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  • 12 septembre 2017

    T'es toujours aussi beau gosse

    Il est des personnes que le destin s'acharne à remettre sur notre route alors que l'on s'évertue à les en écarter. C. en fait partie. 

    Je n'avais en effet pas revu C. depuis un temps suffisamment long pour que je n'arrive pas à le situer chronologiquement. Était-ce il y a trois ans au retour du Québec lorsque nous partageâmes un verre dans ce bistro de la place Wilson ? Y avait-il eu une autre fois où nous nous étions vus quelque part à Toulouse ? Peut-être. Je ne le saurais dire.

    C. et moi-même nous connaissons depuis notre première année de fac. Nous appartenions au même groupe de TD et au même petit groupe de potes qui bossait souvent ensemble à la BU, qui allait parfois manger des crêpes au Sherpa et qui faisait parfois la fête quoique C. fît en réalité partie des très sages, retournant dans son Gers natal dès la fin des cours du vendredi soir. 

    Pour une raison que j'ignore, C. m'a toujours accordé un intérêt tout particulier qui ne connut jamais la moindre réciprocité. Suiveur plus que décideur, souvent dans la lune, pas vraiment beau et affublé d'une perpétuelle mauvaise haleine, C., fasciné par le gotha des têtes corronnées, se rêvait un illusoire destin à la Stéphane Bern. En somme il n'est pas vraiment le genre de personne qui me stimule intellectuellement et avec qui j'ai particulièrement envie d'échanger. 

    Le cordon qu'il avait noué entre nous a commencé à de distordre en quatrième année, à la faveur d'orientations différentes, pour se dissoudre progressivement sans pour autant totalement disparaître. Je ne sais en effet pas pourquoi je n'ai jamais vraiment réussi à couper totalement les ponts avec lui, alors que nous ne partageons strictement rien hormis un penchant commun pour les garçons.

    Je me rappellerai à cet égard longtemps de cet instant de stupeur ce fameux soir où, errant sur les réseaux sociaux de l'amour, je découvrais que C. venait tout juste de visiter mon profil, découvrant ainsi, de manière fort malhabile que nous avions ce point en commun... Lui qui, aussi loin que je m'en souvienne, avait toujours montré une certaine forme d'hostilité envers les gays. Puis, dans la foulée, entendre mon téléphone sonner, voir s'afficher son nom et son numéro de téléphone sur l'écran et sentir monter un soudain sentiment de dégoût à l'idée qu'il vienne me parler de sujets intimes à propos desquels je préférais - et préfère encore le concernant - demeurer dans la plus profonde ignorance. Je n'ai donc pas répondu.  

    Je me rappellerai également longtemps de cette sensation de dégoût visqueux m'envahissant alors que, passant devant une boutique de vêtements anglais, bien connue dans la Ville Rose, nous arrêtant quelques instants et regardant un kilt exposé en vitrine, il me mit la main sur l'épaule et me dit, les yeux pétillants d'un regard qui m'apparut alors patriculièrement lubrique : "Je suis sûr que ça t'irait super bien". N'y pense même pas mon p'tit bonhomme...

    Une distance très importante et que je croyais rhédibitoire, s'est instaurée entre lui et moi le jour où il s'est encarté politiquement. Jour à partir duquel son discours à été celui du militant de base, à ânnoner servilement la bonne parole venue d'en haut, à transformer sa page facebook en relais à la divine parole du parti, discours à l'égard duquel le peu de sens critique dont il pouvait faire preuve fut irrémédiablement aboli, malgré quelques tentatives de provoquer un soubresaut de lucidité élémentaire. En vain. 

    C'est donc à partir de ce moment que je l'ai supprimé de mes contacts, actant que, non, nous n'avions vraiment rien à nous dire et qu'il n'était pas nécessaire de prolonger davantage l'illusion d'une amitié chimérique, artificiellement maintenue en vie alors que la mort cérébrale en était actée depuis fort longtemps. Je croyais  donc C. sorti définitivement de ma vie et je m'en portais très bien. Jusqu'à jeudi dernier. C'était en effet sans compter que Toulouse est un grand village où il est facile de croiser des personnes que l'on connaît, plusieurs fois par jour. 

    Jeudi dernier je remontais donc la rue de la Pomme pour me rendre à la Halle aux Grains. Pour ceux qui ne connaissent pas la rue de la Pomme, elle est plutôt étroite et il est difficile de passer à côté de quelqu'un sans le voir. Or, allant de bon chemin vers un concert qui m'attendait, voilà que je croise au loin le regard de C. qui m'avait vu et s'approche de moi en arborant un immense sourire, tel un gamin devant une pochette surprise. Hé merde.

    Je ne peux pas dire que cela m'a déplu de le recroiser. Je n'ai rien contre lui. Le fait est seulement que nous n'avons rien à nous dire, ce que notre brève conversation de l'instant allait à nouveau démontrer, comme par un puissant effet boomerang. 

    Tout en discutant distraitement, il me dévisageait, me scrutait un peu lourdement, de ce même regard dont je le savais capable depuis l'épisode du kilt. Il a cru m'apprendre qu'il avait acheté un appartement, ce dont j'étais déjà au courant depuis 2 ans - et comment ne pas l'être alors qu'entre deux communiqués de presse du parti, sa page facebook était inondée de photos des travaux ? - qu'il était suppléant syndical dans sa boîte et élu au conseil syndical de son immeuble. G.É.N.I.AL. Il crut également de bon ton d'ajouter qu'il était de nouveau célibataire et que, de ce fait, il faisait des plans. Qu'il est doux de parfois demeurer ignorant.

    Ivre de ce surcroît d'informations dont je ne sais toujours pas que faire, C. a vérifié qu'il avait toujours mon numéro de téléphone - oui, il l'avait -  et m'envoya sur le champ un sms avec ses nouvelles coordonnées pour qu'on aille prendre un verre un jour prochain, quand j'aurai un peu plus de temps. Il m'a fait promettre de l'appeler. Je m'en réjouis d'avance. Ceci dit, je lui avais également promis de me rendre à sa soirée de crémaillère en novembre ou mars dernier, et à laquelle je ne me suis jamais rendu...

    Avant de nous séparer, il m'asséna un ultime "Tu es toujours aussi beau gosse" qui, de sa part, eut le même effet que de recevoir une batterie de voiture sur le gros orteil. Je n'ose imaginer qu'il pourrait s'agir d'un appel du pied.

    On ne devrait jamais emprunter les ruelles étroites.

    15 commentaires:

    1. Tu peux toujours bloquer son numéro sur ton tel

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    2. C'est quand super cool d'être resté beau gosse ! ^^

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      1. Oui moi on ne m'a jamais dit "beau gosse"... :)

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      2. @Nicolas : Parce que les gens sont trop timides pour cela :)

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    3. Question : coucherais-tu avec toi-même ?

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    4. Question : coucherais-tu avec toi-même ?

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    5. "têtes corronnées" ? Tu pensais peut-être à autre chose ? :)
      Bref, l'enfer, c'est les autres...

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      1. Les autres mais aussi un peu soi-même, dans la mesure où on les laisse entrer dans notre sphère. Non ?

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      2. Mais c'est exactement ce que j'essayais de dire, à savoir que ce sont les autres qui révèlent nos propres hontes, nos propres manquements et nous forcent à nous connaître nous-même... En ça, ils représentent cet "enfer".

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      3. Néanmoins, une question me taraude : pourquoi avoir mis en exergue cette phrase titre de ta rencontre avec ce garçon alors que tu ne sembles pas vraiment lui accorder de crédit ? C'est très paradoxal, à moins que le narcissisme ne constitue véritablement une forme de "défense" ou d'antidote contre la gêne...

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      4. @rv : Je crois que ta dernière proposition est la bonne. J'ai beaucoup réféchi au titre de ce billet et je n'en trouvais aucun qui me plaise ou qui soit assez accrocheur.

        L'idée d'utiliser cette phrase comme titre m'avait bien entendu rapidement traversé l'esprit mais je la trouvais très prétentieuse, je ne l'assumais pas du tout. Puis elle s'est progressivement imposée car elle condense en réalité toute l'ambiguïté du moment. Et surtout, phrase choc, elle en fut le point culminant, le marshmallow sur le pudding aux anchois.

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    6. C'est pas sa photo là-haut donc ? ^^

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