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  • 3 octobre 2009

    Quand le fric s'invite au Lycée...

    La nouvelle m'avait fait bondir aussi brutalement qu'il est possible quand on est encore à moitié endormi au saut du lit, devant sa tasse de café brûlant, les yeux encore remplis de vase. C'était hier matin lors de la revue de presse de Bruno Duvic et je la retrouve plus amplement déployée dans le quotidien Libération qui titre "Des élèves payés pour venir au Lycée"... Oui oui, vous avez bien lu, c'est la dernière idée totalement géniale du Haut commissaire à la Jeunesse qui va être expérimentée dans trois lycées de l'académie de Créteil pour lutter contre le fléau de l'absentéisme (Educator en raconte un exemple assez drôle dans l'un de ses billets) qui menace dangereusement le peuplement des salles de classe. Désormais, chaque fois que les élèves ne seront pas absents, "chkling !" le pognon tombera dans une cagnotte commune que la classe se partagera à la fin de l'année en réalisant - je cite Libé - "un projet commun décidé en concertation entre les élèves et l’équipe éducative". Si la marmaille est bien sage, le pot pourra atteindre la somme de 10.000 € ... hé oui ma chère Simone. La belle affaire. On se croirait presque dans une émission télévisée !

    "Faut-il payer les élèves pour qu'ils aillent à l'école ?" se demandait Bruno Duvic dans sa chronique d'hier matin.
    Permettez-moi juste de reformuler la question : faut-il payer les élèves pour qu'ils fassent ce qu'il est normal que l'on attende d'eux ?

    Remettons quelques instants le boeuf devant la charrue (je vous assure que c'est possible) : est-il normal qu'un lycéen sèche les cours au lycée ? Est-il normal qu'un Lycéen insulte ses profs et ses camarades ? Est-il normal qu'un Lycéen dégrade son établissement ? Est-il normal qu'un Lycéen mette un point d'honneur à ne pas travailler du tout ? Est-il normal qu'un lycéen apporte une arme avec lui pour allez en cours ? Est-il normal qu'un Lycéen deale avec ses camarades ? Si vous avez répondu "oui" à l'une quelconque de ces questions, alors passez votre chemin, ces lignes ne sont pas écrites pour vous... Quoique, peut être que si justement...

    Je suis profondément choqué par ce genre de mesure totalement infantilisante. Autrefois - et il y a de cela encore pas si longtemps, l'auteur de ces lignes qui n'est pas Mathusalem en conserve quelques souvenirs personnels - on distribuait des bons points aux élèves méritants, une image, un bonbon... un petit pas grand chose dont la valeur gratifiante était pourtant immense car remise des mains de celui qui représentait l'autorité, l'ordre et le savoir, qu'il fut craint ou vénéré : le professeur.

    Notre société se plaint de la force de l'argent, du fric, du bling-bling, tout n'est que pognon. L'homme est devenu un produit de consommation courante que les grandes compagnies dévorent à coup de carte bleue, de paiement en trois fois sans frais, de crédit revolving, de braderies et de super-promos. La guerre des marques fait rage dans les cours de récré, qui n'a pas une Roleske à 50 ans a raté sa vie, celui qui n'a pas d'écran plasma est pauvre...
    Aujourd'hui pour réussir, nul besoin d'avoir son bac : il suffit d'avoir de l'argent. Rien de plus facile : tortillez du cul à poil devant une caméra de Loft Connerie, chantez comme une casserole au casting d'une émission télévisée pour starlette préformatée, postez une vidéo de vous en train de faire l'andouille sur Youtioube ou Dailymocheun pour susciter un buzz et hop, vous faites le tour des plateaux télé, engrangeant si vous êtes un peu malin assez d'oseille pour vous la couler douce de nombreuses années durant, si ce n'est pour le restant de vos jours. Je vous épargnerai les salaires mirobolants de certains sportifs professionnels qui gagnent trois fois le PIB de l'Ethiopie par an, sans compter le complément sous forme de la vague de fond tsunamiesque dont les partenaires publicitaires les arrosent.

    Redorer le blason de l'Education Nationale, redonner le goût à nos chères têtes blondes de faire des études, d'avoir un métier, de réussir une vie dont ils sont maître car construite de leurs propres mains, à la sueur de leurs neurones. Voilà le défi. Ce n'est pas une mesure de saupoudrage - art dans lequel notre Gouvernement est passé maître incontesté - qui réussira le challenge d'une profonde mutation du système scolaire, cet autre Mammouth qui contribue à faire ressembler notre pays à un musée paléontologique !

    Est-ce en plongeant l'école dans un bain de boue visqueuse dont elle ne se relèvera pas que l'on redonnera le goût des études aux plus jeunes ? Faut-il jouer le jeu du consumérisme que l'on dénonce toutes griffes dehors pour tenter de regagner un semblant d'enthousiasme ? Le jour où ces mêmes élèves changeront d'établissement pour une raison ou une autre et qu'on leur dira : "Ha bé non, il est hors de question qu'on vous verse 1 centime !", peut on raisonnablement croire, une fois la juteuse carotte volatilisée, que leur "intérêt" en sortira indemne ? Sans parler du jour où, par mesure d'économie budgétaire, les vannes seront purement et simplement coupées... Tous dans la rue ? Car quoiqu'ayant fouiné un peu partout, pas une ligne sur le mode de financement de cette cagnotte.

    Mais, et puisque l'on en vient à délirer jusqu'au point de payer les ados pour qu'ils aillent au bahut, pourquoi ne pas récompenser par un petit chèque les automobilistes qui ne commettent pas d'infraction au Code de la route ? Allez, tu n'as pas grillé de feu rouge ce mois-ci : voilà 30 €. Ho, mais tu n'as pas causé d'accident mortel cette année : 100 € pour toi. Tu as bien mis ta ceinture de sécurité ainsi que tes passagers : 20 €... On pourrait aussi, c'est d'actualité, récompenser les délinquants sexuels chaque fois qu'ils s'abstiennent d'écharper une innocente victime. Combien pour un non-abus-sexuel-sur-mineur-de-treize-ans ? Combien pour un non-homicide-volontaire-avec-acte-de-barbarie ?

    A force de marcher sur la tête on va finir par croire qu'il faut se coiffer avec une chaussure.
    Peut être. Uniquement si elle sont griffées...

    "Mais une fois que vous vous êtes ainsi loyalement enfermé dans l'humaine et sûre région de la morale usuelle, que vous demande-t-on ? Des discours ? des dissertations savantes ? de brillants exposés ? un docte enseignement ? Non, la famille et la société vous demandent de les aider à bien élever leurs enfants, à en faire des honnêtes gens. C'est dire qu'elles attendent de vous non des paroles, mais des actes, non pas un enseignement de plus à inscrire au programme, mais un service tout pratique que vous pouvez rendre au pays plutôt comme homme que comme professeur."

    Lettre aux instituteurs
    Jules Ferry - Quintidi, 25 Brumaire, An XCII (17 novembre 1883)


    Comment-ça je suis un vieux thésard aigri ?
     
    smileys Panneaux

    3 commentaires:

    1. Tambour major! Comment peux tu encore t'étonner des nouvelles propositions ou réformes de l'éducation nationale?
      Je rappelle quelques faits vieux de maximum 2 ans :
      - des milliers de postes de prof supprimés (dont Le Chef fait parti)...
      = économies,
      - disparition du BEP et du bac pro en 4 ans pour laisser place à un bac pro en 3 ans...
      = économies,
      - refus dans certaines académies d'ouvrir des sections supplémentaires pour remplir les UFA...
      = économies et rentrée d'argent pour les régions...
      Tout cet argent, il faut bien en faire quelque chose non?

      Plus sérieusement, la France est en train de former un bande de jeunes qui n'ont aucune valeur, ni aucune priorité, ni même aucune motivation, car le système français ne les y aide pas!

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    2. C'est ahurissant...
      Je ne détiens pas plus que quiconque la solution miracle. Mais in fine, les responsables de ces enfants et ados jusqu'à leur majorité, ce sont quand même leurs parents me semble-t-il. Or ces mêmes parents perçoivent des allocations de l'état pour aider à subvenir à l'éducation de leur rejetons. Ce devrait être à eux de rendre des comptes quant à la présence de leurs mioches à l'école, et qu'on pourrait éventuellement sanctionner en réduisant voire supprimant les-dites allocations. Les parents sont les premiers responsables de ce que font leurs gamins, s'ils démissionnent de leur rôle d'éducation, qu'ils en paient le prix, mais ce n'est pas aux enseignants de se subsituer aux parents et encore moins de cette façon. Je doute fort qu'en instituant un tel système à l'école, on réussisse à inculquer d'autre valeur à ces mômes que l'appât du gain. Atterré je suis, atterré.

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    3. Pour les assurances, c'est un peu ça, le bonus ... un rabais sur le coût mais attention aux incartades, les primes montent en flèche !
      Et puis il y a un fossé entre l'EDUCATION et l'INSTRUCTION ! l'éducation est à la charge des familles, l'instruction à celle de l'état depuis Charlemagne.

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    Bonjour, vous êtes bien chez Tambour Major.

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