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  • 20 octobre 2009

    Ce jeune homme qui aimait les garçons

    Comme tout garçon mauvais genre qui se respecte, je prends soin de mon allure en transpirant régulièrement tous muscles saillants derrière une généreuse couche de gras dans une salle de sport dont la ville rose regorge. Si certaines salles du centre sont réputées pour être des annexes de sites de rencontres ou de bars réservés à une clientèle virile avertie, celle que je côtoie depuis maintenant plusieurs années n'avait pas à ce que j'en savais cette notoriété. Pas de tafioles en vue, pas de Miss "hannnnn j'me suis cassé un ongle" ni même de quoi faire décoller mon gaydar d'un demi-millimètre, à l'exception notable de moi même (qui ai subi il y a quelques mois l'outrage de me faire rappeler à l'entrée d'une boite gay que l'endroit était très mauvais genre.... gasps !!) et d'un mec d'une quarantaine d'années que j'avais croisé lors de l'une de mes virées nocturnes voici un peu plus d'un an. Le reste de la clientèle est a priori bien hétéro comme il le faut, avec quelques machos névrosés du slip qui se la jouent gros bras.

    Lorsque je vis Christophe* rentrer pour la première fois dans la salle, les aiguilles de mon gaydar se sont soudainement affolées. L'observant de loin en loin entre les machines ou par l'intermédiaire des reflets dans les miroirs, la question revenait incessante : mauvais genre ou pas mauvais genre ? traquant de sa part un geste, une attitude, un timbre de voix, une inclinaison du regard qui trahisse quoique ce soit qui me permit de conclure dans un sens ou dans l'autre. Une heure plus tard je le vis repartir, ma curiosité insatisfaite. Christophe n'est pourtant pas mon genre de mec, ça non. Beau gosse, oui, minet sur les bords, de grands yeux avec un regard incroyable, un sourire hallucinant et d'allure athlétique... le mec craquant quoi. De là à dire que j'en aurais fait mon quatre heure ou quoi que ce soit, il y a un fossé que je ne franchirai pas.

    Le temps passant, je commençai progressivement à discuter avec Christophe. Etudiant en école de commerce, il terminait son stage ; il pratique le rugby en assez haut niveau, aime le foot, est parti en vacances en Corse avec un pote où il a fait la fête comme un déluré avec de jolies filles... et il a beaucoup d'humour. Un mec sympa en somme, une rencontre intéressante, et on aime bien se croiser parce qu'on rigole toujours un peu comme des andouilles. Pas tout à fait dupe de qui il est réellement mais craintif de me fourvoyer je reste neutre sur le sujet, sans avancer quoi que ce soit à mon propos, ni chercher à en savoir d'avantage sur lui.
    Une fin d'après midi que nous discutions, il me demandait si je sortais un peu, ce à quoi j'avais opiné qu'il m'arrivait d'aller prendre des pots avec quelques amis. Quand , le visage illuminé par son sourire, il a un peu insisté pour savoir plus précisément où, j'ai préféré laisser la porte ouverte à l'ambiguïté : "Je pense que tu préfères ne pas savoir".

    La semaine passée, Christophe me dit qu'il a trouvé du taff à Paris et qu'il monte dans 15 jours pour s'installer. Je lui demande s'il a trouvé de quoi se loger, ce à qui il rétorque qu'il a un pote qui habite dans le 4° arrondissement et qu'il logera chez lui :
    - " Ha...le 4° ...? dis-je. C'est le Marais !
    - Le Marais ?
    - Ben c'est le quartier Gay... C'est sympa !
    - Et t'en penses quoi ? C'est bien ? demande-t-il
    - Ben ça va, c'est cosmopolite, très sympa, ça bouge bien. Enfin, après il faut aimer quoi...
    - Ha... oué... - retorqua-t-il avec une sorte de dépit dans la voix - Ben en tout cas, si tu montes sur Paris, fais moi signe !
    - Ha bé ok ! Je note, ce sera avec plaisir."
    Hier soir, j'ai croisé Christophe pour la dernière fois à la salle. On a rigolé, on s'est vanné un peu plus que d'habitude. Il était de bonne humeur. Avant de se dire au-revoir je lui ai suggéré qu'on reste en contact via Facebook, ce qu'il a fait dans l'instant en me lançant une invitation avec son Iphone, invitation que je me suis empressé d'accepter ce matin en allumant mon ordinateur.
    En navigant un peu sur son profil, le voile se lève sur Christophe. Des photos, de lui, de ses amis... et une ribambelle de portraits de sa frimousse avec celle d'un tout aussi charmant garçon. Un peu plus loin je lis que ce jeune homme s'appelle Damien* et découvre qu'il est en couple avec Christophe...

    Je ne sais pas trop pourquoi je raconte tout ça. La vérité sur la nature de Christophe n'est au fond pas si importante, je n'ai jamais eu de vues sur lui. Nous nous entendions bien, il est de composition et de compagnie agréables, et c'est déjà beaucoup.
    Peut-être faut-il y voir une sorte de fable moderne : celle de l'impossibilité de parler de certaines choses librement, sans peur ni honte...

    *  Les noms ont été changés.


    5 commentaires:

    1. Ou bien de l'inadéquation de certains lieux/certaines situations avec certains sujets, aujourd'hui encore ?
      On est plus enclin à raconter le mauvais genre de sa vraie vie dans un environnement moins machiste, sans doute.
      Y'a probablement peu de séminaristes qui se revendiquent en tant que tel à la fête de l'huma...

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    2. C'en est presque à regretter de n'être pas sur Fesse-bouc ;-P

      @ Méchant Chimiste : c'est plus ce que c'était la fête de l'Huma, maintenant que ce qui reste du PC n'est plus ouvertement homophobe. D'ailleurs ce qui reste du PC n'est plus... tout court.

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    3. @ Méchant Chimiste : je ne suis pas totalement convaincu mais il y a une part de vrai. Si l'on s'était croisés au Grand Cirque, là, je dis pas !

      @ Eric : Hé oui, finalement on peut trouver une utilité à FB ! Comme quoi ça a tout de même du bon ces petites choses là...

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    4. D'un autre côté, combien y a-t-il, parmi les hétéros machistes et narcissistes qui s'affichent comme tels dans les salles de muscu de mecs qui se sont réellement posé la question une seule seconde de leur potentielle sexualité ? Peut-être bien que si toutes les cervelles étaient aussi remplies les unes que les autres les statistiques seraient autres (enfin, je parle en ayant plus fréquenté l'univers culturiste que l'univers gay, mais, bon...)

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    5. Dis toi, là, oh...
      C'est quoi ton facebook ? ;)
      Parce que j'y suis...
      Enfin, je crois... oO ;

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