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    7 février 2018

    Vieillir

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    J'ai peur de vieillir. Sentir son corps qui ne répond plus aussi bien qu'avant, ses capacités intellectuelles peu à peu s'émousser. Avoir les articulations qui flanchent, un peu d'arthrose. Ne plus être capable de se débrouiller seul, pour se préparer à manger, se laver, s'habiller, rester digne...

    Je ne parle pas d'une faiblesse de l'esprit ni de ce qu'être jeune soit une attitude volontaire, qu'il suffise de porter des vêtements à la mode et de lire Gala en sirotant une menthe à l'eau pour bénéficier d'un effet jouvence Non. Je parle d'un vieillissement métabolique, lent, irrépressible, qui fait que l'on meurt tous un jour.

    Avoir vu mes deux grand-mères diminuer sous mes yeux d'années en années, alitées suite à un accident vasculaire cérébral qui leur aura fait perdre leur mobilité, a laissé des traces, des images, des souvenirs. 

    Finirai-je ainsi ? 

    A leur avantage, elles avaient autour d'elles une famille aimante, dévouée, qui se relayait pour les assister. Elles sont mortes chez elles, au milieu des leurs. Elles n'ont pas eu à subir un mouroir à peine salubre ou une maison de retraite impersonnelle dont on sait le manque chronique de moyens, encore récemment dénoncé à coups de manifestations. Comme je les comprends. Comme je partage leur désarroi de ne pas être en mesure de fournir aux personnes âgées le minimum de temps et d'humanité dont elles ont pourtant besoin.

    Moi qui n'aurai vraisemblablement pas d'enfants pour s'occuper de moi lorsque mes os seront trop vieux, qui le fera ? Dans quelles conditions ? Serai-je l'un de ces vieux fous édenté, au visage buriné par les ans, à qui l'on donnera la becquée ?

    De même, voir mes parents prendre de l'âge ne me réjouit guère. Mon père qui, bien que toujours actif, adopte progressivement un rythme de petit père tranquille. Ma mère qui, chroniquement s'inquiète de tout (car selon sa petite logique Shadock à elle, il vaut mieux s'inquiéter et qu'il ne se passe rien, plutôt que de ne pas s'inquiéter et qu'il se passe quelque chose !) se convainc qu'elle est déjà une petite vieille alors qu'elle n'a pas encore deux fois trente-trois printemps...

    "On ne peut s'empêcher de vieillir mais on peut s'empêcher de devenir vieux", aurait écrit Henri Matisse.

    Le temps passe. Et nous avec.

    Vienne la nuit sonne l'heure
    Les jours s'en vont je demeure

    29 octobre 2016

    Roujin Z - sur un scénario Katsuhiro Otomo

    0 commentaires
    Croire que l'on a fait le tour de l'oeuvre de Katuhiro Otomo en ayant vu et lu l'immense Akira est une grave erreur.   

    Outre l'indispensable Anthologie que j'avais eu l'occasion de chroniquer en ces lieux voici huit ans déjà, et l'incroyable Domu dont il me faudra parler un jour, il faut s'en remettre à une certaine sérendipité pour débusquer ici et là quelques autres petites choses ma foi fort sympathiques à se mettre sous la dent. 

    L'animé Roujin Z sorti en 1991, réalisé par Hiroyuki Kitakubo et dont Otomo a écrit le scénario, en fait assurément partie.

    Face à la réalité du vieillissement croissant de la population, un laboratoire a mis au point une machine révolutionnaire - le projet Z-001 - capable de prodiguer tous les soins nécessaires à ce que nos petits vieux coulent leurs dernières années sans plus être un fardeau insoutenable pour leurs proches. Toilette intime, gros caca du matin et petit pipi du soir, alimentation, surveillance médicale constante, sport, divertissement, accès internet et jeux en ligne, tout est là pour le bien être des personnes du troisième et du quatrième âge.

    Monsieur Takazawa sera donc le premier cobaye à bénéficier de ce petit bijou technologique. Exit son infirmière attitrée, Haruko, étudiante en médecine, qui venait lui rendre visite chaque jour et donner à manger au chat. Place à la modernité. La machine à intelligence artificielle prends le relais, le progrès est en marche.

    Sauf que les choses ne vont pas se passer exactement comme prévu. Le projet Z-001 s'emballe, devient rapidement hors de contrôle et s'échappe dans la nature. Aussitôt l'armée est mobilisée face à ce qui est alors considéré comme une menace craindre pour la sécurité nationale. Mais le voile se lève sur les côtés obscurs du projet : était-ce réellement une bonne idée d'équiper un matériel médical d'infrastructures informatiques initialement conçues pour des fins militaires ? Quelles sont les intention de Z-001 et de Monsieur Takazawa ? Ami ou ennemi ? Et qui est réellement cette voix qui parle par le système du Z-001 ? 

    Roujin Z m'a frappé par son actualité et la modernité des questionnements abordés.

    La combinaison de nombreux thèmes d'horizons variés, pour certains ils sont classiques, l'on songera à la créature de Frankenstein qui échappe au contrôle de son maître, y est pour beaucoup.

    D'autres sont traditionnels de la littérature manga : la relation de l'homme à la machine ; la conscience (Ghost in the Shell !!) ; la frontière entre l'humanité et la robotique ; et peut-être tout simplement un questionnement sur notre propre humanité et ce qui en fait l'essence. Pouvons-nous réellement remettre notre entière existence entre les mains des machines sans y perdre notre humanité ?

    Est ici en outre abordée une thématique je crois assez nouvelle et encore peu explorée - à l'exception notable de Soleil Vert - celle du vieillissement de la population et de la place dévolue aux personnes âgées dans nos sociétés modernes. Les éléments de réponse qui y sont apportés sont, ma foi, assez cocasses, plutôt drôles, mais probablement justes et en tout cas pleins de tendresse.

    Je n'ai pas eu la possibilité de voir cet animé en HD, par conséquent je ne me prononcerai pas sur la qualité de l'animation qui m'a paru parfois un peu vieillotte ou qui m'a du moins laissé le sentiement que l'on avait pu faire mieux. Mais il faut croire qu'elle est, dans des conditions normales, de fort bonne facture : son réalisateur Hiroyuki Kitakubo était en effet principal responsable de l'animation sur Akira !

    Les décors, ceux du Japon des années 90 et certainement encore d'aujourd'hui, n'ont pas pris une ride : les ruelles étroites, les maisons aux portes coulissantes, la nature verdoyante, le gros chat de la maison qui baille, en opposition avec une ville très urbanisée, aux équipements modernes.

    L'on reconnaîtra aussi certains éléments dont Otomo use à loisir dans ses oeuvres et qui lui permet de pousser la métaphore assez loin lorsqu'il s'agit de donner vie aux machines. Je veux parler des tubes grouillants comme des tentacules, qui s'enflent, saisissent et détruisent. C'est vraiment une caractéristique chez cet auteur.

    Niveau musique en revanche, là en revanche c'est carrément daté, ce qui vient  gâcher un petit peu certains passages qui prennent tout d'un coup des airs grand guignol là où l'on aurait probablement souhaité un peu plus de drame. C'est toutefois un défaut mineur.

    Si Roujin Z  n'a pas l'envergue d'un Akira, ni même celle d'un Studio Ghibli, il reste malgré tout une oeuvre profonde, très riche et qui mérite largement le détour aux amateurs du genre.

    20 juin 2016

    38 ans

    15 commentairess
    Ce weekend j'ai eu 38 ans et pour la première fois depuis fort longtemps j'avais organisé une petite fête à la maison, rassemblé quelques amis, à manger, à boire, histoire de remettre un peu d'animation dans un appartement qui avait perdu l'habitude de recevoir autant de monde d'un seul coup.

    Car cela fait maintenant plusieurs années que je ne fêtais plus mon anniversaire. Non pas que je n'aime pas cela. Disons plutôt que je n'en avais pas envie. Mon esprit asphyxié par d'autres préoccupations n'était pas à festoyer. Il faut croire que, depuis lors, les choses vont un peu mieux.

    Ce fut une belle soirée avec beaucoup de rires pour laquelle le chéri et moi-même avions passé une bonne partie de notre journée à cuisiner de concert et faire le ménage. Ça c'est nouveau pour moi. Et je m'aperçois que cela me plaît beaucoup.

    Dans quelques jours c'est mon frangin qui aura à son tour 35 ans, un âge que je n'aurai plus. J'ai du mal à réaliser qu'il est papa, chef d'entreprise, et qu'il n'est plus l'ado capricieux et turbulent de ses 14 ans... 

    38 ans. Des années bien remplies, des expériences riches. Des voyages à l'étranger, des amis partout sur la planète, des projets pour les 10 ans à venir au moins   Aurai-je le temps de faire tout ce dont j'ai envie, d'accomplir tous les voyages dont je rêve ? 

    38 ans, presque la moitié du chemin, si l'on me prête vie jusque là. Car s'il est une chose qui m'angoisse, c'est bien de mourir, brusquement. De laisser toutes ces choses inaccomplies derrière moi, de n'avoir pas eu le temps de dire certaines choses, de n'avoir pu en vivre d'autres. 

    Vieillir me fait peur. La vieillesse, le délabrement des corps, perdre ses facultés mentales, n'être plus capable, devenir sénile, s'éteindre, et n'être plus rien... Voilà qui me terrifie.

    Lorsque certains jours de vague à l'âme je regarde une pauvre grand-mère marcher dans la rue, voûtée sur sa canne, l'air un peu perdue, je ne peux m'empêcher de songer que, quelques décennies en arrière, elle était probablement une petite fille pétillante, aux joues roses et aux couette blondes qui aimait à rire et à chantonner en sautant à la corde. 

    Que restera-t-il de cette insouciance dans nos vieux os ? 
    Vulnerant omnes, ultima necat dit le proverbe.

    Une phrase m'avait particulièrement interpellé dans les Dialogues des Carmélites de Georges Bernanos, à tel point que six ans plus tard je m'en souviens encore. Alors qu'elle est à l'agonie sur sa couche, la Prieure du couvent livre cette confession : 
    "J'ai médité sur la mort chaque heure de ma vie, et cela ne me sert maintenant de rien !"
    [Bernanos, Dialogues des Carmélites -  1948, 2e tableau.]
    Terrible et désarmant aveu d'impuissance de la part de cette femme de foi... 

    38 ans, et encore au moins autant à vivre.
    38 ans, et encore tout ce temps devant moi.

    38 ans.