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  • 4 mai 2014

    Echec et mat

    Ma fascination pour le jeu d'échecs remonte à mon enfance. Parler de fascination n'est, je crois, pas galvaudé. Aussi loin que je m'en souvienne, les échecs m'ont toujours intrigué. Dans mon entourage ce jeu passait pour obscurément complexe, ce qui a probablement décuplé ma curiosité avide de découvertes.

    Jusqu'à l'autre soir, je n'avais pas eu l'occasion de toucher un échiquier depuis dix ans. Mon dieu, dix ans déjà... c'était l'époque de mes  premières années de doctorat à la faculté et durant lesquelles, plusieurs fois par semaine durant cet été là, je jouais avec un ami dans la pénombre de sa chambre d'étudiant passablement délabrée. 

    C'était tout un rituel que nos parties. Nous nous servions tout d'abord une tasse de café noir et amer, à peine teinté de lait, qui nous tenait en éveil jusqu'à l'aube. Venait ensuite la mise en place, figure par figure, de notre armée de bois prête à nous obéir au doigt et à l'oeil. Comme il n'en possédait pas, c'est à moi qu'incombait la lourde responsabilité d'apporter mon jeu. Un jeu en bois tout simple, composé d'un un plateau pliable à l'intérieur duquel de petites alvéoles permettaient de loger chaque pièce à sa place. L'ouverture du coffret chemisé de velour vert était par lui seul un petit cérémonial. Et à chaque fois se dégageait cette odeur melliflue de vernis si caractéristique. C'est seulement la pièce parfumée de fragrances épicées que nous entamions notre lutte intellectuelle par damier interposé. 

    Nous jouions pour le plaisir, mais l'un comme l'autre animé d'une ferme intention de victoire. Grâce à lui, joueur acharné et intransigeant, j'ai beaucoup progressé ce qui, en soit, ne relève pas d'un grand exploit tant je partais de loin. Je n'ai jamais été un grand joueur ni un grand stratège en dépit de mes efforts. Lui faisait preuve d'une véritable virtuosité.

    Aussi lorsque l'on me proposa de jouer une partie l'autre soir, j'acceptai volontiers séance tenante, habité toutefois d'une vague incertitude quand à mes aptitudes : serai-je encore capable ?

    Mon adversaire du soir installa l'échiquier sur la table. Un petit échiquier de plastique noir et blanc, tout simple. Jouant les blansc, me revint la charge de jouer le premier coup. Au même moment m'assaillirent les premiers doutes : comment ouvrir cette partie ? Allais-je jouer le pion du roi pour libérer la dame ? Ou celui du roi pour pouvoir déployer mon fou ? Prendrais-je le risque de sortir un cavalier, exposant mon jeu à certaine fermeture ?

    Lui ne se posait visiblement pas tant de question : sa réponse fut instantanée et sûre. Quelques coup plus tard il avait déjà mis son roi à l'abri en roquant alors que je peinais à prendre possession de l'espace. Diable... L'ennemi jouait avec une certaine désinvolture, regardant seulement distraitement la partie, comme s'il n'avait besoin d'aucune attache matérielle pour visualiser avec exactitude l'emplacement de chacun des trente deux guerriers bicolores qui s'affrontaient en silence. Moi, au contraire, la tête figée dans mes mains moites, les yeux rivé sur le damier, je m'enfermais dans une réflexion qui aurait pu être sans fin, destabilisé par la hardiesse presque insultante de celui qui me faisait face.

    Bientôt je perdais deux pions, puis un fou. Quel drame ! Un fou, le maître des diagonales ? Ma figure préférée ! Celle qui, perfide, sait si bien frapper dans les coins. Puis advint un drame, ma première mise en échec que je contrai d'une riposte de pion. Je ne pouvais pas perdre. Ah ça non ! Pas ce soir. C'était une question dhonneur !

    Peu à peu je reprenais le dessus. Mon travail préliminaire d'occupation portait ses fruits. Mieux encore, coup après coup la stratégie ennemie me devenait visible. Je le voyais concentrer son attaque sur ma dame : ici une tour en embuscade, là sa propre dame prête à frapper, plus loin un fou barrant le passage à une éventuelle contre-attaque... Pourtant cet arsenal à l'affût d'un assaut foudroyant laissait ouvertes une large brèche dans une fragile défense. 

    Et bientôt, aveuglé par une victoire qu'il croyait facile et proche, c'est lui qui succombait à un habile coup de tour qui condamnait définitivement son roi, cloué derrière une ligne de pions qu'il pensait salvatrice. 
    « Échec et mat ! » lançais-je dans un demi sourire de satisfaction. 
    Quoique n'affichant que modérément ma joie, ne vous y trompez pas, intérieurement je jubilais : « Victoire ! »

    Aussitôt faite cette annonce, et sans chercher à la contester, mon adversaire s'empressa de renvoyer le régiment en garnison comme pour effacer toute trace de sa cuisante déroute, me privant du même coup du plaisir de savourer quelques instants supplémentaires le tableau de ma domination. Décevant. 

    Irais-je jusqu'à dire mauvais joueur ? La bonne foi me conduit à conclure qu'une telle accusation serait probablement déplacée : peut-être aurais-je pu tout simplement prévoir la réaction de mon adversaire en pareille circonstance, s'agissant d'un enfant de dix ans...

    7 commentaires:

    1. Ça fait un sacré bail que je n'y pas joué. Le plus dur dans les échecs n'est-il pas de trouvé quelqu'un avec qui y jouer et qui de surcroît accepte de perdre ou sait gagner avec décence ?

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      1. Je joue de temps en temps sur l'ordi. Il n'éprouve aucun sentiment et n'est donc jamais mauvais joueur. Mais ce n'est pas pareil.

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    2. J'aime bien ça, mais personne ne joue dans mon entourage proche, sauf mon frère. Remarque, il me bat tout le temps. Je ne dois pas être assez stratège de toute façon...

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      1. J'avais acheté un petit bouquin avec des exercices simples qui se résolvent en 4 ou 5 coups. Ca permet de développer certains réflexes, à défaut d'être un grand stratège dans l'âme.

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    3. J'admire toujours les gens qui savent vraiment jouer aux échecs : je n'ai jamais réussi qu'à bouger les pièces, et quand on dépasse à peine le stade de la manipulation, ça n'apporte pas le même plaisir...

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    4. Ah, ça me donne envie de jouer, mais ça fait tellement longtemps aussi, je me poserai la même question ! Est-ce que tu as lu le tableau du maître flamand d'Arturo Pérez-Reverte ? Passionnant pour un joueur d'échecs.

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