la qualité et du goût, ce qui se traduisait par des produits de grande qualité traités avec finesse. Du grand art, ce qui est tout à fait remarquable lorsque l'on sait que pas moins de 130 couverts étaient servis ce soir là.

    Les tables elles-mêmes étaient fort joliment dressées, simplement mais avec goût et délicatesse, de la jolie vaisselle et des verres étincelants exempts de toute trace disgracieuse. La distribution des invités quant à elle répondait à une logique imparable puisque j'avais personnellement demandé aux mariés de surtout ne pas me mettre à la même table que celle de mon boulet. Et même pas honte ^^. En conséquence de quoi j'ai passé une excellente soirée ! Hé oui, c'est un aspect inédit de la Grande Loi Universelle des Mariages que je vous révèle ici : elle peut être paramétrable !!

    Si le repas est l'occasion de se remplir délicatement la panse en agréable compagnie, il est également l'occasion des inévitables séquences souvenirs préparées par les amis des uns et des autres. Le mariage de ce week-end n'a là encore pas failli à la Grande Loi Universelle des Mariages.

    Je vous ai indiqué plus haut que je ne connaissais pas le marié avant ce jour. Ceci prit toute sa mesure lors de la séquence PowerPoint où les amis diffusent des photos sensées retracer de façon fulgurante la vie du marié. Car... je n'ai rien compris... ou si peu. Je suppose que le narrateur a dû lâcher quelques vannes mûrement réfléchies et longuement réécrites pour produire tout l'effet comique attendu sur son auditoire - du moins le supposè-je - car si ce n'est le rire à peine contenu de notre ami humoriste d'un soir qui signalait de temps en temps une drôlerie potentielle, ses traits d'humour m'ont laissé de marbre.

    « Le meilleur auditoire pour un orateur, c'est celui qui est très intelligent, très cultivé et un peu saoul » aurait dit Alben William Barkley. Je suppose donc que nous n'étions soit pas assez saoul, soit trop bêtes... Il va sans dire que l'une et l'autre de ces hypothèses doivent purement et simplement être écartées en ce qui me concernait à ce moment là...

    Dans la même veine, on recommande souvent de ne jamais commencer un discours en disant « je ne suis pas un orateur » parce que les auditeurs s'en apercevront bien assez vite. Lorsque le père du marié prit la parole peu avant le dessert pour congratuler sa progéniture et sa bru, il s'est bien gardé de ne pas suivre ce conseil, ce qui pour autant ne nous a pas empêché de nous apercevoir qu'il n'avait pas l'éloquence ni la prestance d'un Bossuet...

    Car, c'est une autre constante de la Grande Loi Universelle des Mariages que lors des repas de mariage le père d'un des époux - ou un invité spécialement désigné à cet office - fasse un discours solennellement déclamé, quand bien même personne ne lui en voudrait d'y déroger et de nous épargner des considérations de PMU sur les valeurs du mariage, et autres foutaises, blablablabla... je vous épargne la litanie.

    Et pendant ce temps, les mômes sur-excités (on doit les piquer à la cocaïne non ?) courent dans tous les sens en poussant des cris stridents à vous faire péter un sonotone, menant tant bien que mal à terme la mission hautement impérieuse consistant à exterminer consciencieusement tous les ballons qui ornent la salle des fêtes, pour le plus grand bonheur des convives qui ne rêvent qu'à une chose : leur dévisser la tête d'une retentissante baffe (que celui qui n'y a jamais pensé, même un millième de seconde,lève la main ^^).

    D'où cet axiome de la Grande Loi Universelle des Mariages :

    "tout mioche présent à un repas de mariage est... chiant !"

    Une fois l'épreuve des discours surmontée, les desserts ingurgités, et abstraction faite des gremlins cocaïnomanes, vient une autre invariable de la Grande Loi Universelle des Mariages : la séquence "ouverture du bal" inaugurée par la traditionnelle valse rapidement expédiée avant que le DJ (plus ou moins talentueux) n'asphyxie les survivants au moyen de tubes éculés et ringards tels que l'inoxydable Macarena, que j'estime au moins autant que l'oeuvre de Mireille Matthieu... Que celui qui ne s'est jamais senti ridicule en se trémoussant sur cette chose infâme se signale, il sera béatifié par mes soins.

    Quant à moi j'ai trouvé une parade absolue à cette offense à la dignité humaine : le boycott...

     La Grande Loi Universelle des Mariages mériterait certainement de plus amples développements, mais il se fait tard et je me tiens à ce que mon observation sociologique de ce samedi me permet.

    Je vous laisse libre de compléter cette théorisation par vos apports personnels. Les grandes découvertes ne sont que rarement l'oeuvre d'un seul homme.