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  • 17 novembre 2019

    Légitime ?

    La question de savoir si je suis légitime en ce que je fais et celle de ma juste place, tant à titre personnel que professionnellement parlant, me travaille depuis un long moment. J'avais pu à cet égard discuter voici quelques temps déjà avec l'ami Tarvalanion qui se tourmentait alors pour les mêmes raisons. C'est lui qui d'ailleurs me parlait du "syndrome de l'imposteur" sur lequel il avait un peu travaillé et dont les contours me paraissent étrangement familiers.

    Selon Wikipédia, le syndrome de l'imposteur est une forme de doute maladif qui consiste essentiellement à nier la propriété de tout accomplissement personnel. Les personnes qui en souffrent tendent à rejeter plus ou moins systématiquement le mérite lié à leur travail et attribuent le succès de leurs entreprises à des éléments qui leur sont extérieurs comme la chance, un travail acharné, le piston ou des circonstances particulières qui leur ont été favorables et qui expliquent, indépendamment de leurs mérites propres, leur succès.

    Ces phases de doute sont heureusement très souvent anéanties et renvoyées dans leurs pénates par une toute petite prise de recul. Regarder objectivement les faits, prendre le temps de faire le bilan de ce qui a été accompli et se rendre compte qu'en réalité et objectivement, tout n'a pas été si nul, voire carrément bien. Cela aide à reprendre une juste et saine mesure des choses. 

    Au niveau professionnel, j'ai mis du temps à assumer pleinement mon métier et à commencer à croire en moi. Je me rappelle que, les premières années, je me sentais totalement étranger à ma profession et n'en parlais jamais. Par la suite, mon expérience désastreuse avec ma connasse de boss m'a mis dans un tel état de doute que j'étais à deux doigts de vouloir me réorienter et quitter ce métier. Ce billet de novembre 2016 - trois ans déjà - en est le terrible témoin. Lui claquer la porte au nez à cette folle, n'y jamais revenir et prendre mon envol fut une décision très difficile mais ce fut une bonne décision.  

    Depuis, j'ai pris confiance en moi et retrouvé un sens à ce que je fais. Pour autant, est-ce que je me sens légitime ? Répondre par une affirmative inconditionnelle m'est difficile. Mes diplômes m'en donne le droit. Mais un morceau de papier ne fait pas tout. Je dirais qu'il ouvre une porte mais ne fait rien de plus. La légitimité vient, pour moi,  peut-être essentiellement du regard de ses pairs et de l'appréciation que l'on ressent portée sur nous.  

    Hormis cela, je sais que je bosse plutôt bien, que je bosse beaucoup, probablement trop, mais je n'ai plus peur d'afficher ce que je fais. Et les gens voient en moi un professionnel compétent. C'est déjà pas mal. Travailler beaucoup, c'est d'ailleurs une des conséquences de ce sentiment d'imposture. Outre que je suis un perfectionniste dans l'âme, travailler énormément est l'une des stratégie de compensation des imposteurs. Cela rassure, mais éloigne.

    Au niveau personnel c'est un peu la même chanson. Certains de mes engagements associatifs ne portent pas les fruits que j'espérais - peut-être d'ailleurs en  attendais-je trop ? - précisément car je ne me sens pas du tout légitime. Au contraire, je me sens totalement extérieur, spectateur, inutile. Probablement y a-t-il au départ un erreur de casting de ma part en ce que mes choix n'étaient pas très judicieux. Peut-être.

    C'est d'ailleurs ce sentiment étrange d'inutilité qui me donne envie de changer, et de ne pas prolonger certaines choses dans lesquelles je ne me reconnais pas ni ne me sens investi. Je sais d'ailleurs qu'en d'autres endroits ma présence sera utile car les petites mains manquent toujours. Me sentir utile. Le travail revêt pour moi une importance symbolique qui dépasse très largement de simples enjeux économiques.

    Cette forme de désamour, la peur du jugement, explique certainement aussi beaucoup d'autres choses au niveau personnel et qu'il m'est difficile d'affronter par l'écriture avant d'y avoir réfléchi un minimum. 

    Chercher sa place et la trouver dans ce vaste monde. Alors que pour moi, tout n'est qu'un épais brouillard mêlé de hasard et de chance cimenté par un investissement personnel démesuré pour consolider le château de sable, d'autres y voient clair depuis leur tendre enfance, comme sur les cases d'un jeu de dames dont les coups seraient prédictibles.

    J'envie beaucoup ceux qui avancent sans se poser de questions.

    4 commentaires:

    1. Cher Tambour, c’est terrible le doute, mais ne pas en avoir, n’est-ce pas pire encore ? n’avance t-on pas alors sans âme ?

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    2. Je crois que nous sommes dans le même brouillard. C'est d'ailleurs pour cela que nous ne nous connaissons pas (ou peu), alors que si ça se trouve, nous pourrions nous entraider pour en sortir de ce brouillard et des doutes. Moi je suis très fort pour douter, mais suis également très fort pour rassurer ! Bref tu sais où me trouver dans le brouillard ;)

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    3. Deux constats de bon sens :
      Il n'y a que ceux qui ne font rien, qui ne se trompent jamais.
      Nous sommes tous des imposteurs, mais certains sont plus crédibles que d'autres.

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    4. je me pose les mêmes questions depuis si longtemps. En tous les cas, tu as le mérite d'exprimer très clairement ce que tu ressens,et que je partage tout à fait. Et je me rends compte aussi que le fait de bosser plus qu'il ne faut fait également parti de ce sentiment d'imposteur!J'ai appris un truc! Mais comme dit estef, le doute est important. C'est aussi ce qui nous fait vraiment avancer.

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