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  • 12 janvier 2011

    Les Fiançailles au Couvent au Théâtre du Capitole

    La programmation du Théâtre du Capitole de Toulouse saison 2010-2011 m'avait tout de suite frappé par son caractère résolument moderne puisque une grande partie de la programmation est consacrée à des oeuvres du XX° siècle, dont précédemment Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny de Kurt Weil, sur un texte de Bertolt Brecht et dont je garde un souvenir formidable, quand bien même le traitement burlesque décadent fut un brin en décalage avec l'aridité caustique du théâtre de Brecht.

    Hier soir j'assistais à la première des Fiançailles au Couvent de Sergueï Prokofiev, oeuvre créée en novembre 1946 à Leningrad,  dirigé dans cette production par le formidable (et plutôt très mignon) Tugan Sokhiev, sur une mise en scène de Martin Ducan.  L'histoire des Fiançailles est assez classique et renvoie sans difficulté au théâtre de farce : à Séville (!) les deux plus grands marchands de poisson décident de s'associer pour fonder un monopole. Afin de consolider leur pacte, Mendoza demande à Don Jérôme de lui donner la main de sa fille, Louisa. L'affaire ne sera pas si simplement conclue car Louisa ne l'entend pas de cette oreille. Aidée de sa malicieuse nourrice elle met au point un astucieux stratagème pour échapper à cet hymen contraint et épouser Antonio son aimé. Bien entendu vont s'enchaîner toute une série de  qui pro quo et coups de théâtre tout droit venus de Molière.

    Quoique ne connaissant qu'assez peu la musique de Prokofiev je ne me faisais aucune inquiétude particulière sur le tissu musical dont je me doutais de la parfaite écoutabilité à mes oreilles. Et j'avoue que les presque trois heures de spectacle furent un enchantement sonore continu. Tugan Sokhief maîtrise il est vrai ce répertoire à la perfection et a su donner à la partition tout le dynamisme nécessaire, avec une immense subtilité dans le travail des couleurs. Je me suis régalé de bout en bout, souvent fasciné par cette écriture absolument géniale qui accompagne le texte de très près au point de ne faire qu'un avec le jeu des acteurs, ce qui demande souvent une parfaite synchronisation du geste comme de la parole, et cela au service d'effets notamment comiques particulièrement réussis. Pour rester objectif, on pourrait reprocher à l'orchestre quelques problèmes passagers de justesse en particulier chez les bois, mais l'étroitesse de la fosse que j'imagine surchauffée ne doit pas aider à la stabilité de l'accord.

    Sur scène, les décors sont résolument modernes, très loin du baroquisme ou de l'abondance ostentatoire que l'on aurait pu voir dans d'autres productions et à laquelle on pourrait s'attendre, mais leur apparente simplicité est en réalité au service d'une astucieuse scénographie qui fait évoluer les volumes au gré des nécessités narratives, le tout assisté d'un travail sur la lumière absolument fabuleux, tout en nuances et subtilités. J'ai été bluffé de voir comment le même décors, simplement par le travail de la lumière, pouvait figurer autant l'intérieur d'un appartement cossu qu'un verdoyant jardin de couvent.

    Au rang des interprètes, je n'ai pas grand chose à dire : brillant ! Brian Galliford nous a servi un  Don Jérôme magistral, Larissa Kalagina était parfaite dans son rôle de Duègne facétieuse, Mikhail Kolelishvili  a fait un très bon Mendoza... Tout ce petit monde visiblement tendu au début de la représentation a fini par trouver ses marques pour, se libérant de la partition, véritablement rentrer dans leur personnage. Car la particularité des Fiançailles au Couvent est d'être un opéra "lyrico-comique" mêlant étroitement chant, théâtre et danse, ce qui conduit les interprètes à chanter une partition techniquement exigeante tout en jouant la comédie, à grands renforts de grimaces et autres facéties grivoises. J'attribuerais en particulier une mention particulière au huitième tableau, qui se déroule dans un monastère : un moment de décadence de premier choix !

    En revanche les danseurs qui interviennent ponctuellement, soit mêlé aux comédiens soit en pur aparté, m'ont un peu déçu. Il faut dire que dans une troupe, quelle qu'elle soit, le niveau moyen se situe au niveau du plus faible de ses éléments. Or hier soir  il est évident que l'un d'eux dénotait très nettement, visiblement peu à l'aise et peu convainquant dans ses mouvements approximatifs et médiocrement engagés. Dommage car d'autres étaient d'un réel très bon niveau.

    J'ai donc passé une très bonne soirée, riant assez souvent d'ailleurs, non pas à cause mais avec les personnages, emporté par les élans d'une très belle production.  Les applaudissements soutenus qui ont accompagné le dernier baissé de rideau ne furent pas dé-mérités.  Une jolie première qui augure de très belles choses pour les représentations à venir car qu'il se soit agit de la toute première ne fut pas exactement le meilleur moyen de mettre tout le monde à l'aise. Qu'il s'agisse des danseurs autant que des interprètes, je crois qu'il fallut attendre le premier entracte pour que tout ce beau monde commence à réellement prendre ses marques, l'aisance de son personnage et nous servir une seconde partie enlevée et truculente.  Cela me donnerait presque envie de revenir voir ce spectacle pour vérifier comment, après ce premier rodage, tout cela évolue. Il y a fort à parier que la dernière sera formidable.


    Les Fiançailles au Couvent de Sergueï Prokofiev
    Théâtre du Capitole
    Jusqu'au 19 janvier 2011

    10 commentaires:

    1. Peuchère le danseur ! Il y avait sans doute une raison à ces problèmes de danse. Une gastro ?
      Ou alors c'est le "fils de" qui n'avait rien à faire là !
      ...
      Dis moi, tu fais des piges pour "Classica" ?
      :)
      En tout cas c'est très agréable de lire ta "critique"
      ;)

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    2. Ouais, le danseur nul, c'était moi, j'ai fait un remplacement au pied levé mais il y avait comme une erreur de casting ;-)

      Je ne connais rien à la musique (moins que rien serait plus juste, d'ailleurs), c'est d'autant plus agréable de lire ton avis très éclairé.

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    3. J'adore les dernières. Il y règne une atmosphère de maîtrise et de liberté appréciables. Je crois n'avoir assisté à des premières que pour soutenir un ami compositeur, chanteur ou danseur.
      Je suis nostalgique de cette époque où je fréquentais assidûment opéra, auditorium et théâtres. Ton excellente critique m'a donné une envie folle d'y goûter à nouveau, d'autant que je ne connais pas ces fiançailles.Très bon texte, très motivant.

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    4. Comme c'est agréable de lire le compte-rendu d'un moment pour laquelle on a œuvré avec application et surtout plaisir ! J'ai beau n'être qu'une petite main dans les violons, je suis très fière d'avoir contribué à une belle soirée. Merci beaucoup.
      Je me demande aussi toujours comment vont évoluer les spectacles avec le phénomène de répétition, soit dit en passant. Et comme on va exporter celui-ci à Paris à la fin du mois dans une fosse encore plus petite, la question est encore plus d'actualité... mais en vérité, vu le caractère de la pièce, je pense qu'on va gagner en fluidité et en détente (et donc en drôlerie)

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    5. @ Gildan : Ce danseur n'était pas avec les autres, il était parmi eux et semblait avoir manquer quelques répétitions. Fils de, je n'en sais rien et à la rigueur je m'en fous : ce genre de spectacle d'illusions se produit sans filet. Seul le résultat compte, quelque en soit les conditions.

      @ Glimpse : Tu serais revenu à Toulouse sans me le dire ? :) Mon avis n'est que le mien, je ne suis pas un spécialiste de l'opéra ni de la musique de Prokovief.

      @ Kittounet : Nan, tu mens, ce n'était pas toi non plus sur scène :)

      @ Flavien : Si tu en as la possibilité Les Fiançailles au Couvent dans cette production seront également représentées les 28 et 30 janvier et les 1er et 3 février à l’Opéra Comique à Paris.

      @ Nekkonezumi : C'était je crois l'une de mes premières "première". J'ai eu l'occasion d'assister il y a quelques années à la dernière de Tristan & Iseuld dont je garde un souvenir gigantesque. Dans cette oeuvre colossale le roulement des habitudes acquises avait fini par procurer une réelle souplesse musicale et les interprètes prenaient un plaisir visible à jouer. Quel bonheur !

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    6. Tu donnerais envie au dernier des néophytes (en l'occurrence moi même) d'aller voir le dernier opéra écrit par Marcel Trifouillard! Merci pour ce texte.(Marcel Trifouillard est j'en suis certain, injustement méconnu)

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    7. Et pourtant, quand on a regardé le DVD pour préparer les interventions d'avant spectacle, je peux te dire que j'ai décroché au bout de 15mn. C'était insupportable...
      Autrement dit le défi a été d'autant mieux relevé que pour avoir vu une version complètement ratée, on se rend compte que 2h45 ne dure pas le même temps, et de source sûre, je peux affirmer qu'effectivement Sokhief a fait du super boulot (c'est pas toi qui yoyotte en bavant devant un jeune éphèbe, je veux dire).

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    8. Ne connaissant rien à la chose, et parce que je n'ai pas vu le dit spectacle, je ne peux qu'en l'espèce admirer la façon dont tu présentes les choses. Je rejoins en ça Gildan. Ta crtique et la façon de l'écrire sont vraiment supers! Bravo Monsieur Tambourmajor :)

      Eusèbe

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    9. Beckmesser toulousain21 mars 2011 à 22:09

      Quand on pense que Prokofiev a écrit "Le joueur" et qu'on voit cette farce vulgaire et ridicule (mais bien chantée je te l'accorde) on se dit quand même que le Capitole est tombé bien bas à ne proposer que des opéras (certes moins donnés) mais tous classés dans la catégorie divertissement bourgeois...L'opéra c'est aussi pour faire réfléchir un peu et restaurer la tragédie, non ? (heureusement qu'il y eut Médée)
      Oui je sais ça fait râleur de service, mais franchement rire comme Staline l'a fait sur ce spectacle sans aucune vision politique dénonciatrice dans la mise en scène moi ça me met mal à l'aise (on nous impose des uniformes pour moins que ça lorsque ça concerne l'enragé de l'autre côté du Rhin).

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