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    21 novembre 2016

    Identités singulières : Être gay et croyant - 6ème et dernière partie

    10 commentairess
    Est-il possible d'être gay et croyant en 2016 ? 

    Au rythme de un par quinzaine, vous seront présentés plusieurs témoignages guidés par un questionnaire en neuf points laissant toutefois la possibilité d'aménager les réponses librement. Autant de parcours de vie, tous différents - voire totalement contradictoires - de personnes venues d'horizons assez variés et croyantes à divers degrés. Des identités singulières.

    L'objet de cette série de billets n'est certainement pas de faire un quelconque prosélytisme - il suffira de lire pour s'en rendre compte - ni de clore un débat bien trop vaste. 

    Seulement d'essayer d'apporter des éléments de réponse à une question complexe et que je trouve passionnante.

    * * *
    Note : Pour terminer cette série Identités Singulières, je cède la parole à Emmanuel (le prénom a été changé) que je connais depuis plusieurs années et dont, à dire vrai, une conversation menée il y a une petite année autour d'un verre m'a donné l'idée de ces billets témoignages. Vous allez voir pourquoi dans quelques instants. Je remercie donc vivement Emmanuel pour sa contribution que j'attendais impatiemment.

    Je lui ai posé les 9 mêmes questions de base qu'à tout le monde, lui laissant, comme à chacun des témoins, la possibilité de répondre de la manière qu'il souhaitait, ce qu'il fait sous une forme très libre, que je respecte intégralement, à l'exception des ponctuelles insertions en gras, qui sont de mon cru.

    * * *

    Emmanuel


    Je vais avoir 30 ans, je suis donc sensé être un adulte. J’ai grandi et j’habite à Toulouse, ville dont je suis tombé amoureux. Je suis fonctionnaire, et fier de l’être.

    J’ai pris conscience de mon attirance pour les garçons à l’école primaire, sans toutefois en comprendre le sens et les conséquences.

    La situation est devenue à la fois plus claire et plus compliquée à la fois au collège et au lycée. Plus claire car j’ai pris conscience de mon orientation sexuelle. Et plus compliquée car je fus confronté à une homophobie ordinaire et gratuite.

    J’ai alors refoulé tous mes sentiments. Je suis sorti avec des filles pour faire « comme les autres ». Ce petit jeu a été humainement destructeur et je l’ai cessé à la fin du lycée en assumant pleinement ce que je suis.

    Aujourd’hui tous mes proches savent que je suis en couple et en couple avec un homme.
    "J’ai baigné dans un athéisme laïque et bienveillant
    à l’égard de toutes les religions et toutes les philosophies".
    Ma famille est de tradition athée. Cependant, ma mère m’a toujours dit que j’étais libre de croire en ce que je voulais, de douter ou de ne pas croire. Nous fêtions Noël de façon laïque et je n’ai pas reçu d’enseignement religieux.

    J’ai baigné dans un athéisme laïque et bienveillant à l’égard de toutes les religions et toutes les philosophies. J’ai aujourd’hui conscience de cette chance. J’ai ainsi pu me construire de façon aussi libre que possible et dans le respect de mes valeurs profondes.

    J’ai toutefois bousculé cet athéisme à l’âge de 9 ans, lorsque j’ai demandé à ma mère de m’inscrire au catéchisme car je souhaitais assister à la messe. Je ne pourrais pas expliquer d’où est venu ce souhait. Je m’en souviens comme une intuition confiante. Malheureusement, en raison d’une mésentente avec mon père, ce souhait ne se réalisait pas.

    Les années qui suivirent se firent sans dieu mais avec une constante attraction pour les églises, et plus particulièrement les églises catholiques dans lesquelles j’aillais me réfugier et fuir le tumulte humain.

    Une fois mon homosexualité acceptée et assumée, le choix d’une vie sous l’œil d’un dieu m’apparaissait impossible. J’avais alors en tête la position de l’Église catholique qui ne me semblait pas bienveillante à l’égard des personnes homosexuelles.

    A l’âge de 23 ans, je finissais mes études de droit dans une ville qui m’était étrangère. Ma faculté faisait face à une église catholique. J’allai me renseigner pour venir me recueillir dans cette église avant mes épreuves de fin d’année pour faire la paix en moi.

    Je fis alors connaissance du sacristain. Une amitié débuta. Il me confia être croyant et homosexuel. Ce fut une véritable révélation, c’était donc possible. Mais cette révélation était teintée de nostalgie car je pensais que cela était trop tard pour moi. J’avais reçu l’appel 15 ans auparavant et je n’avais pas été à la hauteur.
    "Dieu redonne toujours une chance
    et sait être patient".
    Une fois l’année universitaire terminée, je rentrai à Toulouse et Noël s’annonça. Je vécus ce Noël laïc tristement, sans dieu. J’imaginais dans quelle communion était l’auditoire du Pape sans pouvoir la ressentir. Je ne pensais pas ressentir une nouvelle fois l’appel de Dieu comme dans mon enfance et partager alors la joie de croire. Teinté de cette émotion et par habitude, je regardai la messe de Noël à la télévision. Benoît XVI parlait de la paix.

    Le fil du temps s’interrompit. Le laïc que j’étais, regardant un pape parler, devint, en une fraction de seconde, un croyant écoutant son pasteur prêcher. Je peux dire à quel instant précis, la certitude de l’existence et de la bienveillance de Dieu m’envahit tout entier. Une intense joie s’empara alors de moi et continue encore aujourd’hui à m’habiter. Je me suis rendu compte que j’étais jusque-là incomplet et que Dieu faisait partie de moi et de ma vie. La joie de croire est un sentiment indescriptible tout comme l’est la joie de constater que Dieu pardonne, Dieu redonne toujours une chance et sait être patient.

    Le lendemain, j’écrivis au diocèse de Toulouse pour débuter mon chemin vers le Baptême.
    "Mon chemin fut un véritable
    parcours du combattant".
    J'ai voulu dissimuler mon orientation sexuelle, mais je me confiai à mon accompagnateur spirituel au bout de 2 semaines d’intenses tiraillements intérieurs.

    Mon chemin fut un véritable parcours du combattant, tant l’institution ecclésiale ne sembla pas être habituée à l’accueil d’une personne homosexuelle.

    J’avais conclu un pacte civil de solidarité avec un homme et l’institution m’indiqua qu’il s’agissait d’un acte public contraire à l’Église. On m’alertait sur le fait que mon homosexualité allongerait la durée de mon parcours et que mon pacte civil serait un obstacle irrémédiable. J’ai beaucoup souffert à cette période mais j’ai eu la chance d’être beaucoup soutenu par des amis croyants. Et aujourd’hui je me remémore ces faits de façon paisible et sereine, reconnaissant pour tout le chemin parcouru et les rencontres effectuées.

    Par l’effet du hasard de la vie, je quittai mon compagnon et nous rompîmes notre pacte. En parallèle, l’institution s’adaptait à l’accueil de personne homosexuelle.

    Après 16 mois de cheminement, j'ai reçu les trois sacrements de l’initiation chrétienne pendant la nuit de Pâques.
    "Je crois en l’Évangile, au Père, au Fils et au Saint-Esprit,
    et pour moi c’est à la fois l’essentiel et le tout"
    Je n’adhère pas à la totalité de la doctrine sociale de l’Église. Cependant, je crois en l’Évangile, au Père, au Fils et au Saint-Esprit, et pour moi c’est à la fois l’essentiel et le tout.

    Le Baptême, la Confirmation et la Communion m’ont conforté dans ma foi. Ce ne fut pas une explosion de joie mais une solide et confiante consécration du nouveau chemin que j’empruntais sous le regard de Dieu. L’idée de chemin me parle beaucoup à l’image de la parole du Christ : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ». Ces sacrements m’ont apporté une espérance joyeuse en l’avenir et en la bienveillance de Dieu qui nous a tous déjà racheté.

    Je vis toujours la même vie, mais éclairée par une lumière renouvelée, plus intense grâce à ma naissance nouvelle par le Baptême.

    "Je ne vis pas mon homosexualité
    comme un péché ou une faute"
    La messe est pour moi une respiration essentielle et indispensable dans ma semaine au milieu du tumulte humain.

    Le sacrement de réconciliation me permet de me mettre sous le regard de Dieu et d’être au contact de son pardon.

    Je ne vis pas mon homosexualité comme un péché ou une faute. Je reconnais pourtant être, comme tout le monde, "un pauvre type" comme le dit si bien mon pasteur. Et en cela j’essaye de m’améliorer chaque jour grâce à Dieu et avec le Christ.

    Voila le témoignage, en vérité, que je peux te rendre.
    "Il ne faut pas rester seul".
    Tu me demandes maintenant ce que je pourrais dire, aujourd'hui et avec mon parcours, à un jeune adulte tiraillé entre son homosexualité et la foi dans laquelle il a pu grandir, et la peur de vivre l'une sans trahir l'autre.

    Comme tu le soulignes je n’ai que mon parcours pour me permettre de répondre à cette question et ce qui a été ou est vrai pour moi ne l’est pas forcément pour autrui.

    Cela étant dit, je pense qu’il faut tendre, autant que faire se peut, à vivre en vérité. Mais je sais que le poids de la société ou de l’éducation peut ralentir ou entraver cet élan. Heureusement, nous avons toute la vie pour y parvenir et le plus essentiel l’aide de Dieu pour le faire. Jean-Paul II a affirmé le principe de gradualité selon lequel chacun doit cheminer de l’endroit où il est avec la ferme et sincère résolution de vivre sa vie pleinement sous le regard de Dieu.

    L’espérance en Dieu et la médiation de son Fils m’ont permis et me permettent de cheminer. Je crois en effet qu’il ne faut pas rester seul, tant sur le plan spirituel qu’humain.

    Merci Emmanuel

    ***
    A relire sur Identités singulières : 

    7 novembre 2016

    Identités singulières : Être gay et croyant - 5ème partie

    5 commentairess
    Est-il possible d'être gay et croyant en 2016 ? 

    Au rythme de un par quinzaine, vous seront présentés plusieurs témoignages guidés par un questionnaire en neuf points laissant toutefois la possibilité d'aménager les réponses librement. Autant de parcours de vie, tous différents - voire totalement contradictoires - de personnes venues d'horizons assez variés et croyantes à divers degrés. Des identités singulières.

    L'objet de cette série de billets n'est certainement pas de faire un quelconque prosélytisme - il suffira de lire pour s'en rendre compte - ni de clore un débat bien trop vaste. 

    Seulement d'essayer d'apporter des éléments de réponse à une question complexe et que je trouve passionnante.

    * * *


    Sofian


    1. Peux-tu te présenter ? Âge, profession (quelques mots pour décrire ce que tu fais), où tu habites, où tu as grandi.

    J'ai 33 ans. Je suis assistant RH dans le Retail. J'ai grandi et habite toujours en banlieue parisienne, dans une de ces villes faites de barres HLM et de groupes de garçons qui tiennent les murs.


    2. A quels moments de ta vie as-tu compris puis accepté ton homosexualité ? Quel a été ou quel est ton cheminement ?

    Je n'ai pas forcément mis de mot dessus avant un certain âge mais déjà très jeune j'aimais les garçons. Pour moi c'était naturel et je ne me posais pas de questions (d'ailleurs à cet âge, on ne connait pas tout ces mots). Je me souviens d'amoureux en maternelle par exemple.

    En grandissant, j'ai compris que j'étais différent et que ce que je pensais naturel ne l'était pas pour tout le monde. Là j'ai d'abord appris que j'étais une lavette (école primaire) avant de devenir une tapette (collège) puis une pédale (lycée).

    Je n'ai jamais souhaité en parler. Je me faisais insulter quotidiennement et j'avais peur que cela aggrave les choses. Je devais me battre souvent pour me défendre.

    Je n'ai donc partagé avec personne qui j'étais. Mais je ne prétendais pas non plus aimer les filles. J'étais terrifié que l'on me pose la question.

    Au lycée, j'ai commencé à envisager de me confier à des amis. Mais à chaque fois que je souhaitais le faire, je me disais que je ne pouvais pas avoir confiance. Alors j'ai attendu.

    Ce n'est qu'à la fac que je me suis finalement ouvert. J'ai rencontré celles qui sont, toujours depuis, mes meilleures amies, ma famille, et cela a été une libération.


    3. Es-tu out ? Auprès de ta famille ? de tes amis ?

    Je suis presque entièrement out depuis 2001.

    J'ai annoncé à ma mère un soir de novembre 2000 que j'étais amoureux des garçons. Ca n'a pas été un coming out évident à faire mais je savais que je devais d'abord lui annoncer à elle avant de penser le dire à d'autres personnes.

    Comme la discussion s'est suivie d'une année pendant laquelle elle a tenté de me ramener dans le droit chemin, je l'ai refait une année après. A ceci près que le lendemain de notre discussion j'avais mon premier rendez-vous avec un garçon.

    Peu de temps après donc, je l'ai annoncé à mes amies. C'était complètement naturel. J'avais eu l'impression d'avoir attendu de sortir avec un garçon pour enfin me dire homosexuel.

    Ensuite, je ne l'ai plus caché. Mais je ne l'ai plus annoncé non plus. Cela suivait parfaitement ce que j'en pensais. C'était naturel. Et comme un hétérosexuel ne se présente jamais en disant « salut, je suis X, j'ai 23 ans et je suis hétérosexuel ! », pour moi c'était la même chose.

    Mes frères l'ont appris parce que je ne l'ai plus caché (et donc plus vidé l'historique de l'ordinateur familial...). Et concernant mon père c'est un petit peu plus compliqué.

    Ancienne génération algérienne, religion plus pudeur sur le sujet de la sexualité, je n'ai jamais souhaité lui dire. J'ignore s'il y pense. On a cette qualité en commun d'être particulièrement naïf tous les deux et un peu tête en l'air.

    Je me suis vite engagé dans la vente et j'avoue que cela a aussi été ma chance. Je n'ai du coup jamais eu besoin de me cacher à mon travail. Et cela m'a également permis de m'épanouir. Je n'ai jamais vécu d'homophobie au travail.


    4. As-tu grandi dans une famille religieuse ? Fêtiez-vous les fêtes religieuses ? Respectais-tu et respectes-tu Ramadan ? 

    J'ai grandi dans une famille musulmane et je suis donc comme beaucoup de jeunes maghrébins devenu musulman simplement en respectant les traditions, presque par mimétisme de mes parents.

    J'ai eu deux modèles différents. Ma Mère, très occidentale prônant une religion ouverte et spirituelle, et mon Père plus respectueux des règles mais néanmoins bien plus ouvert que ce que l'on peu entendre ou voir aujourd'hui. J'ai donc très vite appris qu'il y avait plusieurs types de musulmans possibles. Et je n'avais qu'à choisir celui que je souhaitais être ; du plus rigoureux/pratiquant au plus spirituel.

    Je fais le Ramadan tous les ans. Et je ne m'imagine pas ne pas le faire. Plus, en tout cas. Pendant deux ans, il y a quelques années, j'ai mis ma religion en suspend parce que gays comme musulmans me demandaient de choisir et me disaient que je ne pouvais pas être les deux. Cela a été extrêmement dur pour moi parce que je me suis retrouvé dépossédé d'une partie de moi.


    5. Quelle importance revêt la religion dans ta vie actuelle ?

    C'est une partie de moi.

    Je suis très spirituel. Je fais partie de ceux qui ont plus la Foi en quelque chose/quelqu'un qu'en des dogmes particuliers. Je suis cependant né dans une famille musulmane et pour moi, c'est mon héritage.

    J'ai toujours vu ma religion, et mes origines, comme un héritage culturel. Et je suis fier d'avoir cette petite chose en plus. On m'a souvent reproché cette fierté. Mais c'est exactement la même fierté que je ressens dans le fait d'être homosexuel. Et si je défile une fois par an lors d'une Gay Pride, on ne peut pas m'empêcher d'être fier d'être musulman également. Ma Muslim Pride à moi.


    6. La religion a-t-elle été ou est-elle un frein à ton acceptation ? Explique pourquoi.

    Étonnamment, la Religion n'a jamais été un frein à mon acceptation. Pour moi, c'est qui je suis. Et je ne me suis jamais posé la question de savoir si je pouvais être les deux.

    J'ai grandi en laissant la place aux deux de s'épanouir et jamais aucune n'est entrée en conflit avec l'autre.

    En réalité, ce sont les gens qui chaque fois ont tenté de m'empêcher d'être les deux, en me disant que le monde était noir ou blanc et que je ne pouvais pas être gris. Que c'était contradictoire.


    7. Gay et croyant, comment concilies-tu cette contradiction apparente ? Y parviens-tu ? Quel a été ton cheminement ?

    En réalité, je ne vois pas de contradiction. C'était naturel. Je suis né ainsi. Et je suis croyant. Dieu m'a crée comme il a souhaité que je sois. Je ne vois donc pas pourquoi je devrais changer.

    Je suis les deux. Et encore plus que cela. Je ne me définis pas uniquement comme gay et/ou musulman. Je suis brun, souriant et gentil. Et pour moi ce n'est pas contradictoire d'être brun, souriant et gentil. Donc le reste non plus.


    8. Comment perçois-tu le discours et le positionnement des autorités religieuses, globalement peu favorable aux homosexuels ?

    Je pense que mon épanouissement est dû à la façon dont je vis ma religion. Les Textes sont là et ont été écrits à une époque très lointaine. Nous sommes des centaines d'années après. Et selon moi, nous devons évoluer.

    C'est l'enseignement que j'ai reçu de ma famille, dans laquelle les rôles traditionnels sont inversés. Mon Père est le maître de Maison (repas et ménage) et ma Mère celle qui régit le tout. Mon Père n'a jamais voulu que ma Mère se couvre la tête. Et il n'aurait de toute façon jamais pu lui demander.

    La Religion est au dessus de tout. Elle est là pour nous guider à faire le Bien. Je ne vois pas ce que les homos font de mal. Lorsque l'on dit que la Religion est Amour, on n'empêche pas des gens qui s'aiment de vivre.

    A vrai dire, ces dernières années, je fais surtout face à l'intolérance grandissante des gays. Qu'il s'agisse des réseaux sociaux ou même lors de conversations, je me heurte de plus en plus à l'islamophobie. Et si au départ, je voulais l'excuser parce que, oui, les religions peuvent être intolérantes, aujourd'hui, je ne l'excuse plus parce que nous devrions être davantage ouverts et tolérants. C'est comme tous ceux qui reprochent aux blacks d'être homophobes parce qu'en tant que minorité réprimée, elle ne devrait pas s'en prendre aux gays. J'ai envie de dire aux gays qu'il faut se dire qu'il s'agit du même combat. Celui de la Tolérance.

    Je connais aujourd'hui plus de musulmans ouverts que de gays tolérants. J'unfollow de plus en plus sur Twitter et j'ai fini par également dire au revoir à des personnes que j'aimais bien parce qu'elles avaient de plus en plus un discours limite.


    9. Être croyant, c'est pour toi un avantage ou un inconvénient ? En somme, que t'apporte ta religion ?

    La Religion me complète et me donne aussi ce petit côté folklorique, je dois bien l'avouer. Dans un monde de plus en plus athée, j'ai envie de croire en Quelqu'un/Quelque chose de supérieur.

    Les gens sont tellement déçus des politiciens qu'ils n'aiment plus la politique. Je vois la religion de la même manière. Les Religieux (ceux que l'on voit partout tout du moins) ne donnent pas envie de les rejoindre, de croire, parce qu'ils ont une conception tellement rigide de la croyance qu'ils rebutent les autres.

    Je reste convaincu que la Foi et la spiritualité pourraient aider beaucoup de jeunes LGBT dans les moments durs. Mais je comprends aussi pourquoi beaucoup d'entre eux les rejettent. Parce que tout simplement ils ont en face d'eux des gens qui les rejettent également.

    Je vois ma religion comme un avantage. Même s'il est de plus en plus ennuyeux d'entendre tout ce que l'on en dit aujourd'hui. Je ne la verrai jamais comme un inconvénient même si c'est dur d'être musulman aujourd'hui.

    Après des années à faire accepter ma part homosexuelle, j'ai l'impression que le moment est venu de devoir maintenant me battre pour ma part musulmane/religieuse. Et le rejet dont je parlais tout à l'heure en parlant des jeunes LGBT, je commence à le sentir mais vis à vis de mon côté musulman.

    Toujours est-il que si je suis né gay (et que je ne l'ai pas choisi), j'ai choisi d'être musulman. Et je n'abandonnerai jamais aucune de ces deux identités.

    Merci Sofian


    ***
    A relire sur Identités singulières : 

    24 octobre 2016

    Identités singulières : Être gay et croyant - 4ème partie

    13 commentairess
    Est-il possible d'être gay et croyant en 2016 ? 

    Au rythme de un par quinzaine, vous seront présentés plusieurs témoignages guidés par un questionnaire en neuf points laissant toutefois la possibilité d'aménager les réponses librement. Autant de parcours de vie, tous différents - voire totalement contradictoires - de personnes venues d'horizons assez variés et croyantes à divers degrés. Des identités singulières.

    L'objet de cette série de billets n'est certainement pas de faire un quelconque prosélytisme - il suffira de lire pour s'en rendre compte - ni de clore un débat bien trop vaste. 

    Il s'agit seulement d'essayer d'apporter sinon des éléments de réponse, du moins des éléments de réflexion à une question complexe que je trouve passionnante.

    Et s'il s'en trouve parmi les lecteurs qui seraient intéressés pour laisser à leur tour leur témoignage, n'hésitez par à me contacter par courriel : tambour.major@yahoo.fr

    * * *


    Henri


    1. Peux-tu te présenter ? Âge, profession (quelques mots pour décrire ce que tu fais), où tu habites, où tu as grandi.

    J’me présente, je m’appelle Henri, j’voudrai bien réussir ma vie, être aimé. Être beau, gagner de l’argent puis surtout être intelligent … 

    J’ai 52 ans, je suis né à Rouen en Seine-Maritime et je viens juste de m’y installer après avoir vécu à Paris longtemps.


    2. A quels moments de ta vie as-tu compris puis accepté ton homosexualité ? Quel a été ou quel est ton cheminement ?

    J’ai commencé à regarder les garçons vers 12 ans sans trop savoir le pourquoi du comment. C’est au lycée que j’ai vraiment pris conscience de mon homosexualité. Au début des années 80, l’homosexualité n’est pas encore rentrée dans les mœurs, c’est un euphémisme. Pour trouver des gars comme moi ça n’a pas été simple et pas simple du tout de trouver un bar gay, une discothèque gay, à Rouen, en province donc et en 1980 !

    Et puis, une graphologue que j’avais consultée m’a dirigé vers une psychologue auprès de qui je me suis fais confirmer qu’être homosexuel n’était en aucune façon une maladie. À partir de là, j’ai vraiment assumé. Mais avant ça, j’ai bien sûr expérimenté dans le plus grand secret, of course. C’était en 1984, j’avais 20 ans, j’avais eu de l’argent par mon premier job d’été avec lequel je me suis offert un blouson aviateur en cuir et les séances de la psy.

    Ensuite, après avoir emménagé à Paris pour me bâtir une carrière professionnelle et une vie sexuelle et amoureuse fantastique, je me suis rendu compte que je ne voulais pas sacrifier ma vie professionnelle pour un garçon blond absolument adorable et horripilant à la fois. 
    Je me suis inscrit dans des agences matrimoniales pour essayer les filles et pour avoir des bases solides pour progresser professionnellement. Un fiasco, bien sûr. Dans les années 90, l’un de mes employeurs, un gay parisien flamboyant me montra le chemin à suivre ! 


    3. Es-tu out ? Auprès de ta famille ? de tes amis ?

    Oui complètement out dans ma famille proche. Le reste de ma famille doit être au courant également mais pas par moi. Faut dire qu’en m’expatriant à Paris, j’ai coupé sans le vouloir forcément, tous les liens avec la famille à l’exclusion de mes parents, ma sœur et mon frère.
    Mes amis sont bien sûrs tous au courant. Après, quand des gens me demandent si je suis gay, je réponds toujours oui que ça plaise ou non.


    4. As-tu grandi dans une famille religieuse ?

    Ma mère orpheline pendant la seconde guerre mondiale a été mise à l’abri chez les bonnes sœurs. Elle nous a raconté bien plus tard qu’elle avait été choquée par l’attitude d’une religieuse qui se la « pétait » ce qui se révélait être en complète contradiction avec la sévérité de l’éducation religieuse dispensée. Elle nous transmettra plus tard une éducation basée sur la politesse et le qu’en-dira-t-on.

    Ma sœur a fait sa première communion mais pas de confirmation, j’ai été baptisé mais pas de communion et mon frère n’a pas du tout été baptisé. C’est suite seulement à des problèmes de logistique que ma mère s’est éloignée progressivement des institutions religieuses. 

    Dans ma famille personne ne va à la messe mais tous se marient à l’église et reçoivent tous une cérémonie religieuse à l’église quand ils sont coincés entre quatre planches d’un cercueil. C’est parce que « c’est comme ça », c’est aussi parce que c’est la meilleure chose à faire ou la moins pire.

    Enfant, je suis allé au patronage avec mon frère. Juste une seule année. Ma mère a profité de cette opportunité pour nous occuper le jeudi après-midi. J’aimais bien les activités manuelles (j’avais fait une maquette de planeur de 1,20 m d’envergure en balsa de toute beauté !). Je me souviens que le couple qui assurait le patronage nous lisait des passages de la bible et qu’ils nous faisaient chanter des chansons gaies et entraînantes (tout autour de Jéricho, tout autour de Jéricho, tout autour de Jéricho l’armée marcha et ce fut sept fois sans arrêt la la la la …*). 

    Un jour, ils nous ont disputé car on leurs avait fait croire qu’un copain ne serait pas là. Mais c’est très mal de mentir. Je me souviens avoir objecté que ce n’était pas grave, que c’était juste pour rire. Et bah non ! C’est mal ! 

    Et puis un autre jour, ils nous ont demandé de prier à voix haute au prétexte que le message passait mieux quand il était exprimé à haute et intelligible voix (même devant tout le monde). Je me souviens m’être creusé la tête et avoir évacué toutes les requêtes d’amour et de paix dans le monde car des prières comme ça il devait s’en faire plein tous les jours. Moi, je pensais qu’il fallait vraiment trouver un truc qui ne fasse l’objet d’aucune prière. Autant être efficace d’un seul coup, surtout que c’était à voix haute ! J’ai prié pour que tous les chiens abandonnés retrouvent un maître. J’étais super fier de moi et puis sur le chemin du retour, un copain chrétien jusqu’au bout des mocassins, m’a engueulé que ça ne se faisait pas de prier pour les chiens !

    On rigole, on rigole mais ce sont des petits détails comme ça qui font que j’ai décroché de cet univers et si l’année d’après ma mère nous a proposé d’y retourner, j’ai décliné poliment l’offre.

    * J’ai appris bien plus tard que ce fût un bien beau massacre la prise de Jéricho (l’amour du prochain toussa …)


    5. Quelle importance revêt la religion dans ta vie actuelle ? 

    J’allais dire « aucune » mais ce serait un mensonge. Elle fait remonter en moi de la colère, de la tristesse, du désappointement, de l’incompréhension et surtout de la fatigue. La religion et ses représentants (la parole du pape n’est à mon avis que de la communication elle ne vaut pas mieux que la parole d’un politicien, ce qu’il est aussi.) ont permis mon apostasie fin 2010. En clair, j’ai renié mon baptême et obligé l’archevêché de Rouen à le stipuler sur le registre des baptêmes. 

    S’il y a une importance à donner à la religion dans ma vie actuelle, c’est qu’à ma mort, elle ne s’appropriera pas ma dépouille. Pensez-y. Ce n’est pas rien … 

    Combien dans le doute, au moment final sur un lit d’hôpital ou dans un lit design s’en remettront in fine à l’Église ? La valeur de la vie ne vaut que dans l’expectative de l’après mort. 


    6. La religion a-t-elle été ou est-elle un frein à ton acceptation ? 

    La religion a bien été un frein à mon acceptation tout comme la société corsetée des années 80. Je dirais ni plus ni moins. À l’âge où je me construisais, la religion n’a pas été un refuge pour moi là où la société dépénalisait seulement l’homosexualité qu’en 1982. 

    L’homosexuel en 1980 était un criminel et un pêcheur ! On pouvait rêver mieux comme « choix » de vie, non ?

    Ensuite la religion chrétienne ne m’a pas emmerdé outre mesure avant qu’elle ne descende dans la rue avec La Manif pour Tous. La religion est respectable lorsqu’elle ne s’autorise pas à s’immiscer dans l’organisation de la vie sociétale et ce d’autant plus dans une République laïque. Et là, petite précision, c’est la République qui assure le droit et la protection de la pratique religieuse, ce n’est pas l’inverse et ce depuis le 9 décembre 1905 (séparation des Églises et de l'État). Ce n’est pas aux religions de s’autoriser à revendiquer leurs us à la République. Jusqu’à preuve du contraire les religions n’ont jamais été les garants d’une vie de paix et d’harmonie entre les peuples. 

    Pour moi, les religions donnent des réponses à des gens qui se posent des questions, qui cherchent des repères, des voies (voix) tout comme moi, j’ai trouvé des réponses en consultant un psy pendant plus d’une décennie. La fédération nationale des thérapeutes de la racine sacrée de l’ortie blanche n’a pas, à ma connaissance, cherché à imposer ses choix de vie à la République française. 

    La religion est respectable lorsqu’elle reste spiritualité mais elle a bien été un frein à mon acceptation.


    7. Comment perçois-tu le discours et le positionnement de l'Eglise, globalement peu favorable aux homosexuels ?

    Voir question 6. 
    Je résume : Qu’elle ferme bien sa gueule sur les sujets de société, merci.


    8. Alors, j'ai tout bien lu, et j'ai une autre question : Quel est l'élément / l'événement qui a déclenché le passage à l'acte de ta demande d'apostasie ? C'est une démarche qui n'est pas commune... 

    J’ai fait ma demande d’apostasie fin 2010.

    Il n’y a pas d’événement fort, déclencheur mais une accumulation d’événements qui ont construit une atmosphère de haine des LGBT en France. J’ai tout de même vérifié dans mes archives l’événement qui aurait pu être la goutte d’eau qui aurait fait déborder le vase.

    Et j’ai trouvé ! J’ai participé à Paris à la manifestation contre l’homophobie du Vatican : Tarcisio Bertone, secrétaire d’État du Vatican, a affirmé le 13 avril 2010 qu’il existait un lien entre homosexualité et pédophilie.

    Mais n’empêche, je reste sur ma première réponse car la question posée est trop orientée, restrictive. Un événement particulier est facilement démontable, justifiable, contestable, critiquable, relativisable. C’est bien une accumulation d’événements qui m’ont incité à prendre cette décision. L’Église ne m’aime pas ! Et bien je la quitte.

    Bien avant, l’abomination de l’homosexualité de Christine Boutin (avril 2014) et des délires de La Manif Pour Tous, je sentais bien que cette Église et ses fascistes prenaient trop de place dans le débat public pour véhiculer des messages de haine en toute impunité.

    Je regrette par ailleurs le peu de mobilisation des gays parisiens pour toutes ces manifs qui défendaient nos droits, notre honneur, la Pride comprise.

    La petite anecdote concernant la manif contre le Vatican homophobe, c’est que nous n’avons pas été autorisés à manifester devant l’ambassade du Vatican mais juste autorisé au Palais de Tokyo. Le groupe de fachos qui est venu nous insulter n’a pas été inquiété par les forces de l’ordre. On a eu des consignes de sécurité en fin de manif nous demandant de ne pas prendre le métro dans les stations voisines et surtout de ne pas y aller seul. Ambiance.

    Palais de Tokyo – 24 avril 2010 – Against Vatican homophobic

    9. Aujourd'hui, as-tu encore une vie spirituelle ? Crois-tu en quelque chose, en une transcendance ? 

    Je n’ai jamais cru en un dieu, une puissance divine bien définie. Très jeune, j’ai pu y penser mais j’avoue que je ne me rappelle pas avoir eu la Foi.

    Est-ce que j’ai une vie spirituelle ? 
    Au lycée, nous avons étudié les Pensées de Blaise Pascal ; « l’infiniment petit, l’infiniment grand ». J’ai trouvé cela limpide, éclairant, évident. Et au lieu de me plonger dans une angoisse incommensurable, ne trouvant pas ma place au milieu de toute cette organisation de l’espace et du temps, je me suis trouvé rassuré. L’ordre des choses répondait à une organisation sans faille, chaque chose à sa place dans sa juste mesure.

    À cela s’ajoute une leçon bien retenue en chimie, à peu près à la même époque ; la maxime de Lavoisier : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. » Pour moi, c’était rassurant, je n’avais plus d’autres questions à poser et je n’avais plus qu’à me préoccuper de mes petits problèmes personnels à savoir est-ce une maladie d’être gay et surtout est-ce que ça se soigne ? Ce questionnement appelant par la suite d’autres questions, je l’ai formulé auprès de divers praticiens des années durant.

    Et ma vie spirituelle à moi se tourne non pas vers une entité suprême, extra-ordinaire mais vers les gens, les humains, l’Homme. Et je trouve que c’est un bon raccourci pour ne pas être obligé de passer par l’interprétation de textes sacrés, de traditions orales, etc.

    Les religions, de mon point de vue, régissent l’organisation de la vie de l’individu en société. Toutes les grandes civilisations ont eu des souverains serviteurs d’une religion. Toutes les sociétés ont eu des intermédiaires certifiés pour poser des questions existentielles à une entité détentrice de la Vérité. Ces intermédiaires ont régné aux côtés des chefs des civilisations durant des siècles et des siècles.

    Car enfin, qu’est ce que j’ai découvert en travaillant auprès de praticiens non certifiés ? Nous souffrons tous d’inhibitions, de peurs, de jeux de rôle, de dénis, de tabous, etc. Et toutes les religions ont proposé des solutions, des réponses et simultanément ont engendré et cultivé ces mêmes peurs. Tout est sous contrôle. Les religions, la pratique d’une vie spirituelle, permettent de se poser des questions existentielles et d’y trouver les « bonnes » réponses. Et c’est un moindre mal que de ne rien proposer comme réponses à une vie spirituelle, à ce questionnement. Cultiver les peurs pour éviter le chaos.

    Je crois en une transcendance, précisément dans le sens qui va au delà de l’entendement, celle qui consiste à écouter l’Humain en le libérant de toutes ses grilles (ornières) de lecture. Je crois en l’Humain. Je crois qu’il est capable de surpasser ce grand questionnement sur la vie, la mort, l’amour en cherchant les réponses en lui et non plus dans les grands livres d’histoire(s) sacrée(s). L’Humain est une extraordinaire machine, immensément riche, nous n’avons pas fini de le découvrir et aucun texte sacré ni tradition orale ne saura le définir complètement.


    10. Malgré ton apostasie que conserves-tu de l'enseignement chrétien que tu as reçu ? Ou au contraire as-tu tout rejeté en bloc ?

    Ha hum. On s’est mal compris. Je n’ai pas reçu d’enseignement chrétien, enfin pas vraiment. Une seule petite année de patronage à mon actif et encore je n’ai pas compris que c’était du patronage non laïque. On me lisait des passages de la Bible mais pour moi ce n’était que de l’Histoire ou de la lecture d’histoires merveilleuses. J’écoutais comme si j’étais à un cours Histoire de France à l’école. J’ai par la suite tenté de lire par moi même la bible reçue au patronage. J'ai essayé de comprendre des trucs mais l’écriture métaphorique m’a rapidement plongé dans un ennui profond.

    Je n’ai donc rien conservé ni rejeté en bloc.

    Par contre, si j’ai rejeté quelque chose, ce n’est pas la conséquence de mon apostasie mais bien la cause. C’est quand je me suis aperçu que rien ne me liait à la religion chrétienne que j’ai trouvé astucieux d’officialiser la chose en revendiquant pour le coup, mon apostasie.

    Tout ceci m’a amené à chercher au plus profond de moi les questionnements sur Dieu, son existence, sa finalité et j’ai cherché où je pouvais bien me mentir à moi même en refusant d’y croire. Au delà du « folklore* » rattaché à la pratique de la chose religieuse (la prière, les lectures, la messe, la confession, les rites de passage, etc.) que je rejette absolument et totalement, je me suis interrogé, j’ai essayé de ressentir vraiment ce qui me touchait quand j’évoquais Dieu, débarrassé de tous ses « accessoires* ».

    * Je suis respectueux, ce n’est pas injurieux, je veux juste qu’on comprenne bien où je situe la place d’un dieu.

    Pour illustrer mon propos, je vais évoquer la mort, la finalité de toutes les religions me semble-t-il. Je peux très bien expliquer sans aucun trémolo dans la voix que je n’ai pas peur d’elle, que je ne veux pas être enterré mais incinéré. Cela ne veut pas dire que j’y suis prêt. Que je souhaite passer dans l’au-delà tout de suite. Non ! Je suis furieusement attaché à cette vie ici-bas même si parfois c’est un peu la merde quand même.

    Alors pour l’existence de Dieu, j’ai voulu sur le même principe exposé ci-dessus (l’acceptation dans l’énoncé vs son rejet / la négation dans l’énoncé vs son acceptation) mon esprit qui se veut cartésien, m’entraîne vers la négation et en regardant ce qui pourrait se cacher derrière, je découvre … Rien ! Mais vraiment rien ! Je ne ressens absolument rien. La non existence d’un dieu ne m’émeut pas, ne me dérange pas, ne m’angoisse pas.
    Ce n’est vraiment pas une figure de style de ma part de ne pas croire, vraiment.

    Sinon et pour conclure, ma citation préférée juste après : « Is there some reason that my coffee isn't here ? Did she die or something ? » est : « On peut aussi bien prier une sardine, ce n'est qu'une question de foi. »

    Merci Henri.

    ***
    Identités singulières : 

    10 octobre 2016

    Identités singulières : Être gay et croyant - 3ème partie

    6 commentairess
    Est-il possible d'être gay et croyant en 2016 ? 

    Au rythme de un par quinzaine, vous seront présentés plusieurs témoignages guidés par un questionnaire en neuf points laissant toutefois la possibilité d'aménager les réponses librement. Autant de parcours de vie, tous différents - voire totalement contradictoires - de personnes venues d'horizons assez variés et croyantes à divers degrés. Des identités singulières.

    L'objet de cette série de billets n'est certainement pas de faire un quelconque prosélytisme - il suffira de lire pour s'en rendre compte - ni de clore un débat bien trop vaste. 

    Seulement d'essayer d'apporter des éléments de réponse à une question complexe et que je trouve passionnante.

    Et s'il s'en trouve parmi les lecteurs qui seraient intéressés pour laisser à leur tour leur témoignage, n'hésitez par à me contacter par courriel : tambour.major@yahoo.fr

    * * *


    Luc


    1. Peux-tu te présenter ? Âge, profession (quelques mots pour décrire ce que tu fais), où tu habites, où tu as grandi.

    J'ai 35 ans, je travaille pour EDF dans la production d'électricité. Je vis dans le Tarn et Garonne. 


    2. A quels moments de ta vie as-tu compris puis accepté ton homosexualité ? Quel a été ou quel est ton cheminement ?

    Je me suis découvert gay à l'âge de 24 ans, je chemine toujours dans l'acceptation.

    As-tu souffert d'homophobie ? 

    Non du tout. Par ce que je n'en parlais pas autour de moi. Mes camarades n'étaient pas au courant, d'autant que je me suis découvert tard par rapport à d'autres.

    Qu'est ce qui te bloque ? Quels sont les obstacles qui pour le moment sont insurmontables ? 

    Pas grand chose me bloque à vrai dire. 

    Je ne sais pas comment expliquer. J'ai besoin de pouvoir l'assumer un peu plus et de prendre sur moi.

    Les réseaux sociaux m'y aident un peu mais ça ne fait pas tout. Je prends ça surtout au second degré : certains sont là juste pour leur ego, d'autres sont trop au premier degré, il y a un peu de tout.


    3. Es-tu out ? Auprès de ta famille ? de tes amis ?

    Je suis out auprès de quelques amis seulement. Excepté un cousin et sa femme, personne dans la famille sait que je suis gay.

    Mon orientation sexuelle ne regarde que moi. On n'en parle jamais, jamais, par pudeur. On ne parle pas de tout ce qui est de l'ordre de l'intime dans la famille.

    Que crains tu ? Le rejet, l'incompréhension ?

    Je ne crains rien du tout mais j''estime qu'ils n'ont à connaître ma sexualité 


    4. As-tu grandi dans une famille religieuse ?

    Ma famille est catholique non pratiquante.

    Mon baptême et mes communions, je les ai faits pas tradition familiale simplement et pour faire plaisir à ma grand-mère maternelle (un pilier de ma vie).

    Par contre la confirmation c'est moi qui ai demandé à la faire. parce que entre temps j'ai découvert par hasard la vie monastique qui m'a tout de suite interpellé au plus profond de moi.

    Qu'est-ce qui t'a interpellé dans la vie monastique ? C'était quand ? 

    Ce qui m'a interpellé de prime abord c'est de voir des hommes tous habillés pareils d'un vêtement ample. Il ne fallait pas me demander à l'époque si c'était des dominicains ou des cisterciens, j'était jeune. J'avais 12 ans, c'était en 1993. La simplicité qui se dégageait d'eux, leurs visages exprimaient une image de bien être. Ils rayonnaient. C'est là où j'ai pris conscience que si des hommes sont capables de consacrer leur vie à l'écart du monde à la recherche de Dieu, il y a quelque chose car ces gens là, avant de rentrer au monastère, il ont fait des études et avaient une vie.


    5. Quelle importance revêt la religion dans ta vie actuelle ? 

    La religion fait partie intégrante de ma vie c'est comme les avirons sur  un bateau, sans elle je ne peux pas faire grand chose.

    Je vais à la messe environ 3 où 4 fois par semaine, je ne fais partie d'aucun groupe de prière.

    Aller à la messe 3 ou 4 fois par semaine c'est beaucoup. Qu'est-ce que tu y cherches ? Qu'y trouves-tu ?

    La messe, c'est un moment de ressourcement pour moi. Pour donner une image : je vais m'abreuver à l'eau de la source vive.

    Et puis ce que j'aime c'est que dans ce monde qui va dans tous les sens qui ne sait pas où il va, la messe est un pilier, elle est là, elle ne bouge pas.

    Cela rejoint mon désir de vie monastique. Le temps passe, le monde ne sait pas où il va, on le voit dans les actualités, mais pour moi la messe c'est un repère, c'est fixé. Et quand je parle des avirons, des rames de bateau, c'est grâce à elle que tu tiens l'équilibre : le travail et la prière. Prier sans cesse c'est impossible, et travailler sans cesse est également impossible. "Ora et labora", la devise des moines, c'est St Benoît qui dit ça.

    Accessoirement cela me fait travailler mon latin, par la curiosité. En France il y a une grosse inculture religieuse au nom de la laïcité. Beaucoup d'expressions viennent du latin. Au quotidien, les gens ne savent pas d'où viennent les mots qu'ils emploient.  


    6. La religion a-t-elle été ou est-elle un frein à ton acceptation ? 

    Je n'ai pas de réponse à cela. Elle n'a jamais été un frein. Le frein est plus d'ordre social que religieux. 


    7. Gay et croyant, comment concilies-tu cette contradiction apparente ? Y parviens-tu ? Quel a été ton cheminement ?

    Pour ma part tout se passe bien, je prend énormément de recul.

    Dans la vie je prend les choses avec recul et discernement généralement. Je prends beaucoup de recul sur les choses, parfois un peu trop. C'est dans mon caractère.

    Je sais que tu te rends régulièrement dans une communauté monastique. Tu peux nous en parler ? 

    Là où je me rend régulièrement c'est une communauté monastique ouverte d'esprit ou ils ne rejettent pas les gays car certains des frères le sont.

    Ça s'est fait grâce à un prêtre accompagnateur spirituel que j'avais rencontré via le site du diocèse de Montauban. J'avais besoin de quelqu'un pour m'accompagner, afin de m'aider à discerner sur la vie monastique. J'avais 31 ou 32 ans, j'en ai 35. Il m'a recommandé les Fraternités Monastiques de Jérusalem. J'y suis allé 2 fois, ils sont à Paris. Le problème c'est que si la liturgie des Fraternités Monastiques de Jérusalem me plait, ce qui me dérange en revanche c'est la ville, le bruit permanent de la ville.

    Je connaissais les Cisterciens et on m'a proposé d'aller voir une communauté Bénédictine.

    J'ai eu quelques périodes de doutes mais ça me revient toujours dessus. Tu fais tout pour ne pas y penser et poum ! ça te revient en plein milieu de la figure.

    La première fois, j'y suis allé à reculons. J'ai fait confiance à mon accompagnateur qui m'avait conseillé d'y passer 3 jours seulement, pour commencer. J'y suis arrivé - c'est tout un truc, ça m'a tellement marqué ! - j'y suis arrivé un après-midi, la veille des Cendres, le jour de la Chandeleur, un mardi donc.

    Déjà, avant d'arriver, je trouvais le paysage joli car on ne voit pas l'abbaye depuis la route. Et là, en m'approchant, j'ai vu cette abbaye cachée dans la végétation. J'ai trouvé ça beau. J'ai posé mes affaires à l'hôtellerie puis je suis allé à l'église. Cette église, quand j'y suis entré, ça m'a frappé : la beauté et la simplicité. Quelque chose m'interpellait. Je me suis assis et j'y suis resté un long moment, à la regarder.

    Puis vint l'office des Vêpres. Le fait de voir ces moines tout en noir avec ces visages qui rayonnaient, ça m'a frappé. J'ai trouvé ça joli. Ils rayonnent ces gens-là. Ils sont arrivés deux par deux. Ça n'en finissait pas d'arriver. Je me suis dit "Mais ils sont combien ces gens là ?". C'était un truc de fou. T'en voyais jamais la fin. Ça ne s'arrêtait jamais !

    Et là, dès les premières notes de l'orgue pour le psaume, ça ma pris aux tripes, dès le 1er hymne. J'en avais les larmes aux yeux, des frissons partout. Je pleurais littéralement de joie. Je ne pouvais pas m'arrêter. Ce n'était pas de la tristesse mais de la joie. J'avais ressenti que la vie monastique m'attirait. J'avais ressenti un appel sans réussir à mettre de mot dessus. Mais là ça m'a interpellé... J'essayais de trouver une excuse : l'orgue, la qualité du chant, les voix...? C'est la 1ère fois de ma vie que j'ai ressenti ce que c'était une joie profonde. Je me suis dit "T'es là, t'es chez toi".

    Les jours suivants j'étais bien, même le jour des Cendres qui est plutôt aride. Même l'office de nuit...

    Je suis reparti le surlendemain, il fallait faire ma vie, mais j'étais déchiré de partir. Non pas déchiré de tristesse car je savais que j'allais revenir.

    Ce jour-là, le jour de la Chandeleur, avec les lumières, c'était aussi la Chandeleur dans mon cœur. C'est le Christ qui me parlait. Ces gens là, cet endroit-là... C'est vraiment un endroit fort fort fort. Ça ma procuré une joie "monastique". Une joie intérieure. T'es pas là à sauter partout. C'est intérieur.

    Je n'ai jamais été vraiment amoureux de quelqu'un, mais quelqu'un qui trouve sa moitié trouve à l'intérieur de lui une joie qu'il ne peut pas décrire. C'est ce que j'ai ressenti ce jour-là.

    Je suis reparti, j'en parle avec du recul maintenant, mais j'étais sous le coup de l'émotion.

    J'y suis revenu trois mois et demi plus tard, au mois de mai. Et dès que j'y suis revenu, j'ai ressenti exactement la même joie.

    Depuis, il ne se passe pas 4 ou 5 fois par jour sans que je ne pense à cette communauté, et chaque fois que j'y pense, je suis bien.


    8. Comment perçois-tu le discours et le positionnement des autorités religieuses, globalement peu favorable aux homosexuels ?

    Je laisse dire, ça me passe à 10 000  au dessus.

    La Manif pour Tous, tu as vécu ça comment ? 

    La Manif pour Tous, j'ai une copine qui l'a fait. J'ai pas compris. C'est des gens bien, qui ont accueilli des gens, qui aident des réfugiés, qui aident des gens dans la merde quoi, et qui détestent Le Pen. Et pourtant qui ont fait la Manif pour Tous... C'est pas des tradis. J'ai pas compris. C'est les premiers à faire la fête. Ils m'ont encore invité pour Pentecôte. D'une gentillesse et d'une bonté...! Ils sont serviables. Ils aiment déconner. Combien de fois ils ont aidé des sans-papier...? Mais bon, j'ai pas trop compris.

    Après, j'ai respecté leur opinion mais point-barre. Je n'ai pas discuté avec eux pour ne peux pas me prendre la tête. Ce sont des gens que je n'ai pas envie de quitter. Des gens humbles et serviables. Ça m'a fait chier un peu. Mais après je suis passé au-dessus. Je ne voulais pas gâcher tant d'années d'amitié pour ça.


    9. Être croyant, c'est pour toi un avantage ou un inconvénient ? En somme, que t'apporte ta religion ?

    Je ne sais pas dire. Par contre être croyant c'est dans mon ADN, même si j'ai eu des périodes de désert ça revient à toi. J'ai décidé de consacrer ma vie à la recherche de Dieu que je ne croiserai jamais.

    Je recule l'entrée en vie monastique peut-être par lâcheté de me retrouver dans un monde aride ou je sais que la source vive est présente et inépuisable.

    Le désert, qu'est-ce que c'est pour toi ? 

    Le désert, ce sont les moments de doute, et après le doute se dissipe. Pour moi je reviens toujours à la vie monastique. Pour moi Dieu c'est le visage de la communauté monastique.

    Une communauté monastique c'est plus qu'une famille mais quelque part on ne s'est pas choisis. Je prends un exemple tout bête: c'est comme dans la vie au travail. On choisit l'entreprise, pas le personnel qu'il y a dedans. La communauté, c'est un compagnonnage. Tu es avec des gens avec qui tu ne t'entendrais pas dans la vie quotidienne. On ne choisit pas ses frères. C'est une ascèse...

    Et oui, pour moi la religion me procure de la joie, une joie simple.
    Une joie monastique, simplement ;)


    Merci Luc.

    ***
    Identités singulières : 

    26 septembre 2016

    Identités singulières : Être gay et croyant - 2ème partie

    2 commentairess
    Est-il possible d'être gay et croyant en 2016 ? 

    Au rythme de un par quinzaine, vous seront présentés plusieurs témoignages guidés par un questionnaire en neuf points laissant toutefois la possibilité d'aménager les réponses librement. Autant de parcours de vie, tous différents - voire totalement contradictoires - de personnes venues d'horizons assez variés et croyantes à divers degrés. Des identités singulières.

    L'objet de cette série de billets n'est certainement pas de faire un quelconque prosélytisme - il suffira de lire pour s'en rendre compte - ni de clore un débat bien trop vaste. 

    Seulement d'essayer d'apporter des éléments de réponse à une question complexe et que je trouve passionnante.

    * * *


    Karim


    1. Peux-tu te présenter ? Âge, profession (quelques mots pour décrire ce que tu fais), où tu habites, où tu as grandi.

    J'ai tout juste 40 ans , je vis dans le 77 et je bosse dans le domaine des transports . J'ai grandi sur Nice et je vis en région parisienne depuis 2000. Je suis beur et musulman.


    2. A quels moments de ta vie as-tu compris puis accepté ton homosexualité ? Quel a été ou quel est ton cheminement ?

    Assez tard, vers 20 ans . Je refoulais je pense mon homosexualité avant cela. Mais dès 20 ans, ma curiosité a pris le dessus sur ce rejet. Internet via ma scolarité m'a permis de me comprendre en consultant des sites comme Kelma qui marchait très bien à l'époque.


    3. Es-tu « out » ? Auprès de ta famille ? de tes amis ?

    Non je suis discret auprès de ma famille . Il n'y a qu'un seul ami hétéro qui le sait. Les autres qui le savent sont gays comme moi.


    4. As-tu grandi dans une famille religieuse ? Fêtiez-vous les fêtes religieuses ? 

    Oui j'ai grandi en faisant le ramadan avec mes parents même si ils sont très ouverts. J'ai des frères et sœurs qui ne sont pas musulmans et ils ne sont pas pour autant rejetés par ma famille. Par contre je ne pense pas qu'ils prendraient bien mon homosexualité donc je préfère ne rien leur dire à ce sujet pour garder un très bon contact avec eux.


    5. Quelle importance revêt la religion dans ta vie actuelle ? 

    Ma foi est en moi. Je ne suis pas pratiquant modèle (je ne fais pas la prière) mais je fais le ramadan.

    Sinon je dirai que ma religion peut parfois me guider dans mes les choix de ma vie. Je n'ai jamais à ce jour commis de délit, en partie grâce à elle mais aussi au bon sens acquis par l'éducation que j'ai reçu auprès de mes parents.


    6. La religion a-t-elle été ou est-elle un frein à ton acceptation ? Explique pourquoi. 

    Bien entendu. J'ai eu du mal, une fois le cap franchis, à m'accepter, me sentant même parfois sale.

    Mais avec de l'âge , je pense être devenu plus mature et je parviens à faire la part des choses et donc à concilier ma religion et mon homosexualité.


    7. Gay et croyant, comment concilies-tu cette contradiction apparente ? Y parviens-tu ? Quel a été ton cheminement ? 

    A 40 ans oui car j'arrive à me dire à moi même : Je suis gay , j'aime les mecs. 10 ans auparavant quand je me disais cela qu'à moi même, je réussissais à en avoir honte.

    Mon homosexualité n'a jamais ébranlé ma foi même si ma religion est très dure à ce sujet. Mais l'islam ne parle  pas de l'homosexualité proprement dite mais du peuple de Lot et de sa pratique du coït anal. Comme je n'ai pas une vie sexuellement active (je ne couche qu'avec des sentiments, j'évite les plans culs), je me dis , du moins j'espère que Dieu me pardonnera d'avoir AIMÉ des hommes...


    8. Comment perçois-tu le discours et le positionnement des autorités religieuses, globalement peu favorable aux homosexuels ?

    Je me dis qu'il faut l'être (gay) pour le comprendre. Et bien entendu quand j'entends des discours homophobes de ces autorités, je les ignore et n'en prends pas compte.


    9. Être croyant, c'est pour toi un avantage ou un inconvénient ?  En somme, que t'apporte ta religion ?

    Je ne me permettrai pas de dire que c'est un avantage car ce serait juger les non croyants et je n'aime pas qu'on fasse de même pour moi.

    Mais je peux dire plutôt ceci : La religion a été, et est un avantage pour MOI. Je suis resté droit toute ma vie même en ne suivant pas le code moral de la sexualité imposé par les religions mais aussi notre société.


    10. tu dis que la religion t'aide dans certains choix de vie. Peux tu expliquer, donner un ou deux exemple ?

    C’est surtout dans la sagesse de mes décisions. La religion ne se limite pas aux interdictions sexuelles. C’est aussi le respect de l’autre, l’interdiction de faire du mal.

    Malheureusement les médias déforment trop et les gens se contentent de croire les médias sans se renseigner. Ma religion ne rejette pas les juifs, chrétiens ou autrui. Quand un juif par exemple entre dans ma vie que ce soit par le biais du travail ou autre, mon coeur lui restera ouvert de la même manière que si c'était un musulman. Je ne le rejette pas, comme font, je le reconnais aussi, certains musulmans... Je dormirai mal également si je volais quelqu’un ou dans un magasin ou autre.

    De ce fait même si j’en ai déjà eu l’occasion , je n’ai jamais volé à ce jour . (Hormis 2 posters quand jetais ado et influençable **Clignement d'œil**. Et justement je ne suis pas un mec influençable depuis que je suis devenu adulte grâce en grande partie à la religion avec ses règles de base sur le respect de l’autre et de faire du bien ...


    11. Dix ans auparavant tu te sentais "sale" dans ta sexualité. Comment as-tu réussi à te débarrasser de cette sensation ? Qu'est-ce qui t'a aidé ? Quel a été ton cheminement ?

    L’amour dans un premier temps. J’ai su apprendre à avoir des relations sexuelles sans me sentir sale une fois l’acte accompli. Car les sentiments pour l’autre étaient bien présents.

    J’ai compris avec le temps que c'était le fait de faire du sexe avec un mec lambda qui me rendait sale à mes yeux. Cela me ramenait directement vers le rejet de ma religion envers le coït donc grosso modo l’acte sexuel.

    Quand je fais l’amour, je ne me sens plus du tout sale. Mais si je “baise”, j’aurai des regrets c’est certain. Donc cette sensation de se sentir sale a disparu avec le simple fait que je ne couche plus avec un mec juste pour du cul...


    12. Tu as eu longtemps un blog sur lequel tu parlais de ta foi et de ton homosexualité. A-t-il été un outil pour grandir dans ta sexualité ? Et si oui, en quoi ? 

    Je n’avais pas de confident à ce moment là. Ce blog a plus été un outil servant de journal intime.

    Le fait de partager mon vécu , mes envies et craintes m’a permis de m’accepter avec le temps en me rendant compte que je n’étais pas “hors normes” et qu’au vu des nombreux commentaires et messages qu’on me laissait, j’étais un mec comme beaucoup d’autres dans mon cas...


    Merci Karim.

    ***
    Identités singulières : 

    12 septembre 2016

    Identités singulières : Être gay et croyant - 1ère partie

    27 commentairess
    Est-il possible d'être gay et croyant en 2016 ? 

    Au rythme de un par quinzaine, vous seront présentés plusieurs témoignages guidés par un questionnaire en neuf points laissant toutefois la possibilité d'aménager les réponses librement. Autant de parcours de vie, tous différents - voire totalement contradictoires - de personnes venues d'horizons assez variés et croyantes à divers degrés. Des identités singulières.

    L'objet de cette série de billets n'est certainement pas de faire un quelconque prosélytisme - il suffira de lire pour s'en rendre compte - ni de clore un débat bien trop vaste. 

    Seulement d'essayer d'apporter des éléments de réponse à une question complexe et que je trouve passionnante.

    * * *


    Nathan


    1. Peux-tu te présenter ? Âge, profession (quelques mots pour décrire ce que tu fais), où tu habites, où tu as grandi.

    53 ans. En charge des affaires familiales depuis quelques années après avoir été acheteur international pour un groupe de la grande distribution. Où ais-je grandi ? Un peu partout en France au gré des mutations paternelles.


    2. A quels moments de ta vie as-tu compris puis accepté ton homosexualité ? Quel a été ou quel est ton cheminement ?

    Je crois avoir compris très tôt que j’étais homo, vers 10 ans environ alors que j’étais pensionnaire dans une école privée. Mes premières expériences touche-pipi remontent à cette période. Après pendant longtemps, j’ai joué sur les deux tableaux : des relations avec des nanas tant pour le plaisir que pour le qu’en dira-t-on et des relations avec mecs discrètes. Mais peu à peu cette ambivalence m’insupportait de plus en plus.

    C’est vers l’âge de 30 ans que j’ai réellement fait le choix d être ce que j’étais : homo. Ce passage s’est fait sans douleur aucune, cela a même été un soulagement et depuis tout va pour le mieux dans  ma tête de pédé :)


    3. Es-tu out ? Auprès de ta famille ? de tes amis ?

    La quasi-totalité de mes amis et de ma famille proche sont au parfum. Pour le reste, si on me pose la question, je dis oui « je suis pédé, ça pose un problème ? »  et si non, je ne me découvre pas, ma sexualité ne regarde personne. Je ne suis pas militant de la cause LGBT et en tant que pédé n’aspire qu’à une chose le droit à l’in-différence.


    4. As-tu grandi dans une famille religieuse ? 

    Oui famille avec parents très croyants et pratiquants. J’ai fait tout le parcours, du baptême à la confirmation. Je devais participer aux JMJ [NDLR : Journées Mondiales de la Jeunesse] de Paris avec Jean-Paul II mais fut cloué au lit pendant 3 mois par une hépatite.


    5. Quelle importance revêt la religion dans ta vie actuelle ? 

    Dès que je fus capable de penser à peu près par moi-même, la religion n a plus eu aucune importance pendant très longtemps, j’en avais sans doute trop bouffé dans ma jeunesse et… voir réponse à question 6.


    6. La religion a-t-elle été ou est-elle un frein à ton acceptation ? 

    Et j’estimai que la religion était un obstacle à mon homosexualité  de la même façon que les cathos m’expliquaient que l’homosexualité était une chose affreuse. Puis peu à peu j’ai évolué et, à mon sens, l’église catholique aussi (mais pas forcément les cathos) : les homos n’étaient plus des malades, « qui sommes-nous pour juger ? ». Reste le comportement, la sexualité et notre façon de la vivre qui pose encore problème puisque l’église, si elle ne nous reproche plus d’être pédé, elle nous demande quand même de nous abstenir, bref de ne pas baiser :)

    Ceci dit, c’est moins la religion qui m’intéresse et qui est importante que la spiritualité. Tous le rituel de l’Eglise ne m intéresse pas : je ne crois pas en l’eucharistie, ni en la résurrection et en la Ste Trinité. Par contre la prière et la religiosité des lieux de prière ou de contemplation m’apaisent et deviennent importants pour moi.


    7. Sur les points 5 et 6 tu dis t'être passé de la foi pendant un bout de temps avant d'y revenir. Qu'est-ce qui, justement, t'a fait renouer avec elle ? Y a-t-il eu un événement particulier ? Quel a été ce cheminement ?

    Mon retour à la foi est encore très fragile, le souhait y est mais trop de choses me retiennent encore. Comme par exemple (et quand bien même je comprends que cela puisse être difficile, voire quasi impossible pour elle ) lorsque l'Eglise acceptera pleinement les homos, sans que leur acceptation soit soumise à l'abstinence.

    Ce qui me fait renouer avec ? Sans doute l'âge, le fait d'avoir tout eu de ce que matériellement on peut avoir envie d'avoir et s'apercevoir que cela ne suffit pas ou tout du moins que cela ne peut être vivable sans une dimension spirituelle. Un événement ? Pas vraiment si ce n'est cette toute petite et merveilleuse église du XVeme perdue au fin fond de l'Aveyron sur laquelle je suis tombé par hasard, il y a 5 ans: un cadre magnifique,superbe. Un panorama à couper le souffle. De cet endroit se dégage une " religiosité " qui m'est tombée sur le coin de la tronche comme jamais, pas même à Notre Dame, Beauvais, Chartres ou ailleurs. Double hasard, je porte le prénom du Saint de cette église. Et pourtant, j'ai roulé ma bosse :)


    8. Autre point : quand tu récites le « Notre Père », que mets-tu derrière ? Le poids des mots avec une vérité "de foi" ? une communion avec tous les croyants qui partagent cette prière ? une tradition ? 

    Je récites rarement le Notre Père, et quand cela se produit, disons plutôt que c'est par tradition. Ma prière est plutôt méditative, silencieuse et contemplative.


    9. Gay et croyant, comment concilies-tu cette contradiction apparente ? Y parviens-tu ? Quel a été ton cheminement ? 

    Encore une fois, je ne suis pas croyant au sens habituel, juste quelqu'un qui prie, sait se recueillir et prendre le temps de réfléchir. Les textes par contre m'intéressent car ils donnent matière à réflexion. Je reconnais aussi que ceux qui croient, grâce ou par la religion catholique, font avancer le monde à leur manière et font souvent de grandes choses.

    Dès lors que je ne me considère pas comme croyant « classique »,  je ne vois pas de contradiction entre mon homosexualité et la religion. 


    10. Comment perçois-tu le discours et le positionnement de l'Eglise, globalement peu favorable aux homosexuels ?

    Comment pourrait-il etre favorable ? L’Eglise est dans son rôle. Ceci dit, ne nous fions pas au discours bouffe-curés des médias en général qui considèrent que l’Eglise est rétrograde en refusant les homos. Elles ne les refusent pas. Elle les acceptent bien volontiers mais leur demande de s’abstenir car la nature même de la sexualité homosexuelle est contraire aux grands principes et dogmes de la religion catholique.

    Après chacun fait comme il veut et s’adapte à ces mêmes dogmes. Perso, j ai choisi de continuer à « baiser » . Nul doute néanmoins que cette « abstinence »  requise est un des principal frein à mon adhésion totale à l’Eglise catholique. Mais ça ne me pose pas plus de problème que cela. Je suis entrain de voir si l’église orthodoxe est plus «  libérale »  sur le sujet…


    11. Être croyant, c'est pour toi un avantage ou un inconvénient ?  En somme, que t'apporte ta religion ?

    Etre croyant est incontestablement un avantage dans ce monde de brutes. Cela permet de relativiser beaucoup de choses et d'agir un peu moins bêtement, superficiellement, mécaniquement, artificiellement que ceux qui ne le sont pas. La religion m’apporte une sorte « d’élévation de l’âme ».


    Merci Nathan

    ***

    Identités Singulières :

    1 septembre 2016

    Identités singulières : Être gay et croyant en 2016 - Prologue

    6 commentairess
    Est-il possible d'être gay et croyant en 2016 ? La question paraît assez paradoxale tant l'animosité dont semblent faire montre les religions à l'encontre de l'homosexualité est vive.

    Indépendamment de la question religieuse, et même si les choses vont globalement dans le bon sens, être gay au XXIe siècle n'est pas encore une sinécure.

    Tolérée plus que réellement acceptée, toujours moquée et émaillée de faits divers dégoûtants qui la stigmatisent, l'homosexualité fait encore partie de ces différences dont il faut s'accommoder. Une "singularité" sur la base de laquelle il faut construire son identité, apprendre à se connaître et à connaître cet autre qui n'est pas tout à fait comme les autres.

    Le religieux est également une question qui me tient à cœur, étant moi-même croyant et ayant livré ma propre expérience sur ce sujet dans un précédent billet de 2010. 

    Depuis des années maintenant, la place de la foi religieuse dans la société en général, et dans la société française en particulier, est en net déclin. Il est loin le baptême de la France fille aînée de l'Eglise...

    Ainsi un article du journal Le Monde paru en mai 2015 sur la question, indiquait que : 
    « En 2012, l'association de sondages WIN/Gallup International, spécialiste de la question, a demandé à plus de 50.000 personnes dans 57 pays si elles se considéraient « religieuses », « non religieuses » ou « athées convaincues ». A cette question, environ un tiers des Français répondent être « non religieux » et presque un autre tiers « athées ». On obtient donc 63 % de Français qui ne s'identifient à aucune religion contre seulement 37 % de Français religieux. »
    La question mérite néanmoins le détour à plusieurs titres. Non seulement en raison, comme je l'exprimais tantôt, de l'apparente contradiction qui semble exister dans cette audacieuse conjugaison entre foi et homosexualité ; mais aussi de par une forme de rejet assez puissant du religieux, sous toutes ses formes et qui émane notamment de la sphère LGBT. "La religion se passe des gays, les gays se désintéressent de la religion"* pour paraphraser Napoléon Bonaparte.

    Alors, comment conjuguer foi et homosexualité au présent ? Comment ne pas imploser sous cette apparente contradiction ? Est-il possible d'être gay et croyant et de vivre librement ces deux visages de notre identité ?

    Il en est qui y parviennent, tant bien que mal, ou qui ont essayé. Tel est le cas d'un certain nombre de personnes à qui j'ai demandé si elles voulaient bien livrer leur vision des choses, leur expérience personnelle, guidé en cela par un questionnaire en neuf points que je leur ai soumis tout en leur laissant la possibilité d'aménager leurs réponses librement. 

    Attention, l'objet de cette série n'est certainement pas de faire un quelconque prosélytisme - il suffira de lire pour s'en rendre compte - mais seulement d'essayer de donner des éléments de réponse à une question complexe et que je trouve passionnante.

    Cette série de billets qui commence aujourd'hui au rythme de un par quinzaine, présentera donc plusieurs témoignages, autant de parcours de vie, tous différents - voire totalement contradictoires - de personnes venues d'horizons assez variés et croyantes à divers degrés. Des identités singulières.

    Leurs propos, rigoureusement retranscrits sont libres, authentiques, souvent très forts. Que ces personnes - dont l'anonymat sera préservé (les prénoms sont fictifs) - soient chaleureusement remerciées d'avoir accepté de se livrer, à cœur ouvert et en toute confiance.

    Ces billets sont en outre une forme de renvoi d'ascenseur à destination de ceux qui, jeunes ou moins jeunes, se cherchent encore et qui ont besoin de lire sur le sujet afin de se construire et de déconstruire leurs angoisses sur leurs convictions religieuses, convictions qui lient les esprits et peuvent opprimer les corps de l'intérieur bien plus cruellement que n'importe quel lien matériel. Pareilles lectures m'ont été, dix ans en arrière, d'une aide précieuse et salutaire. Puisse cette série être ma petite pierre à l'édifice.

    Et s'il s'en trouve parmi les lecteurs qui seraient intéressés pour laisser à leur tour leur témoignage, n'hésitez par à me contacter par courriel : tambour.major@yahoo.fr

    Rendez-vous le 12 septembre pour la première partie.


    * « Les concubins se passent de la loi, la loi se désintéresse d'eux ». 
    Mot attribué à N. Bonaparte lors des travaux préparatoire du Code civil promulgué en 1804.