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  • 5 septembre 2014

    La dernière fois que j'ai fait quelque chose pour la première fois

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    Au cours de ces quinze derniers jours, pour la première fois, je me suis promené à cheval à travers les bois canadiens. Je n'étais pas remonté à cheval depuis des temps immémoriaux et pourtant le plaisir était bien là. Je ne sais pas trop pourquoi j'aime autant les chevaux - peut-être autant que les chiens, et probablement pour les mêmes raisons : de braves bêtes derrières leurs airs cabots. Qui plus est, un radieux croissant de lune nous accompagnait, qui conférait à cette dernière nuit d'août une aura onirique confinant au magique.

    Ces quinze derniers jours, j'ai, pour la première fois, fait griller de la guimauve sur un feu de bois et goûté la texture extraordinairement aérienne de ce petit nuage sucré. Faire griller de la guimauve sur un feu de bois, voilà un petit plaisir inoffensif auquel on prend vite goût et dont on a bien tort de se priver.

    Ces quinze derniers jours, pour la toute première fois, j'ai tenu un bébé écureuil dans les mains. Tombée du nid puis recueillie par des amis, la petite bête, fragile, s'est blottie au creux de mes mains lourdes pour y dormir, roulée en boule sur elle-même. Du concentré de kawaïtude, avec du poil.

    Pour la première fois de ma vie, au cours de ces quinze derniers jours, au terme d'une soirée agréablement décadente, je suis allé dans un bar de danseuses, chez Parée, haut lieu des soirées montréalaises. Spectacle inédit s'il en est, et cocasse au possible, pour moi, à qui les charmes féminins sont d'une innocuité absolue. Intérieurement, j'ai ri. Beaucoup.

    Ces quinze derniers jours, j'ai fait tout cela, pour la première fois.

    Et vous, c'était quand la dernière fois que vous avez fait quelque chose pour la première fois ?

    12 août 2014

    Poutine ? Vous avez dit poutzine ?

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    Figure emblématique de la cuisine québécoise, la poutine est, sans conteste possible, le plat le plus populaire de la Belle-Province. 

    Apparue semble-t-il dans les années 1970, le succès de la poutine (prononcez "poutzine" avec l'accent local) peut probablement s'expliquer en ce qu'elle incarne une certaine forme de quintessence de l'art de vivre à la québécoise : des ingrédients simples, un plat calorique et robuste, agrémenté d'un soupçon de culture anglaise (même si l'on s'en défend).

    Qu'est-ce exactement que la poutine ? On peut, je crois, résumer la poutine en trois mots : simplicité, rusticité, efficacité.

    Fig. 1 "La poutine classique". Si si, je vous assure que c'est bon.

    Simplicité car il suffit de trois ingrédients seulement pour faire une poutine : des frites, du cheddar frais, de la sauce poutine.
    Simplicité également car il se vend de la poutine à peu près n'importe où au Québec, que ce soit dans les restaurants spécialisés ou non, chez McDo et autres néfastes-food, ou dans l'une quelconque des innombrables barraques à frites que vous trouverez le long de n'importe quelle route du Québec. Manger une poutine, c'est à la portée de tous, tout le temps, et partout.

    Rusticitié : frites, fromage, sauce. Faut-il réellement en dire plus ? 

    Efficacité, redoutable, et à tous les niveaux. Outre son faible prix - quelques dollars à peine - une portion de poutine vous remplit l'estomac et vous donne assez d'énergie pour aller fendre du bois par -35°C toute une journée sans discontinuer.

    Pour réaliser une bonne poutine, prenez deux ou trois bonnes poignée de grosses frites bien grasses dorées et croustillantes, saupoudrez d'une poignée de cheddar frais en grain, puis nappez d'une ou deux louches de sauce poutine brûlante. Voià, c'est prêt ! Déguster avec une bière bien fraîche.

    Fig. 2 : "Dites A".

    Attention toutefois, le choix des ingrédients détermine toute la réussite d'un bonne poutine. Ainsi, le fromage a toute son importance. Il ne s'agit pas de n'importe quel fromage mais bien de cheddar frais et en grains, dont le Québec est un gros producteur. Il en exporte même en Angleterre. Dépourvu de toute saveur réllement notable, sinon celle de la saumure dans laquelle il est conservé, le cheddar frais possède une texture bien particulière - quelque part entre le babybel, la mozarella et un joint en caoutchouc - qui fait "scouik scouik" sous la dent.

    La recette de la sauce poutine, sur laquelle certaines maisons ont bâti toute leur réputation, et sa consistance, ni trop épaisse ni trop fluide, est excessivement simple. Il s'agit ni plus ni moins d'un roux monté avec du fond de boeuf ou de volaille, et des épices.

    Une des versions les plus populaires est celle-ci :
    Dans une casserole, faire fondre du beurre. Ajouter de la farine et cuire, en remuant sans arrêt, pendant 1 minute. Verser du bouillon de poulet et de boeuf en brassant sans arrêt à l'aide d'un fouet.
    Incorporer de la cassonade, du ketchup, de la moutarde, du paprika, du piment de Cayenne et de la sauce Worcestershire. Porter à ébullition.
    Réduire le feu et cuire, en brassant de temps à autre, pendant environ 5 minutes ou jusqu'à ce que la sauce ait épaissi, mais pas trop. C'est tout.

    Vous dresserez votre poutine dans un bol en disposant d'abord les frites chaudes, un peu de cheddar, puis que vous napperez de sauce.

    Bien-sûr, ceci est une base à partir de laquelle il est possible d'inventer mille variations, chacun étant libre d'agrémenter sa sauce selon son inspiration, en remplaçant tout ou partie du bouillon par du vin rouge par exemple. Il est également permis d'ajouter de la viande, du poisson, des légumes, tant que les frites et la sauce restent les ingrédients prédominants de la recette.

    La poutine se décline à l'infini. Parmi les plus notables, je citerai la poutine italienne, dans laquelle la sauce poutine est remplacée par de la sauce bolognaise (c'est délicieux).

    Fig. 3 : "La poutine italienne". Qui a dit "Euuurk ?"

    Certains chefs tentent, avec un certain succès, d'endimancher la poutine en proposant des recettes à l'éfilochée de canard sauce poivre vert, ou encore au homard (de Gaspésie !) et bisque de homard. Pour les avoir essayées, je puis dire que c'est très bon. Un établissement a même bâti sa réputation sur sa recette de poutine au foie gras. Je n'y ai pas encore goûté, mes racines du Sud-Ouest étant pour le moment rétives à certaines hérésies gastronomiques.

    Vous l'aurez donc compris, très loin de s'enlyser dans un dédalle de raffinements aristocratiques, la poutine est, au risque de me répéter, avant tout un plat éminemment simple, rustique, efficace, sans chichi, et qui met tout le monde d'accord.

    Au fond, manger une bonne poutine, bien chaude et grasse, c'est un peu comme mater un bon porno : on sait que c'est pas l'idéal mais, sur le moment, ça fait du bien par où ca passe. Et c'est tout ce qui compte.

    7 août 2014

    Pouding aux bleuets

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    Aujourd'hui je vous propose une recette toute simple que j'ai live-twittée hier après midi (ou soir, selon le décalage horaire) et qui a suscité un certain intérêt. Quelques gourmands m'en ont demandé la recette. Voici donc la recette du pouding aux bleuets.

    Le bleuet, c'est un peu l'équivalent de la myrtille, en plus gros (de la taille d'un pois-chiche) et en mois savoureux que la myrtille sauvage. Le Québec en est un assez gros producteur, d'où une certaine fierté à mettre en valeur cette baie estivale.

    Ne soyez pas effrayés par le nom de pouding qui peut évoquer certaines préparations culinaires de nos amis d'outre-Manche. C'est bien normal, le Canada vit à l'ombre du drapeau de sa Grâcieuse Majesté. Pouding désigne simplement un genre de gâteau renversé. Ni plus, ni moins.

    Pouding aux bleuets

    Ingrédients :

    Pour les fruits :
    • 1/4 de tasse de beurre fondu
    • 1/2 tasse de sucre brun
    • 2 tasses de bleuets (frais ou congelés)
    • 1 c. à soupe de jus de citron
    Pour la pâte :
    • 1/2 tasse de beurre
    • 3/4 de tasse de sucre granulé (du sucre en poudre classique)
    • 1 œuf
    • 1 c. à thé de vanille
    • 1 1/3 tasses de farine tout usage
    • 2 c. à thé de poudre à pâte (comprenez : 1 sachet de levure chimique)
    • 1/4 de c. à thé de sel (une pincée quoi...)
    • 1 c. à thé de cannelle (facultatif, mais très bon avec !)
    • 3/4 de tasse de lait.
    Vous noterez immédiatement les quantités indiquées en tasse, 1/2 tasse, cuillère à thé et autre contenant fantaisiste. Hé oui : ici c'est comme cela ! Le Canada, et le Québec avec lui, fait partie du Commonwealth. Même si le système métrique a valeur officielle, dans les chaumières ce sont encore les unités anglaises qui sont de rigueur. Certaines habitudes ont la vie très dure. Une balance graduée ? Connais pas ! Ici on ne mesure pas des masses, mais des volumes. Inutile de vous dire que mesurer exactement 1/2 tasse de beurre avant de l'avoir fait fondre, fait partie des grands moments de bonheur de cette recette... 

    D'ailleurs ne vous y trompez pas : une tasse c'est UNE tasse, c'est à dire 8 onces ou 226.79 grammes. C'est extrêmement précis. Ne cherchez pas à jouer sur les mots, comme certains rigolos l'ont pu faire, en affirmant que "tout dépend de la taille de la tasse". Vous seriez immédiatement excommunié puis traîné dans les bois attaché derrière un gnou jusqu'à ce que mort s'en suive.
    Toutefois, vous pouvez retenir cette astuce :

    "1 tasse = 225 grammes"

    Cela vous évitera d'avoir envie de vous ouvrir les veines avec une cuillère en bois.

    Heureusement, toute bonne ménagère Canadienne possède ces ustensiles indispensables que sont des mesures en tasse, 3/4 de tasse, 1/2 tasse et 1/4 de tasse ; il en existe aussi pour subdiviser la cuillerée en toute sous-partie accessible à l'imagination d'un anglais normalement constitué. Sans elles, point de salut !

    De même, avoir à mesurer 1/3 de tasse avec des outils qui fonctionnent par multiples de 2 procure des élans de joie frôlant l'indicible. Pour ma part, je suis parti du principe que 1/3 c'est un grand 1/4...  À la guerre comme  à la guerre.

    Autre paramètre à prendre en compte (mais que je n'ai pas pris en compte vu que je l'ignorais) : le bleuet sauvage est bien plus petit que le bleuet de culture. Ca doit changer pas mal de choses, ne serait-ce qu'au niveau de l'épaisseur de la couche de fruits et du jus produit pendant la cuisson.

    Trève de prolégomènes, enfilez votre tablier, chaussez votre plus belle charlotte et passons aux choses sérieuses.

    Préparation :

    1/ Dans un moule carré de 9 pouces (22cm) mélanger le beurre fondu et le sucre brun. Répartir uniformément dans le fond. Étendre les bleuets uniformément sur le dessus. Arroser de jus de citron.
    Faute de moule carré, j'ai utilisé un moule rond à fond amovible de 24 cm de diamètre. 
    Personnellement, j'ai mis 3 fois plus de bleuets que la recette car, ainsi que je l'indiquais, dans un gâteau aux bleuets, ce qui est bon, ce sont les bleuets, justement ! Attention, tripler la quantité de fruits veut dire un gâteau plus juteux. Le démoulage, et surtout le retournage, n'en sera que plus acrobatique...
    J'avais aussi rapé un peu de l'écorce du citron utilisé, pour parfumer.
    Autre remarque : si vous voulez conserver la saveur québecoise de votre gâteau, pensez à augmenter la quantité de beurre et sucre destinée aux fruits selon les mêmes proportions. Sachez toutefois qu'un palais français s'accommodera fort bien des quantités de sucre inscrites dans la recette... (pensez à prendre rendez-vous chez votre dentiste si vous optez pour le style traditionnel québécois).

    2/ Dans un bol, battre le beurre puis ajouter graduellement le sucre. Bien mélanger. Ajouter ensuite l'œuf et la vanille. Bien battre.

    3/ Tamiser la farine, la poudre à pâte, le sel et la cannelle ensemble. Ajouter les ingrédients secs en alternant avec le lait au mélange crémeux.
    Franchement, les deux étapes précédentes avec cette histoire d'alterner les ingrédients secs et crémeux, c'est du foutage de gueule... Ne vous prenez pas la tête : dissolvez autant que possible le sucre dans le beurre fondu, ou encore blanchissez l'œuf avec le sucre, ou mieux encore : mettez tout dans la cuve de votre pétrin et malaxez jusqu'à obtenir une pâte bien lisse. Kôliss, on va pas vous apprendre à faire une pâte à gâteau tout de même !


    J'ai aussi ajouté une pointe de rhum et de zeste de citron dans la pâte, n'ayant pas de vanille sous la main. J'avais en revanche de la cannelle et j'en ai mis. Et c'était très bon.
    4/ Étendre uniformément la pâte ainsi obtenue sur la couche de bleuets.



    5/ Cuire à four th. 350°F (180°C) pendant 45 à 50 minutes ou jusqu'à ce qu'un cure-dent inséré au centre en ressorte sec et propre.
    Même en ayant mis 3 fois plus de fruits que nécessaire, je m'en suis tenu au temps de cuisson indiqué. Le résultat était parfait, sauf la compotée de fruits un poil fluide dans le fond, ce qui a rendu le retournage assez délicat. 

    6/ Laissez refroidir 10 minutes dans le moule avant de démouler sur une grande assiette plate.
    Pour la phase de démoulage, pensez à la question de la quantité de fruits et du jus que cela va produire (je vous en ai parlé plus haut). Et surtout, gardez en tête que les indigènes utilisaient le jus de bleuet comme teinture à vêtements... Cela vous évitera de flinguer votre dernier Kooples à 900 Euros.
    7/ Dévorez encore tiède, c'est délicieux !


    1 août 2014

    Une rencontre au beau FiiiiiiX

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    Depuis huit ans que je blogue, je ne compte plus le nombre de personnes que j'ai pu rencontrer et dont j'ai fait la connaissance. Il s'agit essentiellement de blogueurs, parfois - en réalité assez rarement, des lecteurs. Certains sont devenus des amis plus ou moins proche, que ce soit la fine équipe des lyonnais, ou encore ceux de Bordeaux, l'immense ribambelle de blogueurs qui habitent Paris et ses environs immédiats et, bien entendu, les blogueurs toulousains que je voyais régulièrement, à diverses occasions.

    Tout en rédigeant ce billet, je relis, remontant le fil de mes archives, ceux plus anciens dans lesquels sont consignés le souvenir de ces rencontres. L'effet en est plutôt saisissant tant ces évocations font remonter instantannément un flot d'impressions et d'images : ce deux-mille feuilles de chez Hermé dégusté sur le parvis de Saint-Sulpice, cet apéro chez Fabisounours et son chéri, cette rencontre avec Tto, ce repas dans la citée de Carcassonne, mes escapades lyonnaises, cette belle lumière de fin d'après midi sur le vignoble de Vevey, et tant d'autres choses encore. 

    C'est d'ailleurs probablement la grande supériorité des blogs sur les autres médias sociaux auxquels on impute - à tort ou à raison, voyez mon  billet du 22 juillet dernier et les débats dans les commentaires - le déclin des premiers : conserver, en un tout cohérent, l'ensemble de ses écrits, contrairement à un tweet, noyé au mileu de milliers d'autres, tous aussi pressés. Le blog, lui, a le temps.

    Oui, j'ai rencontré pas mal de monde par le blog. Mercredi, c'était au tour de  FiiiiiiX et son chéri, en vacances à Montréal. C'est drôle de s'être rencontrés à Montréal, à 6000 Km de notre mère patrie. Cela me rappelle, contextuellement parlant, ces trois jours de janvier 2013 lorsque j'avais revu Poussin et son chéri à Buenos Aires. Mettre un peu d'extraordinaire dans son quotidien, ben c'est rudement chouette.

    Bravant le ciel menaçant qui nous a infligé quelques averses, dont nous sûmes faire fi avec cette arrogance naturelle dont seul les français sont capables, nous avons passé l'après midi à arpenter les sommets de la ville : la tour du stade, l'Oratoire Saint Joseph, puis le Mont Royal et son belvédère. Trois sommets, trois points de vues imprenables sur la ville.

    Encore une fois, ce fut une jolie rencontre, pleine de connivence, comme si nous nous connaissions depuis longtemps. Car si FiiiiiiX ne blogue pas, il twitte, ce qui engendre un premier degré d'interaction. Il alimente également un compte Instagram, ce qui ouvre une fenêtre supplémentaire sur son quotidien. De fait, nous n'étions pas réellement étrangers l'un à l'autre.

    Un blogueur écrivait sur son blog que "le virtuel est le vestibule du réel". Je ne sais pas si cette affirmation est vraie. Je crois même qu'elle est assez fausse, du moins si je l'entends comme son auteur. Non, le virtuel n'est pas un monde parallèle coupé du monde réel. Le virtuel n'est pas non-plus une enclave résiduelle au sein de laquelle les échanges n'ont vocation qu'à être limités. Je crois, au contraire, que le virtuel est le prolongement - aujourd'hui naturel - du monde réel, comme une branche l'est à un arbre. Où s'arrête l'arbre, où commence la branche ? Ce nouvel épisode en est une démonstration supplémentaire.
         
    Oui, c'est vraiment chouette les blogs.

    22 juillet 2014

    Aller de l'avant - Un an après

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    Il y a quelques jours, Aerials33 et Tto discutaient, entre autres choses, de la mort des blogs. Je ne vais pas refaire le débat ni même essayer de le trancher, mais une phrase m'a interpellé de cet échange, selon laquelle le déclin des blogs serait consécutif à une certaine paresse des blogueurs eux-mêmes. 

    Et je dois dire que, me concernant, c'est assez vrai. Certes ce n'est pas l'unique raison, j'en conviens, mais tenir un blog et l'alimenter suppose un certain travail (oserais-je parler d'effort ?) qu'il est bien commode de régulièrement ranger aux oubliettes car, au fond, rien ne nous oblige à bloguer, sinon - dans mon cas - le plaisir.

    En faisant du ménage sur mon blog, je suis retombé sur ce brouillon inachevé. Il remonte à juillet 2013. C'était il y a un an.
    "Je n'aime pas les lendemains de week-end. Ce boisseau d'heures épineuses à l'ambiguité malsaine qui nous partagent entre joie et nostalgie. D'un coté la réminicence moelleuse des moments passés, l'or vibrant des souvenirs amoncelés et l'espoir rayonnant des fois prochaines entourés d'êtres qui nous sont chers. De l'autre, le vide nauséeux de cet après, où les rêves s'arrêtent pour laisser place au quotidien granuleux. 


    Le week-end, une parenthèse bienfaitrice qu'il est sain de renouveler le plus tôt possible. Au fond, je sais que cela ne tient souvent pas à grand chose. Une pointe de folie sauvage qu'il nous faut renoncer à apprivoiser. Ce sont nos folies qui nous font avancer..."
    Ca me fait drôle de relire cette ébauche. Et la première chose qui m'a frappé, c'est son ton passablement mélancolique, preuve manifeste que je n'allais pas très bien.

    Je me souviens de ce mois de juillet-là. Professionellement parlant, ce n'était pas vraiment glorieux. Après avoir fui un pervers narcissique qui me traitait comme une sous-merde, je croyais avoir trouvé asile chez quelqu'un de bien. Malheureusement pour moi, nos relations se sont très rapidement dégradées. Je l'ai quitté quelques mois mois plus tard sans regrets aucun. Je suis sorti de ces deux mauvaises expériences plutôt abîmé, au point de me plonger dans d'insondables remises en question. Aujourd'hui encore, je garde certains stigmates de cette époque de grande déprime et de mal-être.

    Et puis vint cet électrochoc. Que dis-je : cet impact météorotique qui est venu tout faire exploser dans ma vie...

    Un an après, hé bien... je ne sais pas trop par quel bout commencer !
    J'ai entrepris un virage interdimensionnel dans ma vie et pour l'instant, je ne regrette rien. Tout n'est pas simple, tout n'est pas rose chaque matin. Le moral oscille souvent entre une forme d'euphorie béate et et un profond découragement doublé d'une envie sanguine de tout foutre en l'air. Mais non...

    Et puis certains jours, d'excellentes nouvelles arrivent. Des efforts sont récompensés. Les pièces d'un immenses puzzle prennent leur place et s'ajustent. Lentement mais sûrement. De jolies fondations pour des lendemains meilleurs.

    Il me reste encore du chemin à parcourir et je sais que je n'ai pas encore fini d'en découdre avec l'administration, mais je veux y croire, jusqu'au bout.

    Ce sont nos folies qui nous font avancer. 

    19 juillet 2014

    Bonheur funèbre

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    De mes deux grands-pères, je n'en ai connu qu'un seul, que nous appelions Papi. Il habitait, avec ma grand-mère, à quelques pas seulement de chez nous. De ce fait, nous le voyions tous les jours, soit qu'il venait nous chercher moi et mon frère à l'école, soit que nous passions lui faire la bise en rentrant le soir.

    C'était un personnage singulier mon grand-père. Un homme de la terre, dur et âpre comme celle, argileuse, qu'il cultivait dans cette plaine de Garonne où j'ai grandi. 

    Il ne prêtait guère attention à son allure, ayant souvent un accoutrement négligé, vêtu d'un invariable pantalon de velour côtelé marron et de sandales en toile rafistolées. Lui, passablement rustre, s'en foutait. Ce n'était pas son problème. Ses affaires marchaient, même très bien, et c'était bien là l'essentiel. Il savait en revanche se faire élégant pour les grandes occasions, dans un grand écart stylistique dont il avait le secret.

    Je ne me souviens pas de l'avoir entendu rire souvent. Au contraire, je me rappelle très bien de ses tonitrunats accès de colère qu'il deversait froidement en un ouragan de décibels. "Mais, taisez-vous !" tonnait-il régulièrement le dimanche du bout de la table qu'il présidait, alors qu'il écoutait son émission politique à laquelle je ne comprenais strictement rien. "Bon Dieu alors, c'est pas possible...!"

    Combien de fois ai-je vu ma mère rentrer en pleurs après s'être fait copieusement injurier pour une broutille ? Attablé à mon bureau, la fenêtre ouverte, le mercredi après-midi, pour faire mes devoirs, je me souviens très distinctement de l'écho de ces épisodes qui me le rendaient particulièrement antipathique au point de parfois redouter d'avoir à le croiser.

    Lui et ma grand-mère se disputaient tout aussi régulièrement. Elle partait alors s'enfermer dans sa chambre - ils faisaient lit à part - prétextant un mal de tête. C'est du moins l'argument qui nous était servi lorsque nous allions les voir et que mon grand-père se trouvait seul dans la cuisine, impassible. 

    Seul le travail manuel trouvait gràce à ses yeux. Aussi préférait-il nettement mon frère, peu porté sur les études et qui trouvait toujours un prétexte pour le rejoindre dans les champs, sur les tracteurs. Mes penchants littéraires et musicaux l'indifferaient au plus haut point. Lire ? Une activité de fainéant... Il ne manquait d'ailleurs pas de me le faire savoir, dès mon plus jeune âge, en dénigrant ouvertement mes heures plongées dans un bon bouquin. De là vient probablement cette forme de non-amour que je lui portais, symétriquement opposée à l'affection inconditionnelle que mon frère lui vouait, et qu'il recevait en retour de cet homme aux cheveux totalement blancs.

    Non, ce n'était pas un personnage qui m'inspirait une franche sympathie, quoiqu'il fut mon grand-père et malgré la tendresse naturelle que se portent mutuellement les membres d'une même famille. 

    Il faut croire que j'étais le seul à avoir développé cette forme d'indifférence et je ne puis dire aujourd'hui quel était l'état de ses sentiments à mon égard. Plusieurs fois ma mère m'a dit qu'il serait fier de moi et de ce que je suis devenu, de ma profession de notable et des belles fréquentations du grand monde qui sont parfois les miennes. Peut-être... 

    Le jour de son décès, il y a plus de vingt ans, fut un véritable drame, même si la dégradation de son état de santé laissait prévoir l'imminence funeste. Le patriarche s'en était allé, et avec lui tout un pan de l'histoire familiale. Personnage connu dans tout le département, l'église du village pour ses funérailles fut aussi bondée qu'un soir de Noël. Même notre vieil ouvrier, qui avait travaillé pour lui pendant quarante ans, était venu le saluer la larme à l'oeil, avant son ultime départ.

    Plus tard, dans la soirée de cette journée qui se voulait sombre, ma mère, en pleurs, me fit un reproche alors que je flânais sur le trottoir devant la maison :
    - On dirait presque que tu es content...
    Le plus terrifiant dans cet histoire c'est que, à cet instant précis, je l'étais vraiment.

    16 juillet 2014

    La radio des blogueurs de l'été 2014

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    Mon premier été Montréalais. C'est une sensation assez étrange de voir s'égrener le fil des saisons, manifestation tangible du temps qui passe, dans un pays qui n'est pas le sien, loin des siens et de ses amis. Certaines lumières, certains bruissement du vent dans les feuilles, certains instants de vent doux dans le silence d'une rue ensoleillée, me rappellent Toulouse à la même époque, sa douceur de vivre, ses tintements de verres, ses rires perdus dans les ruelles.

    Je ne me lasse pas de parcourir Montréal, particulièrement en vélo, le nez au vent. Il faut dire que la ville est très bien aménagée pour la petite reine. Les nombreuses pistes cyclables sont, aux heures de pointe, de véritables cycloroutes. Des chenilles de vélos filent le long des rues en un balet ponctué de stops et de feux rouges que toute la colonie respecte comme un seul homme. Indéniablement, et malgré ses dimensions, Montréal possède un agréable visage humain.

    Pour en venir au sujet premier de ce billet, ma petite souris préférée a toqué à ma porte pour participer, comme l'an passé, à la radio des blogueurs de l'été 2014 de Lolobobo.

    Vaste question que celle du choix : sur quel morceau jeter mon dévolu ? La règle est terrible car il n'en fat qu'un.

    Mon choix de l'été aura une saveur hautmement locale puisque je m'en vais vous faire écouter  We Exist du groupe indépendant originaire de Montréal Arcade Fire. Le titre est bon, et clip vraiment fort. J'ai pris une grosse claque.



    Et maintenant, voyons ce que Glimpse, François et Chris ont entre les oreilles cet été.
    Les règles du jeu sont là.


    écoutez la radio des blogueurs

    26 juin 2014

    Au bord du Canal de Lachine

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    Montréal est connue pour être une grande ville particulièrement verdoyante. Loin d'usurper cette réputation, la métropole regorge d'espaces verts qui sont autant d'aires de promenades et de détente, que de terrains de jeux pour les légions d'écureuils (eux non-plus, ne sont pas légendaires) qui peuplent la ville.

    Lundi, profitant d'une belle journée de soleil, des amis m'avaient proposé une balade en vélo le long du canal de Lachine, l'un des grands axes verts de Montréal, au sud de l'île. 

    Le canal de Lachine s'étend sur 14,5 kilomètres entre le Vieux-Port et le lac Saint-Louis. Voie navigable intérieure richement industrialisée au XIXe siècle puis laissé à l'abandon dans les années 1970, le canal fut judicieusement transformé en parc urbain accessible à pied (et oui, on peut arriver à pied par Lachine) comme à vélo, et même en rollers. 


    Les vestiges de ce passé sont encore largement visibles ici et là, notamment par les immenses silos et autres bâtiments laissés en sommeil dans l'attente d'une réhabilitation, ou d'autres qui on pris un second souffle. En fait, ce canal m'a beaucoup rappelé un mélagne entre le canal du Midi et le quartier de Puerto Madero de Buenos Aires (d'ailleurs en fouillant dans mes archives je me rends compte que je n'avais même pas consacré une ligne à ce quartier emblématique de Buenos Aires... bigre !), ou encore Bilbao au Pays Basque espagnol. C'est  étonnant comme, aux quatre coins du monde, les mêmes causes produisent les mêmes effets.


    Le long du canal, à proximité du marché Atwater, havre de paix entrecoupé du passage de quelques gigantesques - et fort laids - ponts routiers, se construisent de beaux grands appartements hors de prix, ménageant une architecture de style québécoise traditionnelle avec un environnement exceptionnel. C'est très joli. 


    Le canal est aussi ouvert à la plaisance. Il est révolu le temps des péniches et des bateaux commerciaux arpentant les eaux désormais bien tranquilles. À tel point que nous y avons croisé des outardes et leurs petits en train de brouter de l'herbe, à l'ombre des peupliers. 


    Celle de droite était particulièrement agressive. Si je n'avais pas été en short je n'aurais pas hésité à m'approcher davantage. Mais là l'opération était trop risquée pour mes jambes et mes poils ! 

    Bien moins dangereuse - et tout aussi agréable - était  l'observation de quelques jolis garçons torse nu venus faire bronzette le long des berges du canal. Et je dois dire que le chromosome "bûcheron" fait des merveilles en la matière... Hé oui, c'est aussi cela les plaisirs de la nature ! 


    L'extrémité sud du canal se termine par un grand parc et un port de plaisance. Il doit faire bon y venir picniquer puis s'adonner à une petite sieste, bercé par le murmure des feuilles bruissant aux vent. Mais attention aux coups de soleil ! En effet, si le Québec est réputé pour ses hivers polaires, l'été en revanche y est chaud, humide et particulièrement ensoleillé. N'ayant pas mis de crème solaire (oui, c'est idiot), je ne suis retrouvé avec les bras couleur homard... 

    Oui, décidemment il fait bon vivre à Montréal.

    17 juin 2014

    Le monde merveilleux des z'animals : La Moufette

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    Tout au long des immenses territoires du Canada en général et du Québec en particulier, abonde une faune sauvage aussi foisonnante que joviale. Parmi la multiplicité des bébêtes rigolotes trop kawaï que compte le pays, je vais aujourd'hui vous parler d'un animal typiquement nord-Américain : la moufette. 

    Aussi connue sous son autre nom de sconse, ou encore de putois, la moufette rayée  est à peu près de la taille d’un chat, mais plus corpulente, avec une tête plutôt petite, des pattes courtes et une queue fournie.  

    Mais attention : derrière son allure placide, cet animal, à qui l'on ferait bien de prime abord un rô rô câlin tellement c'est kro kro meugnon tout plein (j'en vois déjâ tomber en pamoison au fond de la salle), doit cependant susciter la plus vive méfiance. Oubliez Bambi et la jolie Fleur aux yeux doux qui papillonnent : préparez-vous rencontrer une créature du diable !

    Les moufettes sont en effet classifées dans la catégorie des "Mephitis mephitis". Et rien que cela devrait commencer à vous titiller un peu le questionnomètre.

    Rappelons-nous ensemble la définition de méphitique : 
    Vieilli ou littér.A. − Dont l'exhalaison est malfaisante, toxique, parfois puante, désagréable. Synon. délétère, infect, fétide, vicié, malodorant, nauséabond.Gaz, vapeur méphitique; odeur méphitique. L'air méphitique m'en a chassé [du palais de justice de Valence].
    [source]
    Le mot moufette, d'origine italienne, remonte au XVIIIe siècle et vient du napolitain mufeta qui a donné mofetta en italien, ce qui désigne littéralement une exhalaison pestilentielle puis, par métonymie, les fumeroles de gaz sulfureux qui s'échappent des volcans en éruption...

    Pendant longtemps, les moufettes ont été classées parmi les mustélidés (avec les putois, les loutres, les belettes, les blaireaux…), mais, depuis la fin des années 1990, elles sont considérées comme constituant une famille à part entière : les méphitidés.

    La moufette possède une technique de défense qui n'appartient qu'à elle : lorsqu'elle se sent menacée, la moufette projette un liquide très malodorant par les canaux de ses glandes anales, et en asperge ceux qui l’ennuient. Ce liquide est un alcool sulfuré (3-Méthylbutane-1-thiol, C5H12S, pour les spécialistes) qui, sur les yeux, provoque une brûlure intense. Il peut aussi provoquer des nausées et une cécité passagère.

    Projeté avec une assez grande précision sur environ cinq mètres, ce liquide vous imbibera d'une délicate odeur particulièrement tenace qui tiendra au moins deux semaines.

    Sachez, à titre de comparaison, que la seule odeur d'une moufette qui se promène le nez  au vent peut se répandre sur plus d’un kilomètre, ce qui laisse largement le temps de changer de trottoir ou de direction bien avant la rencontre fatale.

    Mais, vous demandez-vous, est-ce que ça pue vraiment autant que ce qu'on en dit ? Comment une si petite bébête tellement si adorablissime pourraît être un monstre de puanteur ? Seriously ?

    La réponse est : oui !Et même bien plus que ce que vous pouvez imaginer. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que, au Québec, la moufette est aussi appelée "bête puante".

    A ce sujet, dès 1929, le naturaliste canadien Ernest Thompson Seton cherchait à décrire l'odeur des moufettes. Voici le fruit de ses conclusions : 
    « Réunissez de l'ammoniac fort, de l'essence d'ail et du soufre en combustion, ajoutez une partie de gaz d'égouts, un jet de vitriol et un soupçon d'essence de musc, mélangez le tout et concentrez-le mille fois. »
    Toujours envie d'en voir une en vrai ?

    12 juin 2014

    Prendre racine

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    Déjà plus d'un mois que je n'ai rien écrit du tout ici. À plusieurs reprises pourtant je me suis dit que telle anecdote pourrait susciter l'intérêt ou que tel état d'âme ferait un joli billet qu'il me ferait du bien de relire dans quelques temps. Mais je n'ai rien écrit, du tout, ni même consigné la moindre bribe d'idée dans un quelconque brouillon. Engranger, c'est prévoir, anticiper. Et pour l'instant, il m'est assez difficile de me projeter. Je vis surtout au jour le jour, ma ligne de mire ne franchissant pas le seuil de la semaine.

    La cause de cet état est à rechercher dans l'inconfort de ma situation actuelle qui me sappe les éléments indispensables à un degré minimal de stabilité. Je parle de certaines incertitudes quant à ma situation professionnelle ici. En arrivant au Québec, j'ai dû repasser des examens professionnels pour obtenir certaines équivalences, et je les ai obtenues. Maintenant, et depuis de longues semaines, je suis dans l'attente d'un courrier l'officialisant. Pour ma malchance, des élections récentes ont occasionné un changement de gouvernement, et donc de ministres, ce qui ralentit davantage une machine administrative peu réactive. C'est pénible, et long. Pendant ce temps il m'est bien entendu impossible de travailler, ce qui rajoute une couche d'inconfort à ce magma de nébulosité. 

    Niveau boulot, le milieu semble encore plus hermétique qu'en France. Chaque jour fait s'accroître en moi la désagréable certitude qu'il est difficile de trouver du travail sans être préalablement recommandé. J'ai un peu l'impression de me débattre dans une piscine remplie de chewing-gum : cela ne fait pas mal, c'est doux et moelleux, presque agréable, mais garre à qui ne touche pas rapidement le bord.

    Et pendant que je cherche à prendre racine ici, je vois mon filleul grandir sur les photos que ma mère m'envoie tous les mercredis. Il a bien poussé. Il a une bonne bouille. 

    L'autre jour j'ai planté quelques fleurs dans le bout de jardin qui donne sur la ruelle arrière. C'est joli, cela met un peu de couleur et de gaité au bout de la pelouse. Une manière d'essayer de m'approprier cet endroit, de le faire mien, et, par une forme de métonymie, d'y prendre un peu, moi aussi, mes racines.