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  • 8 décembre 2016

    Que veux-tu dire ?

    C'est un début d'histoire qui aura duré quelques courtes semaines au début du printemps 2015. Je l'avais écrite sur un brouillon, ne sachant trop qu'en faire.

    Lui et moi nous étions vus pour la première fois après nous être rencontrés sur un site dédié aux garçons qui aiment les plantigrades. Quelques mots échangés, simples, de bon sens, courtois. La rencontre qui s'en est suivie eut lieu relativement vite car nous savions tous les deux que les discussions éternelles par clavier interposé ne mènent pas à grand-chose et que les atermoiements sont inutiles.

    Lui voulait d'abord rencontrer de potentiels amis, ce qui me paraissait a priori constituer un bon début. Nous sommes donc d'abord allés au cinéma.

    Au sortir de la projection, nous avons beaucoup discuté en marchant tranquillement dans la ville rose s'assombrissant par le coucher du soleil. Discussion qui fut entrecoupée de mille et une questions qu'il me posait sans relâche et auxquelles je répondais de bon cœur, séduit par tant de fraîcheur et de candeur.

    Ce fut un  premier rendez-vous assez curieux à vrai dire car, malgré notre spontanéité respective, nos propos se trouvaient régulièrement entrecoupés de longs silences pendant lesquelles je le voyais froncer les sourcils puis, à l'issue de quelques secondes de réflexion, poignait sur ses lèvres la même question  : "Que veux-tu dire ?"

    Quoi qu'il en soit nous nous séparions sur un très bon a priori ainsi que le laissaient entendre les textos que nous échangeâmes une fois chacun ayant regagné ses pénates.

    Quelques jours plus tard il revenait me voir pour passer la soirée et faire plus ample connaissance. Il me racontait sa vie, son enfance, son père le chassant de chez lui, ces années d'errance, ses ex, son arrivée à Toulouse...

    Une jolie soirée courtoise, un peu trop peut-être, au cours de laquelle le personnage me faisait découvrir une part importante de son histoire et de son passé, ce qui l'avait construit, ce qu'il était devenu. Un grand et beau garçon, déterminé, mais encore en recherche de lui même. Car toujours revenait la même question "que veux-tu dire ?", après que ses sourcils graves se sont plongés dans un abîme de perplexité. 

    Nous nous quittâmes à nouveau, en nous promettant de nous revoir et de continuer de nous raconter notre histoire. 

    Au détour d'un soir survint cet incompréhensible texto. Il voulait qu'on s'en tienne là, ce à quoi je répondis que je ne comprenais pas sa décision mais que je la respectais néanmoins et que j'espérais, malgré tout, que nous serions amenés à nous recroiser un jour.

    Quelques minutes plus tard mon téléphone tressautait d'un nouveau message de sa part. Encore la même question : "Se recroiser ?" dans laquelle je lus à nouveau son invariable mais sincère "que veux-tu dire ?".

    Puis il y eu ce coup de fil étrange. Il voulait m'expliquer les choses. Et moi je voulais avoir quelques explications, pour comprendre un peu, quitte à me faire du mal. Mais au bout du fil je n'eu que du silence, ponctué au bout d'une interminable minute par cette unique phrase

    "Je ne sais pas..."

    Moi non plus.
    Je ne pouvais, ni ne voulais savoir à sa place. Je ne pouvais, ni ne voulais faire cet effort de mettre des mots sur ses questionnements dont certains défiaient le bon sens le plus élémentaire, à me demander "que veux-tu dire ?" lorsque j'affirmais simplement "il pleut". Il fucking pleut. What else ?

    Nous devions donc en rester là, à cet inachèvement embryonnaire rempli de vide...

    Contre toute attente, il devait revenir à la charge quelques jours plus tard avec un texto. Je le sentais un peu fébrile, n'osant pas faire le premier pas. Je n'étais pas fâché et prêt à le revoir s'il le voulait, ce qu'il acceptait immédiatement. 

    Il est revenu le soir même, passer d'abord la soirée, puis la nuit. Je savais qu'elle serait probablement la seule. Blottis l'un contre l'autre au creux du canapé je me suis senti très bien dans ses bras et manifestement ils s'est senti très bien dans les miens.

    Lorsqu'il est reparti le lendemain, m’adressant un dernier baiser en se retournant dans le couloir, j'ai su qu'il n'y aurait pas de prochaine fois.

    Pour autant je ne suis pas triste. Juste un peu déçu. 

    Je ne sais pas du tout dans quelle direction nous allions, tellement chacune de nos rencontres me laissait à chaque fois un sentiment étrange. Car malgré le bien-être que je ressentais en sa présence, le fait est qu'il nous était fort difficile de nous comprendre. En témoignent ses perpétuelles questions sur ce que je ressentais, sur ce que j'étais en train de penser à propos de ce qu'il venait de me dire, au lieu de simplement laisser les choses se faire ou se défaire d'elles-mêmes, plutôt que d'essayer à tout prix d'assembler un puzzle dont personne ne détient ni la forme définitive ni le mode d'emploi. Je crois que moi-même je ne me suis jamais autant posé de questions que lui... 

    Surtout j'avais appris alors, et depuis mon expérience au Québec, à ne plus avoir autant peur de moi même, ni autant peur des autres, au point que je me rends compte de tout le malaise qui naissait à chaque fois que j'ouvrais la bouche et que je le voyais froncer les sourcils.

    Longtemps après avoir écrit ce brouillon, il m'a renvoyé un message, pour prendre des nouvelles. Il me souhaitait d'aller bien. Je lui ai répondu, en lui demandant à mon tour ce qu'il devenait. Ce fut notre dernier échange. Aucune réponse ne vint jamais plus...

    Que voulait-il me dire ? 

    8 commentaires:

    1. Une sorte d'incommunicabilité aussi importante comme cela de prime abord, ça n'annonce rien de bon. :) Mais je comprends la déception s'il y avait également plein de signes positifs. :'(

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      1. Oui, là niveau incommunicabilité c'était le pompon total... Et je sais que ça n'aurait pas pu aller bien loin à ce compte-là. Mon regret est que cela est totalement bloqué la possibilité de seulement réellement faire connaissance et de tomber les masques. Bref, un de perdu, un de perdu ^^

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    2. Une histoire au goût d'orange amère...

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      1. Exactement. Ça sent bon, aussi, l'orange amère...

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    3. Fallait ptet' persévérer ! Bon, c'est facile à dire, je te l'accorde. Mais je me retrouve un peu dans ton article. Peut-être pas du même côté cependant.

      Quand je demande cinquante fois par jour à mon pacsé s'il va bien, ce n'est pas pour l'embêter, simplement, je n'ai aucun moyen de le savoir. Idem quand, après une soirée avec des amis ou la famille, je lui demande si d'après lui, nos convives sont repartis contents car je n'en ai aucune idée.

      En gros, avec moi, c'est un dé-breffage permanent. Et lorsque j'ai une conversation avec quelqu'un, je la ressasse à outrance en essayant d'analyser ce qui aurait pu être mal perçu. Et cet "agent inquisiteur intérieur" me traque dès que j'ouvre la bouche et me poursuit même des années après ladite conversation.

      Mais bon, moi, je suis Asperger (je te l'apprends peut-être puisqu'on en a jamais parlé à Evian). Peut-être que lui aussi, va savoir...

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      1. Comment persévérer face à quelqu'un qui fuit, qui disparaît sans laisser de trace et ne répond pas ?

        La question n'était pas de savoir si j'allais bien ou quoi que ce soit. Mais imagine que tu dises, en regardant la pluie tomber par la fenêtre : "Il pleut" et qu'on te demande tout de go, le plus sérieusement du monde : "Que veux-tu dire ?".
        Imagine que tu demandes à quelqu'un "Comment vas-tu ?" et que l'on te réponde : "Que veux-tu dire ?".
        Imagine qu'en regardant le soleil se coucher tu dises "Ho, le joli coucher de soleil" et qu'en réponse on te demande "Que veux-tu dire ?"
        Voilà, on en était là, sur de la compréhension au strict premier degré...

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      2. Dans la même situation avec les mêmes questions ? Difficile à dire... En ce qui me concerne, je cherche le sous-texte à chaque phrase, même la plus banale, donc je serais mal placé pour trouver ça si absurde que ça. Tout est dans le "si" c'est vrai. Après, je sais par expérience qu'il faut une sacrée dose de patience et d'amour pour passer au-dessus. Je sais également par expérience que le temps permet de débloquer les incompréhensions, même celles dont tu parles, celles "au premier degré". Je suis passé par là, je sais la difficulté de communiquer, mais je sais le bien que l'on peut ressentir auprès d'une personne, même si l'on ne la comprend pas... C'est un vrai paradoxe...

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    4. N'était-ce pas tout simplement un mal comprenant ? La réincarnation humaine d'un gentil canidé ?

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