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  • 3 novembre 2007

    Le boulet

    Un boulet me direz-vous ?

    On en a tous un... si si si... cherchez un peu. Je suis même certain qu'à la simple évocation du mot "boulet", rejaillit instantanément de votre inconscient le nom d'une au moins de vos connaissances, voire, pire encore, d'un de vos amis.

    A quoi reconnait-on un boulet ?

    Quelques rappels lexicographiques tout d'abord.

    Au sens premier, le boulet désigne le projectile sphérique d'artillerie, en pierre ou en métal, utilisé avant l'invention de l'obus. A s'en tenir à ces premiers éléments, hormis les effets désastreux du boulet sur notre moral, cette définition ne nous aide pas des masses.

    Dans un sens figuré, le boulet désigne la peine infligée aux forçats condamnés à traîner un lourd boulet attaché à leurs pieds par une chaîne. Nous y voici !

    Dans un sens méthaphysique, le boulet désigne une contrainte, obligation pesante empêchant l'épanouissement de l'être. De plus en plus intéressant n'est-ce pas ?

    Divers éléments permettent d'identifier notre boulet.

    Le premier consiste en sa faculté hors du commun à vous saouler en un temps record par une conversation brillante qui tourne souvent à l'insipide et dont vous n'avez probablement rien à cirer. Pèle-mèle, et en ce qui concerne celui dont je m'affuble périodiquement par pure bonne conscience judéo-chrétienne, il s'agit invariablement (dans le désordre) de son salaire/de son augmentation, de ses RTT et de ses week-end avec pôpa môman dans le gers à tailler les rosiers (NDLR : notre boulet est un presque trentenaire), de son prochain week-end dans le périgord chez son arrière grand cousine par alliance au 8° degré qui cultive des renoncules jaunes, de la "petite" - comprenez sa nièce qui a je-ne-sais-plus-quel-âge-et-dont-je-me-fous-éperduement, que je n'ai jamais vue sinon en photos dont je me fous comme de ma première couche - et enfin des derniers potins du PS sur l'UMP. Oui parce que le boulet est féru de politique, surtout quand les arguments lui tombent tout cru du ciel et qu'il n'est pas besoin d'esprit critique pour se forger sa propre opinion des choses. 

    Autre sujet de prédilection du boulet (enfin, surtout du mien) la hausse des taux d'intérêt du Livret A, ou la baisse de la valeur de ses actions EDF qui lui fait perdre des plus-values non indexables sur les 4 derniers mois... Tout l'art du combat dans ce genre de situation tient en une endurance hors du commun et une capacité d'abnégation digne d'une béatification immédiate. Toute rencontre avec notre boulet recèle conséquemment des vertus expiatoires redoutables, tellement puissantes que même l'église catholique s'est refusée à les employer contre les hérétiques et relapses qui ont jalonné l'histoire de la chrétienté dès l'aube des premiers siècles. En principe, tout contact avec la bête vous conduit rapidement à une humiliation publique qui justifierait à elle seule un changement de sexe pour raison thérapeutique ou une demande d'asile politique au Liberia, ou à coté desquelles broyer un bloc de granit d'une tonne à l'aide d'un cure dent devient une activité follement distrayante.

    Autre caractéristique de notre boulet : ses goûts de chiotte. Je ne prétends pas détenir les clés de l'esthétisme absolu, loin de là, mais revendique une certaine conception du bon goût. Je me souviens il y a un an, de passage dans l'appart de mon boulet, avoir discuté déco quelques (trops longs) instants... et mon boulet - que j'appellerai Alfred pour les besoins de la cause ( j'aurai pu vous dire qu'il s'appelle Cédric, mais là ce serait pas cool du tout parce que ce serait son vrai prénom...) - Alfred-Cédric donc de me dire "Ah oué, j'adore le mobilier contemporain, comme ma table basse"... 

    Alors, pour vous situer, ladite table basse en fer forgé cérusé vert et plateau en verre, est aussi contemporaine que peut l'être du mobilier conforama. En fait, je pense après réflexion que dans son esprit, est contemporain tout ce qui a  été réalisé après le style régence... A mon avis, il n'est même pas envisageable de lui suggérer que le mobilier de LeCorbusier est maintenant somme toute classique, ou encore de lui faire découvrir Starck et ses accolytes. Quant à lui montrer des photos du Guggenheim de Bilbao...  son cerveau n'est pas encore prêt, sauf à le tuer net (LA solution me direz vous ?).

    Autre argument plaidant en sa défaveur artistique, son inconsistance musicale totale...  Confondre Cécilia Bartholy et Arielle Dombasle vous y croyez ? Non hein ? Et pourtant... Connaissant mes goûts musicaux et notamment pour la musique classique, Alfred me sortit un beau jour : "Houlà, j'ai acheté un CD hier à la FNOUC, c'est génial ! Faut absolument que je te fasse écouter !!". Je lui demandais "Heu... c'est quoi ?" et lui, avec son enthousiasme de gamin de 5 ans et arborant le sourire diforme dont il détient le secret, articulant son cou tordu entre ses épaules osseuses me répondit "Ben tu verras !". 

    Le lendemain, il débarque à la fac avec son balladeur CD et, entre deux cours, insiste pour me faire écouter la chose. Il me passe les écouteurs et lance sa piste favorite. Aussitôt mes tympans sont agréssés par une cohorte de vociférations aussi insoutenables les unes que les autres, auxquelles se mèlent des rythmes aux accents vaguement techno honteusement commerciaux... Je m'empare du lecteur et m'empresse de cliquer sur "suivant"... Le répis ne fut que de courte durée (en fait le silence entre 2 plages). 

    Je parcourai le CD en sautant de plage en plage, n'écoutant à chaque fois que les toutes premières secondes du massacre perpétré par un bourreau sans coeur ni voix (quant à parler de talent... je n'ai pas cette effronterie). Mon boulet, qui ne m'avait pas quitté des yeux une seconde, et toujours ce même rictus grimaçant aux lèvres, me demande, le regard pétillant : "Alors ..?" espérant sûrement que j'abonde dans le sens de ce qu'il concevait comme l'aboutissemet suprême de ce dont le génie humain était capable. Ma réponse fut, je le crains, un brin cynique, voire ironique (le lecteur de ces lignes n'en sera qu'à moitié étonné) et je pus lire dans ses yeux, non sans délectation, la déception qu'éprouve un petit enfant lorsque son grand cousin plus âgé lui révèle par pure méchanceté que le père noël n'existe pas... 

    Mais, comment se débarrasser d'un boulet ?

    1/ Certains ont mis au point une technique simple à base de napalm concentré : imbibez le boulet puis proposez lui une clope... Très pratique en hiver, veillez à réaliser loin de tout espace boisé comprenant des conifères (risques d'incendies de forêts).

    2/ La noyade. Toujours efficace. Compter 0,5 Kg de lest par Kg de poids de corps. Le point d'eau doit être assez profond (2 mètres au moins).

    3/ le petit coup derrière la nuque... rapide, indolore. Un grand classique.

    4/ le "je préfère-pas", communément adpotée par un ami radiologue. Consiste à décourager passivement l'adversaire par un refus systématique de toute rencontre. Présente l'inconvénient majeur de ne pas éviter les coups de téléphone inutilement rasoirs.

    5/ Bob, tueur à gage réputé de la ville rose. Fait payer néanmoins assez cher ses prestations. Discrétion assurée.

    6/ l'affrontement direct : lui dire frotalement ses 4 vérités... inconvénient : demande une certaine dose de courage et de cruauté.

    Pour conclure, il est une question à laquelle je n'ai toujours pas de réponse : pouquoi s'accroche-t-il ? Que se passe-t-il dans la tête d'un boulet pour qu'il s'obstine à ce point à nous pourrir la vie avec la meilleure volonté du monde et le plus grand désintéressement ? J'avoue mon impuissance face à cette énigme insondable de l'esprit humain... Je ne me perdrai pas en conjonctures. A l'impossible nul n'est tenu !

    3 commentaires:

    1. Rappelons les bases de la communnication humaine (à moins que tu préfères lui sentir le c.. mais là ça te regarde et ce n\'est pas mon domaine !) : les gens qui souhaitent communiquer avec nous sont des gens qui trouvent en nous une image d\'eux qui leur convient. Nous sommes tous un miroir pour nos contemporains. Les esprits les plus fins percent assez vite à jour le cynisme ou le deuxième degré, là où les esprits les plus simples se contentent du sourire enjôleur que tu affiches sur ton visage. Donc première étape, faire la gueule. Deuxième étape exprimer par l\'indicible tout le mal que tu penses de ce type dans tes attitudes et tes gestes. Troisième étape, si gros boulet n\'a toujours pas compris, tu lances l\'étape verbalisation du phénomène...
      Et si après tout ça ton boulet est toujours accroché, soit il est complètement con (Françoise Martinet...), mais c\'est peu concevable en Fac de droit !!, soit il est masochiste, et là, ben bon courage !

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    2. Je me vois donc contraint de passer à la phase "verbalisation du phénomène". Comme quoi, même à la fac de droit, tout peut arriver...

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    3. chimiste-méchant5 novembre 2007 à 12:20

      Quant au "Je préfère-pas" de l\'auguste radiologue, je conseille la lecture de Bartleby le scibe, de Hermann Melville, pour prendre toute la mesure de l\'efficacité de l\'introduction du conditionnel dans cette arme.
      "Je préfèrerais-pas".
      Redoutable. Ca décuple la portée.
      Et puis c\'est un excellent bouquin, aussi.

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