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    8 juin 2016

    Flash Bac

    12 commentairess
    Cela fait vingt ans que j'ai passé et obtenu mon baccalauréat. Vingt ans... Dans mon esprit c'était hier. Je me souviens de mon oral de latin et de mon hors sujet sur le "fatum", de l'écrit de français et du commentaire de texte sur l'intelligence et les animaux, je me souviens du long couloir gris aux fenêtres jaunes où nous avons attendu l'appel de nos noms avant de prendre place chacun à notre table, du silence qui suit la distribution des sujets et du vague étourdissement lorsque, l'épreuve terminée, nous rendîmes nos copies.

    L'avoir n'était pas tellement une question. Bon élève, studieux et appliqué depuis toujours, je ne me faisais guère d'illusion sur le résultat des épreuves. Le contraire eut été incompréhensible. Ce qui à l'époque m'interrogeait, c'était l'angoisse de mes camarades dont les notes tout au long de l'année ne laissaient elles-non plus que peu de place au doute : untel l'aurait de toute évidence, untel serait manifestement au repêchage, tel autre pouvait prétendre à la mention.

    Contrairement à beaucoup, je garde un souvenir horrible de mes années lycée, la classe de seconde exceptée, dont je n'ai gardé aucun ami ni camarade, à de rarissimes exceptions près.

    Ma classe était, de loin, la plus insupportable. Composée de groupuscules dont j'ignore encore la genèse géopolitique, ces derniers passaient leur temps à s'envoyer les pires horreurs à la figure, à se casser du sucre sur le dos et à balancer du ragot à tort et à travers à longueur de journée, par pur plaisir sadique. Bien entendu, faire criser les profs faisait partie intégrante du jeu et il ne se passait pas une semaine sans que le CPE n'intervienne pour essayer d'apaiser ce marasme dérivant sur un océan de crétinerie. Il n'y avait guère que l'effroyable Monsieur D., le prof de maths, qui parvenait à contenir cette volière indisciplinée, le terrible Monsieur D dont le souvenir hantera longtemps mes cauchemars.

    Parmi le lot de gros cons que je rêvais en secret de découper à la tronçonneuse, il y avait C, à l'égard duquel, vingt ans plus tard, je conserve une animosité qui n'a pas faibli. Lui, je le connaissais depuis la sixième, époque à laquelle il était déjà irrespirable. C était l'archétype de l'emmerdeur. Je ne sais plus exactement pour quelle raison, je lui avais décoché en pleine récréation une baffe monumentale sous les yeux du surveillant qui, voyant que l'autre n'avait eu de cesse de provoquer, n'avait pas même jugé nécessaire de me sanctionner. Doté d'un ego de footballeur de première division, grande gueule épuisante, bad boy invétéré et séducteur infortuné, ma plus grande joie fut sans conteste de le voir se planter aux examens et devoir revenir l'année suivante pour un nouveau tour, tandis que je prenais franchement le large pour user mes fonds de culotte sur les bancs de la fac. 

    Il y avait aussi S, la grande duduche. Toujours affublée de son petit toutou, l'arrogante Miss Je-Pête-plus-Haut-Que-Mon-Cul, elle se prenait pour une diva à qui il aurait fallu dérouler le tapis rouge. Insupportable dans ses manières comme dans sa façon de parler, hautaine et condescendante, S s'affichait comme une gloire professionnelle en devenir. Elle se rêvait greffière à la Cour Européenne des Droits de l'Homme ou magistrat international. J'ai ri lorsqu'il y a quelques années je l'ai aperçue avec son gros cul en train de pousser un chariot rempli de papier toilette rose à la caisse d'un supermarché...

    Moi, qui ne faisais partie d'aucun clan, j'en prenais aussi pour mon grade en humiliations hebdomadaires, parfois même en intimidations, de la part de petits cons aux gros bras mais au cerveau mou. Aussi, pour échapper momentanément à la bêtise crasse de mes camarades, j'optais pour les options les plus exotiques et les plus éloignées pédagogiquement qui soient. C'est ainsi que, en terminale économique, je choisissais le latin et les cours de physique-biologie, tous deux fréquentés par les littéraires et les scientifiques où j'avais mes véritables amis dont certains sont toujours fidèles au poste.

    Passer mon bac c'était donc, avant tout, quitter ce petit monde dont je ne pouvais plus et laisser derrière moi les crabes et autres crétins dont la seule vue m'exaspérait. 

    Du jour des résultats, je me souviens d'un beau soleil et d'une jolie lumière blanche, des panneaux vitrés gris accrochés au mur pâle du préau sur l'un desquels j'ai pu lire mon nom ainsi que le mot magique "admis" avec mention, la petite cerise sur le gâteau qui fait plaisir aux parents. Sous le ciel vert du noyer qui ombrage la cour de mes grands parents, nous avons bu une coupe de vin mousseux en mangeant des petits gâteaux secs. Des bulles pour célébrer un achèvement. 

    Je l'ignorais mais c'était surtout alors que venait de s'ouvrir la porte vers un avenir aux contours incertains et dont je me demande, aujourd'hui encore, où il me mènera...