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  • 20 octobre 2014

    La madame qui se coiffait comme Marilyn Monroe

    La scène se passe autour d'un buffet froid servi dans une salle paroissiale. Une centaine de personnes, pour la plupart retraitées, dévorent avec avidité pains sandwiches et autres salades de pomme de terre à la mayonnaise dans un joyeux brouhaha. Toisant l'assistance de son oeil de lynx, chéri me dit au creux de l'oreille : "Retourne-toi et regarde la madame blonde coiffée comme Marilyn Monroe".

    Me retournant aussi discrêtement que possible, et ne sachant pas à quoi m'attendre, j'aperçois, assise à quelques pas de moi, une dame d'un certain âge, entre 65 et 70 ans je ne saurais dire exactement, rondouillette, le double menton prohéminent, très élégamment vêtue, et permanentée comme si elle sortait de chez le coiffeur. 

    Aussitôt après l'avoir sommairement dévisagée, chéri répondit amusé à mon air interrogateur : "Cette Madame, c'est un homme... Marc a été traumatisé la première fois qu'il l'a rencontrée car elle parlait avec une voix androgyne de madame qui a fumé un paquet par jour toute sa vie. tout en lui écrabouillant la main" joignant le geste à la parole, mimant la face héberluée de Marc alors que ses phalanges étaient réduites en nanoparticules par une poigne féminine anormalement virile. Automatiquement mon regard revint sur cette grosse madame alors en train de dévorer un part de gâteau au chocolat tout en disctutant avec sa voisine.

    Cette révélaltion m'a tout d'abord gêné l'espace de quelques minutes, avant de laisser la place à un trouble qui, plusieurs jours après, ne s'atténue pas. 

    En réalité, je ne suis pas certain de savoir ce qui m'a le plus perturbé : le fait d'avoir face à moi une personne qui n'est pas ce qu'elle paraît être, une personne transexuelle dont le secret se trouve soudain éventé ? où le fait de me sentir mal du fait même de me poser ce genre de question ?

    Après y avoir bien réfléchi, je crois bien que c'est ça qui m'a le plus dérangé : d'avoir à m'interroger sur l'identité d'une personne en raison de l'image sociale qu'elle projette, c'est à dire, pour employer une expression à la mode, d'avoir à m'interroger sur l'identité d'une personne en raison de son genre.

    Car si l'on ne m'avait pas dit que cette personne était transsexuelle, non seulement je n'aurais rien remarqué, mais en outre je ne crois pas qu'il me serait venu à l'esprit de remettre en cause ce que me dictaient les apparences, lesquelles satifsaisaient sans la moindre vaguelette aux conventions du jeu social.

    Et c'est à ce point de mon cheminement que la balle m'est revenue en pleine poire d'une manière spectaculaire. 

    Nous autres, les gays, qui avons milité et militons encore pour que notre orientation sexuelle ne soit pas un critère discriminant ni discriminatoire de quelque façon que ce soit, je me trouvais dans la situation - je n'irai pas jusqu'à dire juger, mais au moins de considérer, ou plus exactement de me sentir mal à l'aise face à quelqu'un pour exactement les mêmes motifs que ce contre lesquels je me bats. Parce que oui, je fais partie de ceux qui considèrent qu'un homme ce n'est pas d'abord un pénis, ni qu'une femme puisse être réductible à un vagin, ni une personne puisse être réductible à son orientation sexuelle. Et me voilà en train de me poser mille questions et de ressentir un je-ne-sais-quoi de profondément malaisant parce que la personne en face de moi n'est pas du sexe qu'elle prétent être...

    Bam, prends toi ça dans la gueule.

    Qui plus est, la situation de malaise était accentué par l'âge de cette madame. Entre 65 et 70 ans comme je l'ai déjà dit. Si aujourd'hui les  choses se sont améliorées, je ne suis pas sûr que ce qu'a traversé cette dame pour en arriver là où elle en est maintenant, mérite un sourire sarcastique ou une messe basse moqueuse. Elle a probablement fait partie celles qui en vu des vertes et des pas mûres, qui en ont probablement chié comme personne, au-delà de l'immaginable, pour réussir à assumer ce qu'elle est, par-delà les apparences.

    Oui j'ai été troublé mais aussi ému. J'aurais bien aimé lui parler, à cette dame, pour qu'elle me raconte. Et moi je me rends compte que j'ai encore beaucoup de progrès à faire en matière de tolérance. 

    9 commentaires:

    1. Il y a effectivement encore de ces zones d'intolérance (ou de difficulté de tolérance) dans la communauté gaie en ce qui concerne celles et ceux qui n'entrent pas dans la «norme». Il y a des réticences face aux bisexuel(le)s, aux transgenres et autres. J'ai eu l'occasion de le constater il y a quelques années lorsque l'un(e) de mes étudiant(e)s se trouvait justement au beau milieu de ce processus, ayant alors des traits particulièrement androgynes alors qu'elle passait du corps d'une femme à celui d'un homme. Je n'ai pu qu'être ému de son courage alors qu'il me parlait des complications rencontrées dans le processus (nous sommes dans l'intolérante Alberta, rappelons-le). Mon seul inconfort était de ne pas trop savoir quel genre de pronom utiliser pour la/le désigner. Je le lui ai donc demandé, sans ambages et sans inconfort, pour apprendre qu'il préférait le masculin, question d'assumer socialement l'identité à laquelle il aspirait pour son corps encore partiellement féminin.
      Nos intolérances et nos inconforts proviennent souvent de notre ignorance... il suffit de faire le premier pas. Comme toi, je me demande bien ce que la dame que tu as rencontré peut avoir vécu au cours de son existence!

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    2. Finalement j'ai beaucoup souris en te lisant! Et c'est la première fois que je me pose la question sur le sens "des vertes et des pas mûres" qui en fait se traduit par de "toutes les couleurs" et ....ça me perturbe! :)
      Sinon,le principal c'est que "la Marilyn" se gave de pâtisseries "bien de chez vous" et que ça lui fasse du bien! :)

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    3. Tu as répondu à ton interrogation en parlant en employant "Elle" dans ton article ;)

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    4. J' ai travaillé avec des personnes dont le sexe n'étaient pas ce qu'il semblait .Pour certains , je l' ai su avant , pour d'autres je l' ai découvert ou appris plus tard .
      Et d'après eux , il n' y avait pas de différences de comportement à leurs égard , chiante et exigeante comme avec les autres mais juste et équitable .
      En fait je ne sais comment le dire , de la tolérance oui enfin surtout un mode de vie qui dit que la vie des autres est celle des autres et qu'en aucun cas je ne peux juger ; je peux ne pas comprendre et éventuellement poser des questions ( et encore j’estime que cela ne me regarde pas vraiment ) .
      J'ai été beaucoup dévisagé a une époque de ma vie ( 2 ans ) pour des cicatrices et autres soucis physiques . C'est difficile les regards , les questions indiscrètes , les bla blas tout bas a ton passage , les rires et mon cas n'était en rien le leur . Cela demande un courage considérable et je m'en foutisme et du regard des autres et c'est admirable .
      Après cette personne peut être la personne la plus insupportable au monde et mais au moins c'est pour cette raison et uniquement celle là que je l'éviterai et pas à cause de ce qu'elle est ou semble être . Mais je comprends que cela soit difficile .

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    5. La phrase je comprends que cela soit difficile doit etre prise dans le sens où d'autres choses me choquent et il est difficile pour moi de comprendre et d'être tolérant parfois .
      C'est un cheminement interne à faire si on y est prêt ou pas si on ne le sera jamais : on ne peut pas forcer non plus cette tolérance si la personne ne le souhaite pas mais expliquer , parler , écouter aide beaucoup , il me semble
      isabelle

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    6. Je ne sais pas ce qui est le plus "intolérant" (je mets entre guillemets parce que le mot est trop fort) celui qui se sent soudain mal à l'aise face à cette révélation ou celui qui "signale" la présence d'une travestie qui n'a rien demandé ? Peut-être que les choses passeraient mieux s'il n'y avait des personnes qui, en permanence, "stigmatisent" autrui sans en avoir l'air.

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    7. Belle analyse de tes sentiments

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    8. Ce n'est pas simple ni évident parfois de s'apercevoir que ses sentiments ne sont pas en conformité avec ce que l'on défend en théorie. Cela m'arrive aussi parfois de regarder plus que de nécessaire une personne en cherchant ce qui peut me permettre de déduire son genre, son parcours. Heureusement c'est parfois d'une évidence totale et confortable. L'une de mes amies est née homme mais je ne vois que la femme qu'elle est. Pour une autre connaissance, en début de transition, de F to M, j'ai beaucoup de mal à utiliser le bon pronom pour le/la désigner.

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    9. Des parcours pas évidents. J'essaie d'avoir le regard le plus neutre possible... http://renepaulhenry.blogspot.fr/2005/12/s.html

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